Plaidoyer pour préserver la Côte d'Ivoire du chaos

Lundi 12 Octobre 2015 - 01:30


La Côte d’Ivoire, ce pays d’Afrique occidentale, ancienne colonie de la France, est depuis des années dans l’œil du cyclone. N’ayant pu se remettre en scelles, suite à la fin de règne chaotique du père de la nation, le président Félix Houphouët-Boigny, décédé en 1993, la Côte d’Ivoire n’a plus connu qu’une suite de crises, qui aboutirent au drame politico humanitaire d’avril 2011, dont le clou fut la déportation à La Haye du président Laurent Gbagbo. On a parlé, pour le seul épisode de 2011, de trois milles (3  000) morts, tout en sachant qu’il y a eu bien plus de tués que ce chiffre, tout en n’ignorant pas les milliers de disparus qu’on ne prit même pas la peine de dénombrer, pendant qu’on banalise les centaines de détenus politiques et les centaines de milliers de déplacés et d’exilés à travers l’Afrique et le monde. Aujourd’hui, le pays est un espace de tous les risques  : les rebelles, qui ont pu conserver les armes, grâce aux manœuvres diplomatiques et communicationnelles de leurs parrains occidentaux, menés par la France, sous l’étiquette de « la Communauté Internationale  », sont au pouvoir. Ils ont mis à mal toutes les réalités de la vie légale, sécuritaire et démocratique dans le pays. Comme «  on ne demande pas à la tortue d’avoir des rejetons poilus  », il apparaît totalement illusoire d’attendre de ces rebelles au pouvoir qu’ils soient respectueux des lois et des normes, encore moins qu’ils deviennent démocrates  ! Dès lors, on les voit «  faire semblant  », pour donner l’impression, tout en sachant que personne n’est dupe, mais en comptant sur les influences multiples de leurs parrains occidentaux, de vouloir s’inscrire dans la conformité aux lois et à la norme démocratique. C’est ainsi qu’à l’échéance constitutionnelle de l’organisation des élections, des actions sont entreprises, dans la logique du «  faire semblant  », et au fur et à mesure que s’égrainent les jours, l’inquiétude grandit dans la population, de plus en plus en proie à l’incertitude.
Citoyens de ce monde que l’on dit globalisé et modestement partie prenante de la marche de la Côte d’Ivoire, nous nous autorisons à prendre la parole, pour donner notre avis, notre impression, sur la situation de l’organisation des élections dans ce pays, à moins d’un mois de la date fixée pour le scrutin présidentiel. Cette impression se présente comme un cri d’alarme, une voix parmi tant d’autres, pour montrer qu’il est normalement impossible, dans la situation actuelle, d’organiser des élections démocratiquement crédibles en Côte d’Ivoire  ; et que pour peu qu’on veuille du bien pour ce pays, il faut opérer une profonde  restauration avant l’organisation de quelque scrutin que ce soit. Cette communication a pour objet de mettre le doigt sur les raisons de l’impossibilité d’organiser  des élections crédibles et de proposer des actions à entreprendre pour restaurer le pays. 
 

