Ouest de la Côte d'Ivoire: Une tragédie qui perdure. Des cruautés jouissant de l'impunité. La loi des vainqueurs en marche.

Samedi 16 Mars 2013 - 05:00


Image d'archives: après les massacres dans le camp de Nahibly
Image d'archives: après les massacres dans le camp de Nahibly
« Après le massacre de Duékoué [fin mars – début avril 2011], nous avons été contraints de quitter nos maisons. Les autorités et l’ONUCI avaient promis d’assurer notre protection. Et voilà que, plus d’un an après, nous enterrons à nouveau nos morts victimes des FRCI et des Dozos. Nous ne pouvons pas non plus retourner dans les villages avec les patrouilles de Dozos sur nos plantations. Y a-t-il encore une place pour nous quelque part ? » Personne déplacée ayant survécu à l’attaque du camp de Nahibly le 20 juillet 2012  


4.1. L’OUEST : UNE INSTABILITÉ CHRONIQUE DEPUIS PLUS D’UNE DÉCENNIE


Tout au long de la dernière décennie - et de manière encore plus dramatique durant la crise post-électorale -, l’ouest de la Côte d’Ivoire a été le théâtre des plus graves violations et atteintes aux droits humains qu’ait connues le pays. Trois facteurs peuvent notamment expliquer cela : des conflits intercommunautaires exacerbés par des litiges fonciers et alimentés par l’idéologie de l’ivoirité ; la présence de milices armées ; et la porosité de la frontière avec le Libéria dont l’instabilité, durant les années 1990 et au début des années 2000, a gagné l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il faut ajouter à cela une absence de volonté politique de résoudre les problèmes structurels de cette région et notamment la question foncière.
L’ouest de la Côte d’Ivoire est, depuis des décennies, une terre de migration qui a attiré des millions de ressortissants de la sous-région ainsi que des habitants venus d’autres régions du pays. Ces migrants ont travaillé essentiellement dans les plantations de cacao et de café et dans le petit commerce. Avec la crise économique, apparue au début des années 1990, ces migrants ont été considérés par certaines populations autochtones comme des concurrents venus d’ailleurs pour exploiter les richesses de la région. Beaucoup d’entre eux, notamment des Burkinabè, se sont vus contester la propriété de leurs terres dans un contexte où la plupart des planteurs n’avaient pas de titres de propriété fonciers.    
Ces conflits intercommunautaires ont été exacerbés suite à la tentative de coup d’État de septembre 2002 et à la partition du pays qui s’en est suivie. Dès lors, aux yeux des populations dites « autochtones », les migrants dioulas (qualifiés d’« allogènes ») sont globalement apparus non seulement comme des étrangers exploitant les richesses économiques du pays, mais comme des agents des Forces nouvelles qui avaient pris le contrôle du nord du pays. Enflammées par l’idéologie de l’ivoirité, plusieurs milices « autochtones » ont vu le jour à l’instigation et avec le soutien du gouvernement de Laurent Gbagbo. Le nom de ces milices 22 qui mêle les termes « patriotes », « résistance » et « libération » indique bien la volonté de ces groupes armés « autochtones » de lutter contre la présence et l’emprise de populations perçues comme étrangères.  
Ce phénomène des milices a été alimenté par le recours à des mercenaires recrutés dans une large mesure au Libéria voisin. Au gré des alliances et de leurs intérêts pécuniaires, ces mercenaires ont servi aussi bien dans les rangs des milices « autochtones » que dans les groupes d’opposition armés relevant des Forces nouvelles. Dans les années 2002-2004 notamment, toutes les parties au conflit ont participé à des attaques contre des villes et des villages de l’ouest du pays, tuant des civils et recourant au viol et à l’esclavage sexuel comme armes de guerre 23 . Elles ont toutes également recruté de force des civils, notamment des réfugiés libériens, y compris des garçons et des jeunes filles âgés de moins de dix-huit ans.
Avec la crise post-électorale de 2010-2011 et l’avancée des Forces nouvelles dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, la région a de nouveau été le théâtre de violations et d’atteintes massives aux droits humains commises par toutes les parties au conflit. Cela a été notamment le cas dans la région de Duékoué où, fin mars-début avril 2011, des centaines de personnes ont été tuées notamment par les Dozos et les FRCI dans le cadre d'une attaque systématique et généralisée contre la population civile. Ces actes ont été qualifiés par Amnesty International de crimes de guerre et crimes contre l’humanité 24 .  
La victoire militaire des partisans d’Alassane Ouattara, en avril 2011, a modifié le rapport de forces dans certaines régions de l’ouest du pays où la domination des milices pro-Gbagbo a cédé la place à un nouvel ordre imposé par les Dozos et les FRCI.  
Ce nouveau rapport de forces a dissuadé de nombreuses personnes de retourner dans leur village ou sur leurs terres, par peur de représailles ou parce que leurs propriétés avaient été occupées par d’autres.
Ce phénomène d’occupation des terres appartenant à des populations « autochtones » par des populations dioulas « allogènes » a été confirmé à la délégation d’Amnesty International par plusieurs habitants de la région de Duékoué. L’un d’eux a déclaré :
« On ne peut plus travailler dans les plantations, elles sont occupées par nos allogènes, des personnes qui travaillaient pour nous avant les événements. Ceux qui ont des terres éloignées du village n’osent pas s’y aventurer. C’est devenu dangereux. On est menacés. »  
La question de la propriété foncière demeure à la fois non résolue et très préoccupante car elle est une source de conflits opposant de manière dramatique des communautés entre elles. Dans un rapport publié en juin 2012, le Secrétaire général de l’ONU s’est dit inquiet de la persistance de ce problème en soulignant que « de violents affrontements intercommunautaires ont continué à se produire, principalement dans l’ouest et le centre de la Côte d’Ivoire, portant souvent sur des questions liées au régime foncier 25 ».  


