Pierre adjoumani Kouamé,PrésiDent De La LIDHO : « Sans consensus, il n’y aura pas d’élections apaisées en 2015 »

Pour Pierre adjoumani Kouamé, président de la ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO) et porte-parole de la Coalition des organisations de la société civile pour la réforme de la Cei et du code électoral, une commission électorale consensuelle constitue le moindre mal pour la tenue d’élections démocratiques et transparentes en Côte d’ivoire.

Samedi 13 Septembre 2014 - 08:46


Pierre adjoumani Kouamé, président de la ligue ivoirienne des droits de l’homme (lidho) et porte-parole de la Coalition des organisations de la société civile pour la réforme de la Cei et du code électoral
Pierre adjoumani Kouamé, président de la ligue ivoirienne des droits de l’homme (lidho) et porte-parole de la Coalition des organisations de la société civile pour la réforme de la Cei et du code électoral
Notre Voie : Après plusieurs discussions avec le pouvoir, l’opposition incarnée par l’Alliance des forces démocratiques (Afd) est entrée officiellement dans la nouvelle commission électorale indépendante (Cei) à travers la prestation de serment de ses représentants, le lundi 11 août 2014 devant le conseil constitutionnel, à l’instar des autres membres du bureau central de la Cei. Quel commentaire faites-vous  de cela ?

Pierre adjoumani Kouamé: Merci pour l’opportunité que vous nous offrez de nous prononcer sur un sujet aussi sensible que celui de la composition de la commission électorale indépendante. nous avions pensé que la nouvelle Cei  prendrait en compte les recommandations que nous avons faites. Puisque comme vous le savez, notre coalition a en son sein des organisations qui ont eu à travailler au cours du processus électoral de 2010. L’on a recommandé une Cei à la fois équilibrée et inclusive. en outre, il a été suggéré, une réforme du code électoral. Vous savez bien que le code électoral n’est rien d’autre que le résultat d’arrangement politique adossé à l’accord de Linas-marcoussis. L’idée d’un nouveau code électoral a donc été retenue. Dans ce sens, nous avons fait des propositions. malheureusement, nous n’avons été suivis. aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation malheureuse qui ne reflète pas l’image de la Côte d’ivoire. nous sommes meurtris dans notre chair. il faut que l’on se ressaisisse.  

N.V. : Vous êtes malheureux pour n’avoir pas pu faire passer vos propositions ou plutôt pour la configuration de la nouvelle Cei ?

 P.A.K : Pour prévenir ce qui s’est passé (le retrait de l’afd, du mfa, de l’église catholique et de la société ci- vile du bureau de la Cei, le 5 septembre 2014, ndlr),  nous avions proposé que la com- mission soit dirigée par des experts, voire des gens neutres. Ça n’a pas été retenu. nous avions exigé que la Cei soit équilibrée en ce sens qu’il y ait une forte représentativité des organisations de la société civile pour faire l’arbitrage entre le pouvoir et l’opposition. La crise actuelle nous donne raison !

N.V. : Que devient alors la loi votée par l’Assemblée nationale qui définit la composition de la Cei ?

P.A.K : La loi a été votée, il va donc comprendre qu’elle doit être appliquée. mais dans l’application, nous avons demandé qu’il y ait un équilibre de sorte à donner la confiance aux acteurs du jeu politique ainsi qu’aux populations. Cette Cei, pour nous, elle est déséquilibrée. elle comprend en son sein des représentants de l’administration qui ont une voix délibérative. or, nous étions contre cet état de fait. figurez-vous après ce qui s’est passé, les ivoiriens ont une peur bleue des élections. et c’est pour cela que nous avons demandé que la Cei soit dirigée par des responsables qui inspirent la confiance. nous n’avons rien contre la personne de Youssouf Bakayoko mais nous disons que le bureau doit être un bureau consensuel.

N.V. : Selon vous,  la loi doit être mise de côté au profit du consensus ?

P.A.K : Pourquoi faut-il une Cei consensuelle ? il le faut parce que la loi qui a été votée n’est pas bonne. tout le monde l’a décriée y compris la classe politique au pouvoir. L’alternative, ce sont les arrangements.  et c’est pour cette raison que nous préconisons le consensus. si ce n’est pas le cas, nous ne sommes pas sûrs que nous ayons des élections apaisées en 2015.

N.V. : Concrètement comment doit se faire cette désignation par consensus des dirigeants de la Cei ?

P.A.K : Laissez-moi vous dire que cela pas n’est compliqué. il s’agit de faire en sorte qu’il y ait un partage des différents postes de manière  équilibrée. De sorte que quand vous avez par exemple l’opposition en tête, il y a, à côté, le pouvoir et ainsi de suite. tant qu’il n’y a pas de confiance, je ne vois pas comment on pourrait s’en sortir.
 
N.V. : La désignation du bureau par vote n’est donc pas la bonne manière ?

P.A.K. :
Ce n’est une bonne chose parce que la composition de la Cei telle définie par la loi était déjà déséquilibrée. en faisant un vote mécanique, c’était sûr que le pouvoir rafle tous les sièges. or, vous convenez avec moi que ce n’est pas ce qu’il faut. au contraire, il faut rassurer tous les acteurs. si c’était seulement le vote mécanique, on n’aurait pas eu besoin d’engager des discussions. La Cei doit pouvoir aider la Côte d’ivoire à sortir de la crise parce que nous disons que les élections à venir doivent permettre  de reprendre la marche du pays vers la démocratie.

