Probable libération de Gbagbo:Gnénéma : « S’il est libéré, on le remet dedans » !

Le dimanche 4 mai, le ministre de la Justice, Gnénéma Coulibaly, l’homme qui est rentré dans l’histoire en déclarant que le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cpi était la condition pour accélérer le processus de réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, était l’invité, à Paris, de l’émission « Internationale », émission diffusée à la fois sur « TV5 » et « RFI ».

Mercredi 14 Mai 2014 - 06:33


Gnénéma Coulibaly, Ministre de la Justice
Gnénéma Coulibaly, Ministre de la Justice
Au cours de cette émission, le ministre de la Justice, avec un calme qui faisait presqu’envie, a fait le tour de la situation Juridico-socio- politique en Côte d’Ivoire. Ainsi, on a appris que la part du budget national consacrée à la Justice par notre président, grand amoureux de la justice, est de seulement 0,97%. Pour un pays qui sort de crise et qui a besoin d’une justice crédible pour soutenir la réconciliation, c’est parfaitement ambitieux. Quelle justice crédible peut-on avoir avec 0,97% du budget national ? Pendant dix ans, Laurent Gbagbo, un autre grand amoureux de la justice, n’avait consacré que seulement 2% de ce budget à ce chapitre et, a passé tout ce temps à annoncer chaque année une réforme qu’il n’a jamais faite. Mais apparemment côté ambition, il faisait mieux que notre président, avec 2%. Les faits sont têtus !   On a appris aussi avec Gnénéma Coulibaly que le transfèrement de Blé Goudé à la Cpi ne cause aucun préjudice au processus de réconciliation nationale. La preuve, a-t-il dit, il n’y a eu aucun mouvement de protestation après ce transfèrement. C’est vrai qu’il fallait y penser… Autre propos qui a retenu surtout  l’attention des confrères proches de notre président, est que le ministre, au sujet de Simone Gbagbo, a dit qu’elle risque la prison à vie ou un emprisonnement de 20 ans. Côté presse proche de l’intrépide Gbagbo, un petit passage a suffi à leur bonheur : « Si des mandats d’arrêts sont décernés pour des personnes proches du pouvoir, nous aviserons… »
Les confrères y ont vu la volonté, enfin, de livrer des ex-chefs rebelles à la Cpi.

Une phrase profonde oubliée !

Au cours de la même émission, sur le cas Gbagbo, Gnénéma a dit des choses particulièrement intéressantes et bour- rées d’enseignements mais qui, curieusement, sont presque passées inaperçues. Question de Cyril Bensimon (« Le Monde ») : « Pour le moment, on ne sait pas s’il y aura un procès de Laurent Gbagbo qui attend toujours l’audience de confirmation des charges. S’il venait à être libéré, qu’allez-vous faire ? » «Réponse de Gnénéma Coulibaly : C’est une décision de justice qui émane d’une juridiction qui n’est pas forcé- ment celle qui devrait être imposée à la Côte d’Ivoire. Nous avons des chefs d’inculpation qui ne sont pas forcément… » « Crimes contre l’humanité, viols, etc.» Gnénéma Coulibaly : « ça, c’est des infractions que nous poursuivons en commun, mais il y a d’autres         infractions, des délits financiers, chez nous. Donc, si la Cpi venait à estimer qu’il n’était pas coupable des faits de leur compétence, il reste que chez nous, il est poursuivi pour des faits qui sont différents, donc nous avons le loisir de continuer nos procédures… » « Donc il est poursuivi par deux juridictions ? Par la Cpi et par votre justice? » Gnénéma Coulibaly : « Non, en l’état, nous avons cédé la compétence à la Cpi. Mais ce n’est pas une renonciation définitive… » Traduction : si la Cpi libère Gbagbo, cela ne nous engage pas. Nous reprendrons notre procédure contre lui. Et comme avant son transfèrement à la Cpi, il était dans les liens de la détention préventive à Korhogo et qu’il n’avait pas bénéficié d’une remise en liberté provisoire, s’il est libéré, on le remet en prison à Korhogo. La preuve, Simone Gbagbo, son épouse, qui est poursuivie pour les mêmes infractions financières que lui, est toujours en détention. Voilà qui devrait réjouir les camarades de l’intrépide Gbagbo dont l’un, Affi N’guessan en l’occurence, annonce son « retour triomphal ». Rendez-vous le 5 juin…
DANIEL SOVY

Ce que la justice ivoirienne reproche à Gbagbo

Dans notre édition N°83 du vendredi 24 août 2012, nous avons énuméré les charges qui sont retenues contre Laurent Gbagbo par la justice ivoirienne. « (…) La justice ivoirienne a retenu contre lui (Laurent Gbagbo), une ribambelle d’infractions les unes aussi graves que les autres. Et la liste est plutôt longue comme un bras. Laurent Gbagbo est donc poursuivi pour vol en réunion à main armée commis avec violences et effraction, détournement de deniers publics, concussion, atteinte à l’économie publique, pillage et complicités desdites infractions. Ces infractions sont prévues et réprimées par les articles 392 ; 395 ; 396 ; 397 ; 225 ; 226 ; 227 ; 229; 313 ; 325 ; 327 ; 27 ; 29 ; 30 ; 110 et 111 du Code pénal ivoirien. Mais ce n’est pas fini. Laurent Gbagbo est également poursuivi et inculpé pour atteinte à la défense nationale, attentat ou complot contre l’autorité de l’Etat, constitution de bandes armées, direction ou participation à une bande armée, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’ordre public, coalition de fonctionnaires, rébellion, usurpation de fonction, tribalisme ou xénophobie. Toutes ces infractions sont prévues et punies par les articles 151 ; 154 ; 155 ; 158 ; 159 ; 191 ; 164 ; 166 ; 167 ; 169 ; 224 ; 258 ; 305 ; 199 nouveau et 200 nou- veau du Code pénal ». Il s’agit là, quasiment, des mêmes infractions qui sont également reprochées à Simone Gbagbo et qui justifient sa détention à Odienné depuis… Si on s’en tient aux déclarations de Gnénéma Coulibaly, Laurent Gbagbo risque aussi la « prison à vie », non ?

DANIEL SOVY

Source: L’eléphant déchaîné N°251 du mardi 13 au jeudi 15 mai 2014 / 3ème année




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