A/ DE L’IMPOSSIBILITÉ D’ORGANISER DES ÉLECTIONS CRÉDIBLES EN COTE D’IVOIRE DANS LA SITUATION ACTUELLE DU PAYS 


Les crises successives qu’a subies la Côte d’Ivoire ont engendré des situations porteuses de tant de risques, qu’il ne faudrait pas se voiler les yeux et se comporter comme en situation normale.
1/Une vie sociale désorganisée avec les droits bafoués par ceux qui sont censés les garantir  :
D’année en année, la tourmente a grandi en Côte d’Ivoire. La promotion de l’idée de la partition du pays, émise à travers une certaine «  Charte du Nord  », a été concrétisée par la rébellion de septembre 2002, qui divisa le pays en un nord où les chefs de guerre de la rébellion n’avaient que faire des lois de la république et un sud où la république résista tant bien que mal jusqu’au 11 avril 2011. Depuis cette date, les Ivoiriens se regardent comme en chiens de faïence, par les soins de ceux qui ont ourdi la rébellion et qui, aujourd’hui au pouvoir, semblent ne vouloir prospérer que dans un pays divisé, sans ordre, sans loi. Le régime arrivé au pouvoir par  les armes et autres soutiens de l’occident sous la férule de la France avec l’appui des USA, n’entend en rien se conformer à aucune loi, à aucune norme, ce qui crée un climat totalement délétère. De nombreuses réalités attestent cette affirmation, dont nous pouvons donner quelques éléments, pour illustration.
 . Des centaines de milliers d’exilés, au mépris de la Constitution  !
Les Ivoiriens contraints à l’exil à travers le monde se comptent aujourd’hui par centaines de milliers. Ils sont de  »s deux sexes, de tous âges et de toutes conditions,  Les plus nombreux sont en Afrique, surtout dans les pays limitrophes que sont le Ghana, le Libéria, le Bénin, le Togo, le Burkina Faso. Pourtant, la Constitution de la république de Côte d’Ivoire, en son article 12, proscrit la contrainte de tout citoyen ivoirien à l’exil. Ici, on voit que les parrains occidentaux du pouvoir d’Abidjan, dans leurs réflexes de mépris envers tous ceux et tout ce qui n’entrent pas dans la défense de leurs intérêts économiques, continuent de soutenir le régime d’Alassane Ouattara, dans ses dérives répressives, et tortionnaires, dans l’irrespect total des lois.
 . Des centaines de prisonniers politiques détenus dans des conditions inhumaines  !
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, ce sont plus de sept cents prisonniers politiques, disséminés dans des prisons à travers le pays. Très souvent, astreints à une vie de forçat, coupés du monde sans aucun droit et soumis à la torture permanente, ce sont des loques humaines qu’on met en «  liberté provisoire  », pour les laisser mourir dans le dénuement, aux mains des parents et proches sans ressources, les avoirs des opposants étant «  gelés  » : ce fut le cas du syndicaliste bien connu, Basile Mahan Gahé, décédé le 13 septembre 2013. Dans de nombreux autres cas, on pousse le traitement inhumain à une telle extrême que les malheureux succombent dans les liens de la détention  : le cas de Ogou Sika Martial, décédé le 19 juillet 2014 à la prison d’Abidjan, la MACA, et celui de Assémien Martin, qui a péri le 15 novembre 2014, dans la même prison, nous hantent encore l’esprit. Le Professeur agrégé Hubert Oulaye, le Professeur agrégé Sébastien Dano Djédjé, le Docteur Assoua Adou, le Docteur Moïse Lida Kouassi, tous anciens ministres de la république, et plusieurs cadres supérieurs, militants de l’opposition, et surtout du FPI, font partie de ces reclus, dans ce pays où on semble vouloir banaliser la vie de quiconque ne plaît pas au régime au pouvoir. Quelle élection équitable est possible dans ces conditions  ?

