Pourquoi veut-on dissoudre le FPI ?

Jeudi 25 Juillet 2013 - 07:36


Miaka Ouréto, président intérimaire du FPI
Miaka Ouréto, président intérimaire du FPI
En octobre 2012, nous faisions la réplique à Soro Kigbafory Guillaume, ancien chef du MPCI devenu FAFN puis FRCI. Voici ses propos sur son compte twitter à l’époque : «Le FPI est une organisation terroriste. Il faut l’éradiquer». Quelque temps avant, l’honorable Alomo député PDCI, avait renchéri en appelant à la suspension du parti d’Affi N’guessan. Le temps est passé et le même funeste dessein revient à la mode, avec plus de précision. L’on appelle désormais à une dissolution pure et simple du Front Populaire Ivoirien. Donc «éradiquer légalement» le FPI. On dira : «c’est contraire à la constitution ; c’est illégal et illégitime». Soit. Mais ce pouvoir d’avril 2011 a-t-il déjà respecté notre loi fondamentale ? S’est-il déjà soucié du bien-être des populations ? S’est-il déjà montré comme respectueux des droits de l’Homme, de la Démocratie et de la liberté d’expression ? Lui qui n’a de cesse de traquer des prétendus pro-Gbagbo avant de clamer qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire ? Mensonges, mensonges et fourberies sont nos lots quotidiens. La question est de se demander qui est Gbagbo ? Est-ce un DJ, un ferronnier ou un tenancier de maquis ? Quelle que soit la réponse, et étant admis que l’on ne persécute que l’entourage de ce monsieur, alors qu’en fait, il était le Président de notre pays donc homme politique, tous ceux que l’on torture parce qu’ils sont proches de lui sont des exilés et des prisonniers politiques. Les tuer ou les laisser mourir à petit feu, comme l’a dit Morou Ouattara à ses prisonniers de Bouna, relève d’actes politiques : crimes et emprisonnements politiques donc ! Conséquemment, que la justice est à deux vitesses, puisque la période choisie est l’après élection présidentielle dite crise postélectorale, en fait la période pendant laquelle les institu - tions de ce pays ont résisté aux (ex-) rebelles. Simple déduction : Gbagbo est un politique ; tous ceux que l’on déshumanise sont des cibles poli - tiques. Point barre. A supposer que Ouattara est dans la posture d’un indécent revanchisme chronique (presque pathologique (?), l’on doit se demander ce que lui ont fait des gens comme Michel Gbagbo, Affi N’guessan, cet employé municipal égorgé à Issia et tous ces autres ano - nymes qui croupissent aujourd’hui dans des cachots ou sous terre ? Et tous ceux de Nahibly, de Guitrozon, Petit Duekoué etc. ? Et les danseuses d’Adjanou ? La liste est longue et lugubre. Vu que les hommes du tan - dem Ouattara-Soro ne trient pas, mais que supposément l’actuel homme fort du pays a quand même eu des voix au sein des victimes, peut-on dire qu’il est guidé par un sentiment génocidaire ? Aux fins de modifier le profil sociétal du pays ? Question lancinante, quand l’on pense aux violences de toutes sortes dont certaines populations sont victimes à côté de ceux réputés hommes politiques. Michel est victime de son patronyme. Sa mère adoptive, de son nom marital. Les autres paient pour être originaires de certaines régions du pays. Mais entre nous, pourquoi la région d’origine de Ouattara semble moins touchée ? L’Ouest a payé un gros tribut, si ce n’est le plus lourd. Au Nord, ce sont des cibles identifiées qui ont été frappées. A l’Est aussi, de même qu’au Centre et au Sud. Même si dans ces régions ce sont les infrastructures publiques qui ont été dévastées. Mais ce trait est général. Soro l’a dit, ils venaient pour instaurer un Nouvel ordre politique et pour cela, il fallait éradiquer tout ce qui rappelle le régime attaqué. En faisant fi de ce que la reconstruction ne se ferait pas par un coup de baguette magique. De même que «mélangé», le pays ne se reconstituerait pas juste après l’installation du mentor. Comme des automates, ils ont tout détruit (vies humaines et infrastructures) sur leur passage. La haine de Gbagbo était extrême. Les exactions plus ou moins sporadiques que nous voyons mainte - nant ne sont qu’un résiduel révélateur. Les FRCI ne se sont pas encore libéré du lavage de cerveau subi avant de passer à l’action. Ils répondent que c’est pour se rappeler aux bons souvenirs du Chef qui leur avait promis des choses. Peut-être mais cela ne peut satisfaire. Pourquoi malgré sa prise (le mot est réellement à propos) du pouvoir, Alassane Ouattara continue-t-il avec autant de rage à casser du FPI ? La relecture de «Soundjata, Lion du Mandingue», pièce théatrale écrit par Gbagbo alors en service militaire- sanction, a écrit : «…car il n’y a rien de plus insupportable à l’usurpateur que la présence de celui qui incarne la légitimité». Autrement dit, Alassane Ouattara qui s’est dépêché d’éloigner et surtout de vouloir à tout prix maintenir Gbagbo hors du pays, avoue son illégitimité, incapable qu’il serait de supporter les yeux, les oreilles et la bouche de son adversaire renversé. Dans notre tragédie, il y a donc un usurpateur et sa victime. Le premier serait-il pris de remords et grondé par sa conscience ? Aurait-il donc compris qu’il n’avait pas choisi la meilleure manière d’arriver au pouvoir ? Dans l’incapacité de répondre avec justesse, nous nous en remettons à la sagacité populaire. Les autres, dits pro-Gbagbo, ne paieraient juste que leur part. Cet aspect est le baromètre de la rancœur de l’usurpateur. On n’oubliera pas cependant que Gbagbo vient du FPI. Et donc les militaires, les fonctionnaires qui n’ont fait que leurs devoirs ? Aurait-on raison de punir Wattao s’il lui advenait de devoir résister contre une autre rébellion ? Aurait-on raison de licencier tous ceux qui ont été recrutés grâce au rattrapage en cas de changement de régime ? Dans le même ouvrage, Soundjata poursuit : «…Mais comment faire valoir son droit quand la force est momentanément aux mains des injustes ?». A cette question, le FPI et tous les patriotes résistants répondent : «résistance pacifique». Mais là encore, l’usurpateur s’énerve davantage car cette posture ne fait que rallonger et renforcer son illégitimité. Lui qui a tant besoin de dorer son blason de démocrate. Incapable de trouver une réponse non violente, il s’enfonce dans la terreur comme mode de gouvernance. Ainsi va ce pays nôtre qui se meurt.

Dr Guehoun

Le Nouveau Courrier N° 836 Du Mercredi 24 Juillet 2013 dans l’actu




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