4.2. ATTAQUES DES POPULATIONS LOCALES PAR LES FRCI ET LES DOZOS


 L’insécurité qui règne dans l’ouest du pays a été accrue par le comportement des FRCI et des Dozos qui, depuis leur prise de contrôle de cette région en mars-avril 2011, s’en sont pris à des populations locales appartenant notamment à l’ethnie guérée.
Justifiant un usage excessif de la force par la persistance de la criminalité et par des attaques à main armée lancées par des individus non identifiés, les FRCI et/ou les Dozos ont fait des descentes dans des villages et des quartiers habités par des populations « autochtones », arrêtant, torturant et parfois abattant des personnes en toute impunité.  
La délégation d’Amnesty International s’est rendue dans la région de Duékoué à deux reprises du 25 au 29 septembre 2012 puis les 19 et 20 octobre. Les délégués ont recueilli de nombreux témoignages faisant état d’exécutions sommaires, de destructions de biens et de pillages dans les villages de Diehiba, Guehibly, Guitrozon, Guezon et dans les quartiers de Carrefour et Togueï dans la ville de Duékoué. La veuve d’un homme exécuté par des éléments des FRCI, en janvier 2012, a raconté à Amnesty International :  
« Dans la nuit du 3 au 4 janvier [2012] , j’étais chez moi avec mon mari et mes enfants quand quatre militaires portant des uniformes sont arrivés à la maison. Ils voulaient violer notre fille. Mon mari s’est interposé, ils l’ont frappé et l’ont maîtrisé. Deux militaires lui tenaient les bras, un autre les deux pieds tandis qu’un quatrième lui coupait les tendons. Mon mari est tombé, je me débattais et poussais des cris. Ils m’ont ligotée, ils ont ensuite emmené mon mari à l’extérieur. Avec les cris, les voisins et amis sont arrivés, les militaires ont pris la fuite dans leur véhicule. Mon mari a été emmené à l’hôpital, il y est décédé des suites de ses blessures le 20 juillet. »            
La délégation d’Amnesty International a également rencontré des témoins qui ont décrit l'arrestation de François Gnoblemon, âgé de cinquante-six ans, par des soldats des FRCI dans le village de Guéhibly, à environ 2 heures du matin le 19 mars 2012. Son épouse a expliqué à Amnesty International :
« Quatre membres des FRCI ont frappé à la porte. Mon mari s’est réveillé pour demander ce qui se passait. Ils n’ont rien répondu. Deux d’entre eux l’ont pris par les deux bras et l’ont emmené dehors où se trouvaient d’autres FRCI. Je voulais les suivre mais j’en ai été empêchée. Un des membres des FRCI m’a demandé la profession de mon mari. J’ai répondu qu’il était commerçant. Ils m’ont repoussée et sont partis avec mon mari sans me dire pourquoi ils l’avaient pris. »  
Plus tard ce jour-là, le député parlementaire de la région a reçu un appel téléphonique, à Abidjan, précisant que François Gnoblemon était mort et donnant des informations sur l'endroit où son corps avait été déposé. Le corps a effectivement été retrouvé à cet endroit et il portait des traces de balles. Sa famille a porté plainte mais, à la connaissance d’Amnesty International, cette plainte n’a pas encore connu de suite.
Ce climat d’insécurité dans lequel vivent certaines populations locales a été souligné par le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des personnes déplacées internes, Chaloka Beyani, au retour d’une mission en Côte d’Ivoire fin juillet 2012. Dans une déclaration publiée le 31 juillet 2012, le Rapporteur spécial a précisé : « À l’Ouest du pays tout particulièrement, les PDIs [personnes déplacées internes] restent très préoccupées par la situation sécuritaire. Certaines communautés, dont quelques-unes qui sont retournées chez elles, se cachent la nuit dans la forêt de peur des attaques. Il est donc prioritaire de poursuivre la réforme du secteur sécuritaire, de renforcer la justice et l’état de droit et de mettre intégralement en place le processus de désarmement et de démobilisation 26 .  
Cette insécurité a été alimentée par le rôle prépondérant joué par les Dozos depuis la victoire militaire des FRCI en avril 2011.


ENCADRÉ 1 : LES DOZOS : UNE FORCE DE POLICE AUTOPROCLAMÉE QUI RANÇONNE LES POPULATIONS

 
Au lendemain de la victoire des FRCI, les Dozos se sont imposés - avec l’accord et l’appui des autorités politiques et militaires - comme une force de police et de maintien de l’ordre et ce, moyennant une contribution financière imposée aux populations locales.  
La délégation d’Amnesty International a ainsi constaté que, dans la région de Duékoué, les Dozos avaient installé des barrages sur plusieurs pistes et contrôlaient l’accès aux villages.  
De nombreux habitants ont confirmé être régulièrement l’objet de racket et d’extorsion de la part des Dozos. Une personne habitant un village non loin de Duékoué a dit à Amnesty International :
« Quand on va en ville à vélo ou à moto, on est contraint de payer au barrage érigé par les Dozos. Les cyclistes paient 500 francs CFA [0,70 euro] tandis que les motocyclistes doivent s’acquitter de la somme de 1 000 francs CFA [1,5 euro] . Si on n’a pas payé à l’aller, on est obligé de payer au retour. Dans le cas où on ne peut pas payer, ils saisissent les vélos et les motocyclettes. »
De même, dans le quartier Père Thête, à Duékoué, Amnesty International a appris que les Dozos réclamaient 300 000 francs CFA (environ 450 euros) par mois à la population pour assurer la sécurité de la zone. Les responsables dozos ont justifié la réclamation de cette somme en déclarant que dix Dozos assuraient la sécurité de ce lieu et qu’il fallait payer 30 000 francs CFA par Dozo. Suite à la protestation des populations, des négociations ont eu lieu et finalement les habitants ont accepté de payer 250 000  CFA, le commandant local des FRCI payant la différence.  
Cette relation de partenariat entre les Dozos et les FRCI a été reconnue et revendiquée par le responsable de la sécurité des Dozos à Duékoué lors d’une rencontre avec la délégation d’Amnesty International, le 29 septembre 2012 :
« Nous sommes associés avec les FRCI afin d’assurer la sécurité de la région. Nous faisons des patrouilles la nuit et lorsque nous procédons à des arrestations, nous remettons les prisonniers aux FRCI. Nous ne rançonnons pas la population locale ».
Le soutien apporté par les FRCI aux Dozos est particulièrement inquiétant car cette milice n’a aucun statut juridique en tant que force de l'ordre ou force de sécurité en Côte d'Ivoire. Les Dozos ne sont pas régis par un cadre juridique et ne sont pas expressément tenus de rendre des comptes aux représentants du gouvernement.  
Lors d’une rencontre avec le ministre ivoirien de la Défense, Paul Koffi Koffi, le 3 octobre 2012, à Abidjan, la délégation d’Amnesty International a fait part de sa préoccupation de voir les Dozos assumer des tâches de maintien de l’ordre.   
Le ministre a réagi en précisant que le gouvernement avait publié, le 5 juin 2012, une circulaire interministérielle « relative à la présence des “ Dozos” aux barrages routiers ».
Cette circulaire constate que « des individus, se réclamant de la confrérie des « Dozos », ont essaimé l’ensemble du territoire national. Arborant des armes à feu, assurant la police administrative, encadrant des manifestations publiques, ils érigent des barrages routiers et se substituent aux agents de police judiciaire . » Ce texte rappelle « que l’exercice de ces missions est régi par des textes spéciaux et relève exclusivement de la Police nationale, de la Gendarmerie et de la Justice » et précise que « en conséquence, à partir du 30 juin 2012, toute personne n’appartenant pas aux Forces armées ou à la Police Nationale et prise en flagrant délit de contrôle routier sera interpellée et, le cas échéant, fera l’objet de poursuites judiciaires. »  
Trois mois après la publication de cette circulaire, la délégation d’Amnesty International a pu constater sur le terrain que ces directives étaient restées lettre morte.


4.3. L’ATTAQUE DU CAMP DE PERSONNES DEPLACÉES À NAHIBLY (20 JUILLET 2012)


Les liens étroits entre les Dozos et les FRCI ont à nouveau été démontrés lors de l’attaque et de la destruction du camp de personnes déplacées à Nahibly (à 4 km de Duékoué) le 20 juillet 2012 qui s’inscrit dans le contexte des crimes contre l’humanité commis dans la même région en mars et avril 2011. Ce camp - le dernier camp de personnes déplacées encore ouvert en Côte d’Ivoire - accueillait à l’époque environ 4 500 personnes qui avaient fui des villages de la région lors de la crise post-électorale et des violences qui ont suivi.  
La délégation s’est rendue à Nahibly et dans plusieurs villages environnants et a rencontré des dizaines de personnes victimes ou témoins de cette attaque. Amnesty International s’est aussi entretenue avec les principaux acteurs présents sur le terrain lors de ces faits : autorités locales civiles et militaires, Dozos, ONUCI ainsi que les travailleurs humanitaires et les défenseurs des droits humains qui sont entrés dans le camp immédiatement après l’attaque. Les délégués d’Amnesty International se sont rendus sur le site qui est désormais désert et en ruines et ils ont pu examiner des vidéos et des photographies émanant de sources différentes.  
Les informations recueillies par Amnesty International montrent que cette attaque a été lancée par des Dozos soutenus par des jeunes gens issus d’un quartier à majorité dioula de Duékoué appelé Kokoma ainsi que par des éléments des FRCI. L’organisation a pu recenser les cas de 14 personnes tuées auxquelles il faut ajouter un nombre inconnu de personnes victimes de disparitions forcées après avoir été arrêtées par les Dozos ou les FRCI. (Voir Encadré 2 : Bilan de l’attaque du camp de Nahibly : des chiffres sujets à controverse)
Une enquête a été ouverte et confiée au procureur de Man (à environ 80 km de Duékoué) mais celle-ci n’a pour l’instant abouti à aucune poursuite.
 