 . Une gouvernance inique, soutenue par un système de ségrégation dit de «  rattrapage ethnique  »  !
Comme dans un scénario de mélodrame aux saveurs de sadisme, Alassane Ouattara, une fois installé au pouvoir, s’est rendu en France pour annoncer la ligne directrice de sa gouvernance  : «  le rattrapage ethnique  »  ! Ce système doit permettre aux entités ethniques du nord du pays, lésées, selon lui, dans la gouvernance des régimes précédents, d’être favorisées en tout, pour «  rattraper les autres populations du pays  »  ! Par la suite, joignant l’acte à la parole, Ouattara a fait de la Côte d’Ivoire, du jour au lendemain, un pays où, pour exister sans subir d’injustice, il vaut mieux venir du nord. Alors, pour les embauches, les nominations aux postes de gestion des affaires de l’Etat, pour la participation aux missions de la république, même pour réussir à un concours d’intégration dans un corps étatique, il faut désormais être du nord. Le pays est aujourd’hui sous «  un apartheid à la Alassane Ouattara  ». Personne, pas même parmi ceux qui en jouissent, ne peut se trouver à l’aise dans cette situation  !
 . Une insécurité endémique, entretenue par ceux qui redoutent le retour à la normale  !
Tout le pays vit dans la psychose de la grande criminalité. C’est le règne des milices et autres soldats de la rébellion, qui ont conservé leurs armes, et  auraient obtenu des détenteurs du pouvoir, qu’ils ont servis en tant que rebelles et qui se trouveraient dans l’incapacité de tenir les promesses à leur endroit, le droit d’user des armes pour assurer leur quotidien. Aujourd’hui, les hommes du régime, des ressortissants CEDEAO en général, n’hésitent pas s’approprier les biens et domaines d’autrui, à travers le pays. En plus régulièrement, ce sont «  les coupeurs de routes  » qui se multiplient et dépouillent les voyageurs sur les routes,   «  les microbes  » qui vous font la peau à tout moment de la journée à Abidjan et dans certaines grandes villes, sans compter les braqueurs qui opèrent à visages découverts. La Côte d’Ivoire offre aujourd’hui le visage d’un pays à la dérive, un pays qui ne présente rien qui soit porteur de lendemains qui chantent, pas même pour les ennemis des Ivoiriens  !

 . Les médias d’Etat voués à la seule propagande au profit du chef de l’Etat  !

La radio-télévision nationale et Fraternité Matin, les organes de presse financés par tous les contribuables, sont transformés en tribunes de la propagande mensongère à la gloire d’Alassane Ouattara. Les opposants sont interdits dans ces médias, et même les artistes qui sont considérés comme favorables aux idées des opposants, ou qui ne chantent pas les éloges du chef de l’Etat, ou alors simplement sont originaires d’autres régions que celles du «  rattrapage ethnique  », sont proscrits de ces médias. Aussi, des valeurs sûres de notre culture, comme Aicha Koné, Gadji Céli, Serges Kassy, Adama Dahiko et autres sont-elles interdites dans ces médias. Même le grandissime Bernard B Dadié est interdit dans ces médias d’Etat. Une situation très dommageable à notre pays.

. Les activités de l’opposition réprimées dans le sang  !

Depuis l’installation du régime d’Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire, l’opposition, tant au plan des idées qu’à celui de la participation à la vie de la nation, est ghettoïsée. Le régime refuse toute participation des opposants à tout débat national, et réprime dans le sang les manifestations de l’opposition, faisant régulièrement des morts, en plus des enlèvements et autres arrestations   régulières : par exemple, après l’assassinat d’un militant du FPI, le jeune Apiéni Innocent de Masséré, à la Place Figayo, lors d’un meeting de son parti, le 21 janvier 2012, par les barbouses du  RDR, le parti politique dont Alassane Ouattara est resté le président, au mépris de la loi, qui le lui interdit dès lors qu’il est chef de l’Etat, ce sont plusieurs assassinats et de nombreux dégâts matériels  qu’occasionnent les hommes du régime  : on peut noter pour illustration l‘attaque du meeting de la Coalition Nationale, pour le Changement (CNC)  , à Korhogo, dans le nord du pays, il y a quelques temps. Avant cela, lors des marches éclatées des jeunes de la Coalition Nationale pour le Changement (CNC), le 9 juin 2015, il y a eu plusieurs arrestations et des tués dont, Dié Raphaél, un responsable du FPI, massacré aux gourdins et aux machettes Guiglo et trois bébés asphyxiés à Gagnoa. Il y a peu de temps, le 10 septembre dernier, lors d’une autre manifestation de l’opposition, pour protester contre la validation illégale de la candidature d’Alassane Ouattara à la présidence de la république, le régime, par ses milices, a encore causé des torts et assassiné  des Ivoiriens: on a dénombré trois morts à Gagnoa dont un vieillard, le nommé Djédjé Dolou Etienne qui a été égorgé à Tiégbahi, un village de la sous-préfecture de Bayota, dans ce département de Gagnoa  ; soixante-deux (62) maisons d’habitation sont incendiées ce jour, dans le village de Logouata de la même  sous-préfecture, et un jeune homme, Allou Vami Sébastien, y est assassiné à coups de machettes, par les hommes du régime, pour avoir pris part à la manifestation de protestation de l’opposition. Ce jeune homme laisse une veuve et un bébé d’à peine quelques jours  !

