Présidence du Front Populaire Ivoirien: Laurent Gbagbo, le sens d’une candidature

Après quelques jours de polémique sur l’authenticité de sa candidature à la présidence du FPI, Laurent Gbagbo est sorti de sa réserve pour annoncer officiellement qu’il accepte « l’Appel de Mama ». Décryptage d’un acte historique.

Mardi 2 Décembre 2014 - 00:51


Vendredi  28 novembre 2014, une lettre atypique parvient à Pascal Affi Nguessan et les jour- nalistes s’en font leurs choux gras : Laurent Gbagbo, ancien prési- dent de la république de Côte d’Ivoire est bel et bien candidat à la présidence du Front Populaire Ivoirien. Beaucoup de personnes ont spéculé sur cette candidature pour le moins exceptionnelle. Pour certains, c’est rétrograde, voire absurde comme démarche que de faire de Laurent Gbagbo, ancien président du Fpi, mais sur- tout ancien chef d’Etat, nouveau président de ce parti dans un contexte où le concerné est in- carcéré à au moins 6000 kilomè- tres du pays. D’autres encore estiment que le nouveau man- teau de président de parti politique que veut vêtir Laurent Gbagbo lui sera plutôt préjudicia- ble dans la procédure judiciaire intentée contre lui par la Cour Pé- nale Internationale. Tout cela a l’air d’être juste, sauf quand on ne tient pas compte de la portée politique et symbolique de la candidature de Gbagbo à la présidence du FPI.
Un acte éminemment politique Trouver incongru que Gbagbo soit candidat à la présidence du FPI est en soi une logique non moins incongrue. En effet, Lau- rent Gbagbo se trouve au- jourd’hui dans une ‘’prison politique’’. Qu’on le veuille ou pas, la Cour Pénale Internatio- nale a suffisamment démontré qu’elle est un centre pénitencier politique au service de la domi- nation occidentale. Elle s’inscrit dans la droite ligne de l’Organisa- tion des Nations Unies qui, à la fin de la deuxième guerre mondiale, a été mise sur pieds par les vainqueurs de cette guerre pour continuer d’avoir la main mise sur le monde. La CPI n’est donc pas un tribunal qui dit le droit, mais un instrument de l’impéria- lisme. C’est la raison pour la- quelle elle institue l’injustice, promeut l’impunité et tend à condamner les innocents. Sinon, comment comprendre que cette Cour puisse déverser sa bile sur le camp du Président Laurent Gbagbo, camp agressé et ignorer ceux-là même qui ont causé le tort et semé la désolation à l’en- semble des Ivoiriens. Vue sous cet angle, la CPI mérite d’être combattue à la fois par des armes juridiques comme le conseil d’avocats, mais aussi par les armes politiques. Et les observateurs de l’actualité ivoirienne ne devraient pas perdre de vue que Laurent Gbagbo est en prison pour des raisons politiques et non pour tout autre délit. Sa libé- ration dépendra donc du combat politique qui doit se mener par l’ensemble des combattants de la liberté à travers le monde. Et ce combat-là doit avoir à sa tête son icône. En acceptant l’idée de sa candidature, Gbagbo se met, comme  l’a dit Simone, dans une posture de combat. C’est un engagement qu’il prend devant l’histoire qu’il ne renoncera ja- mais au combat pour la dignité, la justice et la démocratie. C’est à lui qu’il appartient de porter ce combat pour les libertés et la démocratie. Il doit continuer d’être le guide de cette marche vers un monde plus équitable.

Un acte d’unification des militants et des patriotes

 On le sait, il n’est pas facile de succéder à un leader à forte personnalité. C’est un des pans de la crise qui semble secouer le Front Populaire Ivoirien. L’aura de Gbagbo est un ciment d’unité et de mobilisation. Dans ce moment crucial où la CPI  a décidé de ne pas écouter la voix de la sagesse en vue de sa libération pure et simple, quand bien même elle reconnait que les preuves contre Laurent Gbagbo sont insuffisantes, il importe que le leader charismatique puisse reprendre les choses et les mettre en musique. Les patriotes de tous les pays, qui s’opposent à l’injustice de la crise en Côte d’Ivoire ont besoin d’une orientation idéologique et politique en vue de l’efficacité de leurs actions. Par ailleurs, cette candidature renferme un autre symbole. C’est que le pouvoir Ouattara refuse de mettre un terme à la crise postélectorale qui a ébranlé le pays en 2011. Parvenu au pouvoir, il n’a pas pour projet de réconcilier les ivoiriens déchirés par ladite crise. La stratification qu’il fait de la société ivoirienne fait que d’un côté il y a ceux qu’on brime, qu’on arrête à tout bout de champ, qu’on spolie de leurs biens et de leurs emplois et dont on gèle les compte parce qu’ils pensent autrement que les « adorateurs », et ceux qui sont les chouchous de la république parce qu’ils sont RHDP ou ressortissants d’une région. Cette façon de gouverner, qui est un déni de démocratie, ne favorise nullement un environnement propice aux élections justes et transparentes en Côte d’Ivoire. Ce qui signifie que les forces du changement devraient reprendre leur bâton de pèlerin en vue d’aller à la reconquête des libertés démocratiques avant tout autre agenda (…) Tout ceci milite au retour sur scène de Laurent Gbagbo.

Hervé Gobou rvgobou@yahoo.fr

Source: Aujourd’hui / N°779 du 1er décembre 2014
 




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