4.3.1. LA STIGMATISATION DES PERSONNES DEPLACÉES VIVANT DANS LE CAMP DE NAHIBLY  

Cette attaque est intervenue dans un contexte de stigmatisation croissante des personnes déplacées de la part aussi bien des autorités politiques et militaires locales que de certaines franges de la population.
Cette stigmatisation découlait du fait que certains individus soupçonnés d’être responsables d'actes de violence commis dans la région (braquages, viols) résidaient apparemment, de façon permanente ou occasionnelle, dans le camp de Nahibly. La présence d’éléments criminels dans ce camp a également été dénoncée par certaines organisations humanitaires, y compris le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Ces organisations ont signalé que des membres de leur personnel avaient été victimes de menaces, de harcèlement, de vols et de violences dans le camp. Ce contexte d’insécurité a été rappelé, au lendemain de l’attaque, par le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Côte d’Ivoire et responsable de l’ONUCI, Bert Koenders : « À partir du mois de mars 2012, il y avait eu 14 attaques contre les travailleurs humanitaires dans le camp et, au mois de mai, le HCR a envoyé une lettre aux autorités relevant ces incidents, en les informant que la distribution de vivres sera suspendue. Le 22 mai, des acteurs humanitaires ont été menacés par des individus au sein du camp 27 »    
De là semble être née, selon les termes d’un défenseur ivoirien des droits humains, la perception d’un camp « rempli de bandits » qui a été exploitée par certains pour diaboliser tous les résidents du camp. Lors de sa mission d’enquête en octobre 2012, Amnesty International a rencontré de nombreuses personnes ayant résidé dans le camp de Nahibly avant la destruction de celui-ci en juillet. L’une d’elles a déclaré à Amnesty International que les choses avaient tellement dégénéré que « chaque fois qu’un crime était commis à Duékoué, tout le monde pointait du doigt Nahibly ». Des accusations ont également fait état de l’existence de caches d'armes dans le camp.
Cette stigmatisation était également marquée par des railleries et des insultes et a été alimentée par le fait que ces personnes, principalement d’ethnie guérée, étaient globalement considérées comme des partisans de l'ancien président Gbagbo.  
Un ancien résident du camp a dit à Amnesty International : « Les Dozos et des habitants des villages environnants ne cessaient de nous dire : “C’est à cause de Gbagbo que vous êtes là, on va vous tuer” ».
Plusieurs sources ont également indiqué à Amnesty International que, dans les semaines qui ont précédé l’attaque, il était devenu très courant d'entendre parler de la nécessité de faire « disparaître » le camp de Nahibly.
 

