Présidentielle 2010, crise post-électorale/ Une revue italienne restitue la vérité

Depuis Novembre 2011 Laurent Gbagbo, l'ancien président de la Côte d'Ivoire, est détenu à la Cour pénale internationale à La Haye, accusé d'être un "co-auteur indirect" de crimes graves contre l'humanité pendant la crise post-électorale dans son pays. Mais beaucoup de gens se demandent pourquoi et doutent de la légitimité de ces accusations. Pour beaucoup, c'est son adversaire politique des élections présidentielles de 2010, Alassane Ouattara, qui devrait être à sa place en détention à La Haye, avec Guillaume Soro, l'actuel président de l'Assemblée nationale, qui a dirigé la rébellion de 2002 qui a divisé le pays en deux.

Samedi 9 Février 2013 - 07:56


Présidentielle 2010, crise post-électorale/  Une revue italienne restitue la vérité
Pourquoi n'y a-t-il pas de procès pour les crimes graves commis par les rebelles qui ont attaqué la Côte d'Ivoire en 2002 dans les régions cen - tre, Nord et Ouest (connu sous le nom CNO), qui sont restés sous leur contrôle jusqu'au 17 Mars 2011, lorsque Ouattara les a renommées Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI)? Un mouvement de résistance d'envergure internationale est alors né pour réclamer la vérité et la justice dans cette histoire bizarre. Alassane Ouattara a été déclaré vainqueur des élections du 2 décembre 2010 par Youssouf Bakayoko, le président de la Commission Electorale Indépendante (CEI). Selon la Constitution ivoirienne, cette commission est autorisée à déclarer uniquement les résultats provisoires. La victoire de M. Ouattara a été annoncée dans une chambre à l'Hôtel du Golf,e siège de la campagne électorale de M. Ouattara, en l'absence, et donc sans l'approbation du Conseil constitutionnel, qui est responsable, conformé - ment à la Constitution ivoiri - enne, pour déclarer les résultats définitifs du scrutin.

Le président de la CEI, M. Bakayoko, était seul, sans la présence de ses collègues de la commission quand il a fait l'annonce de la prétendue victoire de Ouattara à l'Hôtel du Golf. Pendant ce temps, les représentants de la com - mission l'attendaient au siège de la CEI où ils devaient parvenir à un consensus sur les résultats provisoires. Ainsi, les résultats provisoires, non approuvées par tous les membres de la CEI et sans la présence des représentants des candidats respectifs, ont été déclaré comme  les résultats définitifs du scrutin. C'est encore un mystère de savoir qui a gagné les élections du 28 Novembre 2010 entre le président sortant, Laurent Gbagbo, un historien, socialiste et le père fondateur du système de multipartisme en Côte d'Ivoire et Alassane Ouattara, qui a été Premier ministre sous le régime dictatorial de Félix Houphouët-Boigny de 1990- 1993 et qui a fait une carrière dans la diplomatie internationale à la Banque centrale des Etats de l'Afrique (BECEAO) et au Fonds monétaire international. Thabo Mbeki, ancien Président d'Afrique du Sud, qui a joué un rôle important en tant que médiateur, dès le début de la crise en 2004, en visitant la Côte d'Ivoire du 5 au 7 Décembre 2010, a con - clu dans son rapport de mission que les élections ne pouvaient pas être considérées comme valides. Dans "What the World Got Wrong on Côte d'Ivoire", il rappelle comment l'ambassadeur des Etats-Unis à Abidjan, Wanda L. Nesbitt, avait déjà mis en garde son gouvernement en 2009, que sans remplir certaines exigences de base - une réunification territoriale et financière du pays, le retour de l'administration nationale au nord, et en par - ticulier le désarmement total de la rébellion, les Forces nouvelles, implantées dans le nord du pays depuis 2002 - des élections démocratiques ne pouvaient pas être organisées. Ce désarmement (la seule demande faite aux rebelles pro-Ouattara, les Forces nouvelles et répétées dans huit accords de paix depuis 2003, n'a jamais été respecté) encore aujourd'hui pas atteint, est à la base du climat d'insécurité que le pays vit actuellement. Face aux menaces contre la légalité républicaine avec le comportement anticonstitutionnel de la CEI (qui a également été approuvé par le Représentant spécial des Nations Unies pour la Côte d'Ivoire, Choi Young-Jin, bien que cela ne relevait pas de son mandat) et la violence inouïe exercée dans le nord sur les pro-Gbagbo pendant les élections, la coalition Gbagbo, La Majorité Présidentielle a déposé une demande à l'annulation du vote auprès Conseil Constitutionnel. Les observateurs électoraux dans de nombreux départements contrôlés par les rebelles  ont signalé des menaces de mort, assassinats, intimidations, violences physiques, les enlèvements de personnel et d'agressions contre des militants et des représentants de la coalition "La Majorité Présidentielle". Le Conseil constitutionnel a déclaré Laurent Gbagbo comme le vainqueur du second tour de scrutin le 2 Décembre. Coalition de M. Ouattara, le R a s s e m b l e m e n t d e s
Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) n'a pas présenté de recours pour irrégularités de procédure après le deuxième tour. Dans la Constitution ivoirienne, il est précisé que les résultats des élections doivent être annulées si le résultat est sujette à débat. Toutefois, dans le cas de l'élection du 28 Novembre 2010, la Conseil Constitutionnel a annulé le vote frauduleux et a déclaré Laurent Gbagbo vainqueur en pleins sondages contradictoires et pendant les flambées de violence. En conséquence, les critiques de l'UE et des organisations internationales par rapport au rôle du Conseil Constitutionnel sont dev - enues trompeuses si l'on considère les actions anticonstitutionnelles menées par la CEI et la menace sur la sécurité alimentée par la rébellion.

