Porté par des personnalités comme Guillaume Soro ou Nkosazana Dlamini-Zuma, le panafricanisme connait un second souffle.

CIVOX.NET
Jeudi 11 Août 2016 - 12:12


 

A l'heure où le paneuropéanisme est ébranlé par le brexit, où le Royaume-Uni est lui-même en passe de se diviser, où la Catalogne menace de se séparer de l'Espagne, les partisans de l'union continentale font pâle figure. Un pessimisme qui se retrouve aussi en Afrique, où l'absence de consensus clair et de vision transversale fait douter de l'avenir de l'Union Africaine.
 

Pourtant, certaines voix se sont élevées, à l'image de celles du président de l'Assemblée ivoirienne Guillaume Soro et de l'actuelle présidente de la Commission de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, qui veulent porter l'Union vers une nouvelle étape qui passera par un approfondissement du dialogue et de la solidarité, ceci afin d'accélérer les processus de paix et de développement sur le contient.
 

Et si tout cela n'était pas que vaines paroles ?
 

Le 27e sommet de l'Union africaine (UA) s'est tenu mi-juillet dans la capitale du Rwanda, Kigali, et le programme était chargé : les chefs d'Etat présents ont discuté de la protection des femmes et des droits des minorités, des troubles inter-ethniques ébranlant le Soudan du Sud, de la succession à la tête de la commission africaine de Nkosazana Zuma, de la lutte contre le terrorisme, de la possible réintégration du Maroc dans l'UA, de la mise en place d'un passeport africain, etc. Ce rendez-vous clé est censé assurer un changement de direction attendu, et initier une dynamique parmi les Etats membres, leur permettant d'œuvrer ensemble en vue de trouver des solutions économiquement justes.
 

En effet, alors que la question de la libre circulation des personnes a divisé l'Union Européenne jusqu'à provoquer (en partie) la sortie du Royaume-Uni, l'UA envisage à son tour  de voter l'établissement de la libre circulation des citoyens africains sur le continent. « Le sommet donnera un coup d'accélérateur à l'intégration africaine (…). C'est une bonne chose mais il faut aller vite, car si l'Afrique veut faire face aux Etats-continents émergents [Chine, Inde, Russie] et aux blocs économiques et politiques occidentaux [Etats-Unis et UE], il lui faut, dès maintenant ou dans le moyen terme, faire de la libre circulation des personnes et des biens ainsi que de l'uniformisation des politiques économiques et fiscales, une réalité », prévenait peu avant l'ouverture du sommet Geoffroy-julien Koua, juriste et analyste politique.
 

Pourtant, les divisions demeurent, et le projet panafricain peine parfois à se mettre en branle. Pour bien comprendre les difficultés organiques de l'UA, il faut connaitre son histoire. Tout commence avec l'Organisation de l'unité africaine (OUA). Elle regroupe 30 pays qui viennent d'arracher leur indépendance aux puissances coloniales européennes et signent le 26 mai 1963 la charte de l'OUA. Inspiré par la CEE (Communauté économique européenne, ancêtre de l'Union Européenne), elle vise à établir une entité continentale forte. Cependant, ce programme n'aboutira pas à cause de désaccords sur des questions de développement commun qui bloquent le consensus. Le caractère arbitraire des frontières héritées du colonialisme donnera lieu à de nombreuses divisions. A ce titre, l'exemple marocain est éloquent.
 

En 1963, le Maroc a fait partie des fondateurs de l'OUA. Cependant, le royaume s'est retiré de l'organisation panafricaine en novembre 1984, lorsque l'OUA décidera à Addis-Abeba l'admission de la République arabe sahraouie démocratique comme 51e membre de l'organisation. Il s'agit d'un territoire indépendant revendiqué par la monarchie constitutionnelle, et globalement non-reconnu internationalement. Avec cette sortie, l'UA perd un acteur clé - les participations économiques marocaines dans les secteurs du bâtiment, des banques, des assurances, ou encore des télécommunications ont consacré le Maroc comme le deuxième investisseur du continent africain.
 