4.3.2. L’ATTAQUE CONTRE LE CAMP DE NAHIBLY

Dans ce contexte de polarisation ethnique persistante et de montée de la criminalité, une attaque survenue à Duékoué dans la nuit du 19 au 20 juillet 2012 a mis le feu aux poudres.  
Cette nuit-là, vers 1h du matin, quatre personnes ont été tuées et deux autres ont été blessées lors d’une attaque menée par des individus non identifiés dans le quartier de Kokoma à Duékoué principalement habité par des populations dioulas.  
Très rapidement, une rumeur s’est répandue selon laquelle les tueurs avaient fui vers le camp de Nahibly. Cette affirmation s’appuyait sur des traces de sang qui auraient mené directement au camp de déplacés. Vers 8 heures du matin, une douzaine de Dozos armés se sont présentés devant le camp de Nahibly qui était gardé par des soldats de l'ONUCI. Un responsable de l’ONUCI a déclaré à Amnesty International : « Nous leur avons dit que personne n’était entré durant la nuit par le portail du camp qui était sous notre garde et nous leur avons dit que nous ne pouvions pas les laisser entrer . » Les combattants Dozos ont alors commencé à circuler autour du camp et à prendre position à divers endroits.  
Très vite, des centaines de personnes, arrivant de Duékoué, se sont postées à l'entrée du camp. Un officier militaire de l'ONU a estimé que la foule avait rapidement atteint environ un millier de personnes, dont au moins la moitié était armée de machettes, de fusils et d'autres armes. Il a indiqué qu'il était clair que ces personnes « n'étaient pas venues pour discuter » et qu'elles étaient « très en colère et très déterminées . »  
Au moment de l’attaque, le contingent de l’ONUCI présent sur les lieux était composé de 10 militaires marocains qui contrôlaient l’entrée du camp et de 12 policiers pakistanais postés à l’intérieur du camp. Un officier onusien a expliqué que ses soldats avaient essayé de repousser la foule et avaient positionné un véhicule de l'ONU à l'entrée, pour bloquer l'accès. Il a affirmé :
 « Il était évident que nous n’étions pas capables de contrôler cette foule sans leur tirer dessus. Cela aurait presque certainement conduit à une explosion de violence et beaucoup de gens auraient été tués. Bien sûr, c'est ce qui s'est passé à la fin tout de même ».   
Très vite, la foule a submergé le contingent de l'ONUCI en franchissant la clôture et en pénétrant dans le camp.
De nombreux rescapés ont expliqué à Amnesty International que l'attaque a pris très vite une telle ampleur que chacun a tenté de fuir dans la panique. Une femme, âgée de trente-deux ans, qui habitait le camp a raconté à Amnesty International :
« Il était tôt. Les gens avaient commencé leurs tâches quotidiennes. Les hommes étaient allés chercher de l’eau et les femmes cuisinaient. Les enfants étaient partis à l'école mais soudain ils sont revenus en courant. Ils avaient très peur, ils disaient que des Dozos étaient arrivés au camp. Je suis allée à l'entrée et j’ai demandé aux soldats de l’ONU ce qui se passait. Ils ont dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter, que les Dozos n'allaient rien faire et que les soldats étaient là pour assurer notre sécurité. Je les ai crus et je suis retournée à notre tente. Et puis, très vite, les attaques ont commencé. Ils ont franchi l'entrée. J'ai vu des Dozos, des FRCI et des jeunes Dioulas partout, avec des machettes, des fusils et des haches. Les gens criaient et couraient partout. Je ne pensais qu’à mes enfants. J'ai mis mon bébé sur le dos et j’ai pris deux autres enfants par la main. Mon autre enfant courait à côté de moi ainsi que ma  mère. J'étais très enceinte mais encore capable de courir vite. J'ai vu des gens tomber partout. J'ai vu quelqu'un assassiné. Ils étaient en train de mettre le feu à nos tentes. »  
La situation est rapidement devenue chaotique. Des témoins oculaires ont indiqué que des centaines de personnes avaient participé à l'attaque. Beaucoup étaient armés de fusils, de machettes, de haches et de bâtons en bois épais avec des clous. De nombreux témoins oculaires ont également déclaré que la plupart des agresseurs, y compris des soldats des FRCI, étaient armés de kalachnikovs.  
Un déplacé, qui a survécu à l’attaque, a raconté à Amnesty International :
« Les FRCI et les Dozos sont entrés dans le camp aux cris de Afaga [tuez les, en dioula] et A be faga [Tuez-les tous]. Les gens couraient dans toutes les directions. Les Dozos armés de machettes ont commencé à donner des coups sur nos tentes qu’ils ont déchirées. Ils ont imbibé des chiffons d’essence, les ont allumés puis les ont lancés sur les tentes, les FRCI en uniforme tiraient sur les gens. C’était la débandade. Les Dozos et les FRCI tiraient et donnaient des coups de gourdins (certains munis de pointes) et de machettes aux personnes déplacées qui essayaient de fuir. J’ai personnellement vu plus de 10 corps de personnes gisant sur le sol. »  
Les assaillants se sont mis à détruire et à brûler les tentes et les autres structures dans le camp en utilisant de l’essence ou un autre liquide inflammable pour allumer et accélérer la combustion.
« Je pense qu'ils voulaient tous nous brûler vifs. Ils mettaient le feu à tout et ils voulaient que ça brûle vite. Ils ont versé de l'essence sur les tentes et puis les ont allumées. Tout a pris feu en même temps. Les gens ont été pris au piège à l'intérieur de leurs tentes et ont été battus et tués alors qu'ils tentaient de sortir. Certaines personnes ont été brûlées vives. J'ai vu un corps en feu. Rapidement, il y a eu des flammes et de la fumée partout. La fumée était si épaisse qu'on ne voyait rien. Cela a rendu la fuite encore plus difficile. »   
Dans cette fuite, les personnes les plus faibles ont été particulièrement exposées. La fille d'un homme âgé de soixante-douze ans a raconté à Amnesty International comment son père avait été tué :
« Les gens criaient que les Dozos et les FRCI étaient entrés dans le camp et, soudain, je les ai vus. Mon père, Gaston Sioto, était vieux et malade. Il dormait dans notre tente. Je suis allée le réveiller juste avant qu’ils ne commencent à nous attaquer. Nous avons dû fuir. J’ai pris mon bébé et mes deux enfants en bas âge mais mon père ne pouvait pas courir. Il est resté dans notre tente. J'ai pleuré pour lui tout au long de la fuite et j’ai réussi à sortir du camp. Plus tard dans la journée, je suis retournée voir ce qui était arrivé à mon père. Il était environ 14 heures. La Croix-Rouge était là. Nous avons retrouvé le corps de mon père, juste là, à l’endroit de notre tente. Il était brûlé, presque méconnaissable. La Croix-Rouge m'a aidée à emmener le corps à la morgue de Duékoué. Mais là, ils m'ont dit qu'il était trop calciné pour l’accepter et qu’il fallait l’enterrer. C’est ce que nous avons fait, dans notre village, à Yrozon. »
Par ailleurs, après l'attaque, plusieurs personnes y compris un défenseur des droits humains ont pu pénétrer dans le camp et ont affirmé avoir vu le corps d'une femme qui semblait enceinte. Elle avait le torse nu et se trouvait non loin d’un dispensaire. Les corps calcinés de trois personnes âgées ont également été retrouvés sous les tentes.
Le danger n’était pas circonscrit à l’intérieur du camp car, à la sortie, les FRCI attendaient les déplacés et arrêtaient les hommes. Une femme a raconté à Amnesty International :
« Une fois arrivés vers le portail, les femmes étaient épargnées et ils m’ont donc laissée partir. Mais les hommes forts et costauds étaient arrêtés. Ils étaient poussés dans un véhicule, un cordon de FRCI les encerclait. Ceux qui essayaient de s’échapper étaient pris à partie, on les frappait et on leur tirait dessus. »   
Au-delà des agressions physiques, des survivants ont confié à Amnesty International que les assaillants armés criaient aussi des insultes aux habitants du camp, les qualifiant de bandits et de criminels. Un témoin a raconté à Amnesty International :  
« Ils disaient que c’était un camp de bandits et il était temps de le fermer. Même s'il est vrai qu'il y avait des bandits qui venaient au camp ou vivaient dans le camp, nous ne sommes pas tous des criminels. Comment peuvent-ils nous traiter tous comme des bandits ? Nous sommes juste des gens ordinaires. »   
Ces attaques se sont accompagnées de railleries assimilant tous les déplacés de Nahibly à des partisans de Laurent Gbagbo. Un déplacé a raconté :
 « Lorsqu'ils ont mis le feu à notre tente, ils se sont moqués de nous. Ils ont dit : “ Où est votre président, maintenant? Il n'y a personne pour vous protéger ”.»   


4.3.3. EXTENSION DE L’ATTAQUE HORS DU CAMP DE NAHIBLY


L'attaque ne s'est pas bornée à la destruction du camp de Nahibly. Alors que les violences se poursuivaient à l’intérieur du camp, d’autres assaillants se sont dirigés vers la ville de Duékoué. Ils ont pillé et détruit un marché informel situé en face de la Mission catholique qui avait été mis en place une année auparavant par des membres de la communauté guérée déplacés lors des violences post-électorales au début de 2011.  
Ils ont également attaqué et détruit un site connu sous le nom de « l'Annexe », situé derrière la Mission catholique et qui abritait  toujours un certain nombre de personnes déplacées qui craignaient de retourner dans leurs villages.
Une femme, âgée de cinquante-trois ans, qui travaillait à l’époque au marché, a déclaré à Amnesty International que les assaillants avaient pillé les marchandises, mis le feu aux étals et leur avaient intimé l’ordre de ne plus revenir.  


4.4. ARRÊTER, EXÉCUTER ET FAIRE DISPARAÎTRE LES CORPS

  L’attaque contre le camp de Nahibly a entraîné des violations et atteintes très graves aux droits humains et des dizaines de personnes ont été arrêtées et blessées. Certaines ont été tuées de manière extrajudiciaire ou sommaire et un nombre indéterminé de déplacés ont été l’objet de disparitions forcées.  