Comment se sont passées ces élections? Il était évident qu'organiser des élections en présence d'une rébellion armée dans le nord du pays qui a soutenu M. Ouattara comme candidat n'était pas un exercice électoral promet - teur, comme l'a souligné Arsène Touho dans "Côte d'Ivoire, Leçons du 11 avril 2011", où il analyse les 10 dernières années de choix politiques faits par le Front Populaire Ivoirien (FPI). Touho croit que, après avoir accepté de tenir des élections, en dépit du refus de la rébellion de désarmer, était l'une des principales erreurs de Gbagbo, car il a ainsi rendu vulnérables ses représentants dans les bureaux de vote dans les régions CNO sous contrôle rebelle. Le rapport final de la mission d'observation de l'Union dit que les observateurs de l'Union Européennes n'ont couverts que 4,7% des bureaux de vote, soit 943 bureaux sur les 20,073 ouverts au plan national -et que, globalement, les élections ont été correctement effectué, sauf "quelques problèmes dans les régions sous le contrôle du président sortant, Laurent Gbagbo. "Il dit aussi que" sur le déroulement des élections, la télévision ivoirienne a donné la parole à des missions d'observations africaines inconnues». Violations seulement dans des zones sous le contrôle de Gbagbo? Missions d'observation inconnues? Pourtant, les missions de l'Union africaine (UA), la Coordination des Observateurs de la Mission Internationale de la Société Civile Africaine (COMISCA), l'Observatoire de la société civile africaine pour la démocratie et l'assistance électorale l'(OSCADAE), la Coordination des experts électoraux Africains (CEEA), le Cadre des émissaires pour la Promotion des élections Crédibles en Afrique (CEPECA), la mission de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la Mission du Comité de l'interparlementaire UEMOA ne sont pas totalement «inconnues». Plus de la moitié de ces organisations ont dénoncé les graves circonstances dans lesquelles les élections ont eu lieu dans le nord du pays sous contrôle rebelle. Le rapport fait mention de 16 observateurs de l'UE qui ont dû être évacués pour des raisons de sécurité, un nom - bre important sachant qu'il y avait 120 observateurs au total. Mais le rapport fait une grave erreur en disant que les évacuations ont eu lieu dans les zones sous le contrôle du président sortant, Laurent Gbagbo. Ce fait est en contradiction avec un article paru dans France Soir qui a publié les factures de la compagnie aérienne engagé pour transporter les observateurs européens dans un endroit plus sécurisé, dans lequel les zones d'évacuation sont définis: Man et Khorogo, deux villes sous contrôle des rebelles depuis 2002. Frédéric Lafont, propriétaire de la compagnie aérienne, rappelle que ses propres pilotes ont eu peur lors de l'évacuation des observateurs. L'Union africaine, qui a vu deux de ses observateurs enlevés et libérés avec l'aide de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) écrit: «La mission a découvert avec regret des actes de violence avec une perte grave de la vie, de violations d'intégrité physique, d'enlèvements, intimida - tions, enlèvements et la tentative de destruction du matériel électoral. De nom - breux éléments qui devraient être une préoccupation pour les organes compétents afin de déterminer l'impact global sur le résultat des élections. "CEPECA dit dans son rap - port préliminaire que« la crédibilité du scrutin dans la région des Savanes, plus précisément à Korhogo est fortement discréditée. "Le rapport de la mission CEEA dit que dans les régions sous contrôle des rebelles - Korhogo, Bouaké, Séguéla, Toriya et Garaoua - les élections ont été« entachées de graves irrégularités, telles que bul - letins volés, les enlèvements de représentants des candi - dats respectifs, le vote multiple, obstacle à la nécessaire présence d'observateurs internationaux dans certains bureaux de vote lors du dépouillement des votes et la perte de vies humaines. "Dans un communiqué de presse daté du 2 Décembre 2010 la CEDEAO dit que« les incidents qui ont empêché les citoyens d'exprimer leur vote, en particulier dans les certaines régions du nord, doivent être condamnés et