 . Un arbitrage totalement partisan de l’ONU  !

La plupart des Ivoiriens ont encore à l’esprit, le parti-pris manifeste de la représentation de l’Organisation des Nations Unies (ONU) dans les causes de la crise dite postélectorale en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens sont nombreux, et avec eux des observateurs non partisans, à n’avoir pas oublié que c’est le Coréen Choï, représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU en Côte d’Ivoire qui, en se mettant à la place des institutions du pays, a aggravé le désordre dont les conséquences sont aujourd’hui aussi dramatiques. Comme si l’ONU avait choisi de rester fidèle à sa posture  de nuisance envers ce pays, c’est une partisane avérée du camp d’Alassane Ouattara, qui été dépêchée dans le pays, en la personne de la Nigérienne Aïchatou Mindaoudou Souleymane, en remplacement de Choï. L’opposition incarnée par le FPI avait élevé une vive protestation à la nomination de cette dame dans ce pays, sans se faire entendre comme d’habitude, l‘ONU étant comme dans un projet où la vérité est à proscrire. Aujourd’hui, face à toute la mal gouvernance du régime Ouattara, cette dame, maîtresse par ailleurs de certains dignitaires du régime, fait le dos rond et lorsqu’elle ouvre la bouche, c’est pour proférer des dénigrements à l’encontre de l’opposition, allant jusqu’à qualifier les actes répressifs du régime de «  querelles intercommunautaires  ». Avec cette représentation de l’ONU, c’est une gageure que de s’attendre à la manifestation de la vérité dans ce pays.
La vérité indéniable, c’est qu’Alassane Ouattara ne peut pas totaliser aujourd’hui en Côte d‘Ivoire 30% de partisans. Sans oublier que nombre de ceux qui le suivent le font hypocritement, pour diverses raisons. Comment peut-on espérer avoir des élections crédibles avec un régime impopulaire, qui ne compte que sur la violence, le viol des lois et la complicité bassement matérielles de la représentation de la Communauté internationale, pour s’imposer dans le mensonge  ? Comment peut-on s’attendre à la manifestation de la vérité avec ce régime qui rechigne à voir manifester des gens pour exprimer leur opinion, au point de tuer froidement des citoyens aux mains nues et détruire des habitations  ? Est-il raisonnablement possible d’aller à des élections dignes de ce nom dans les conditions actuelles de la Côte d‘Ivoire  ? Pour nous, la réponse est NON  ! Et Ouattara entretient cette situation, parce qu’il veut gagner sans compétition  ! C’est pour cette raison que le régime a mis en place un dispositif pernicieux pour piéger les élections.

2/Un dispositif vicieux mis en place pour piéger la compétition électorale  :

