Pascal Logbo (NPR) à propos des élections à venir :« Avec Koné Mamadou au conseil constitutionnel, le RDR prépare un hold-up électoral »

Le président du Nouveau parti pour le Rassemblement (NPR), résidant en France, a séjourné récemment en Côte d’Ivoire dans les cadres des activités de son parti. A cette occasion, Pascal Logbo a bien voulu se prononcer sur l’actualité en Côte d’Ivoire. Il parle certes de son parti, mais se prononce également sur les élections à venir et exhorte les Ivoiriens à plus de vigilance.

Vendredi 20 Février 2015 - 02:07


Blaise Pascal Logbo, président du NPR
Blaise Pascal Logbo, président du NPR
En l’espace de 10 mois, vous qui résidez en France, avez effectué deux voyages en Côte d’Ivoire. C’est dans quel but ?

Le NPR (Nouveau parti pour le Rassemblement) est un parti national dont les principales actions sont menées sur le sol national, en dehors des actions que nous menons sur le plan international pour informer, dénoncer et agir dans le sens du changement que nous voulons pour notre pays. Il est donc normal que je sois présent en Côte d'Ivoire lorsque les besoins du parti ou des causes nationales le nécessitent. En avril 2014, nous étions présents dans le cadre de l'organisation du premier Congrès ordinaire de notre parti. J'étais récemment à Abidjan pour entamer les préparatifs de la seconde Convention du parti qui aura lieu en août prochain, dans le climat de la présidentielle. Il me fallait être là pour renouer certains contacts politiques nécessaires dans la poursuite des objectifs qui sont les nôtres. Nos camarades sur place font déjà un travail remarquable pour l'avancement du parti. Mais en ma qualité de président du NPR, il y a nécessité que je sois régulièrement présent à leurs côtés pour traiter de certaines questions et poser des actes essentiels.

Dans environ huit mois, les Ivoiriens seront appelés aux urnes pour choisir leurs dirigeants. Pensez-vous que les conditions sont réunies pour des élections crédibles ?


En l'état actuel des choses, aucune condition n'est réunie pour des élections crédibles en 2015. Sur la situation politique, le régime continue de faire planer le spectre de la prison politique. Des Ivoiriens sont injustement en prison pour leurs opinions et choix politiques. D'autres sont en exil pour les mêmes raisons. Comment voulez-vous que les Ivoiriens partent librement choisir leur président si leur choix politique doit les conduire à nouveau en prison ? L'actuel régime doit commencer par décrisper la situation sociopolitique en libérant tous les prisonniers politiques et en donnant de véritables garanties pour le retour sécurisé des exilés. En le faisant, il montrera sa bonne volonté d'organiser des élections libres en Côte d'Ivoire. Le second aspect du problème concerne la situation sécuritaire du pays. Il est bien curieux qu'après quatre ans d'exercice du pouvoir, Alassane Ouattara ne soit pas parvenu à achever le désarmement de l'ex-rébellion qui a fait la guerre pour le conduire au pouvoir. Cette situation reste pour nous très préoccupante. Nous ne pensons pas qu'il y ait une réelle volonté de ce gouvernement de procéder au désarmement effectif de ses hommes en armes. Tout se passe comme si l'on traine volontairement le désarmement effectif et total dans le but de confier une mission précise à ces hommes en armes comme ce fut le cas en 2010 et 2011 sous Laurent Gbagbo. Il faut rappeler que l'ex-rébellion n'a jamais voulu désarmer, alors que tous les accords signés prévoyaient son désarment. Le président Gbagbo était allé de compromis en compris dans le vain espoir d'obtenir ce désarmement. Le plan B pour lequel ils refusaient de désarmer avait fini par être exécuté. Il a conduit Alassane Ouattara au pouvoir par la guerre avec l'appui essentiel des Forces étrangères. Le troisième aspect de ce problème concerne la Commission électorale indépendante. Youssouf Bakayoko a été reconduit à la tête de cette Commission Electorale Indépendante (CEI). Or ce monsieur n'a pas fait preuve de probité et d'impartialité en novembre 2010 en allant proclamer hors délai des résultats falsifiés du second tour de la présidentielle dans le QG d'Alassane Ouattara à l'Hôtel du Golf. Quelle crédibilité veut-on donner à la prochaine présidentielle en maintenant un tel monsieur à la tête d'une Institution si importante pour le présent et l'avenir du pays ? La CEI dans sa composition actuelle ne répond pas à l'esprit d'indépendance qui a sous-tendu sa création. Cette Institution a pour mission d'organiser des élections libres, transparentes et démocratiques. Or elle se trouve être encore dominée par une certaine majorité politique, selon que des rapports de forces et autres alliances politiques du moment le permettent. La CEI actuelle est à majorité RHDP et cela n'est pas rassurant. Nous dénonçons vigoureusement ce fait ainsi que la présence incongrue de représentants religieux dans cette Institution d'une République qui se veut laïque. Nous pensons qu'il y a une nécessité absolue de réviser cette loi organique portant création, composition et attributions de la CEI. Le quatrième aspect du problème concerne le Conseil Constitutionnel avec la récente démission de monsieur Francis Wodié de la tête de cette institution essentielle. Francis Wodié a été remplacé par monsieur Koné Mamadou, un militant du RDR. Cette nouvelle nomination ne saurait nous rassurer. De la validation des candidatures à la proclamation des résultats définitifs en passant par le traitement des contentieux électoraux, monsieur Koné Mamadou ne présente aucune garantie d'impartialité et d'indépendance. Sa nomination est le signe d'une volonté de passage en force pour donner un second mandat à Alassane Ouattara.