4.4.1. EXÉCUTIONS EXTRAJUDICIAIRES, SOMMAIRES ET ARBITRAIRES


 Tous les témoignages indiquent que les Dozos et les FRCI ont fait usage de leurs armes dans l’intention de blesser et parfois d’abattre les déplacés qu’ils trouvaient sur leur route. Certains ont été tués dans le camp de Nahibly ; d’autres ont été abattus lors de leur fuite.  
Un témoin a raconté :
« Des Dozos et des FRCI ont mis la main sur Frank Gaha. Il a essayé de se débattre. Ils lui tenaient les mains et les pieds et ont déchiré ses vêtements. Ils l’ont ensuite enroulé dans une bâche en plastique blanc qui servait de tente. L’un a versé de l’essence et y a mis le feu. Il a été enterré à Blody ».  
Un homme qui a échappé à la mort a raconté à Amnesty International :
« L'attaque a été si rapide que tout le camp était en feu. J'ai été poursuivi par des soldats des FRCI et des Dozos. Ils m'ont frappé avec des haches sur les épaules et des machettes à l’arrière de la jambe. Je suis tombé par terre. Ils m'ont attrapé mais en même temps ils ont vu que quelqu'un courait près de moi. C'était Naha Roméo. L'un des hommes a crié : “ Il s’échappe ”. Ils sont tous partis après lui. Ils ont tiré à plusieurs reprises. Ils lui ont tiré dans le dos et il est tombé instantanément. Je suis vivant, parce qu'il est mort. J'ai pu échapper à  ces hommes pendant qu'ils chassaient Roméo. »  
Plusieurs femmes déplacées ont raconté que les assaillants leur avaient laissé la vie sauve car ils ciblaient les hommes jeunes et « costauds ». L’une d’entre elles a déclaré :
« Nous étions sous notre tente quand nous avons appris que le site était encerclé et que le portail avait été défoncé. Le feu a été mis aux bâches, une épaisse fumée se dégageait. Je courais dans toutes les directions. Les FRCI et les Dozos m’ont dit que les femmes allaient être épargnées. Ils incendiaient les bâches et poursuivaient les hommes avec leurs fusils et les machettes. J’ai assisté à la mort de deux personnes. L’une a été tuée avec une hache par un Dozo, l’autre l’a été par les FRCI. Il a reçu une balle dans le dos et est tombé. Les deux sont tombés par terre vers le portail. Les militaires marocains de l’ONU ne bougeaient pas pour les protéger, au contraire, ils regagnaient leurs véhicules. Beaucoup de garçons ont été arrêtés à la sortie du site. ».  
Des personnes qui ont réussi à sortir du camp ont également été tuées après avoir été arrêtées par les FRCI. Ce serait le cas d’au moins 14 personnes. Une femme qui a assisté à l'arrestation de dizaines de personnes déplacées a raconté comment elle a vu plusieurs personnes être tuées devant elle :
« Quand nous sommes sortis du camp, nous avons essayé de nous échapper. Les FRCI ont arrêté, en particulier, les hommes jeunes et forts. Six personnes dont Gueï Taha Simplice, chauffeur d’ambulance, ont été tuées devant moi. »  
Dans un autre cas, le corps d’une personne arrêtée par les FRCI a été retrouvé deux mois après l’attaque. Denis Vincent Gnolé Gnionflé, âgé de vingt-deux ans, a été arrêté par les FRCI devant le portail du camp et son cadavre a été retrouvé à 8 km de Duékoué sur la route de Man, par son oncle, le 22 septembre 2012. Il était en slip et torse nu et avait trois balles dans le dos.  


4.4.2. ARRESTATIONS, TORTURES ET DISPARITIONS FORCÉES


 Des hommes ont été arbitrairement arrêtés par les FRCI, soit à l’intérieur du camp, soit alors qu’ils tentaient de fuir. Beaucoup ont été battus, certains ont été libérés sans inculpation ni procès et un certain nombre de ces personnes ont été victimes de disparitions forcées. Plusieurs témoignages oculaires corroborent, par exemple, le fait que des personnes ont été contraintes de monter dans des véhicules des FRCI alors qu’elles fuyaient le camp. Elles ont été emmenées à un poste de crise des FRCI situé non loin de là. Des témoins ont vu que plusieurs d’entre elles, y compris Eric Yehe Kah et un homme dont le prénom était Amidi, ont été sorties de force par une petite porte à l'arrière du poste FRCI. Toutes ces personnes étaient en sous-vêtements et ont été mises dans un véhicule et emmenées. Un témoin a recueilli le numéro dUn garçon, âgé de treize ans, a raconté à Amnesty International :
« J’ai été arrêté à l’intérieur du camp. Les FRCI m’ont emmené avec onze autres personnes à 'immatriculation du véhicule. Depuis lors, on est sans nouvelles de leur sort.
l’hôtel Monhessia [hôtel de Duékoué réquisitionné par les FRCI] où j’ai été détenu pendant deux jours. Quand nous sommes arrivés, ils nous ont couchés par terre et nous ont battus avec des planches sur le dos à deux reprises. Sept personnes ont été conduites à la police, quatre ont été emmenées ailleurs, on ne les a plus revues. »  
Des informations indiquent que ces arrestations ont été effectuées à l’extérieur du camp. Un ancien planteur, qui vivait dans le camp de Nahibly, a raconté :  
« On cherchait à fuir. Quand je suis parvenu à la hauteur du portail, j’ai vu que des jeunes costauds et forts étaient embarqués dans trois véhicules Kiat [voiture de marque coréenne]. Un Kiat peut contenir autour de 20 personnes. Les Dozos et les FRCI surveillaient les personnes arrêtées. Un de ces véhicules est parti vers Guiglo et les deux autres ont pris la route allant vers Duékoué. »  
Des proches ont assisté à l’arrestation d’un parent qu’ils n’ont plus jamais revu depuis lors. Une mère de famille a raconté :  
 « Les FRCI rassemblaient de nombreux jeunes hommes qui essayaient de s’échapper du camp et les faisaient monter de force dans des camions. Tout d’un coup, j'ai vu mon fils parmi eux. J'ai commencé à crier, leur demandant de le laisser mais le camion est parti et j’ai couru après. Il est passé devant un poste militaire. J'ai essayé de parler avec quelqu'un pour poser des questions sur le sort de mon fils. D'autres mères étaient là aussi. On nous a simplement  chassées. Je n'ai jamais revu mon fils. »  
La mère d’un autre disparu a exprimé son besoin de connaître le sort de son fils et d’obtenir justice.
«  Quand notre enfant a été arrêté, nous avons espéré le retrouver. S’ils l’ont tué, qu’ils nous remettent au moins le corps. Nous demandons que justice soit dite. Nous aurions souhaité déposer plainte mais auprès de qui ? On ne va pas se plaindre auprès de ceux qui l’ont arrêté. Il faut nous aider, il est l’unique garçon de la famille, nous avons deux filles et deux petites filles. »  
Dans un autre cas, le père de Doué Gouleui Désiré a vu son fils, âgé de quatorze ans, être capturé par un groupe de Dozos alors qu'il tentait de s'échapper par dessus la clôture qui entourait le camp de Nahibly. Depuis lors, il n'a plus eu de ses nouvelles et son corps n'a pas été retrouvé.
Amnesty International a aussi enquêté sur le cas d’Alain Téhé qui a été gravement blessé à coups de machette lors de l'attaque de Nahibly. On l’a emmené à l'hôpital de Duékoué pour y être soigné. Les FRCI sont allés le chercher, le jour même, en menaçant le personnel médical. Nul ne l’a revu depuis lors. Un témoin a raconté à Amnesty International :  
« Alain Téhé a déclaré qu’il était recherché par les FRCI et qu’il fallait le protéger, nous l’avons dit à l’hôpital. Un soldat des FRCI est venu le chercher. Il a déclaré qu’il fallait lui remettre le blessé autrement il allait attaquer l’hôpital. Le personnel hospitalier a protesté. Le soldat a déclaré que le blessé était recherché par la police. Finalement, le responsable de l’hôpital et le directeur départemental de la santé ont cédé aux injonctions des FRCI, le blessé leur a été remis. »  
La rumeur selon laquelle les FRCI allaient chercher des résidents du camp de Nahibly à l’hôpital de Duékoué a dissuadé certains blessés ou parents de blessés de se rendre dans cette structure de soins. Amnesty International a recueilli des informations concernant deux cas de personnes décédées après que leurs proches n’aient pas osé les emmener ou les laisser à l’hôpital.  
C’est le cas de Oula Yao Honoré qui a été blessé dans le camp de Nahibly. Un proche a déclaré à Amnesty International : « Des Dozos et des FRCI l’ont encerclé et frappé avec des gourdins et des machettes. Quand il est tombé, les attaquants l’ont abandonné. Nous l’avons emmené à l’hôpital pour des soins mais quand nous avons appris que les FRCI étaient venus chercher des blessés, nous l’avons sorti de l’hôpital. Nous l’avons ramené au village où il n’a pas pu bénéficier des soins nécessaires, il est mort quelques jours après. »  
C’est également le cas d’une femme qui a été frappée dans le camp de Nahibly. Une de ses voisines a raconté à Amnesty International :
 « Lorsque le groupe des civils et des Dozos sont arrivés à sa tente, ils l'ont attrapée et l'ont frappée avec des matraques munies des clous. Elle a été blessée, mais avait trop peur d’aller à l'hôpital car nous avions entendu qu'une personne déplacée avait été enlevée alors qu’elle y recevait des soins. Elle est retournée au village où elle est décédée à la suite de ses blessures, une semaine après. »
Lors de sa mission d’enquête, Amnesty International a demandé aux représentants du gouvernement et au commandant des FRCI à Duékoué, des informations sur les cas des hommes qui avaient été arrêtés et dont les proches sont sans nouvelles depuis lors. Le Procureur de Man, en charge de la région de Duékoué, a indiqué à Amnesty International :
« Nous avons reçu des PV [procès-verbaux] relatifs à 12 personnes qui ont été arrêtées. Toutes ont été libérées après. Nous recevons beaucoup d'autres informations, mais elles ne sont jamais crédibles. Une personne portée disparue ne veut pas dire que les fonctionnaires sont responsables. Nous avons besoin d'informations plus détaillées pour mener nos enquêtes. »   
Le commandant des FRCI a informé Amnesty International qu'un certain nombre de personnes avaient été arrêtées après l'attaque pour les protéger de la foule armée. Il a indiqué qu’elles avaient été emmenées au camp FRCI « pour leur propre sécurité » et que, parmi elles, se trouvait un groupe de sept personnes identifiées comme des « grands bandits ». Les FRCI les ont détenues à l'Hôtel Monhessia. Il a déclaré à Amnesty International que le groupe de sept personnes avait ensuite été remis à la police.


