Pèlerinage à la Haye: La mobilisation autour de Laurent Gbagbo fait trembler le régime

Samedi 4 Avril 2015 - 08:25


Quel est ce curieux criminel qui est tant aimé et chouchouté, au point de retenir l’attention du monde entier ? Laurent Gbagbo demeure incontournable dans le jeu politique ivoirien. Et les figures de l’opposition significative ivoirienne font la navette entre Abidjan et La Haye. Non sans compter sur la mobilisation exceptionnelle pour la libération de celui qui est devenu l’otage de la Cour pénale internationale (Cpi). Après Charles Konan Banny, Essy Amara et Kouadio Konan Bertin( KKB), ainsi que le ministre d’Etat sénégalais , Amath Dansokho, Michel Galy et bien d’autres personnalités du monde politique qui ont effectué le pèlerinage à La Haye, d’autres cas de figures emblématiques sont encore annoncées dont Mamadou Koulibaly, l’ancien président de l’Assemblée nationale. Un véritable ballet autour du Président Laurent Gbagbo qui achève de convaincre sur la place qu’il occupe dans le cœur des Ivoiriens et des Africains.
« La situation de Gbagbo ne peut servir de fonds de commerce politique. Gbagbo est incontournable et représente près 47% des voix» , reconnaît le député de PortBouët, Kouadio Konan Bertin, dans les colonnes du journal L e M o n d e . De quoi susciter la panique au sein du régime Ouattara. À l’analyse de ce qui se passe depuis que La Haye est devenue la destination prisée des figures de la politique nationale et internationale, le camp Ouattara a perdu de sa sérénité. Pour se jeter dans les invectives. D’aucuns comparent les hôtes du fils de Mama à des « vautours qui exploitent la souffrance de Gbagbo» , d’autres encore plus futés parlent du retour des radicaux « d éjà d a n s la r u e ». Nonobstant ce qui fonde la politique. En effet, surpris de constater la popularité de celui qu’ils ont eux –mêmes jeté dans la géhenne, les tenants du pouvoir d’Abidjan ont vite fait de prendre le raccourci. (…) Quand cet intense mouvement migratoire Côte d’Ivoire-Pays Bas se fait par des personnes qui ne sont pas à priori du clan frontiste, mieux, qui l’ont même, à un moment donné, combattu, on est bien en droit de se poser des questions», évoque sans outre mesure, le régime via sa presse. Avant de reconnaître lui-même qu’en Afrique, l’une des vertus cardinales est la solidarité (surtout dans le malheur). Ce que refuse d’ailleurs de faire le mentor du Rdr, qui, selon l’ex-président de la Cdvr, l’aurait empêché d’aller voir Gbagbo à la Cpi. Ce, pourtant dans le cadre de la mission qui lui a été assignée. « Cela ne convenait pas au président Alassane Ouattara » , confie Charles Konan Banny au confrère Le Monde. Levant un coin de voile sur le drôle de démocrate dont se prévaut Alassane Ouattara. En se dressant contre une visite à son « sauveur d’hie r ». Car pour rappel, c’est grâce à Laurent Gbagbo que la candidature d’Alassane Ouattara à la dernière élection présidentielle à été acceptée. Contre d’ailleurs le gré d’Henri Konan Bédié du Pdci-Rda qui avait lancé un mandat d’arrêt international contre Ouattara pour faux sur sa nationalité. La suite est connue de tous. En lieu et place de la reconnaissance pour le bienfait rendu, Alassane Ouattara a fait déporter à La Haye, Laurent Gbagbo. Une attitude que trouve inadmissible Charles Konan Banny en disant qu’il « n’y est pas allé chez Gbagbo pour chercher son soutien à sa candidature, mais en tant que serviteur de l'Etat». Ramenant sur terre le régime Ouattara. Lequel voit dans ce mouvement de compassion, une quête des voix électorales. Même s’il en est ainsi, l’on est en droit de se demander de quoi a peur donc le camp Ouattara? Qu’y