Politique d’industrialisation de la Côte d’Ivoire/ Daniel Anikpo, ancien ministre, économiste : « La Côte d’Ivoire doit compter sur elle-même »

Les programmes économiques en cours ne peu- vent pas permettre à la Côte d’Ivoire de s’industrialiser, selon Daniel Anikpo, ancien ministre et économiste. Il propose un programme qu’il dit unique en son genre dénommé Premier programme de développement glocal africain (Ppdga), avec en perspective la création de 10.000 cités des affaires et 10 millions d’emplois.

Samedi 28 Décembre 2013 - 07:53


Daniel Anikpo
Daniel Anikpo

Notre Voie : Quelle appréciation faites-vous du constat que la croissance économique en Côte d’Ivoire ne profite pas aux populations ?

Daniel Anikpo : Ce n’est pas une affirmation, c’est la nature même de la croissance. Il y a certes une croissance écono- mique, mais elle concerne des secteurs économiques qui d’une part, ne créent pas d’emplois et d’autre part, ne distribuent pas beaucoup de ressources aux Ivoiriens. Ce sont les secteurs des mines, du pétrole où l’ingénierie est extérieure, les unités industrielles expatriées, etc. L’essentiel des facteurs de production provient de l’extérieur. Or, ce sont ces facteurs qui sont rémunérés. Prenez le cas du 3ème pont Riviera- Marcory dit pont Konan Bédié. Ce sont les sociétés étrangères avec leurs unités de production qui y exercent. Sur les centaines de milliards FCFA générés par ce marché, l’essentiel est rapatrié. Si on faisait la croissance dans la production de la richesse nationale de soutien aux entreprises de biens de consommation, la population aura bénéficié des retombées.

N.V. : Vous soutenez que la Côte d’Ivoire ne peut se développer tant qu’elle comptera sur l’extérieur. Or un pays ne peut se développer sans avoir des liens avec l’extérieur.

D.A. : Le développement ne peut se faire que pour soi. L’extérieur ne peut pas faire le développement d’un pays. Cela n’existe pas. L’extérieur ne peut qu’apporter une aide ponctuelle, secondaire. C’est pour cela que la Banque mondiale, par exemple, demande à chaque pays de proposer son pro- gramme de développement. Avec le Premier programme de développement global africain (Ppdga), nous proposons un partenariat aux pays industriels. Il s’agit de faire le développement avec les Ivoiriens.

N.V : Avec ce que vous observez, en quelle année la Côte d’Ivoire peut-elle par- venir à l’industrialisation?

D.A :Les programmes en cours ne permettent pas à la Côte d’Ivoire de s’industrialiser. Parce que les nouveaux dirigeants ont opté pour l’investissement exogène. C’est-à-dire que tant que ce gouvernement va compter sur l’étranger, le pays ne parviendra pas à l’industrialisation. Mais nous, nous pensons que le Ppdga peut contribuer à l’industrialisation du pays.

N.V. : En quoi consiste votre projet dénommé Pdga ?

D.A.
: Vous me donnez l’occa- sion d’informer davantage les Ivoiriens sur le projet que nous avons initié depuis 2007, après 22 ans de recherche et de ré- flexion.  En effet, le Premier programme de développement glocal africain est le modèle de développement économique que j’ai inventé en remplacement de l’ancien modèle de développement néo-classique dépassé. Le Ppdga est une politique d’industrialisation de l’Afrique. C’est un modèle d’industrialisation global qui signifie à la fois local et global. Au plan local, le Ppdga vise à créer 10.000 cités des affaires dans les villages et quartiers de Côte d’Ivoire. Une cité des affaires comprend une école de développement, une caisse de crédit locale et 150 petites co- entreprises. Une co-entreprise est une entreprise au sein de la- quelle les salariés sont actionnaires, au même titre que les personnes morales et physiques extérieures. Au niveau de l’industrialisation globale, le programme vise à créer 150 capitaineries industrielles nationales. Une capitai- nerie est une usine de fabrication de biens d’équipement, de machines et appareils pour approvisionner les 150 co- entreprises de production des biens et services de consomma- tion des 10.000 cités des affaires. Vous comprenez que le système est fermé. Tout cet ensemble constitue l’industrialisation glocale. On industrialise donc les villages, les quartiers et les communes en même temps que les grands centres, départements et régions. Le Ppdga est africain. Cependant, il y a la section Côte d’Ivoire. Et si nous appliquons le Ppdga-Côte d’Ivoire, nous créons près de 10 millions d’emplois industriels sur 5 à 7 ans.

N.V. : A quel niveau d’application se situe le projet ?

D.A. :Nous avons commencé le projet en 2007. Dans le programme de mise en œuvre, il est prévu en premier lieu la formation du capital humain. Parce que si vous prévoyez 10 millions d’emplois, il faut des compétences  pour cela. D’où la formation que nous avons débutée en 2007. Il y a deux volets. Il s’agit de la formation des formateurs. C’est-à-dire les per- sonnes qui vont former les opérateurs économiques. Nous avons déjà formé 6000 diplômés Bac plus 2 au sein de nos écoles de développement sur l’entreprenariat de gestion de masse, à l’économie des ménages et à l’alphabétisation de masse. Ces formés sont appelés directeurs de développement global. Par ailleurs, nous avons signé des partenariats avec les entreprises ivoiriennes pour la formation. Après cette étape, nous passons à la formation au métier. Et ce sont les entreprises formatrices qui vont s’en charger. Cette étape va consister à apprendre à l’utilisation et l’entretien des machines. Elle va débuter en janvier 2014. En plus de la formation, nous faisons des activités de distribution de production en attendant la phase d’industrialisation du projet. Et la création des unités industrielles va commencer en 2015.

N.V. : Que peut-on retenir de votre passage à la tête du ministère du Commerce en 2000 ?

D.A. :Je n’ai passé que six mois à la tête du ministère du Commerce sous le régime Robert Guéi. J’ai le mérite d’avoir fait baisser le prix du kilogramme du riz. Malheureusement je suis parti du gouvernement pour un problème politique.

N.V. : Lorsque vous étiez ministre du Commerce, quel était votre rêve ?

D.A. :Mon rêve était d’assainir l’économie ivoirienne. J’ai dit au président Guéi qu’une économie corrompue signifie que le ministère du Commerce se transforme en une régie financière. Ceci veut dire qu’il faut appliquer les règles en infligeant les amendes. Un opérateur qui est sanctionné ne peut que se mettre au pas. J’ai donc mis en place un programme d’assainissement.  J’avais infligé une pénalité de 2,5 milliards FCFA à une entreprise pétrolière qui pratiquait un abus de position dominante.

N.V : Et si on vous deman- dait de reprendre votre vie?

D.A :
Si je devais reprendre la vie, je ferai l’économie. Parce que je suppose que je fais partie des personnes ressources en matière d’économie en Côte d’Ivoire compte tenu de mon background en économie ru- rale, au développement rural, à la monnaie, etc. J’ai aussi écrit un livre « Projet nouveau de société » et « La Méga économie ». En 2005, l’institut de biogra- phie de Kang Bright, en Angle- terre, m’a classé au rang des 2000 éminents intellectuels du 21éme siècle. Aux Etats-unis, l’institut de biographie m’a retenu au palmarès des 1000 grands cerveaux du même siècle et m’a  fait l’homme de l’année. Donc le modèle de Ppdga intéresse le monde entier.

Interview réalisée par Gomon Edmond

Source: Notre voie N°4602 du vendredi 27 décembre 2013





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