4.4.3. ENTRAVES À L’ACCÈS AUX CORPS DES VICTIMES ET DÉCOUVERTE DE CADAVRES DANS UN PUITS


Dans les heures qui ont suivi l’attaque, des proches des victimes et des observateurs extérieurs, y compris un travailleur humanitaire, se sont rendus au camp de Nahibly mais les FRCI et les Dozos leur ont demandé de quitter les lieux officiellement afin de prévenir toute interférence dans le déroulement de l’enquête ouverte sur ce cas.  
Lorsque des personnes déplacées ont pu revenir dans le camp le lendemain, certaines d’entre elles ont constaté que des corps avaient disparu.  
Les membres d'un comité de crise, mis en place rapidement après l’attaque du camp de Nahibly par la communauté guérée locale, ont visité le camp le 20 juillet, jour de l’attaque, en début d’après-midi. Un membre de ce comité a confirmé à Amnesty International qu'ils avaient trouvé treize corps dont quatre semblaient avoir été calcinés. Très vite, les FRCI leur ont demandé de quitter le camp pendant que l’enquête était en cours.  
L’un des membres de ce comité de crise a indiqué à Amnesty International :
« Nous sommes partis le lendemain [21 juillet 2012] voir le préfet et avons demandé l’autorisation d’enterrer les corps. Le préfet nous a demandé de patienter car le procureur de la République allait passer pour l’enquête. Vers 15 heures, nous avons obtenu l’autorisation d’aller enterrer les morts. Sur les 13 corps que nous avions vus la veille, il n’en restait que six et sur les quatre corps calcinés, il n’en restait que deux. Le corps de mon neveu qui était à l’extérieur du camp était maintenant à l’intérieur du camp mais dans une position différente. ».  
Un homme, âgé de cinquante-quatre ans, qui vivait dans le camp de Nahibly a précisé avoir vu des Dozos se débarrasser des corps de personnes tuées en les jetant par-dessus la clôture.
Fin septembre 2012, un déplacé, arrêté puis libéré par les FRCI, a raconté à Amnesty International que les soldats avaient jeté des hommes dans un puits puis leur avaient tiré dessus :  
« Nous étions douze et nous avons été emmenés dans un véhicule pour le barrage de Togueï [à Duékoué]. Quand nous sommes arrivés à la hauteur du barrage, nous sommes descendus du véhicule. Les mains de cinq personnes ont été attachées, elles ont été emmenées et jetées dans un puits qui était gâté. J’ai aperçu d’autres personnes au fond, certaines étaient couchées par terre, d’autres avaient les pieds contre la paroi du puits. Puis deux FRCI se sont penchés dans le puits et ont tiré sur eux. Puis ils nous ont demandé de nous lever. Un d’entre eux m’a reconnu, il m’a demandé si j’étais tailleur. J’ai répondu oui et  j’ai été mis de côté avec une autre personne. Les cinq autres ont été jetés dans le puits, un de ceux jetés dans le puits m’a dit qu’il me connaissait, je lui ai suggéré de se mettre contre la paroi. Ils ont tiré sur les gens. J’ai appris que celui qui s’était mis contre la paroi a pu se sauver en escaladant les parois, ses parents sont venus me voir pour me remercier. »
Les 11 et 12 octobre 2012, quelques jours après le recueil de ce témoignage, six corps ont été découverts dans un puits dans le quartier de Togueï à Duékoué. Cette découverte a été faite en présence de trois organisations de défense des droits humains (la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), le Mouvement ivoirien des droits de l’homme (MIDH) et la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO)). Ces ONG ont fait pression afin que les corps ne soient pas immédiatement enterrés mais fassent l’objet d’un examen médico-légal. Les résultats de l'autopsie n’ont pas été rendus publics mais, selon RFI, « des balles ont été retrouvées sur trois des corps, mais tous présentent des lésions proches de celles causées par des armes à feu. Les balles vont être envoyées à un expert pour analyse et des expertises ADN sont prévues. Des prélèvements pourraient être effectués sur des proches de disparus du camp de Nahibly pour tenter d'identifier les victimes 28 ».
Dans les jours qui ont suivi, les autorités locales, sous la direction du procureur de Man et en présence des forces de sécurité ivoiriennes et onusiennes, ont commencé à vider une dizaine de puits situés à la périphérie de la ville de Duékoué qui contiendraient d’autres corps. Cependant, ces recherches ont été interrompues, apparemment faute de matériel adapté.  
La délégation d’Amnesty International est retournée à Duékoué, une semaine après la découverte de ce puits et a rencontré le commandant local des FRCI. Celui-ci lui a dit que ces exhumations avaient été effectuées dans le cadre d’une enquête « ouverte afin de répondre aux demandes répétées des membres de la communauté guérée de connaître le sort des personnes disparues ». Il a précisé que l’ONUCI avait également participé à cette opération et que l’enquête était en cours. À l’heure où le présent document a été finalisé (février 2013), cette enquête ne semble pas avoir progressé.