Les élections, dans un pays de démocratie, constituent la boussole principale du respect de la volonté du peuple.  Et pour que le peuple se reconnaisse dans un scrutin, il édicte des lois et des règles qui président à l’organisation de ce scrutin. Or, toute loi émane de la Constitution qui est la loi fondamentale, la mère des lois. Il résulte de cela que les lois et règles de l’organisation des scrutins doivent obéir à la norme constitutionnelle. On sait, de par la Constitution, qui peut être électeur, qui peut se porter candidat, comment doivent être organisés les actes de vote, les moments des différentes échéances, la proclamation des résultats, etc.  C’est le respect des dispositions légales admises et reconnues par tous qui rassure les populations, met en confiance les électeurs et les candidats dans une élection et donne du crédit à celle-ci  ! En Côte d’Ivoire, un code électoral donne, sur la base des prescriptions constitutionnelles, les directives légales pour l’organisation des élections. Et la pyramide institutionnelle de l’organisation des élections présente à son sommet le Conseil constitutionnel  ; suit plus bas la Commission Electorale Indépendante (CEI), qui a la charge de l’organisation pratique des scrutins. Ces deux institutions de la république sont soumises aux lois en vigueur et ont pour rôle d’œuvrer, en conformité à celles-ci, à permettre à tous les citoyens de faire valoir leurs droits électoraux. Le tout à partir de la prise en compte de tous les ayant droit et à l’exclusion des non ayant-droit, conformément aux lois du pays.
A l’heure actuelle, toutes les dispositions de l’organisation des élections sont comme minées, pour donner des résultats préconçus, au profit du chef de l’Etat actuel, que tout le monde, y compris dans les rangs de ses supporters, sait inéligible, très minoritaire et encore plus vomi par le peuple aujourd’hui. En fait, aller à des élections en l’état actuel des choses, c’est chercher à imposer Alassane Ouattara à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire, encore une fois, sur la base du faux.
 . La honteuse et malhonnête validation de la candidature d’Alassane Ouattara  !
 Alassane Ouattara, au vu des lois ivoiriennes, n’est pas autorisé à prendre part à aucune élection. Il n’y a qu’à se référer à l’article  35 de la Constitution ivoirienne, qui invalide sa candidature  ; une invalidation consacrée par l’arrêt no E0001-2000 du 6 octobre 2000 de la Cour suprême. En 2005, suite à la crise de la rébellion, le président Laurent Gbagbo a dû, sur proposition du président Tabo Mbéki de l’Afrique du Sud, alors médiateur dans la crise ivoirienne, autoriser Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié à se porter candidats, à titre exceptionnel, à l’élection de sortie de crise. On comprend alors pourquoi Henri Konan   Bédié, qui se sait exclu de par la loi, n’a pas fait acte de candidature à l’élection prochaine  ! Pourquoi Alassane Ouattara ne respecterait-t-il pas, pour une fois, les lois de ce pays  ?!

 . Une liste électorale sélective truffée de faux électeurs  :

La mise à jour de la liste des électeurs a été simplement le fait d’une magouille inqualifiable de la part du chef de l’Etat et de ses hommes. En fait, le régime a manœuvré, pour agir seul  : à la suite de pratiques raisonnablement inacceptables, le régime a poussé l’opposition à boycotter le recensement électoral  ; se retrouvant seuls, les hommes du régime ont concocté une liste  de personnes soigneusement choisies, à laquelle ils ont ajouté des gens qu’on a naturalisés à la hâte, pour atteindre trois millions (3  000  000) «  d’apatrides  » ou de personnes que, depuis Linas-Marcoussis, on a décidé d’injecter dans le fichier des nationaux ivoiriens : ainsi, de faux en faux, on se retrouve avec une liste à très forte majorité de personnes acquises au chef de l’Etat et des personnes nouvellement naturalisées pour le soutien à Alassane Ouattara. Les nouveaux naturalisés vont participer aux élections, sans aucun respect des deux années  légales de stage pour les électeurs et des cinq années pour les candidats, tandis que de nombreux ayant-droit sont absents des listes.  Le fait est que, pour un régime ontologiquement hors la loi, liberticide et tricheur, tout cela parait normal. Et les parrains de ce régime, tout scrupule avalé, s’acharnent à pousser les Ivoiriens dans des élections qui n’en sont pas, parce que foulant au pied toutes les règles, tout le bon sens et toute éthique  ! On a l’impression que les occidentaux installent la chienlit en Afrique pour se donner le sentiment, se convaincre d’être les meilleurs au monde, ce monde qui pourrit chaque jour un peu plus par leur faute  ! 

