Pourquoi Ouattara a peur des états généraux

Mercredi 4 Décembre 2013 - 11:33


Des boulimies, des hallucinations, des nuits aux troubles cauchemardesques, telles pourraient être les inquiétudes et  les réalités  qui hantent et agitent  Ouattara, ces derniers temps. Au regard des sorties aux allures de détresse qu’il croit  émettre pour se sauver des eaux et signifier par-dessus tout une position. L’occasion lui vient d’être donnée à la conférence de presse du  vendredi  30 novembre 2013 qui marquait  le dernier jour de sa tournée du Gbêkê  pour encore, pétitionner sur ce  qu’on pourrait qualifier  de fuite en avant d’un Président qui s’éver - tue à couver du feu, qui pourtant le brûle. de l’opportunité de la  tenue des Etats  généraux exigés par le Fpi, la réaction de Ouattara est tout simplement symptomatique de l’appréhension qui le ronge quand  il s’agit des questions qui engagent l’avenir de la Nation. Là-dessus, il choisit de ramer à contre- courant et s’enterrer la tête pour ne rien voir comme une autruche. «Ces états généraux, je ne sais pas à quoi ça servirait» , a déclaré Alassane Ouattara face à la presse. il n’en fallait pas plus pour  qu’il étale une fois de plus au grand jour, ce  que  le peuple sait déjà  de lui,  au terme de plus de deux ans de gouvernance. Alimenté, entretenir le flou pour espérer comme 2010, tailler à sa mesure  les résultats électifs. Pendant que le Fpi    argumente la tenue des états généraux et multiplie les adhésions de la Société civile et d’autres partis qui sont d’ailleurs sur la même longueur d’onde que les «frontistes» ,  le régime actuel semble avoir d’autres chats à fouetter. Une peur bleue des états généraux et/ou de la justice transitionnelle ? En tout cas,  tout porte à le croire. Ce qui préoccupe Ouattara, c’est comment se faire élire en 2015, au point de demander aux formations politiques de «se préparer pour la joute présidentielle» .

La peur de la  vérité crue

«M. Bédié est là en Côte d’Ivoire, M. Ouattara est là en Côte d’Ivoire, M. Gbagbo doit être là en Côte d’Ivoire.  À tort ou à raison,  tous les trois sont cités dans toutes les péripéties de la crise ivoirienne. Ils ont le droit et le devoir de comparaître et s’expliquer devant le tribunal du peuple souverain de Côte d’Ivoire qui tranchera et définira un nouveau modèle du vivre ensemble et remettre les clés à qui de droit pour ouvrir à la Côte d’Ivoire les chantiers du progrès et de la liberté » . Ce sont en  ces termes que Sangaré Aboudramane a décliné la position du Fpi  quant à l’essence même des états généraux de la République, lors de la journée hommage à Laurent Gbagbo le samedi 30 novembre. des assises comme l’explique le Fpi, qui sont   censés être un espace de débat large, inclusif, franc et sincère sur toutes les questions qui divisent les Ivoiriens depuis plusieurs années, qui constituent les causes de la crise ivoirienne et dont la résolution permettra de fonder un nouveau consensus national pour la paix, la stabilité, l'unité et la réconciliation nationale. Mais la dernière sortie indique aisément  la peur que Ouattara à  de cette tribune de l’histoire. Car les vérités qui en sortiraient, faut-il encore le rappeler, ne sont pas de nature à arranger les tripes du pouvoir qui en sortirait avec ballonnement pathologique. des questions et des réponses qui vont être passées au tamis, face auxquelles  embarras et confusions du  régime Rdr et de ses suppôts seront de mise. Surtout sur la question brûlante de la  responsabilité de la rébellion de 2002 et des crimes odieux qui ont été plus ou moins déjà revendiqués par Guillaume Soro  au plus haut degré (lire Pourquoi je suis devenu rebelle )  et  par Ouattara lui-même à un degré moindre. Il suffit de se référer aux propos  apologétiques qu’il a lancés à la rébellion de 2002, lors de sa tournée du Nord,  le 7 juillet 2013. Et comme il est su que c’est grâce à  cet état de fait, régenté par la rébellion où le régime trouve sa marque de règne dans la confusion, avec des Frci et dozo qui sont des maîtres du territoire ivoirien, Ouattara n’acceptera  volontai - rement de se soumettre à la normalité. Et bien comme une carpe qui se sent bien dans une eau  polluée, le régime préfère l’ignominie et aux conditionnalités  plausibles d’une  véritable  sortie de crise.  Car en admettant une  assise de cette nature, il contribuerait à la décrépitude d’un régime qui ne sait que vivre dans le désordre et le chaos. Orchestrés volontairement pour faire plaisir à ces vermines qui l’ont aidé à s’accaparer le pouvoir. A l’image de toutes ces milices étrangères  qui occupent les forêts de l’Ouest qui ont besoin de gage du régime pour continuer d’exploiter les terres au détriment des autochtones. A cet égard,  les statistiques officielles de l’occupation des forêts du mont Péko, à titre d’exemple, sont parlantes de l’ampleur du phénomène, 537 Ivoiriens (4%) et 14 445 étrangers (96%) dont 14301 Burkinabè (99%). Avec une telle occupation qui ne fait qu’arranger le pouvoir, mais des questions qui figurent à l’ordre du jour des états généraux, Ouattara n’est nullement préoccupé par  le règlement d’une telle question. Au contraire, il s’attèle plutôt à naturaliser massivement  ces hommes, en vertu d’une loi de rattrapage sur la table des députés.   Autant de réalités sur lesquelles immanquablement l’assise nationale tablera pour que la vérité triomphe de l’infa - mie entretenue volontairement. Tout comme les vérités  de La Palice sur la responsabilité avérée des ex-dirigeants de la rébellion dans les crimes, les charniers de 2002 à 2010,  qui sont de nature à susciter de l’appréhension de la part du régime, obligé de faire de la diversion et s’engouffrer dans une politique de terre brûlée. Et le moins qu’on puisse dire, il sera difficile au pouvoir de mettre la charrue avant les bœufs. Car quoiqu’il en soit, la vérité des états généraux le rattrapera.

Marcel dezogno

Source:  LG Infos N ° 6 0 1 DU MARDI 3 DECEMBRE 2 0 1 3




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