ENCADRÉ 2 : BILAN DE L’ATTAQUE DU CAMP DE NAHIBLY : DES CHIFFRES SUJETS À CONTROVERSE  

Immédiatement après l'attaque contre le camp de Nahibly, une controverse est née quant au bilan exact des victimes. Les chiffres officiels du gouvernement précisent que six personnes ont été tuées lors de l'attaque et que deux autres corps ont été retrouvés plus tard, non loin de la clôture du camp. Parmi les personnes tuées lors de l'attaque figuraient Naho Roméo, 22 ans, Gaha Franck, 30 ans, et Yeoue Apodé Joël, 35 ans, dont les corps ont tous été amenés à la morgue de Duékoué. La morgue a refusé les corps de deux autres personnes, Sioto Gaston, 72 ans, et Djekoui Gnade Giresse, 20 ans, parce qu'ils étaient trop brûlés pour être conservés. Un sixième corps a été remis à la morgue, mais n'a pas pu être officiellement identifié. Les deux corps retrouvés à l'extérieur du camp, le 26 juillet 2012, ont été identifiés comme étant ceux de Gui Die Maurice, 67 ans, et son petit-fils, 12 ans, Ulrich Douezahi Guei.  
Ce bilan de huit morts a été constamment cité par toutes les autorités locales civiles et militaires rencontrées par la délégation d’Amnesty International à Duékoué.
Cependant, de nombreuses autres sources ont indiqué que le nombre de personnes tuées était plus élevé. Dès le lendemain de l’attaque, RFI parlait de « au moins treize morts et des dizaines de blessés 29 ». Des observateurs extérieurs, notamment des travailleurs humanitaires qui sont entrés dans le camp presque immédiatement après l'attaque, ont parlé de 20 à 30 corps. Deux témoins ont vu des cadavres de femmes et d’hommes et ce, alors qu’aucun nom de femme n’apparaît sur la liste établie par les autorités gouvernementales. Trois jours après l'attaque, la Ligue ivoirienne des droits de l'homme (LIDHO) a publié une déclaration mentionnant que « au moins une dizaine de morts dont un homme brûlé vif 30 » avaient été dénombrés.    
Pour sa part, le Trente et unième rapport périodique du Secrétaire général sur l’ONUCI, publié le 31 décembre 2012, donne le bilan suivant : « Onze personnes ont été tuées, 56 blessées et le camp a été détruit 31 »  
Amnesty International a pu, pour sa part, recenser, auprès de témoins oculaires, les noms de 14 personnes décédées, à savoir les huit reconnues par les autorités ainsi que six autres personnes qui auraient été tuées durant cette attaque, y compris deux femmes. Lehekpa Priska, âgée de 20 ans et  Oula Aubin Francois, âgé de 36 ans, ont été tués tous deux dans le camp et Taha Billy a été abattu par balles alors qu’il tentait de franchir la clôture du camp. Amnesty International a également pu se procurer des certificats de décès pour trois autres personnes qui auraient été tuées lors de l'attaque : Guenaman Mondjehi Caroline, âgée de 45 ans, Tahé Gnionflé Denis Vincent, âgé de 19 ans, et Ange Guelable Martial, âgé de 20 ans.  
Il faut ajouter à ce bilan le nombre inconnu de personnes victimes de disparitions forcées après avoir été arrêtées par les Dozos ou les FRCI y compris celles qui auraient été jetées dans les puits.
Par ailleurs, le bilan officiel semble être basé sur le nombre de corps qui ont été signalés à la morgue de Duékoué, alors qu'un certain nombre de personnes ont déclaré à Amnesty International avoir emporté  les corps de leurs parents directement à leurs villages d'origine pour les enterrer.  