 .Un Conseil constitutionnel et une CEI sans aucune crédibilité :

On ne peut reprocher à Alassane Ouattara de nommer les personnes de de son choix aux affaires de l’Etat dont il est le chef. C’est une prérogative qui lui est dévolue, dès lors qu’il a réussi à se retrouver à la tête de le l’Etat. Là où le bât blesse cependant, c’est que, comme s’il voulait absolument narguer le peuple, Alassane Ouattara a mis dans ces institutions des personnes dont le profil est loin de convenir à l’opinion.
En ce qui concerne la CEI, la forfaiture dont Youssouf Bakayoko s’est rendu coupable à la dernière élection présidentielle, qui était censée permettre à la Côte d’Ivoire de sortir de plusieurs années d’une crise sans précédent, est encore très vive dans les esprits. Cet homme reste de loin le déclencheur principal du drame électoral sans précédent survenu dans ce pays. Pourquoi alors ne pas le remplacer par une autre personne, à la tête de cette institution  ? Que veut prouver Alassane Ouattara, si non qu’il n’a que du mépris pour le peuple de ce pays  ? Le chef de l’Etat actuel ne pouvait-il pas trouver une autre forme de récompense, puisqu’il semble que c’est de cela qu’il est question, pour cet homme qui aura tout bravé pour aider à l’imposer à la tête de l’Etat  ivoirien dans le faux ?
Quant à ce qui est du Conseil constitutionnel, la honte que les bommes de Ouattara jettent sur l’institution judiciaire ivoirienne, avec leur piteux arrêt validant la candidature illégale du chef de l’Etat actuel est, à ne point s’y tromper, le prélude à la proclamation de résultats décidés bien avant le déroulement du scrutin  : un Conseil constitutionnel dont les membres n’ont pas hésité à donner dans le ridicule, en se servant d’argument sans fondement juridique du genre «  éligibilité dérivée  » pour déclarer éligible un prétendant exclu par la loi, démontre qu’on ne peut nullement attendre d ses membres de se conformer à la loi et à la vérité.
 . Des miliciens qui terrorisent les populations et exproprient d’honnêtes citoyens  !
Des hommes du régime paradent partout dans le pays, avec les armes. Ils s’approprient les bien de toutes sortes des gens et il n’y a, à l’heure actuelle, aucun recours. Comment, dans de telles conditions, peut-on parler d’organiser des élections démocratiques  ?  
Pour toutes ces raisons, organiser des élections aujourd’hui en Côte d’Ivoire, dans la situation actuelle du pays, c’est comme donner le point de départ de l’amplification des crises dans lesquelles vit le pays depuis de nombreuses années. La question à se poser alors est celle-ci  : quel intérêt a-t-on à vouloir que ce pays aille de crises en crises  ? A notre humble avis, il n’y a pas d’intérêt qui soit positif, à vouloir maintenir un pays dans les crises  ! En plus, lorsque la Côte d’Ivoire souffre, c’est tous ses voisins qui se retrouvent dans la tourmente. C’est pour cette raison qu’il nous apparaît de nécessité primordiale d’éviter à ce pays des élections porteuses de catastrophes dont tout le monde pâtirait des conséquences prévisibles et imprévisibles.

B/ DE LA NÉCESSITÉ D’UNE RESTAURATION AVANT LES ÉLECTIONS  :

Il faut entendre par restauration, la remise à la norme de toutes les conditions de vie dans un Etat démocratique. Et puisque nous parlons d’élection, il importe alors de commencer par la mise à la norme de tout ce qui concoure à l’organisation des élections. Il s’agit de coller à l’esprit et à la lettre des lois. Il faut appliquer les lois avec rigueur et justice, sans tricher,  pour assurer le déroulement adéquat des élections. Il faut porter des corrections là où cela s’impose, sur la base du consensus.

