Prétendu succès du RGPH : Mabri renie déjà les chiffres donnés par l’INS

Le patron de l’INS affirmait sans rire que 90% des habitants de Côte d’Ivoire seraient recensés à fin avril. Son ministre de tutelle fournit à l’opinion des chiffres flous, mais qui remettent en cause les statistiques «balancées» pour faire croire que tout allait bien. Il indique que le budget du recensement sera largement dépassé sans donner un montant corrigé. Très clairement, il ne maîtrise plus rien… Explications.

Lundi 12 Mai 2014 - 17:45


Albert Mabri Toikeusse, ministre du Plan et du Développement,
Albert Mabri Toikeusse, ministre du Plan et du Développement,
L’heure n’est plus au triomphalisme et à la propagande satisfaite au sommet de l’Etat quant à ce qui est de l’engouement des Ivoiriens pour le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH). Un signe qui ne trompe pas : dans une conférence de presse organisée hier, Albert Mabri Toikeusse, ministre du Plan et du Développement, a subtilement remis en cause les chiffres avancés le 23 avril dernier par Ibrahim Bah, le direc- teur général de l’Institut national de la statistique (INS), dont il est le ministre de tutelle. «67% de la population a été recensée à ce jour sur toute l’étendue du territoire (…) La population qui ne sera pas recensée à cause du boycott ne va pas excéder 10%», affirmait le patron de l’INS, ajoutant qu’à la fin du mois d’avril, 90% de la population totale de la Côte d’Ivoire serait dénombrée. Une perspective que Mabri est loin de confirmer désormais. Il se refuse à donner des estimations claires de la population totale déjà recensée – ce qui était déjà assez discutable dans la mesure où on ne peut pas vraiment connaître la population totale, donc faire une évaluation précise de l’avancée du processus avant la fin de celui-ci. Mabri donne des chiffres telle- ment flous qu’ils en sont illisibles. Selon le ministre du Plan et du Développement, le taux global du recensement, au 3 mai, variait entre 20 et 90% sur le territoire national, alors qu’Abidjan enregistrait un taux entre "18 et 79%". Quelles entités administratives sont ainsi mises en comparaison pour obtenir les tendances les plus basses et les plus hautes ? Les dépar- tements ? Les communes en ce qui concerne le district d’Abidjan ? Mystère et boule de gomme. Mabri donne fort peu d’éléments à ce sujet, afin d’empêcher tout esprit mal tourné de vérifier si le fameux 67% ne sortait pas tout droit de l’imagina- tion du patron de l’INS. Il prend en tout cas des distances avec ce pourcentage. Clairement, on peut dire que l’objectif des 90% d’enrôlés à la fin du mois d’avril n’a pas été atteint. La crédibilité de l’INS, qui fournit aux organisations internationales (FMI, BCEAO, Banque mondiale, etc.) des données macro-économiques importantes, en prend un coup. Si son directeur général peut sortir de son chapeau des chiffres insensés dès lors qu’il s’agit de protéger le régime, de quelles manipulations est-il capable quand il s’agit de donner l’impression que l’économie du pays va bien ? Le doute est instillé !

Incompétence

Par ailleurs, lors de sa conférence de presse, Mabri a annoncé que le coût du recensement serait réévalué à la hausse, tout en refusant de donner un chiffre exact. "Je sais que notre recensement ne coûtera pas moins de 15 milliards FCFA" au lieu des 12 milliards prévus, dit-il. Cela peut vouloir dire que la facture globale sera de 15 milliards, comme de 20 milliards ou de 25 milliards. Cela signifie surtout qu’il ne maîtrise pas ses propres variables. Bien entendu, il refuse de prendre en compte le boycott comme un des éléments qui grippent le moteur du recensement. Il invoque des «coûts additionnels» dus à l’intensification de la sensibilisation, qui n’étaient «pas prévus». Cela signifie clairement qu’il a soit mal évalué l’ampleur des efforts en matière de communication, soit que le gouvernement doit faire face à l’effet des consignes du FPI. C’est soit de l’incompétence, soit un désaveu d’une grande partie des populations. En effet, le FPI n’a que quelques journaux qui acceptent de relayer ses informations, et les relais militants. Quand le pouvoir dispose de la puissance des médias d’Etat, en situation de monopole. Mabri Toikeusse explique par ailleurs que le gouvernement doit prendre en compte les exigences des Nations unies, qui exigent une collecte assistée par ordinateur. Ne s’est-il pas renseigné en amont sur les exigences en question ? Est-ce bien sérieux de fournir de telles explications à l’opinion ? Il y a quelque chose de pourri (et de notoirement incompétent) dans la Ouattarandie.

Par Philippe Brou

Mabri renie déjà les chiffres donnés par l’INS
 Source: Le Nouveau Courrier N° 1026 Du vendredi 09 Mai  2014




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