N.V. : Quelles peuvent être les conséquences de la crise que traverse actuellement la Cei ?

 P.A.K : elles sont déjà visibles. Vous voyez le spectacle dans les journaux. il y a des invectives de part et d’autre. et ce n’est pas fait pour arranger les choses. C’est cela que nous voulions éviter, quand nous, société civile, revendiquions le contrôle de la commission électorale.  Cela, on peut le deviner, pourrait être suivi de mot d’ordre de boycott. on l’a vu avec le recensement général de la population et de l’habitat (rgph) et les auditions publiques de la commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr).

N.V. : Quelles sont les marges de manœuvre pour sortir de cette impasse ?

P.A.K : nous sommes dans un régime présidentiel. Le président est tout-puissant pour régler ce genre de situation. Dans notre histoire, on l’a déjà fait.  Le chef de l’etat doit prendre le taureau par les cornes pour qu’on puisse rediscuter la formation  d’un nouveau bureau qui doit être consensuel.

N.V. : Que pensez-vous de la reconduction de Yous- souf Bakayoko à la tête de la Cei ?

P.A.K : aujourd’hui, on pourrait dire qu’il a une expertise avérée en matière électorale. seulement, le problème qui se pose est qu’il était à la tête de la Cei quand il y a eu tout ce qu’on sait et qui a entraîné 3000 morts. Ça aurait été moi, j’aurais pu me retirer, pour dire j’ai fait ma part, qu’une autre personne vienne faire ses preuves.

N.V. : Des partisans du pouvoir estiment qu’il a bien travaillé en 2010 et que sa reconduction est plus que normal…

P.A.K : Ce qui est en jeu ici, c’est la confiance. Ceux qui ne sont pas au pouvoir, aujourd’hui, disent qu’il a mal travaillé. L’un dans l’autre, pour sortir de cette situation, nous  demandons que l’on fasse confiance à la société civile. C’est vrai que d’aucuns me diront que la société civile, elle-même, est colorée. mais il faut que l’on sache que dans ce pays, il y a des gens qui sont capables de faire des élections démocratiques et transparentes. je fais allusion à ceux qui travaillent dans le système des nations unies et ne font qu’organiser des élections.

N.V. : Avez-vous des noms?

P.A.K : Bilé Boua mathieu qui est aujourd’hui en répu- blique centrafricaine. il a fait la Guinée-Conakry, la Mauritanie, la RDC, haïti. il ne fait que les élections. il y a aussi, honoré Guié  qui a déjà fait ses preuves. Ce sont des acteurs de la société civile  qui sont disponibles. il y a le défi des acteurs, mais également celui de la sécurité. nous savons ce qui s’est passé en 2010. si nous devons aller aux élections, il faut résoudre la question des dozos ; il faut résoudre le problème de l’armée, elle-même, pour qu’elle soit véritablement républicaine, pour qu’elle joue son rôle. il faut également amener les populations à comprendre que les élections, ce n’est pas la guerre, et que quelques soient les résultats, il faut être fair-play. sur ce chantier, il convient d’ajouter la révision du code électoral.

N.V. : Est-ce à dire qu’aujourd’hui, il n’y a pas de salut pour des élections crédibles en Côte d’Ivoire en dehors de l’offre de la société civile ?

 P.A.K : je ne dis pas que nous sommes tous bon. Dans toute société, il y a des brebis galeuses mais il faut admettre qu’au regard du contexte actuelle, les acteurs de la société civile sont mieux placés pour relever le défi d’élections crédibles, transparentes dont le résultat sera accepté de tous. D’aucuns diront que la société civile est présente mais là encore je dirais que c’est plutôt abusif. nous avons une seule représente, c’est mme Yoli Bi Koné.  

N.V. : Vous évoquez le rôle important de la Cei  dans la réussite des élections mais est-ce qu’on peut sé- rieusement aborder cette question sans faire allusion au comportement des acteurs politiques, notamment leur capacité à accepter le verdict des urnes ?

P.A.K : Vous soulevez-là une belle remarque. effectivement, il faut que les acteurs politiques soient formés. Le manque de formation et de culture démocratique fait aujourd’hui que les uns et les autres entre- tiennent la méfiance.  j’ai entendu le ministre Bruno Koné, porte-parole du gouvernement, affirmer que même si l’opposition ne vient pas, la Cei va continuer sans elle. Ce sont des propos graves. Parce que c’est une grande partie de la population qui va être frustrée et les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous allons retomber dans les mêmes travers.

N.V. : Avec tout ce qui se passe, quel est votre regard sur les élections présidentielles de 2015 ?

P.A.K : nous sommes inquiets. si ça continue comme ça, ce n’est pas évident que nous aillons des élections et même si nous en avons, que ça se passe bien. Pour avoir de bonnes élections, il faut de bons textes. C’est ce que nous appelons dans notre jargon, le cadre légal.
N.V. : Nous sommes à environ douze mois du rendez-vous électoral. Techniquement, est-ce que c’est tenable ?

 P.A.K : C’est possible à condition que, la Cei consensuelle soit rapidement mise sur pied pour que la confiance revienne .


Interview réalisée par César EBROKIE

Source: Notre voie n° 4812 du vendredi 12 septembre 2014





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