Pour satisfaire les désirs de Ouattara/ Comment le régime libérien persécute les réfugiés ivoiriens

Lundi 25 Juin 2012 - 00:28


Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria
Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria
Sous prétexte de traquer des «miliciens» et «mercenaires» pourtant présentés comme libériens, des unités spéciales libériennes assiègent les camps de réfugiés et persécutent ceux qui s’y trouvent après avoir fui suite aux crimes contre l’humanité qui ont été commis dans leurs villes et villages. Dans l’indifférence du HCR et de la communauté des défenseurs des droits de l’Homme.
Que se passe-t-il vraiment au Liberia concernant les réfugiés ivoiriens et les prétendus «mercenaires» originaires de ce pays dont le régime Ouattara réclamerait la tête ? Une certaine forme de black-out entoure la situation de ces dizaines de milliers de personnes qui vivent pourtant les pires souffrances, otages à la fois du sadisme du régime de leur pays dont ils ont fui la cruauté et de honteuses complicités à la tête de l’Etat qui les a accueillis, du système des Nations unies, des médias dominants et des organisations de défense des droits de l’homme. Selon les témoignages que nous avons discrètement recueilli au sein des camps de réfugiés, c’est la psychose depuis que le régime d’Abidjan, incapable de régler la question de l’insécurité à l’Ouest, a décidé de pointer un doigt vengeur sur le Liberia qui tente maladroitement de lui donner des gages. Des unités de la police et de la gendarmerie qui répondent directement d’Ellen Johnson Sirleaf, la présidente libérienne, débarquent dans les camps et se livrent à différents actes de persécution, qui violent les règles internationales qui encadrent le statut de réfugié, notamment le devoir de protection auquel sont astreints les Etats qui les reçoivent. «Les Ivoiriens qui vivent dans des camps sont aujourd’hui privés de tout mouvement. Les camps sont barricadés par l’armée et la police libériennes. Ils disent qu’ils ont été déployés dans le canton de Grand Gedeh pour sécuriser la frontière ivoiro-libérienne. Mais à notre grande surprise, ils ne sont pas aux frontières, mais autour des camps. Ils nous terrorisent. C’est un vrai calvaire. Tout le monde se blottit dans sa tente. Ceux qui sont en ville ne sortent pas de chez eux. Quand on te voit dehors, on t’interroge. On t’envoie au commissariat. Tu es maté», témoigne amèrement un réfugié interrogé par Le Nouveau Courrier. Qui ajoute que cinq réfugiés qui faisaient du charbon avec du bois de coupe – occupation classique des Ivoiriens qui cherchent à joindre les deux bouts – pas loin du plus gros camp recueillant des Ivoiriens ont été arrêtés et transférés à Monrovia sans aucune autre forme de procès… Pour être, dit-on, extradés en Côte d’Ivoire… Les soldats d’Ellen Johnson-Sirleaf sont venus, disent-ils, «chercher huit Libériens et deux Ivoiriens» à qui ils reprochent d’être à la base des troubles dans la région de Taï. Ce qui est fâcheux est qu’aucun des Libériens recherchés ne vit dans les camps de réfugiés. Les deux Ivoiriens cités non plus. Parmi eux, Charles Blé Goudé, cité de manière fantaisiste par les autorités libériennes, dans la mesure où elles savent pertinemment que l’ancien ministre de la Jeunesse et de la Formation professionnelle et leader du Congrès des jeunes et des patriotes (COJEP) ne vit pas au Liberia…Drôle de zèle !
Plus grave, des témoignages recueillis par Le Nouveau Courrier font état de la présence, parmi les soldats libériens déployés autour des camps de réfugiés, d’éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Les mêmes FRCI qui ont commis, de l’avis de toutes les organisations de défense des droits de l’Homme, des massacres de masse qui ont poussé nombre de populations visées en raison de leur appartenance ethnique, à fuir la Côte d’Ivoire. Dans le mépris le plus absolu des conventions internationales, les autorités libériennes ont invité des loups dans la bergerie…
Le silence coupable du HCR.
Pendant ce temps, que fait le Haut- Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), en principe tenu de faire appliquer les dispositions internationales qui fondent sa création ? Selon nos sources, rien du tout. «Nous ne ressentons plus notre statut de réfugiés», sanglote une de nos interlocutrices. Gregory Andrew, responsable du HCR dans le canton du Grand Gedeh, se montre «fuyant», de l’avis de plusieurs. Le HCR ne cache de toute façon pas sa volonté d’obliger les réfugiés ivoiriens à retourner dans leur pays en dépit des menaces qui continuent de planer. Des mesures administratives sont prises, au Ghana et au Liberia, pour les clochardiser et les forcer à rentrer au pays ou tout du moins à sortir des camps. Objectif ? Offrir de belles statistiques au régime ivoirien qui continue de jouir de la mansuétude de la «communauté internationale», qui a investi pendant une décennie pour le faire advenir au forceps. Les rations alimentaires sont réduites. Les tentes sont fournies en quantité insuffisante. Ainsi, les trois camps installés au Liberia ont une capacité d’accueil de 55 000 personnes, alors que les réfugiés officiellement inscrits sont au nombre de 71 000. Du coup, beaucoup d’entre eux, qui ont des liens familiaux au Liberia, vivent au sein de communautés autochtones. Du coup, ils n’ont pas droit aux rations et sont hors statistiques…
Les organisations de défense des droits de l’Homme complices. L’Histoire retiendra qu’en amont de tout l’activisme du gouvernement libérien, qui va de pair avec des violations des droits de l’Homme, se trouve… Human Rights Watch, organisation internationale censée les défendre mais qui se comporte plus comme un groupe de pression au service d’un certain nombre de réseaux d’influence. «Depuis plus d’un an, le gouvernement libérien pratique la politique de l’autruche face au flot de criminels de guerre qui ont franchi la frontière libérienne à la fin de la crise ivoirienne», affirmait ainsi Matt Wells, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch. «Plutôt que d’assumer leur responsabilité de poursuivre en justice ou d’extrader les personnes impliquées dans des crimes internationaux, les autorités libériennes sont restées passives alors que beaucoup de ces personnes recrutent des enfants soldats et conduisent des attaques transfrontalières meurtrières.» De telles déclarations, qui feignent de croire qu’une vraie justice existe en Côte d’Ivoire, et qu’une extradition est moralement défendable, alors que Human Rights Watch et d’autres organisations soeurs dénoncent la «justice des vainqueurs» qui a cours à Abidjan, servent de caution aux pratiques actuelles des régimes libérien et ivoirien. Est-ce pour maintenir la fiction selon laquelle tout va de mieux en mieux en Côte d’Ivoire que Matt Wells, chercheur spécialiste de l’Afrique de l’Ouest, qui «pond» à la fois des rapports sur les droits de l’homme et des tribunes à caractère politique qui
font les éloges de Ouattara et critiquent la posture du FPI, a mis dans les tiroirs les témoignages des réfugiés qui se sont confiés à lui après être retournés dans leurs villages et y avoir subi de graves sévices physiques de la part de ceux qui ont occupé leurs champs et leurs maisons? Mystère. En tout cas, il est un fait que les violations des droits de l’Homme visant les autochtones à l’Ouest, relayées au quotidien par la presse nationale, n’intéressent plus les organisations internationales spécialisées. En effet, reconnaître les pratiques meurtrières et accaparatrices des Dozos et des FRCI reviendrait à admettre que la présence de réfugiés originaires de cette région de la Côte d’Ivoire au Liberia et au Ghana est légitime. Et qu’ils doivent être protégés après avoir assisté à l’assassinat systématique de leurs proches et à la destruction de leurs maisons et de leurs greniers.
 