Cela montre bien que le risque d'une unité de façade existe, qui cache des divisions profondes et fait se poser la question de la pertinence d'un mouvement panafricain. Aussi, dernièrement, les critiques à l'encontre du projet d'unité africaine se sont multipliées. On peut par exemple citer l'éditorialiste Adama Gaye, qui dans son pamphlet La panne du panafricanisme déplore une « crise protéiforme » qui provoque le délitement du projet d'union. « Qui ose encore en faire le continent qui monte ? Tout se déglingue. Et l'Union africaine (l'union affreuse ?) est l'expression la plus achevée de ce retournement de situation (…), elle n'est plus qu'un Titanic institutionnel en puissance. » Pour lui, « le Titanic UA, est proche de faire naufrage » et « le rêve [des pères fondateurs de l'OUA] est devenu un insoutenable cauchemar. »
 

Mais tous ne sont pas aussi fatalistes. Après tout il y a des raisons de ne pas l'être. L'UA occupe une place grandissante sur la scène internationale où elle est considérée comme une organisation de plus en plus influente, qui ambitionne un jour de décrocher un siège permanent au conseil de sécurité. Sa prise en main de nombre de conflits du contient a par ailleurs été admirable, et l'UA s'évertue à mettre en place des stratégies de paix pour parvenir à « une Afrique sans conflit à l'horizon 2020. » L'ambassadeur éthiopien auprès de l'Union africaine pointe du doigt la fragilité des Etats comme étant à l'origine des conflits en Afrique – un problème qui pourrait être comblé par plus d'unité, ce qui donne tout son sens à l'UA.
 

Un autre défenseur ardent du projet panafricain a été trouvé en Guillaume Soro, ancien Premier ministre et actuel président de l'Assemblée nationale ivoirienne : « l'intégration doit dépasser le stade de la simple prise de conscience intellectuelle et se présenter aujourd'hui comme une exigence d'union et de développement. » Pour lui, il est de la responsabilité des Etats de porter plus loin ce projet afin de favoriser la justice sociale. « Face à l'étroitesse de nos marchés et à la faiblesse de nos économies sous-régionales, (…), il est du devoir de nos États de conjuguer leurs efforts en vue de trouver des solutions politiquement durables et économiquement avantageuses pour le bien-être de nos populations. »
 

Cette vision est partagée par la présidente de la Commission de l'Union Africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma. Pour elle, les Etats africains ont besoin d'une grande solidarité, d'unité et de coopération, pour assurer leur autonomie et leur indépendance. Force est de constater que l'Afrique n'a pas réellement su capitaliser sur ses ressources, et dans nombre de cas se fait encore exploiter. Certains bailleurs qui financent le développement du continent en profitent pour fixer les actions à mener – souvent au détriment des populations. « On a tout à gagner en se mettant ensemble. C'est dans ce cadre que l'intégration aidera les hommes et les femmes investisseurs qui se mettent ensemble dans le but de construire une UA d'un continent prospère », explique-t-elle.
 

Les défis ne sont pas minces, notamment concernant la nouvelle donne sécuritaire du contient. Il est nécessaire d'approfondir la coopération contre le terrorisme, qui fait des divisions africaines son terreau. « L'Afrique est plus que jamais au cœur du risque terroriste qui est en train "métastaser" les pays du Sahel », mettait en garde l'éditorialiste Hichem Ben Yaïche, qui dirige les publications New African et African Business. On sait que la fortune de l'État islamique est évaluée à près de 2 200 milliards de dollars, et que l'organisation rayonne largement en Afrique, notamment par le biais de Boko Haram, qui lui a prêté allégeance. « Qu'ils s'appellent les Shebabs, Boko Haram ou Al-Qaïda au Maghreb islamique, les groupes terroristes djihadistes ciblent, comme principal vecteur de mort, notre jeunesse » alertait Guillaume Soro. Et malgré tout, l'union a prouvé qu'elle faisait bien la force, notamment dans la déroute militaire et le début du déclin de Boko Haram. Un exemple à suivre.

Elodie Fournier





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