punis conformément à la loi ». Le témoignage de Youssouf Fofana, président de La Voix du Nord, qui représente une coalition de M. Gbagbo dans la région de Séguéla, révèle des scènes de violence sans précédent dans lesquels les Forces nouvelles et les représentants de la coalition Ouattara (RHDP) empêchent les représentants de Gbagbo à rester dans les bureaux de vote. Ces derniers ont été chassés, certains, enlevés ou menacés de mort: un véritable Far West électoral. Aujourd'hui Fofana est en exil. Le rapport du général de brigade Kouakou Nicolas parle de 217 représentants de la coalition de Gbagbo qui ont été expulsés des bureaux de vote et l'ont rejoint pour leur sécurité. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a révélé qu'il y avait 200.000 réfugiés dans les pays voisins et un million de personnes déplacées internes (PDI) au début de la crise électorale. Pourtant, dans les brèves mises à jour des agences de presse à travers le monde, nous ne lisons qu'une seule histoire: Gbagbo a perdu les élections en Novembre 2010 et il tente de s'accrocher au pouvoir. Mais Laurent Gbagbo a demandé qu'un simple recomptage des voix par une mission d'enquête internationale soit effectué, une option qui a été rejetée par l'ONU en faveur d'une intervention militaire. Alain Dogou, ancien ministre de la Défense dans le dernier gouvernement de Gbagbo, demande aujourd'hui quels autres organes institutionnels devraient suivre Gbagbo en dehors du serment qu'il a prêté devant le Conseil constitutionnel en 2000. Contrairement à Gbagbo qui a prêté serment conformément à la constitution ivoiri - enne, Ouattara, le 4 Décembre 2010, a prêté ser - ment en envoyant une lettre au Conseil constitutionnel. Ce qui a suivi, ce sont quatre mois de crise qui ont vu deux présidents et deux gouvernements pendant lesquels l'ONU et l'Union européenne, en violation de leurs mandats d'impartialité politique, ont décidé de soutenir Ouattara. Entre Décembre 2010 et Mars 2011, l'ONU, l'UE, la France et les États-Unis a mené une politique d'asphyx - ie financière et diplomatique contre le gouvernement Gbagbo - qui comprenait un embargo sur les fournitures de médicaments, de cacao, de mandats internationaux, le gel des fonds privés et de biens et la fermeture des succursales locales de banques françaises et américaines - suivi en Avril 2011 par ce que le politologue Michel Galy a appelé le coup d'État français-ONU. En Mars 2011, l'Union africaine était toujours en train de tenter de trouver une issue pacifique à la crise, lorsque les Forces Nouvelles sont descendues du nord et ont envahi la capitale économique, Abidjan, mais elles sont restées sans action en Avril, quand les Français ont commencé à bombarder le palais présidentiel et d'autres sites stratégiques, en contournant, selon certains, un mandat inscrit dans la Résolution 1975 de l'ONU qui limite l'intervention militaire à la protection des civils. Le fait que l'UA n'a pas réussi
à imposer sa vision qui a émergé du panel de cinq chefs d'Etat nommés à la fin de Janvier 2011 lors de la 16e sommet de l'UA, montre la fragilité et la marginalisation de cette institution dans le domaine de politique internationale. Les experts du panel ont commencé à mener leurs enquêtes et certains ont commencé à remettre en ques - tion la victoire de Ouattara au second tour. Mais les membres de l'UA auraient été malléables face aux promesses d'annulation de la dette ou d'autres avantages dans des accords bilatéraux en coulisses. La deuxième réunion du groupe de haut niveau qui aurait joué un rôle crucial dans la résolution de la crise, a proposé la formation d'un gouvernement d'unité nationale et de nouvelles élections comme un moyen de sortir de la crise, et avaient exclu l'option mili - taire. Il a eu lieu en Mauritanie le 5 Mars et a commencé avec deux heures de retard parce que le président tanzanien a fait une escale à Paris. La dernière réunion, qui devait avoir lieu à Abidjan le même jour, a été reportée sine die, tandis que les deux avions présidentiels du Togo et le bateau et l'avion du Président de l'Afrique du Sud, présents sur le sol ivoirien, ont quitté la Côte d'Ivoire.