Par Philippe Brou


La vérité sur les 41 Ivoiriens que le Liberia s’apprête à livrer au régime Ouattara

Cela fait plus d’un an que les 41 jeunes Ivoiriens qu’Ellen Johnson-Sirleaf
s’apprête à livrer à Ouattara sont emprisonnés au Liberia. Ils ont été arrêtés
en mai 2011, après leur traversée du Cavally et leur enregistrement par le HCR, comme en témoignent leurs «tokens» (sorte de pièce d’identité qui prouve qu’un réfugié a été comptabilisé). Ces 41 jeunes ont été, en ce mois de juin, jugés par la Cour d’assises libérienne et acquittés. Par la suite, leurs avocats ont appris que le régime d’Abidjan réclamait leur extradition pour onze chefs d’accusation génériques, sans précisions sur le détail des crimes
qu’on les soupçonne d’avoir commis. Cette affaire soulève un certain nombre de questions. La Côte d’Ivoire et le Liberia sont-ils liés par une convention d’extradition ? Que dit-elle ? Le statut de réfugié, et la protection
internationale accordée à ceux qui le détiennent, sont-ils compatibles avec ce
type de procédures ? Alors que la communauté internationale déplore la justice des vainqueurs en Côte d’Ivoire, est-il moral de les faire juger par un tribunal ivoirien ? Plus profondément, cette affaire est caractéristique de l’état d’esprit du régime Ouattara. Qui pense que dès lors qu’il aura obligé tous les Ivoiriens exilés à rentrer dans la prison de 322 000 kilomètres carrés qu’est aujourd’hui leur pays, il réussira à faire avaler à son opposition à une sorte de «paix par contrainte». L’extradition de Moïse Lida Kouassi, offert comme un cadeau au chef de l’Etat ivoirien en visite à Lomé, l’affaire des «41», les persécutions qui ont lieu dans les camps au Liberia, les pressions exercées sur les gouvernements ghanéen et béninois, mais aussi les menaces ouvertes, de nature diplomatique, que subit le correspondant du Nouveau Courrier au Cameroun – qui est sous la protection de la DST locale, laquelle l’a gardé dans ses locaux deux nuits durant – obéissent à la même logique infernale.

P.B.
 
SOURCE: Nouveau Courrier N°547 >Du samedi 23 au dimanche 24 juin 2012




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