Pourquoi la France maintient Gbagbo en prison

Depuis quelque temps, certains médias annoncent que la France et ses acolytes impérialistes proposeraient au Président Gbagbo une liberté provisoire, dans un pays autre que la Côte d’Ivoire, la terre de ses ancêtres.

Vendredi 23 Mai 2014 - 08:19


Un rappel des faits est nécessaire pour comprendre cette autre carte des impérialistes occidentaux dans le jeu trouble confié à leur instrument plus politique que juridique qu’est la Cour Politique (et non Pénale) pour Indigènes (et non Internationale). L’avènement de Gbagbo au pouvoir en Côte d’Ivoire en 2000 fut pour la France et ses acolytes impérialistes occidentaux une surprise désagréable qui les amena à déclencher le complot pour faire la peau au président ivoirien reconnu pour ses idées souverainistes.

I-Gbagbo, l’opposant d’Houphouët- Boigny

Déjà dans l’opposition, Gbagbo en sa qualité d’enseignant-chercheur en histoire, s’est employé à ouvrir, par des conférences et débats scientifiques, l’esprit des élèves, des étudiants et autres cadres de la nation ivoirienne aux réalités politiques de la Côte d’Ivoire. Ceci, contre les usages antidémocratiques du parti unique, pourtant Parti démocratique de Côte D’Ivoire (PDCI), un parti habitué à défendre les intérêts de la France. C’est pourquoi, avec l’accord de la France et des impérialistes occidentaux, il fut plusieurs fois injustement arrêté et jeté en prison. Mais cela n’altérera en rien la vision qu’a l’homme d’une Côte d’Ivoire souveraine, démocratique et surtout au développement autocentré et fondé sur une meilleure exploitation de ses matières premières agricoles et minières ainsi que de ses ressources humaines, au bénéfice du peuple ivoirien. Cette prise de position ne peut évidemment plaire à la France des réseaux impérialistes et mafieux. Gbagbo qui a, en son temps, accepté son statut d’opposant et qui n’a pas mordu à l’hameçon malicieux du puissant Houphouët et de la France, refusant ainsi toute tentative de corruption, va réclamer le multipartisme dès 1990 et contraindre pacifiquement le pouvoir PDCI à accepter, contre son gré, la pratique des règles démocratiques. Pour confirmer ses ambitions politiques, Gbagbo, avec certains de ses camarades issus de toutes les régions de Côte d’Ivoire, crée clandestinement un parti, le Front Populaire Ivoirien (FPI), d’obédience socialiste. Il dote ce parti d’un programme de gouvernement solide avec l’ambition d’impulser à son pays un réel développement. Il n’est donc pas un héritier de l’Houphouétisme et des réseaux  françafricains. Gbagbo est l’enfant des élections, parvenu au pouvoir par des élections transparentes, démocratiques, organisées par son adversaire Feu le Général Guéï Robert. La Côte d’Ivoire, devenue l’une des colonies de la France depuis la conférence de Berlin de 1885, continue après les indépendances factices, d’être la vache à lait de cette vorace puissance colonisatrice. Malgré ces indépendances, et pour satisfaire leurs besoins sans cesse croissants en matières premières, les dirigeants français vont installer à la tête de leurs ex-colonies leurs hommes de main, des personnes disposées à leur brader les richesses africaines. Ce fut le cas en Côte d’Ivoire avec Houphouët-Boigny, pion essentiel de la françafrique, pour enraciner l’hégémonie de la France en Afrique. C’était le prix à payer pour que celui-ci puisse demeurer longtemps au pouvoir. C’est pourquoi, la France avec l’aide de ses « préfets » africains, s’employait à tuer ou chasser du pouvoir tous les responsables politiques africains qui s’opposaient à ses intérêts. Ainsi furent tués ou chassés du pouvoir Modibo Keita du Mali, Sylvanus Olympio du Togo, François Tombalbaye du Tchad, Hamani Diori du Niger, Thomas Sankara du Burkina Faso, Pascal Lissouba du Congo, N’Krumah au Ghana et bien d’autres. De même, tout Africain n’ayant pas l’onction de l’Elysée et qui s’opposait au président parrainé, subissait la même furia. C’est le sort réservé encore aujourd’hui à Gbagbo.

