Politique: Le vote garantit-il la démocratie en Afrique ?

Jeudi 5 Novembre 2015 - 23:17


La fièvre des élections parcourt périodiquement le corps social et la classe politique africains, depuis que les Etats se sont constitués en entités autonomes et souveraines. Il peut même arriver que sur des questions précises, des hommes ou des femmes au pouvoir, voulant démontrer leur attachement à la démocratie, défient gaillardement leurs adversaires de l’opposition; en les invitant à se soumettre «comme eux», à la décision du peuple, exprimée à travers des élections dont ils auront cependant pris le temps de ficeler les contours et les conditions de manière unilatérale. La preuve, pourraient-ils être amenés à dire après, aux pays qui leur donnent des leçons de démocratie, qu’eux aussi sont des démocrates, dignes de respect et de considération. Pourtant, il est notoirement su à travers le monde, que dans les pays occidentaux en question, les élections ne sont presque jamais l’occasion, non seulement de s’adonner au jeu de la contestation systématique des conditions d’organisation et du résultat final de l’opération; mais aussi de commission de violences. Contrairement à ce qui est devenu une routine en Afrique, où les scrutins, parce que chargés d’intensions malsaines, et se déroulant dans des environnements non préalablement préparés, débouchent dans de nombreux cas, sur des tueries et des destructions de biens. Sur ce continent, les gouvernants ne rechignent pas à aller aux élections; parce qu’ils sont maîtres des «machineries» productrices de la «technologie électorale», capable de faire tous les miracles à leur avantage. Dans ces conditions, les citoyens qui apprécient, certes, qu’on leur reconnaisse une importance, les plaçant au centre du processus électoral, n’en restent pas moins perplexes, et s’interrogent sur l’utilité de leur vote. Pourtant, cette opération est un composant essentiel de la démocratie. Cependant, il ne s’agit pas de n‘importe quel vote, mais du suffrage universel; qui a la spécificité de consacrer l’égalité entre tous les citoyens, qui ont chacun une et une seule voix. Ce qui fait que la voix du citoyen X, ne vaut pas plus que celle du citoyen Y. En plus, le vote est secret, et chaque citoyen est libre de choisir entre les listes, et candidats qui se présentent à l’élection. Mais selon les pays et les époques, le suffrage universel peut comporter des restrictions d’âge, de sexe ou d’insanité d’esprit. Il peut également présenter certaines conditions comme celle de la nationalité. Le suffrage universel n’a donc pas de sens absolu; mais se définit par opposition à d’autres espèces de suffrages, parmi lesquels le suffrage censitaire, où le droit de vote n’est pas ouvert à toute la population, et est réservé aux contribuables qui paient un montant minimal d’impôts. Ce
droit est considéré comme le pivot essentiel et fondamental de la démocratie. Le droit de vote n’a été acquis et étendu au plus grand nombre qu’au terme d’un «long combat», d’après l’édition en ligne, Cidem.Org. Qui présente le fait de voter, comme une forme de reconnaissance du combat qui fut mené, pour l’obtention de ce droit; «qui est également une chance que près de la moitié de la planète est en droit de nous envier. Le moment du vote est aussi un des trop rares instants où un citoyen égal une voix, où chacun peut exprimer pleinement ses libertés individuelles. Choix des dirigeants, moyen de faire entendre sa voix, voter reste essentiel et le moyen le plus direct et efficace de participer à la vie démocratique». Cependant, la démocratie ne se limite pas à l’élection, au vote; elle est fondée sur les libertés des citoyens, sous diverses formes: exprimer librement ses idées, manifester, débattre, construire des compromis ou interpeller des décideurs. D’autre part, la démocratie établit aussi des devoirs, des règles décidées à la majorité, et qui sont nécessaires pour permettre le respect des libertés et la vie en collectivité. Mais, comme l’a dit Biléou Sakpane-Gbati, «à l’école de la démocratie, les Etats africains ont la triste réputation d’être de mauvais élèves. L’édification d’une véritable démocratie est mise à mal par la persistance de considérations tribales, ethniques ou encore claniques». In La démocratie à l’africaine-éthique publique, volume 13, n°2/2011. Ainsi donc, derrière l’écran séducteur et valorisant du vote, se cache le visage hideux des «démocraties» africaines; dont les promoteurs se battent avec hargne pour la perpétuation de leur pouvoir. Or, l’Afrique se doit de dépasser courageusement ce niveau corrompu de la démocratie, pour avancer. Cela est possible, parce que malgré les critiques qui peuvent le cibler, le personnel politique africain n’est pas intrinsèquement dépourvu de valeur; et il peut aider à la destruction du mythe choquant, bâti par certains politiciens européens, qui soutiennent que, du fait de leur organisation traditionnelle, les sociétés africaines seraient incompatibles avec la démocratie. Cependant, il faut convenir avec Biléou Sakpane-Gbati, que «la marche engagée par l’Afrique vers la démocratie par la voie institutionnelle ne sera véritablement effective qu’avec l’essor d’une véritable culture démocratique des hommes». Les peuples d’Afrique et leurs dirigeants politiques ont donc du chemin à faire, et des défis à relever, pour atteindre le niveau de la démocratie occidentale qui fait l’objet de leur admiration. Avec humilité, courage et persévérance, ils y arriveront sûrement.


Dr ESSIS AKO FELIX

Source: L’eléphant déchaîné N°395 du mardi 3 au jeudi 5 novembre 2015 / 5ème année




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