4.4.4. AUTEURS ET OBSERVATEURS : DÉTERMINATION DES RESPONSABILITÉS DANS CETTE ATTAQUE


 L’ensemble des témoignages recueillis par Amnesty International indiquent que trois types d’acteurs sont responsables de l’attaque du camp de Nahibly : les FRCI, les Dozos et des populations armées. Par ailleurs, l’ONUCI a assisté, en tant qu’observateur impuissant, à ce déchaînement de violences sans pouvoir porter assistance à des populations qui attendaient d’elle sécurité et protection.
De nombreux témoignages indiquent que des responsables militaires et civils, y compris le préfet de Duékoué, ont assisté passivement à l’attaque du camp sans prendre aucune mesure afin de venir en aide aux victimes.
Ce sont les Dozos qui les premiers sont arrivés aux abords du camp de Nahibly. Plusieurs soldats de l’ONUCI postés à l’entrée du camp ont précisé à la délégation d’Amnesty International avoir refusé l’accès du camp à un groupe de douze Dozos, armés de fusils. Suite à ce refus, les Dozos se sont mis à encercler le camp. Un agent de l’ONUCI a déclaré : « Les combattants dozos proféraient des menaces et des insultes aux personnes se trouvant à l'intérieur du camp, les traitant de bandits. Je pense que les combattants dozos ont pris position autour du périmètre du camp pour s'assurer que personne ne s’échappe ».  
Un autre agent de l’ONUCI a précisé qu’environ 30 minutes après l’arrivée de ce groupe de Dozos, « une foule est arrivée au camp. Ils étaient environ une centaine, armés de machettes et d'autres armes. Très vite, leur nombre a augmenté ». Des personnes déplacées, qui ont survécu à cette attaque, ont systématiquement déclaré à Amnesty International qu'ils avaient vu, aux côtés des Dozos, des individus armés en tenue civile qu’ils ont identifiés comme des « jeunes Dioulas ».
Par ailleurs, de nombreux témoignages attestent non seulement de la présence et de l’inaction des FRCI mais aussi de leur participation active aux arrestations, exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées.
Les survivants et les témoins ont tous indiqué que, dans le chaos de cette attaque, les agresseurs étaient tous animés d’un même objectif : raser le camp de Nahibly. Une femme qui a survécu a raconté à Amnesty International que les agresseurs « étaient tous mélangés et tous travaillaient ensemble ». Certaines personnes ont déclaré que parmi le grand nombre d’hommes en armes, ils avaient reconnu des soldats des FRCI qui ne portaient pas leurs uniformes.  
À cet égard, l’attitude des autorités locales et des FRCI doit être particulièrement examinée. Des témoins, qui ont assisté à cette attaque depuis l'extérieur du camp, ont décrit la passivité des autorités locales. L’un d’eux a raconté : « Les autorités regardaient de loin et n’ont pas pris les mesures nécessaires pour empêcher l’attaque ou pour appeler des renforts ». Amnesty International a visionné des séquences vidéo montrant des représentants des autorités civiles et militaires en train d’assister à la destruction du camp sans prendre des mesures proactives afin de protéger les déplacés frappés, abattus et arrêtés sous leurs yeux. Un témoin, qui se trouvait à proximité du groupe d’autorités locales, a déclaré à Amnesty International:
« Ils sont restés là à regarder. Les gens fuyaient hors du camp. Les gens ont été attaqués juste devant eux. Il y avait un corps par terre sous leurs yeux. Mais ils n'ont pas bougé. Ils n'avaient même pas l'air très concernés. Je me demandais s’ils n’étaient pas heureux de ce qui se passait. Après tout, le préfet a été l'un de ceux qui affirmait que Nahibly était plein de bandits. »  
Lors de sa mission d’enquête à Duékoué, la délégation d’Amnesty International a rencontré le commandant Kounda, responsable des FRCI. Celui-ci a précisé les mesures prises au cours de la matinée du 20 juillet 2012 : « Lorsque nous avons appris qu’un groupe de jeunes allait attaquer le camp suite aux assassinats à Kokoma, nous avons mobilisé une patrouille. Mais en raison de renforts insuffisants, nous n’étions pas en mesure de contrôler la foule et si nous avions utilisé une force excessive, cela se serait terminé par un massacre ».
Le commandant des FRCI a ajouté que ses soldats n'avaient pas pris part à l’attaque et n’étaient responsables d'aucune des exactions contre les résidents du camp. Cela contredit de nombreux témoignages indiquant que des soldats des FRCI étaient parmi les assaillants et ont tiré sur les résidents du camp.  
Les délégués d'Amnesty International ont également rencontré le sous-préfet de Duékoué qui a déclaré : « Lorsque nous avons appris que des jeunes en colère se dirigeaient vers le camp de Nahibly, nous nous y sommes rendus. Nous avons essayé de leur parler mais ils ne voulaient pas écouter. Il y avait aussi un petit contingent de cinq ou six soldats FRCI qui a tenté de dissuader la foule d'attaquer le camp, mais leurs efforts ont été vains. Les soldats ne sont pas entrés dans le camp mais sont restés à une distance d'environ 500 mètres . »
Au-delà de l’attribution des responsabilités particulières se pose la question de l’attitude des autorités politiques et militaires face à des populations déplacées considérées globalement comme favorables à l’ancien président Laurent Gbagbo. De retour d’une mission en Côte d’Ivoire, le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des personnes déplacées internes, Chaloka Beyani, a déclaré, lors d’une conférence de presse organisée le 24 octobre 2012, que « l’attaque sur le camp avait été prévue et que ses auteurs avaient probablement l'intention d’“ envoyer un message ” qui soit à la fois un avertissement à l'attention d'anciens partisans de Gbagbo et l'expression qu'ils ne voulaient pas de camp de personnes déplacées dans leur voisinage 32 ».  
Les circonstances dans lesquelles s’est produite l’attaque contre le camp de Nahibly posent également la question de l’attitude des troupes de l’ONUCI présentes ce jour-là. Dès l’arrivée des Dozos, de nombreux déplacés ont couru à la porte d'entrée du camp pour demander la protection de l’ONUCI. Les soldats marocains stationnés leur auraient assuré de ne pas s’inquiéter et de retourner à leurs tentes.  
Amnesty International a également reçu de nombreux témoignages de personnes qui ont couru vers la zone où était basé, au sein du camp, le contingent de policiers pakistanais. Beaucoup ont dit avoir été repoussés et renvoyés. Un homme qui résidait dans le camp a raconté :  
« J’ai couru vers les policiers pakistanais à l’intérieur du camp, ils étaient au nombre de 15. Quand je me suis approché d’eux, ils m’ont fait signe avec leurs fusils de m’éloigner. J’ai vu des femmes qui essayaient de se blottir contre eux, ils leur intimait l’ordre de partir. »  
Plusieurs personnes ont affirmé avoir été battues par des Dozos devant les policiers pakistanais sans que ceux-ci n’interviennent. Un homme âgé de quarante ans a exprimé son désarroi face à l’attitude des soldats onusiens : « On avait confiance dans les militaires de la paix de l’ONUCI mais ils nous ont abandonnés. Ils n’ont rien fait quand le camp a été encerclé et attaqué par les Dozos et les FRCI. Ils auraient pu demander des renforts, ils nous repoussaient quand nous nous blottissions contre eux pour nous protéger . »
La délégation d’Amnesty International s’est entretenue avec les soldats de l’ONUCI basés à Nahibly ainsi qu’avec les responsables de cette opération onusienne à Abidjan. L’ONUCI a, tout d’abord, rappelé que le contingent de soldats marocains avait refusé de laisser entrer le groupe armé de Dozos tout en précisant que, lorsque les Dozos ont commencé à faire le tour du périmètre du camp, les soldats onusiens ne les ont pas suivis. Lorsque la foule de jeunes en colère est arrivée, le contingent ONUCI a tenté de bloquer physiquement l'entrée du camp, notamment en positionnant l’un de ses véhicules en travers du portail. L’ONUCI a aussi précisé que la foule a mis le feu à une des tours de garde près de l'entrée. Les soldats de l'ONUCI ont donc dû quitter ce lieu et ont fourni des escortes pour les travailleurs humanitaires qui se trouvaient dans le camp.
Résumant la situation dans laquelle le contingent de l’ONUCI s’était retrouvé, un responsable onusien, basé à Duékoué, a déclaré :  
« La situation est devenue très vite incontrôlable. Et j'ai eu peur même, pour ma propre sécurité. J'ai été entouré par un groupe qui me criait dessus et m’insultait en me disant que c'était la faute de l'ONUCI, que l’ONUCI avait protégé les bandits et qu'ils étaient venus pour faire notre travail. »   
Cet agent de l’ONUCI a confié à Amnesty International :
« Nous attendions que les soldats des FRCI interviennent activement pour protéger les personnes déplacées mais en réalité nous avons vu des soldats FRCI être célébrés comme des héros par la foule armée. J’ai vu un certain nombre de personnes fuyant le camp qui ont été battues par des membres de la foule devant les soldats des FRCI qui n'ont rien fait pour arrêter la violence. »   
Les responsables de l’ONUCI à Abidjan ont, pour leur part, réagi officiellement très vite après cette attaque. Le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Côte d’Ivoire et responsable de l’ONUCI, Bert Koenders, a précisé, lors d’une conférence de presse organisée le 27 juillet 2012 au siège de l'ONUCI : « Le matin du 20 juillet, une foule d’entre 500 et 1000 personnes se présente au camp. À ce moment, l’ONUCI avait 12 policiers à l’intérieur du camp et 10 militaires sur le périmètre extérieur, comme cela avait été convenu avec le Préfet de Duékoué. […] Selon l’information que nous avons maintenant, la police ivoirienne n’était pas dans ce camp. Vingt-quatre autres militaires sont ensuite venus en renfort. La foule a débordé le dispositif sécuritaire 33 . »  
De manière plus générale, l’ONUCI a affirmé qu’elle n’était pas chargée d’assurer la sécurité du camp. Le Représentant spécial adjoint de l'ONUCI, Arnauld Akodjènou, a ainsi déclaré à l'Agence France Presse (AFP), le lendemain de l’attaque, que, en ce qui concernait la sécurité du camp, « la responsabilité première n'est pas la responsabilité de l'ONUCI, mais [que] nous avions toujours travaillé avec les autorités pour la gestion de ce camp 34 ».
Amnesty International prend acte de ces précisions et est pleinement consciente des menaces qui pesaient sur l’intégrité physique du contingent onusien. Cependant, l’organisation demeure préoccupée par l’attitude de certains soldats de l’ONUCI qui ont repoussé les populations implorant leur aide et les ont littéralement abandonnées à leurs agresseurs.  
Cette incapacité à protéger des populations civiles est d’autant plus préoccupante que l’ONUCI ne semble pas avoir tiré les leçons de la tuerie de Duékoué fin mars – début avril 2011 lorsqu’un contingent onusien s’était trouvé dans l’incapacité de venir en aide à des populations civiles attaquées.   
Les délégués ont soulevé cette question lors d’une rencontre avec M. Koenders à Abidjan le 22 octobre 2012. Celui-ci a précisé que l’ONUCI avait « effectué un examen de sa réponse à l'attaque ». À l’heure où le présent document est finalisé (février 2013), les résultats de cet examen ne semblent pas avoir été rendus publics.  
L’attaque contre le camp de Nahibly s’inscrit dans le contexte des crimes contre l’humanité commis dans la même région en mars et avril 2011. Les actes commis au cours de cette attaque contre le camp de Nahibly ont été perpétrés dans le cadre d'une attaque systématique et généralisée contre une population civile qui a été ciblée en raison de son appartenance ethnique ou de son affiliation politique présumée.  
Amnesty International appelle à l’établissement d’une commission internationale d’enquête afin de faire la lumière sur l’attaque contre le camp de Nahibly le 20 juillet 2012 ainsi que sur les violations et atteintes aux droits humains commises suite à cette attaque, y compris des détentions arbitraires, des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires.  

Extrait de Côte d'Ivoire: la loi des vainqueurs, Rapport d'Amnesty International du 31 janvier 2013.


NB: Le titre est de la Rédaction




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