Procès d’assises des pro-Gbagbo: Affousy Bamba avoue : « C’est un procès politique »

Le gouvernement, par la voix de sa porte-parole adjointe, Affoussiata Bamba-Lamine, a officiellement avoué hier mercredi 22 octobre que le procès en cour d’assises des 83 pro-Gbagbo est politique. Le régime reconnait ainsi pour la première fois ce qu’il a toujours nié et confirme également la justice des vainqueurs qui a pignon sur rue actuellement en Côte d’Ivoire.

Jeudi 23 Octobre 2014 - 23:18


Le régime confirme la justice des vainqueurs mis en œuvre en Côte d’Ivoire
Le régime confirme la justice des vainqueurs mis en œuvre en Côte d’Ivoire
L’arrestation des pro-Gbagbo depuis la fin de la crise post- électorale, leur emprisonnement et l’ouverture du procès qui les vise... est politique. Rien de plus. Le président du Front populaire ivoirien (Fpi), Pascal Affi N’Guessan, ne croyait pas si bien dire lorsqu’il rappelait lundi dernier  cette réalité. Seulement deux jours après sa conférence de presse, c’est le gouvernement qui reprend mot pour mot ses propos, confirmant le caractère politique des poursuites judiciaires engagées contres les responsables du Fpi et les proches du président Laurent Gbagbo. En effet, à l’issue du conseil des ministres qui a eu lieu hier, la porte-parole adjointe du gouvernement, Affoussiata Bamba- Lamine, a officiellement confirmé cette instrumentalisation de la justice par le régime qui est dénoncée depuis la fin de la crise post-électorale et qu’il refusait de reconnaître.

Par six fois !

 La ministre de la communication a fait une déclaration (évidemment inattendue venant d’un responsable du régime) qui confirme la justice des vainqueurs installée par Ouattara pour neutraliser l’opposition. Une sortie qui bat en brèche toutes les déclarations du chef de l’Etat et de ses thuriféraires zélés soutenant que la justice est indépendante dans ces procédures judiciaires. Elle a manifestement ouvert la boite de… Pandore. « Vous savez que c’est quand même un procès politique. En plus du droit, c’est aussi l’aspect politique qu’il faut regarder (…) Il faut savoir que le politique est important, il faut en tenir compte. Il faut tenir compte du fait que nous sommes dans un environnement (…) Il s’agit d’un problème politique. Il s’agit aussi d’un procès politique. Donc il faut tenir compte de ce procès, du fait qu’il soit politique », a avoué Affoussy Bamba. Ce n’est pas un simple lapsus passager. Elle a utilisé le mot « politique » au moins à six reprises, faisant allusion à ce procès. Par cette déclaration, la ministre de la communication trahit ce que le régime d’Abidjan refusait d’admettre officiellement mais qui est connu de tous. Ce qui est intéressant, c’est que ces propos sont prononcés publiquement par un cadre de ce pouvoir qui a toujours nié cette évidence. Qui va donc encore croire Alassane Ouattara quand il soutient que la justice sera « impartiale » comme il l’a réaffirmé en juillet dernier devant François Hollande lors de sa visite officielle à Abidjan ? Comment vont s’y prendre les Gnénéma Coulibaly, Hamed Bakayoko, Amadou Soumahoro, Joël N’Guessan et autres zélateurs pour ne pas paraître ridicules aux yeux de l’opinion après que leur collègue ait désormais clos le débat à ce sujet ? Qui accordera encore la moindre crédibilité à ce discours ? L’ex- porte-parole de la rébellion des Forces Nouvelles, en voulant justifier le report du procès des pro- Gbagbo devant la Cour d’assises, a visiblement plongé le régime dans une situation embarrassante sans précédent.

L’instrumentalisation de la justice en marche

Affoussy Bamba a par ailleurs déclaré que si les avocats des pré - venus ont récusé certains jurés, le gouvernement peut en faire autant. « Du côté du procureur, il y a aussi la possibilité de demander à ce que toutes les choses soient reprises. Ça c’est une possibilité qu’on peut faire. Donc la loi nous donne cette possibilité ; on peut s’en saisir pour dire que nous souhaitons que les choses soient revues et ensuite que le jury soit sélectionné », annonce- t-elle. En tout cas, la porte-parole adjointe du gouvernement a indiqué que le ministre de la justice, des droits de l’homme et des libertés publiques, Gnénéma Coulibaly, se prononcera « bientôt » sur ce report pour faire des « clarifications ». « S’il n’y a pas eu de communication, c’est parce que parfois la justice ne veut pas de bruit », soutient-elle. De quel bruit parle la ministre là où l’opinion aurait juste souhaité la transparence dans cette procédure judiciaire ? Le régime dans sa logique de manipulation de la jus - tice pour atteindre des objectifs politiques a évolué dans le flou qui a conduit finalement à cet ajournement, en refusant de communiquer sur ces assises dès le départ. Alors que c’est devant les caméras que lors de son discours de fin d’année, le chef de l’Etat a donné des instructions au Garde des Sceaux pour que la liberté provisoire soit accordée à certains détenus politiques pro-Gbagbo injustement emprisonnés depuis 2011 dans des conditions infernales dans les prisons du pays.

Par Anderson Diédri

Source: Le Nouveau Courrier N°1137 Du Jeudi 23 Octobre 2014




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