Gbagbo comme un phénomène sociologique

Qui est Laurent Gbagbo? En 2008, lorsque je travaillais sur un documentaire sur des dessinateurs africains en première ligne dans la défense de la liberté d'expression, Résistants du 9ème Art, j'ai aussi eu quelques images de la Côte d'Ivoire du magazine satirique Gbich!. Le rédacteur en chef adjoint Mendozza Y Caramba, m'a raconté une anecdote: un jour, il a reçu un appel télé - phonique qui a annoncé l'ar - rivée du président. Mendozza, dont la bande dessinée a été très critique contre Gbagbo, «habits neufs du Président» se mit à rire, en pensant d'abord que c'était une blague. Au lieu de cela, Laurent Gbagbo est arrivé au bout de 10 minutes à son bureau, a salué leur travail, les a félicité, en dépit de leur satire mordante contre lui. J'ai été frappé. J'avais déjà rencontré une anecdote similaire sur un autre célèbre président africain, Nelson Mandela, que j'ai décidé d'utiliser dans le film. Mandela avait appelé Jonathan Zapiro, qui avait été un dessi nateur à la pointe de la lutte anti-apartheid et lui a dit: "excellent travail, vous faites votre travail», même si Zapiro, au moment où le parti de Nelson Mandela, le Congrès national africain (ANC ), était au pouvoir, il l'a attaqué férocement avec ses dessins animés. Mais je n'ai pas oublié que Gbagbo avait eu le même esprit que Mandela.

Par Nicoletta Fagiolo La Revue italienne  "RESET" du 30 janvier 2013  

Source: Notre Voie N°4337 du jeudi 7 février 201 3




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