a-t-il de mal à privilégier la voix des urnes que celle des armes dont nous a habituée les tenants actuels du pouvoir ? En tout cas, il apparaît clairement que la présence d’éminentes personnalités du jeu politique ivoirien auprès de leur « frère Laurent Gbagboa» change la donne au sein du régime. À aucun moment, il n’a rêvé d’un sursaut national de cette envergure qui sonne le glas d’une douloureuse et honteuse parenthèse de l’histoire politique de la Côte d’Ivoire indépendante. « S’ils ( Banny, Essis, KKB, Koulibaly ) se sont brusquement souvenu à quelques 28 semaines de l'inévitable échéance, c'est qu'ils veulent s'approprier, sans coup férir, les prétendus 47 % d'électeurs dont Gbagbo se prévaudrait”, se contente de déduire maladroitement le confrère Le Patriote, porte-voix du régime Ouattara. Ajoutant que ceux-ci attendent que Laurent Gbagbo donne des consignes de vote, dans ce sens. Ce qui ne peut en réalité, arranger les choses dans leur propre camp. Dans l’éventualité d’une telle option, Ouattara et son camp savent pertinemment qu’ils sont les gros perdants. Vu que malgré tous les appareils étatiques dont ils se servent abusivement, Ouattara et son camp courent toujours après une légitimité. Autant de faits qui parlent d’eux-mêmes et qui font douter le régime Ouattara pour évoquer les radicaux au sein du Fpi. Et pourtant, l’usage de la rue pour exprimer son ras-le-bol ou encore se faire entendre de la population est là, l’expression de la démocratie. De quoi a peur le régime si le Fpi occupe la rue ? En tout état de cause, cette option du Fpi suscite crainte et peur chez les tenants du pouvoir. Le débat contradictoire n’est pas le bienvenu au sein de ce régime. Trouvant son salut dans l’usage de la terreur, dans l’intimidation et la division. Sinon comment assimiler la solidarité à une quête de voix électorale ? Si ce n’est déjà crier au loup. D’autant plus que la synergie autour du Président Laurent Gbagbo témoigne de l’affection et de l’amour que les Ivoiriens ont pour le fils de Mama. Celui qui a consacré 30 ans de sa vie à lutter pour la démocratie. Face à la redoutable machine du parti unique incarnée par Félix Houphouët-Boigny, Laurent Gbagbo et ses camarades ont fait plier l’échine au Pdci en obtenant le retour du multipartisme, en 1990. Avant d’accéder quelques années plus tard à la magistrature suprême, en 2000. Ceci, au prix de manifestations de rue, expression recommandée dans un Etat qui se veut démocratique. Et comme il fallait s’y attendre, haï de toutes parts, le camp Gbagbo fait face à la violence dont le point culminant est celle orchestrée contre lui à l’issue des élections présidentielles de 2010. Quatre ans après la victoire de la violence sur le droit, Laurent Gbagbo continue de cristalliser l’attention des leaders politiques du monde entier. D’où sa détention illégale dans les geôles de La Haye qui soulève encore des courroux. Seul le camp Ouattara y trouve une satisfaction et crie à la trahison. Parce que des personnalités de haut rang rendent visite à Laurent Gbagbo. Il ne s’agit en réalité, que d’une panique et d’une peur pour le régime Ouattara voyant sa fin pointée à l’horizon. Comme le résume si bien un internaute, les grands hommes sont reconnus par la nature de leur combat. Aujourd’hui, la présidence ivoirienne se trouve à La Haye où se trouve le vrai vainqueur des élections de 2010. Parce que des hommes d'Etat ne peuvent pas rendre visite à un criminel comme ils le font à Laurent Gbagbo.
 

Toussaint N’Gotta

ngottatou@yahoo.fr


 

Source: Le Temps N ° 3454 du mercredi 1 er avril 2015





Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !