Péage Autoroutier : Une décision socialement injuste !

Lundi 19 Mai 2014 - 06:05


Jeudi 15 mai 2014. Le Premier ministre Duncan accompagné de plusieurs membres du gouvernement ont pris part à la cérémonie d`inauguration du posteà péage de l`autoroute Abidjan- Yamoussoukro. Le Fonds d`entretien routier (FER) qui en assure l`exploitation était fortement représenté
Jeudi 15 mai 2014. Le Premier ministre Duncan accompagné de plusieurs membres du gouvernement ont pris part à la cérémonie d`inauguration du posteà péage de l`autoroute Abidjan- Yamoussoukro. Le Fonds d`entretien routier (FER) qui en assure l`exploitation était fortement représenté
Il paraît que de part le monde, ce sont les prix les plus bas jamais pratiqués. Depuis le mardi 13 mai, le péage, pour la première fois, a fait son entrée en Côte d’Ivoire. Et, depuis ce jeudi 15 mai, il est en vigueur sur l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro. Les véhicules particuliers appelés dans l’opération « classe 1», paieront en aller-retour, la somme de 5000FCFA. Les véhicules de transport public, communément appelés « Massa » de 32 places paieront 10000FCFA. Une autre catégorie paiera 15000FCFA et les poids lourds, céderont la somme de 20.000FCFA. Pour le porte-parole du Gouvernement, Koné Bruno, lequel s’exprimait après le Conseil des ministres, les tarifs annoncés « sont raisonnables ». Pour qui? Les ministres ou les Ivoiriens ? Un avis non partagé par Almamy Touré, Pca du Groupement d’intérêt économique des propriétaires de véhicules de transports routiers de Côte d’Ivoire, cité par « koaci.com » : Ce péage « est une charge supplémentaire que nous ne pourrions supporter pendant longtemps ». S’est-il lamenté, au cours d’un point de presse. Pour comprendre ce qui a emmené le Gouvernement à adopter ces tarifs, « L’Eléphant » est retourné à l’origine de ce projet et, a découvert des choses quelque peu curieuses.

A l’origine du péage sur l’Autoroute Abidjan-Yamoussoukro

 C’est depuis les années 1990 que l’idée de concéder la construction de l’auto- route Abidjan-Yamoussoukro et l’instauration d’un péage sur cette voie a germé dans l’esprit des dirigeants ivoiriens. Dans ce cadre, des opérations de comptage des véhicules utilisant l’autoroute ont été réalisées pour avoir une idée du trafic. Mais les résultats resteront dans les tiroirs. En fin 2000, lorsque Laurent Gbagbo et ses camarades arrivent au pouvoir, ils décident de poursuivre le projet. En 2001, le Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (Bnetd), lance une autre opération de comptage des véhicules dans l’optique d’actualiser les données de 1995, 1996 et 1997 afin de réaliser selon le terme technique approprié « une analyse tendancielle » de l’évolution du trafic. Résultat de cette nouvelle opération ? Le trafic moyen annuel sur cet axe routier «était de 4003  véhicules par jour en 2001, alors que selon les données de 1997, il était de 4697 véhicules par jour. Soit une baisse du trafic d’environ 3,9 %.» Et les experts du Bnetd, pour avoir une idée du niveau des tarifs qui pourraient être appliqués en cas de péage, avaient divisé les véhicules en plusieurs catégories.  Ainsi, il y avait 40% de voitures particulières ; 1% de taxis brousse ; 7% de minicars ; 17% d’autocars ; 8% de camionnettes ; 11% de camions et 16% d’ensemble articulés.

Des tarifs en fonction de la distance parcourue !

Le principe, selon un spécialiste interrogé par « L’Eléphant » est que, plus il y a du trafic, moins le tarif est élevé. Et moins l’investissement réalisé est lourd, moins le tarif est élevé, aussi. Ainsi, pour ce qui concerne la portion Abidjan-N’Zianouan, il ne s’agissait que de remplacer le bitume, donc un investissement moins lourd par rapport à la portion, Singrobo-Yamoussoukro qui était une nouvelle voie à construire et qui nécessitait un financement plus lourd. Financement obtenu auprès, notamment de la Banque Islamique de Développement dont le vice-président a vu sa fille Aissatou Seck atterrir au palais présidentiel, en qualité de Conseillère spéciale de Laurent Gbagbo. La fin justifie les moyens ! Pour trouver une tarification qui tienne compte d’une certaine justice, il a été décidé de faire un péage fermé avec plusieurs postes. Un poste à la Gesco, un poste à Elibou, un poste à Singrobo, un poste à Assounvoué et un dernier poste à Yamoussoukro (voir notre document). Ainsi, l’usager qui partait à Elibou ne devrait pas payer le même tarif que celui qui part à Singrobo. De même, celui qui partait d’Abidjan pour Attingué ne devrait pas payer le même tarif qu’un usager qui se rendait à Elibou ou Sikensi. Ce choix du péage fermé avait pour conséquence directe de réduire le coût du passage qui ne devrait pas être au- delà de 1000FCFA pour les véhicules particuliers et de 5000FCFA pour les autres. Chacun devant payer pour la distance effectivement parcourue.  

Péage ouvert et tarifs pas si bas que cela !

