Pression de la CPI : Le régime Ouattara en difficulté

Dans une intervention relayée par la presse hier, le ministre de la Justice, des droits de l’homme et des libertés publiques, Mamadou Gnénéma Coulibaly, fait une sortie de route qui témoigne de l’embrouille dans laquelle se trouve le régime Ouattara après les poursuites contre Gbagbo et ses proches. Manifestement, les procédures engagées aussi bien au plan national qu’à la Cour pénale internationale mettent Ouattara en difficulté.

Jeudi 23 Octobre 2014 - 00:05


Image d'archives: Fatou Bensouda, Procupeure de la CI, en visite chez ADO
Image d'archives: Fatou Bensouda, Procupeure de la CI, en visite chez ADO
Habitué à prospérer dans le faux et à nager en eaux troubles, le régime Ouattara est évidemment incapable de construire un raisonnement cohérent et convaincant notamment quand il s’agit d’évoquer les procédures judiciaires initiées contre le président Laurent Gbagbo et ses proches, injustement embastillés depuis la fin de la crise postélectorale de 2011. La preuve : alors qu’il pensait trouver un argument pour le moins acceptable pour justifier la volonté du pouvoir de juger l’ex-Première Dame Simone Gbagbo en Côte d’Ivoire, le ministre de la Justice, des droits de l’homme et des libertés publiques, Mamadou Gnénéma Coulibaly, s’est foutu le doigt dans l’œil. Il a étalé de manière flagrante les incohérences, pour ne pas dire la grande panique du camp Ouattara, face aux pressions de la Cour pénale internationale (CPI) qui pourrait s’attaquer aux pro-Ouattara, après que cette Cour ait montré jusque- là une posture arbitraire dans la situation ivoirienne en visant le camp Gbagbo. « Les juges de Côte d’Ivoire ont les mêmes formations que les juges d’ailleurs, notamment de la CPI », s’embrouille Gnénéma, qui tente de justifier l’injustifiable. Pour le Garde des Sceaux d’Alassane Ouattara donc, la justice ivoirienne est capable de conduire un procès au plan national. Sa réponse à la CPI parait curieuse. D’autant plus que le régime, qui dans sa haine mais surtout sa peur irrésistible de Gbagbo considéré comme l’ennemi qu’il fallait vaille que vaille neutraliser, ne s’est pas empêché de le transférer à la prison de Scheveningen à la Haye en novembre 2011, alors que ces juges dont parle Gnénéma étaient bien présents en Côte d’Ivoire. Dans sa même logique, Abidjan a également livré Charles Blé Goudé en mars dernier à cette Cour de plus en plus critiqué pour sa partialité. Pourquoi se servir aujourd’hui de l’argumeent selon lequel l’appareil judiciaire ivoirien est en « état de fonctionnement parfait » et donc capable « d’assumer » son rôle face à la pression d’une CPI qu’on a contribué à installer au cœur du proces - sus judiciaire ivoirien ? D’ailleurs, cette thèse qui consiste à évoquer un appareil judiciaire totalement déstructurer au lendemain de la crise postélectorale ne résiste en réalité pas à l’analyse. Simone Gbagbo, arrêtée le 11 avril 2011 à la résidence présidentielle de Cocody, en même temps que son époux, Laurent Gbagbo, est depuis lors sur le sol ivoi- rien. C’est finalement maintenant, sous la poussée des ONG de défense des droits de l’homme mais surtout de la CPI, que ceux qui gouvernent la Côte d’Ivoire décident d’ouvrir un procès contre elle. Soit plus de trois ans et demi de captivité gratuite dans une rési- dence à Odienné. Même si les accusations portées contre eux sont également fallacieuses que celles qui visent tous les détenus politiques en Côte d’Ivoire, Gbagbo et Blé Goudé auraient autant pu rester en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, ils n’auraient jamais dû atterrir à la Haye au regard de l’impasse dans laquelle leurs dossiers, totalement vides, plongent la CPI.     Gbagbo à la CPI : le grand malaise Le régime Ouattara qui croit disposer du droit de vie et de mort sur les pro- Gbagbo proclame subitement sa « volonté manifeste » et sa « capacité » de conduire un procès au plan national. C’est faire preuve de couardise et de manque de courage politique quand on instrumentalise la justice pour écarter des adversaires politiques afin d’atteindre un objectif mesquin. Là où la supercherie saute aux yeux, c’est que le pouvoir s’est précipité pour annoncer l’ouverture du procès des pro-Gbagbo aux Assises alors même que les formalités d’usage n’étaient pas encore remplies pour débuter cette procédure. « Pour l’instant, la Cour d’Assisses est en train d’accomplir les formalités prescrites par la loi. Et lorsque ces formalités seront achevées, alors une date sera déterminée pour que ces questions [jugement des pro-Gbagbo] soient évoquées. Ce n’est donc pas le 22 octobre que certainement Simone Gbagbo comparaitra devant la Cour d’Assisses », tente de rattraper Gnénéma, alors que le régime avait annoncé en grande pompe l’ouverture de ces procès dès aujourd’hui. Les poursuites judiciaires engagées aussi bien au plan national qu’à la CPI traduisent un grand malaise qui met le régime Ouattara dans une posture inconfortable chaque fois qu’il est question d’évoquer ces procédures farfelues.    
Par Benjamin Silué  

Source: Le Nouveau N°1136 Du Mercredi 22 Octobre 2014




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