 1.    La correction de tout ce qui oppose, pour la nécessaire réconciliation  nationale :

Il y a tant de situations de mésentente entre les Ivoiriens, mais surtout entre le pouvoir et l’opposition qu’il s’impose de «  s’asseoir pour discuter  ». Il faut recourir au dialogue entre tous les acteurs politiques. Félix Houphouët-Boigny le disait à juste titre  : «  le dialogue, c’est l’arme des forts et non de faibles  !  » On pourrait dire en sus que le refus de discuter n’est pas seulement une preuve de mauvaise foi, c’est la manifestation d’une dangereuse envie de tricher  ! C’est à partir du dialogue que l’on sortira des mesures qui préserveront la Côte d’ivoire d’un chaos qui se prépare sous nos yeux, dans des proclamations mensongères dont la vacuité n’échappe objectivement à personne.  
Plus concrètement, il faut revoir tout ce qui a été fait, à la hâte pour préserver un pouvoir qui se sait impopulaire. Pour ce qui est précisément de la question électorale, il faut revoir tous les aspects importants, autour d’une table de véritable discussion. Cela, en vue d’obtenir par consensus des situations acceptables pour tous. La Commission Electoral Indépendant doit recouvrer son caractère de véritable indépendance, reconnue de façon consensuelle. Et le Conseil constitutionnel, juge des élections, doit agir en toute transparence, dans le pur respect des normes juridiques. Tout cela n’est possible que dans un environnement débarrassé de tous les oripeaux de prétentions de toutes sortes, portées par l’égoïsme et la volonté de puissance, qui aveuglent beaucoup d’entre nous. En termes de détails, il faudra entreprendre une série d’actions sur la base du consensus national, dans le respect des dispositions de la loi fondamentale du pays.

 . Une CEI véritablement indépendante  !

La CEI actuelle a deux tares  : d’une part, elle est loin d’être indépendante, parce que composée de représentants de partis politiques, éminemment partisans en matière d’élection, et de l’autre, elle est pléthorique. Il faut faire en sorte d’obtenir une CEI qui ne soit pas l’otage des protagonistes des élections, et en faire une institution avec très peu de membres qui travailleront en s’appuyant sur des expertises ponctuelles.  Il suffit pour cela de confier l’institution à des personnes de la société civile, dont la probité est reconnue et avérée, en limitant le plus possible le nombre de ses membres.


 . Un recensement électoral  qui ne lèse pas les ayant-droit au profit des faux électeurs!
Dans tous les pays du monde, seuls les ayant-droit participent au vote. Et ces ayant-droit sont définis par la loi  : ce sont généralement les nationaux des deux sexes ayant atteint l‘âge de voter. Il s’agit alors de lancer une vaste campagne nationale de constitution de la liste électorale, pour obtenir un fichier des électeurs qui passera au crible des fichiers de vérifications qui existent. Cela permettra de léser le moins possible de citoyens ivoiriens, et de se retrouver avec le moins possible de faux électeurs.


 . La reprise de la carte électorale  !

Le régime au pouvoir, dans la logique de son système de «  rattrapage ethnique  », a fait un découpage électoral fantaisiste en faveur de certaines régions dont celles du nord. Il importe de reprendre ce découpage, sur des bases objectives d’intérêt national, reconnues par consensus.

. La fin de la justice à deux vitesses  !

Depuis que le régime Ouattara a été installé au pouvoir en Côte d’Ivoire, le système judiciaire est devenu un programme de règlement de compte en faveur de ceux qui sont du camp au pouvoir. On parle d’une «  justice des vainqueurs  », que Soro Guillaume, la deuxième personnalité de ce régime aurait revendiquée au Cameroun. Il faut prendre des mesures et mettre en place des dispositions qui rendent la justice équitable pour tous.

 . La fin de la  honteuse et dangereuse  «  politique de rattrapage ethnique  »  !
La politique de «  rattrapage ethnique  », socle de la gouvernance du régime Ouattara, est non seulement honteuse, mais surtout dangereuse pour la cohésion nationale, pour la paix et pour le développement durable. Il faut trouver le moyen, sans créer de nouvelles déchirures, de mettre fin à cette hérésie de gouvernance.

. La libération des prisonniers politiques et le retour des exilés  !
Tous les prisonniers politiques doivent etre libérés, à commencer par le président Laurent Gbagbo, qui a été déporté à La Haye, dans la pure logique impérialiste, en dehors de toutes justification juridique. Mais également des mesures doivent être prises pour le retour sécurisé de tous les exilés.