Oui justement, pensez-vous donc que la démission de Francis Wodié soit liée à l'inéligibilité d'Alassane Ouattara ?


Le NPR avait adressé une lettre ouverte à Francis Wodié pour attirer son attention sur son obligation de veiller au respect de notre Constitution dans le cadre de la présidentielle prochaine. Puis deux mois après, nous avons appris avec surprise sa démission. Cette démission peut être liée à l'inéligibilité d'Alassane Ouattara. Il se peut que Wodié ne lui ait pas donné suffisamment d'assurance pour la validation de sa candidature au moment où la question de son éligibilité fait débat. Dès lors, nous pouvons penser qu'il a été contraint à la démission pour être remplacé par un magistrat dont le militantisme pour le RDR est connu. L'un des maux de nos Etats est la dépendance des Institutions judiciaires vis-à-vis de l'Exécutif. Cette situation fragilise davantage la démocratie et menace la paix sociale.

Donc vous pensez comme nombre d’Ivoiriens qu’avec Koné Mamadou, un proche de Ouattara à la tête de cette institution, le régime actuel prépare un hold-up électoral ?


La nomination de Koné Mamadou un proche d'Alassane Ouattara et de Soro Guillaume à la tête du Conseil constitutionnel peut répondre à l'objectif d'un hold-up électoral. Car ne l'oublions pas, le Conseil constitutionnel est l'institution chargée de valider les candidatures et de proclamer les résultats définitifs de la présidentielle. Selon les articles 94 et 98 de notre constitution, le Conseil constitutionnel joue un rôle central et déterminant dans le dispositif juridique d'accession au pouvoir. Ceci étant dit, il est normal que cette nomination de Koné Mamadou suscite en chacun de nous une suspicion légitime de sa partialité et de sa dépendance vis-à-vis du régime, du système dont il est membre. Mais le peuple ivoirien est souverain. En 2000, le peuple a pu démontrer sa souveraineté dans les urnes mais aussi en se mobilisant massivement pour réclamer le respect de son choix sorti des urnes, en bravant les tirs criminels des soldats fidèles à la junte militaires qui dirigeaient la transition. Le régime Ouattara peut avoir son plan B avec Koné Mamadou. Mais le plan Z appartient au peuple souverain de Côte d'Ivoire car le dernier mot lui revient. L'essentiel n'est donc pas seulement d'aller voter, mais de veiller aussi à ce que le choix sorti des urnes soit respecté.

Dans ces conditions, votre parti va-t-il prendre part à ses élections ? Et sinon vous appellerez à soutenir quel candidat ?

Nous sommes un parti organisé prenant certaines décisions importantes dans des cadres prévus par nos statuts. Je venais d'évoquer notre Convention d'août prochain. Elle sera le cadre statutaire prévu pour que nous traitions de ces questions. Donc nous nous donnons encore le temps d'observer et d'analyser la situation, avant de faire un choix face aux différentes options qui s'offrent à nous. Souffrez donc que notre Convention d'août réponde adéquatement à ces questions. Car nous pensons qu'il faut mettre un terme à la souffrance des ivoiriens en faisant en toute responsabilité des choix justes et essentiels.

De nombreuses voix s’élèvent actuellement pour dire que Alassane Ouattara est inéligible pour les élections prochaines. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?


L'évidence est là et saute aux yeux. Mais comme le dit l'adage, « il n'y a pas plus aveugle que celui qui refuse de voir ». Nous ne sommes pas juristes de profession, mais notre intelligence nous permet de comprendre nos lois et d'en faire une juste interprétation. De toute évidence, Alassane Ouattara n'est pas éligible, en l'état actuel du dispositif électoral concernant la présidentielle. L'arrêt d'août 2000 de la Cour suprême invalidant la candidature d'Alassane Ouattara sur le fondement de l'article 35 de notre constitution, la décision du 5 mai 2005 du président Laurent Gbagbo faisant d'Alassane Ouattara candidat exceptionnel et uniquement pour la présidentielle de 2010, et la non modification de l'article 35 de notre constitution sont autant d'éléments renforçant le dispositif juridique de l'inéligibilité d'Alassane Ouattara. Ce n'est pas nous qui le disons, c'est le droit qui le dit. Et nous ne saurions dire le contraire.

Le FPI est actuellement secoué par une crise identitaire. Quelle analyse cela vous inspire et quelles solutions pouvez-vous préconiser pour en sortir ?

Nous sommes au regret de constater cette déchirure interne au Front Populaire Ivoirien. Nous le regrettons parce que cette division handicape le combat unitaire et solidaire que devrait mener l'opposition contre ce régime. Nous regrettons cette crise, parce qu'elle a conduit à une certaine humiliation du Président Gbagbo. Dans sa situation actuelle, le Président Gbagbo ne mérite pas un tel traitement de la part de ceux qui sont sensés lui apporter leur soutien. La seule voix que nous pouvons préconiser pour la solution de cette crise est le respect des textes qui régissent le FPI. Si possible, il faudra mettre l'intérêt supérieur du parti en avant pour en sortir par le dialogue et le consensus. La Côte d'ivoire a besoin d'une opposition unie, solidaire et forte, afin de travailler à l'avènement du véritable changement auquel aspirent les ivoiriens pour mettre fin à leurs souffrances. Il faut, pour cela, bien percevoir les enjeux et faire de bons choix stratégiques.

Interview réalisée par Myriam Bakayoko

Source: Aujourd’hui / N°831




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