II – Gbagbo au pouvoir

Après son accession au pouvoir, il s’est employé à réconcilier les Ivoiriens, pendant que ses opposants, en particulier le RDR, parti de l’actuel Chef de l’Etat imposé aux Ivoiriens par la France avec l’aide du Burkina-Faso, manigançaient itérativement des mauvais coups pour lui arracher le pouvoir par la violence armée. Son humanisme a permis de faire revenir d’exil l’ex-Président Bédié, de mettre fin au mandat d’arrêt international lancé contre Ouattara pour faux et usage de faux par son allié d’aujourd’hui , de soulager officiellement et  financièrement les anciens présidents, premiers ministres, ministres et cela sans discontinuer. Son courage politique lui a permis d’honorer l’invitation de l’ex-président français Chirac, qu’il connaissait bien comme étant le parrain de ses opposants violents. Ce courage l’a amené à revenir au pays, après l’échec du coup d’Etat du 19 septembre 2002, alors que le président français d’alors lui proposait hypocritement le gîte et le couvert à Paris. Ce courage l’a encore poussé à se dresser contre la guerre de la France, des Etats Unis et autres soi- disant membres de la communauté internationale, à refuser le deal à lui proposé par Sarkozy et Obama pour céder le pouvoir à celui qui n’a pas gagné les élections. Ainsi Obama l’Africain n’a pu saisir l’opportunité de rentrer dans l’histoire en apportant sa contribution à la libération totale de l’Afrique du néocolonialisme, comme l’avait fait en son temps le Pape polonais Jean Paul II pour la libération des pays d’Europe de l’Est avec la chute du mur de Berlin. Contrairement à bien d’autres présidents africains, Gbagbo même au pouvoir, a continué de garder sa simplicité, son humour, sa compassion pour ses compatriotes y compris ses adversaires politiques dans la maladie et dans le deuil. Bref, un président pas comme les autres, très proche du peuple, faisant de lui un vrai nationaliste, contrairement à ces présidents-préfets parachutés et imposés par la France. Au plan politique, Gbagbo est un fin stratège ; ce que lui reconnaissent même ses pires adversaires étrangers et ivoiriens qui le considèrent, par leurs faits et gestes, comme un ennemi. Il a toujours prôné le consensus. C’est pourquoi il fait régulière- ment usage du slogan «asseyons-nous et discutons», écartant ainsi toute violence et toute accession au pouvoir par la force, contrairement à ses adversaires que soutient la France. Dans le déroulement de sa politique, Gbagbo a institué la décentralisation en créant les conseils généraux, démocratisant ainsi l’appareil poli- tique et administratif ivoirien. Au plan financier, il a fait élaborer et mettre en œuvre, pour moins dépendre des institutions de Bretton Woods, un budget sécurisé fondé sur l’utilisation des richesses et revenus propres de son pays ; et cela, à l’étonnement des dirigeants français. C’est pourquoi, pour une gestion rigoureuse, reconnue d’ailleurs par le FMI et la BM, la Côte d’Ivoire a été inscrite à l’initiative PPTE. Il a toujours payé, à temps, les salaires des fonctionnaires agents de l’Etat sans recourir à des aides financières étrangères, en particulier françaises, alors que les ressources des zones occupées par la rébellion étaient  pillées par la France, ses dozos et autres hors la loi à sa solde. Il a même pu rétablir les avancements salariaux donnant ainsi à tous les fonctionnaires des revenus plus importants. Il a mis fin à l’injustice des salaires à deux vitesses, imposées par Ouattara alors 1er ministre. Gbagbo a encore répondu favorablement aux revendications des syndicats en augmentant les indices salariaux de base et en débloquant les avancements gelés depuis les années 80 ; et cela sans le concours ni l’autorisation de la France qui, au contraire par les institutions de Bretton Woods, prônait la diminution de la masse salariale dans le but d’appauvrir les ivoiriens. Et dire que ces institutions sont aujourd’hui muettes devant les recrutements sauvages et ethniques de l’actuel gouvernement d’affairistes notoires. Toutes ces actions de développement mises en œuvre par le Président Gbagbo ont naturellement conduit les Ivoiriens à lui renouveler leur confiance lors de la dernière présidentielle qu’il a légalement, légitimement et véritablement remportée, n’en déplaise à la France, à ses alliés américains et onusiens qui n’ont trouvé que la solution de lui arracher le pou- voir par le coup d’Etat le plus long et le plus meurtrier que le monde ait connu. Pour reprendre le terme du «Général» sans arme Blé Goudé, ce traquenard électoral conçu et arrêté par la France et ses alliés impérialistes, bien avant l’élection présidentielle dont Gbagbo a laissé l’organisation à ses adversaires politiques du RHDP, va amener le bloc putschiste à le déporter manu militari et illégalement à la CPI. Honte à la France et à toute cette clique de cyniques et mafieux donneurs de leçons qui ne sont en rien des modèles!

