Pour la paix en Côte d’Ivoire, proposons une alternative

Vendredi 5 Septembre 2014 - 07:55


Introduction Depuis le premier Président de notre pays, la Côte d’Ivoire a toujours poursuivi un triple idéal : sa foi inébranlable dans un monde de paix, un monde de liberté, un monde de fraternité. Le pays a recherché la paix au niveau national comme international. En Afrique, l’histoire retiendra notre modeste contribution à la création de l’OUA, de Brazzaville à Monrovia, de Monrovia à Lagos, de Lagos à Addis- Abeba et au renforcement de son action, de même que notre participation active aux rendez-vous de la solidarité, qu’il s’agisse du Conseil de l’entente, d’Air Afrique ou de la Banque Africaine de Développement, de l’UMOA, de la CEAO et de la CEDEAO. Félix Houphouët Boigny  ne cessait de répéter qu’il est plus facile de faire la guerre que de faire la paix. Si le dialogue n’a pu faire l’économie d’une guerre, on est toujours obligé, pour mettre fin à celle-ci, de recourir à la négociation, donc au dialogue, et ce dans des conditions très difficiles créées par les destructions de vies humaines et d’importants matériels. C’est la raison pour laquelle, en dépit de nos différentes ethnies, il avait réussi à nous unir. Il n’a jamais favorisé le ségrégationnisme ethnique dans notre pays. Mais cette construction de la nation a pris une véritable calotte depuis le 11 avril 2011. En effet, depuis qu’il a pris les rênes de notre pays, le Président Ouattara construit chaque jour les bases d’une fracture sociale. Non seulement la paix est menacé mais aussi l’injustice et l’impunité sont érigées en religion. Cette présente réflexion s’adresse aux démocrates ivoiriens afin de réfléchir à une alternative.

• Le rattrapage ethnique est une ségrégation ethnique

 La ségrégation est l’action de séparer les éléments d’un tout, d’un ensemble, de les mettre à part. La ségrégation ethnique serait dans ce cas, une action visant à mettre à part les personnes d’une certaine ethnie et discriminer les autres. C’est le Président Ouattara lui- même qui a fait la promotion de cette ségrégation avec son rattrapage ethnique. Dans la pratique tous les postes en Côte d’Ivoire sont occupés par  les hommes de son clan. En Côte d’Ivoire, le délit de faciès et de patronyme n’existe plus sous le Président Ouattara. Depuis l’armée jusqu’aux ministères, le rattrapage ethnique fait autorité. Cette ségrégation ethnique a des conséquences incalculables. Désormais en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens ont tendance à construire leur identité autour de l’ethnicité. Mieux, la nation ivoirienne est en déconstruction permanente.

• L’injustice est le terreau de la révolte

 Comme pour saper définitivement les bases de la nation, l’injustice est devenue la norme en Côte d’Ivoire. La réconciliation en Côte d’Ivoire est réflexive, elle se fait avec un seul camp. On emprisonne des militaires, des policiers, des gendarmes, des fonction- naires pour rien si ce n’est pour détruire leur vie. On gèle les avoirs de certains et on fait des cadeaux aux autres sans qu’on ne sache la clé de répartition et le mode opératoire. Les FRCI peuvent frapper sauvagement, tuer d’honnêtes citoyens sans que le gouvernement Ouattara ne dise un seul mot. Les Ivoiriens attendent toujours les résultats des enquêtes concernant les morts de la bousculade du Plateau, l’assassinat du jeune Tiémoko, les morts du bus tombé dans la lagune etc. Sous Ouattara, les députés de l’ère Gbagbo ne sont pas payés. L’ex- Président de l’assemblée nationale attend toujours son traitement d’ancien Président d’institution. Ce qui fait peur pour notre pays, c’est que l’injustice ne prospère pas indéfiniment. La révolte commence dès lors qu’un individu refuse d’accepter une situation qu’il considère, à tort ou à raison, comme injuste. « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non », dit Albert Camus dans L’homme révolté. Mais Camus ajoute aussitôt que l’homme révolté dit également « oui », au sens où il cherche à mettre en avant et à préserver quelque chose, comme des droits, une dignité, ou plus simplement sa liberté. Dans notre pays, il ne faut pas conduire l’Ivoirien à dire par exemple qu’il préfère « plutôt mourir debout que de vivre à genoux ».

• Pour sauver la Côte d’Ivoire, unissons-nous contre la politique actuelle

Les démocrates ivoiriens ont aujourd’hui l’obligation de sauver la Côte d’Ivoire. Il ne s’agit pas d’opter simplement pour une alternance car elle n’est pas toujours salvatrice.  Nous ne nierons point notre satisfaction presque euphorique à assister à la défaite du Président actuel. La défaite prochaine du candidat Ouattara marquera la fin d’une ère. Elle témoignera également d’un ras-le-bol colossal à l’égard de la façon de gouverner du régime. Plus qu’un désaccord idéologique avec la gouvernance actuelle, elle dénonce l’opposition d’une majorité d’électeurs vis-à-vis de la fracture sociale et du régime hyper-présidentiel. Cependant, il ne faut pas se faire d’illusion car ce qu’il faut à notre pays, c’est une alternative à la politique actuelle menée en Côte d’Ivoire. A la politique économique tendant à endetter démesurément le pays, il faut proposer une autre politique privilégiant la mobilisation interne des ressources pour le financement de l’économie. A la politique de coquins et de copains, il faudra proposer une politique basée sur les mérites et les compétences. A la politique tribale et clanique, il nous faut proposer aux Ivoiriens une politique de cohésion sociale capable d’unir les Ivoiriens qu’ils soient du Sud, du Nord, de l’Ouest et de l’Est. Le détricotage de la nation et la déconstruction de notre république ne sont pas acceptables.

Conclusion

 Il ne faut pas prolonger en longueur la souffrance des Ivoiriens. Ils ont du mal à manger deux fois par jour alors qu’on avance des taux de croissance à deux chiffres. Non seulement le présent est difficile mais également le futur est hypothéqué. Le recours effréné à l’épargne étrangère inquiète les jeunes et le refus d’engager une réconciliation sincère laisse peser un doute épais sur l’avenir du pays. Parce que les Ivoiriens aspirent à la paix et au développement, nous devons proposer une autre voie, la voie de la cohésion sociale, du développement autocentré et de la résolution de nos problèmes par nous-mêmes.

Par Dr PRAO Yao Séraphin

Source: Le Nouveau Courrier N°1103 Du Jeudi 4 Septembre 2014




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