Au lieu de plusieurs postes de péage pour instaurer la justice sociale,  c’est finalement deux postes qui ont été retenus sur l’autoroute Abidjan-Yamous- soukro. Celui d’Attingué, mis en service par le premier ministre ce jeudi 15 mai et celui de Singrobo qui n’est pas encore véritablement fonctionnel, on ne sait trop pourquoi. De même que les deux autres construits en même temps que celui d’Attingué, Thomaset et Moapé, sur la voie Abidjan-Adzopé. Ce poste d’Attingué qui a englouti environ 2,8 milliards de FCFA a été construit par la société Socebat. La conséquence de ce choix de deux postes à péage est que les usagers sont traités sur le même pied d’égalité alors qu’ils ne parcourent pas forcément la même distance. Selon le gouvernement, le ratio coût- kilomètre est l’un des plus bas au monde, c’est-à-dire 10FCFA par Kilo- mètre parcouru.
Justement, c’est à ce niveau que se trouve l’injustice. Si le kilomètre parcouru est de 10FCFA, l’usager circulant à bord d’un véhicule particulier et qui se rend à Attingué, c’est-à-dire juste quatre ou cinq kilomètres après le poste de péage (35 Km au total) ne devrait payer que 350 FCFA et donc 700FCFA en aller-retour. Or, avec le choix du gouvernement, il est obligé de payer 1250FCFA pour parcourir 35 kilomè- tres, au même titre que celui qui va à N’Zianouan qui est situé à 140 Km. Voilà l’injustice sociale ! Résultat, le ratio coût-kilomètre qui est de 10 FCFA pour l’usager qui se rend à Yamoussoukro, culmine à 35,71FCFA/KM, pour celui qui va à Attingué. Soit un tarif plus élevé que celui de l’autoroute  Paris-Limoges. Quand on applique le même raisonne- ment à un véhicule de transport en commun de 32 places qui se rend à Attingué (5000FCFA à l’aller), le ratio de- vient 142,85FCFA/Km. Si ce même véhicule se rend non pas à Attingué mais à Elibou, (environ 64 km), le ratio est de 78FCFA/KM parcouru et non 10FCFA/KM. Pourquoi devrait-il payer plus cher que celui qui se rend à N’Zianouan ? Alors, la Côte d’Ivoire a les tarifs les plus bas au monde ?


Règle d’or piétinée et tarifs insupportables !

 Pour le gouvernement, la structure des tarifs prend en compte « le remboursement des 35 milliards de FCFA pris sur  le marché local pour financer les 140 premiers kilomètres auxquels s’ajoutent l’entretien et un certain nombre de service… », ou encore « Les éléments pris en compte sont les coûts de construction, l'entretien et les moyens de construire de nouvelles routes. Les tarifs fixés permettront d'atteindre l'équilibre financier pour un amortisse- ment dans dix ans. Il faudra s'habituer à payer pour ce genre de routes pour permettre de disposer de nouvelles routes et infrastructures de qualité». Sauf qu’au regard du trafic, 6500 véhicules par jour, c’est une rentabilité moyenne annuelle de 11 milliards de FCFA en prenant un minimum de 5000FCFA. Avec une telle rentabilité, les tarifs annoncés sont véritablement exorbitants. D’autant plus que l’usager, dans cette affaire, n’a pas vraiment le choix. Ce qui constitue une triste violation de la règle d’or du péage qui est la possibilité laissée à l’usager de refuser le péage en empruntant des voies alternatives. Quel est le choix laissé au citoyen ivoirien pour se rendre à Yamoussoukro sans passer par l’autoroute ? L’ancienne voie est-elle seulement praticable ? Et pourquoi le gouvernement n’a fait aucune communication sur la possibilité laissée aux Ivoiriens de prendre l’ancienne voie qui doit être maintenue en bon état? N’est-ce pas pour cela que l’usager paie la vignette, la patente, les frais de visite technique dont une partie est reversée à l’Etat, la redevance sur chaque litre d’essence et de gasoil acheté et autres douloureuses parafiscalités ? Et pourquoi les élus de la nation n’ont pas été associés à la fixation de ces tarifs ? Par quel mécanisme ont-ils été mis en vigueur ? Mais le Premier ministre, devant la grogne qui monte, a tenté de couper court, hier : « Payer pour passer sur l’autoroute, il le faut si on veut avoir des infrastructures de qualité (…) Pour obtenir des infrastructures de qualité, il faut une contrepartie. Les populations sentent qu’il faut aller de l’avant sur ce dossier .» A-t-il tonné. On espère que les lamentations d’Al- mamy Touré ne le laisseront pas indifférent :« Les derniers chiffres que nous avons suggérés sont les suivants : les véhicules particuliers devaient payer 1000, les véhicules de moins de 34 places 3000FCFA, les véhicules de plus de 35 places 4000 FCFA, les véhicules de 3,5 tonnes à 10 tonnes 3500 FCFA, les véhicules de 10 tonnes 5000FCFA et enfin les véhicules de plus de 10 tonnes 10000FCFA (…) Pour une PME avec un parc de 10 véhicules, c’est au moins 4,5 millions par mois (450 mille par véhicule) que le transporteur devra s’attendre à payer à raison de 7500 par passage soit 15000 le voyage en aller et retour. Cela repré- sente 54 millions de dépenses imprévues au budget 2014. Cela n’est pas supportable, si l’on ne répercute pas tout ou une partie d’une telle charge supplémentaire sur le prix du ticket.  » Les Ivoiriens, encore, devront s’apprêter à trinquer !

ASSALE Tiémoko

Source: L’eléphant déchaîné N°252 du vendredi 16 au lundi 19 mai 2014 / 3ème année




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