III. Gbagbo à la CPI

 C’est la continuation du projet colonial de déporter toujours les opposants loin de leur lieu d’origine pour les faire mourir à petit feu et mettre fin à leur carrière politique, qui se perpétue, cette fois à l’aide d’institutions internationales et même mondiales de soi- disant justice dont la CPI. En pratique, cette CPI est une institution d’injustice aux mains des gouvernants occidentaux et des multinationales pour assujettir et asservir les dirigeants nationaux des pays pauvres. Sinon, Chirac et Sarkozy en 2004 et 2010, par les tueries massives de civils ivoiriens aux mains nues perpétrées par l’armée française, méritent amplement d’être traduits devant les juridictions de la CPI. Par la déportation de Gbagbo, Ouattara et son parrain Sarkozy, tentent d’humilier le Président  patriote, qui n’a fait que défendre son pays contre ces rebelles criminels formés et commandés par la France ; il s’agit de faire disparaître le parti créé par ce panafricaniste, le Front Populaire Ivoirien, de mettre fin à la carrière de celui qui ne veut pas adhérer aux sectes pernicieuses des gouvernants occidentaux. Après plus de 3 ans, les procureurs successifs de la CPI cherchent encore des preuves pour condamner le Président Gbagbo. Comment comprendre que, quelqu’un qui est accusé de tous les péchés d’Israël soit encore en attente de confirmation des charges ? Pourquoi ne pas logiquement infirmer maintenant les chefs d’accusation brandis à la face du monde pour l’enlever du pouvoir ? C’est sans doute cette hypothèse qui devrait prendre le dessus sur les niaiseries des juges de la CPI. Mais comme la France et ses acolytes ne veulent jamais perdre la face, ils veulent libérer provisoirement le Fils du Peuple ivoirien en le maintenant loin de la terre de ses ancêtres. C’est une occasion de permettre à leur homme-lige de continuer à piller les richesses de la Côte d’Ivoire pour les intérêts de la France et des impérialistes occidentaux.

IV. Que dire de cette probable liberté provisoire en dehors de son pays ?

 Il apparait clairement devant le manque patent de preuve que Gbagbo n’est coupable d’aucun crime. Il mérite donc d’être mis purement et définitivement en liberté pour lui permettre de regagner son pays où l’attendent ces millions d’Ivoiriens acquis à sa politique autonomiste. Pourquoi donc une liberté provisoire pour cet innocent ? Certainement pour bafouer la dignité de celui qui s’est attaché à préserver l’avenir des Ivoiriens et qui a refusé de céder aux injonctions des impérialistes malgré les tonnes de bombes et missiles que l’infâme bourreau Sarkozy a fait pleuvoir sur la Résidence officielle du Chef de l’Etat ivoirien. Vivre en liberté provisoire à l’étranger, c’est accepter d’être définitivement écarter du jeu politique ivoirien en déroulant le tapis rouge aux seuls affidés de la mafieuse Françafrique ; c’est fermer la porte à toute alternance au pouvoir et permettre ainsi à la France de toujours imposer ses hommes-liges en Afrique. C’est annihiler tous les efforts déjà déployés par Gbagbo, son parti et tous les démocrates africains pour une véritable indépendance des pays du continent noir. C’est maintenir une épée de Damoclès sur sa tête ou avoir à son cou une corde sur laquelle tirera bien souvent la France, pour le soumettre à ses injonctions.    Toutefois l’espoir demeure car quelle que soit la longueur de la nuit, le jour paraît toujours. Le fin politicien qu’il est pourra sortir vainqueur des pièges des impérialistes. Déjà, la crise créée de toutes pièces par la France et ses acolytes commence à livrer ses secrets. Les faits étant têtus, la vérité sera bientôt au grand jour. Ces Français et autres occidentaux ont habitué le monde à leurs repentirs tardifs et hypocrites. Ce sera seulement dommage car les années auront eu leur effet de vieillissement sur le Président des Ivoiriens qui, de ce fait, arrêtera de faire la politique. Mais les impérialistes doivent savoir que dans le cas d’un abandon officiel de la politique par Gbagbo, les Ivoiriens continueront de respecter à la lettre ses consignes de vote. Car en chaque Ivoirien digne de ce nom, il y a un Gbagbo Laurent, une Simone Gbagbo, un Charles Blé Goudé. Il y a en chaque Ivoirien un esprit de patriotisme qui ne peut ni se corrompre ni se flétrir. Nul ne peut tuer un esprit, même avec des drones, des bombes, des missiles et toutes les propagandes mensongères déversées par les médias occidentaux. A l’analyse, le maintien du Président Gbagbo à La Haye apparaît clairement comme la manifestation de la haine injustifiée de deux hommes politiques : l’un africain, l’autre européen, contre un homme qui a su à leurs endroits faire preuve d’amour, de pardon, en permettant la candidature de l’un, en faisant voter une loi d’amnistie pour des rebelles et leurs parrains, en continuant d’offrir de gros marchés à des entreprises françaises qui, à la vérité, ne le méritaient pas. La traduction de Gbagbo devant les juridictions de la CPI est donc la concrétisation de l’ingratitude de ce couple de franc- maçons. La France, pour mieux exploiter l’Afrique et la Côte d’Ivoire en particulier, en veut à Gbagbo, démocrate dans l’âme, défenseur des libertés qui, par sa politique et ses actions, fait la promotion de la vraie liberté et de la vraie démocratie en Afrique, car c’est seulement du bout des lèvres que les dirigeants français parlent de démocratie en Afrique. L’idée d’éloigner le Président Gbagbo de son pays et de la politique par une liberté provisoire à l’étranger est la preuve supplémentaire que le Woody de Mama est victime de sa très grande popularité en Côte d’Ivoire, en Afrique et même dans le monde entier.

Nanwoulet G. Simone

Source: Le Nouveau Courrier N° 1035 Du Jeudi 22 Mai  2014




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