 . Le rétablissement dans leurs droits de tous les citoyens lésés par la crise dans leurs droits  !

Tous les  biens arrachés de force pendant la crise doivent être restitués à leurs légitimes propriétaires. Les domiciles et autres propriétés occupés de force doivent être libérés et rendus à leurs propriétaires.
. L’assainissement du paysage sécuritaire du pays  !

A ce niveau, il s’agit du désarmement de toutes les personnes qui disposent indûment des armes (de guerre), de l’encasernenent des militaires et du retour des Dozos et autres miliciens dans leur zones de résidence d’origine ou habituelle (avant la crise de la rébellion),

 . Le rétablissement du système régalien de sécurité publique  !
Il s’agit de rétablir la police nationale et la gendarmerie nationale dans leurs rôles respectifs, de forces chargées de la protection des personnes et des biens, de même que des institutions de la république sur le territoire national.

 . La restauration de  l’armée  !


Aujourd’hui, l’armée nationale est tout sauf un véritable outil de défense nationale. Elle serait remplie de mercenaires et de supplétifs de tout genre. En plus, les FRCI, anciens rebelles, qui semblent en constituer le maillon principal, n’ont aucune formation, si ce ne sont pas des analphabètes notoires. Ce qu’il faut, ce sont des mesures vigoureuses en vue de doter la Côte d‘Ivoire d’une véritable armée nationale, moderne et bien équipée, un vrai outil performant de défense nationale.
Toutes ces actions permettront aux Ivoiriens de se retrouver, de se parler et de se pardonner mutuellement.  Cela ouvrira la voie à la nécessaire réconciliation nationale, gage principal du retour de la cohésion sociale. Les Ivoiriens ont besoin de se réconcilier entre eux, de regarder les autres peuples sans trop de méfiance et d’avoir confiance en leurs institutions. Le retour à la cohésion sociale, qui seule peut garantir la paix, doit être la préoccupation de tous et de chacun.

C/ UNE RESTAURATION SANS COMPLAISANCE POUR PERMETTRE AU PAYS DE REBONDIR

Il est donc primordial, pour la Côte d’Ivoire d’éviter d’organiser des élections qui feront entrer le pays dans un piège aux conséquences encore plus dramatiques que ce qui a résulté des différentes crises qui ont culminé au drame d’avril 20  11. Mais comme dans tous les cas, les élections sont la mesure principale de la démocratie, il faudra les organiser pour remettre le pays sur les rails de la vie démocratique. C’est d’ailleurs pour donner à la démocratie toute sa dimension d’expression de la volonté du peuple et de régulation de l’équité, qu’il s’impose au préalable de procéder à une restauration en profondeur. Cela  induit de répondre à trois interrogations essentielles  :
1.    Comment organiser la restauration  ? Autrement dit, sous quelle forme doivent s’opérer les différentes corrections nécessaires  ?
2.    Quelle est le statut des personnes devant réaliser la restauration  ? Ou plus simplement qui participera aux actions de la restauration  ?
3.    Combien de temps prendra la restauration  ?
Pour nous, ce qui est important, à l’étape actuelle de la marche de la Côte d’Ivoire,  c’est d’éviter d’aller à des élections, avant d’avoir corrigé toutes les tares héritées des nombreuses crises que traverse  ce pays. C’est pourquoi, nous laissons les réponses à ces questions à la responsabilité de tous et de chacun.  Ce qui, cependant, est souhaitable à première vue, c‘est que l’on convienne, de manière consensuelle, d’aller rapidement à la restauration. Alors, à partir de larges discussions, on définira les bases de fonctionnement de cette restauration, sa durée, et toutes autres questions de son efficacité seront traitées.
Nous avons confiance  !



                                                        Abidjan, le 9 octobre 2015

   BÉDI HOLY   
          
   NDA ADJOUA SUZANNE, ÉCRIVAIN, ENSEIGNANTE, ABIDJAN
                                                                                                                       
 




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