Présidence du FPI: Comment les deux camps affutent leurs armes

Vendredi 14 Novembre 2014 - 03:08


Présidence du FPI: Comment les deux camps affutent leurs armes
Evénement inédit dans la vie du Front Populaire Ivoirien. Après le dépôt de la candidature de Laurent Gbagbo par son fils Michel et des fédéraux qui se reconnaissent en lui, c’est le tour de Pascal Affi Nguessan de poser le même acte demain mercredi 12 novembre 2014. Tous les regards des observateurs attentifs de la scène politique nationale sont donc tournés vers la Riviera Attoban où se trouve le Quartier Général de campagne de Laurent Gbagbo, qui sert lieu de siège provisoire au FPI. Que va-t-il se passer ce jour ? C’est la question fondamentale que les uns et les autres se posent. Pour le moment, les deux parties affutent leurs armes. Les partisans de la candidature de Laurent Gbagbo ont jugé stratégique de déposer les premiers, sa candidature. Pour eux, c’était une façon de tuer dans l’œuf, toute velléité de candidature, en particulier celle de Pascal Affi Nguessan, actuel président du parti. Car, estiment-ils, nul n’a suffisamment de cran au sein du parti à la rose pour défier ou affronter le fondateur et inspirateur qu’est Laurent Gbagbo. C’était peut-être méconnaitre la détermination et l’agenda de l’ancien premier ministre.  ‘’Le Lion du Moronou’’, en effet, a décidé d’affronter le ‘’Woody de Mama’’ sur son ‘’fétiche’’. Depuis quelques temps, Affi Nguessan effectue une tournée d’explication dans les différentes fédérations et autres localités du pays pour montrer la nécessité et l’opportunité pour le Front Populaire Ivoirien, d’aller aux  élections de 2015. Certes, ce n’est pas assez aisé pour lui, d’autant plus qu’à la base, de nombreux militants l’accusent de trahison à l’endroit de Gbagbo et de déviation de la ligne du parti ; toute chose qui a créé des débats très houleux entre Affi Nguessan et les populations qu’il va rencontrer ces temps-ci. Cependant, ce dernier semble aller jusqu’au bout de sa logique. Alors que les ‘’gardiens du temple’’ de l’autre camp tels que Douaty Alphonse, Koua Justin, ont déclaré le week-end dernier, qu’il n’est pas souhaitable, voire impossible d’affronter Laurent Gbagbo dans cette situation, l’annonce d’Affi Nguessan apparait comme un virage sérieux que risque de prendre ce parti dans les jours à venir. En fait, les positions semblent sévèrement tranchées de part et d’autre. Les partisans de la candidature de Laurent Gbagbo pensent que Affi Nguessan a failli à sa mission et qu’il s’acquoquine désormais avec le parti au pouvoir en vue de servir les intérêts de celui-ci. Affi et ses partisans quant à eux trouvent irréaliste qu’on veuille confier la présidence du Front Populaire Ivoirien à Laurent Gbagbo alors que l’ancien chef d’Etat est détenu à la Haye. Ils mettent même en doute les actions de l’autre camp tendant à faire croire que c’est Laurent Gbagbo qui est l’instigateur de sa propre candidature. « La candidature de Laurent Gbagbo est une rumeur », a-t-il déclaré, lors d’un récent meeting. Il va plus loin pour annoncer que ce congrès va « couper des liens ». « Je dis que ce congrès à venir est important parce que c’est un congrès qui va nous permettre de couper des liens avec un certain nombre de pesanteurs et de créer un parti moderne. C’est un processus de modernisation que nous allons engager », déclare-t-il à Aboisso le vendredi dernier.  Comme on peut le constater, les dès sont lancés. Le congrès du FPI, c’est dans quelques semaines seulement. Qui vivra verra, comme on a coutume de le dire. Mais, a priori, on peut déjà présager un clash chez les militants de ce parti qui fut le moteur de la démocratisation de la Côte d’Ivoire. Et la problématique se trouve au niveau de l’héritage politique de Gbagbo. En effet, l’actuel détenu de Scheveningen est une icône de la vie politique en Côte d’Ivoire et en Afrique. Il a bâti sa réputation de leader charismatique  et d’opposant historique face au tout puissant Félix Houphouët Boigny grâce à un instrument politique : le Front Populaire Ivoirien. Avec cette ‘’arme’’, qui opérait déjà depuis la clandestinité, il a contraint le PDCI-RDA à accepter le retour au multipartisme en Côte d’Ivoire. A travers meetings, déclarations, marches… , il s’est bâti une posture d’éveilleur de conscience. Les idées et le projet de société élaborés par ce parti ont conduit à l’adhésion massive des Ivoiriens,  qui se reconnaissent dans son programme de gouvernement révolutionnaire. Le combat de longue haleine mené par ce parti a permis d’obtenir des acquis démocratiques comme le multipartisme, la liberté d’expression, la liberté de la presse, la Commission Electorale Indépendante, le vote à 18 ans, les urnes transparentes… C’est l’ensemble de ces acquis qui a été à la base de l’adhésion populaire des ivoiriens, à tel point que quand le pouvoir du président Laurent Gbagbo a été attaqué une nuit fatidique du 18 au 19 septembre 2002, les Ivoiriens se sont levés comme un seul homme pour dire  non à l’imposture…En divisant le Fpi, ce sont ces acquis qu’on menace et qu’on met en cause. Au moment où des ténors du régime Ouattara comme le ministre d’Etat Ahoussou Jeannot prônent le retour au parti unique, le Front Populaire Ivoirien, en se querellant, prête le flan aux fossoyeurs des libertés démocratiques.
Hervé Gobou rvgobou@yahoo.fr
Source: Aujourd’hui / N°766 du mercredi 12 novembre 2014




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