Ouattara liquide la BFA et jette 143 Ivoiriens dans la rue

Dans un communiqué circonspect, la ministre déléguée à l’économie Kaba Nialé a annoncé avant-hier la liquidation de la banque pour le financement de l’agriculture. 143 agents étaient employés dans cette banque qui tire ainsi sa révérence, alors que l’exemple de Versus Bank aurait pu servir à l’Etat.

Vendredi 3 Octobre 2014 - 05:42


En 2008, Versus Bank sur laquelle pesait une dette de 350 milliards a été sauvée des eaux par Kouassi Oussou, ancien directeur de l’économie sous Laurent Gbagbo, enseignant d’économie, que le ministre de l’intérieur Hamed Ba- kayoko traita d’incapable, sur un plateau de télévision, pendant la campagne présidentielle de 2010. Ne pouvant guère compter sur les banques privées, appartenant généralement à la France, pour financer son économie, l’Etat ivoirien malgré les objurgations de ses partenaires occidentaux et parfois même les coups de se- monce de Paris, a décidé de créer des banques publiques. Ainsi naquirent la banque nationale d’investissement (BNI), la banque pour le financement de l’agriculture (BFA) qui vinrent ainsi s’ajou- ter à la banque de l’habitat de Côte d’Ivoire (BHCI) qui consti- tuait alors la seule entité publique existante. Ce sont ces banques qui permi- rent au régime de Gbagbo, confronté à la fermeture des banques, pendant la crise posté- lectorale, de payer les salaires des fonctionnaires avant le dé- verrouillage de la SGBCI en particulier. D’ailleurs, dans sa gestion des salaires des fonctionnaires ivoiriens, les banques publiques sont toujours les premières à payer pendant que les banques privées s’astreignent à des formalités qui mettent parfois les gouvernements en difficulté. Or comme on peut aisément l’imaginer, l’existence de ces banques n’a jamais fait plaisir à la France, en particulier et aux Occidentaux en général. C’est ainsi qu’alors que l’hexagone est l’un des pays, malgré son système économique, à posséder des banques publiques, François Hollande pria le gouvernement de Ouattara d’assainir le secteur bancaire. En échos à cette déclaration, celui-ci en visite en France en janvier 2013 annonça publi- quement la privatisation des banques publiques. Mais bien avant, confortées dès, l’arrivée de Ouattara au pouvoir, par la promesse que les banques publiques n’existeraient plus, les banques privées vont amorcer sur le terrain une gigantesque politique d’expansion. La SGBCI en particulier va alors lancer la construction d’agences dans les dix communes d’Abidjan et à l’intérieur du pays suivies par la SIB, la BIAO et des banques panafricaines telles qu’Ecobank etc,. Ce sont donc à ces banques que le gouvernement a donné avant hier le coup de pouce qui était attendu depuis l’arrivée de Ouattara au pouvoir, en attendant que les deux autres entités publiques soient privatisées ou liquidées. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les conditions de la liquidation. Alors qu’un conseil des ministres était prévu hier, la ministre Kaba Nialé a entrepris de convoquer une conférence de  presse à 19 heures 30 minutes, au moment où la plupart des journaux sont au bouclage. Comme si elle craignait d’être interpellée. En effet dans sa déclaration, Kaba Nialé a affirmé que le gouverne- ment a « constaté que le déficit structurel enregistré par la banque pour le financement de l’agriculture se creuse d’année en année et constitue, à ce titre, une menace certaine non seulement pour ses clients, mais également pour l’ensemble du système bancaire ». Cela dit jamais, elle n’a appuuyé sa déclaration de chiffres. En fait, la dette de la BFA est estimée à 192 milliards. En 2011, celle-ci était de 36 milliards ; ce qui semble a priori donner raison à la ministre. En apparence seulement parce qu’en 2013, après une titrisation, les comptes de la banque avaient été rééquilibrés par les 15 milliards fournis par l’Etat et par divers autres appor- teurs d’affaires. Ce n’est qu’en 2014, après un changement de gouvernance que la banque va à nouveau plonger. Car rien que sur le dossier des crédits fictifs, la banque se retrouve aujourd’hui avec un passif de 5,4 milliards. Les crédits fictifs sont en effet les crédits que les cadres de l’entreprise se sont versés par l’intermédiaire de banques comme la COOPEC par exemple. C’est donc cette mau- vaise gouvernance qui est sanctionnée par le rapport de la structure américaine Pride Water House. La question qui se pose est donc celle-ci. Le gouvernement ne pouvait-il pas faire autre chose pour éviter cette liquidation ? Assurément oui, puisque dans le cas de Versus Bank qui avait une dette de 350 milliards, l’Etat a réussi à la sauver. Cette banque a d’ailleurs bouclé l’exercice 2013 avec un bénéfice net de 650 millions. En attendant, ce sont 143 agents qui se retrouvent dans la rue. Comme à ses habitudes, l’Etat affirme qu’un plan de dédommagement et une politique sociale seront déployés pour le personnel. Et que les fins de mois ne seront pas difficiles pour les clients de la banque qui auraient certainement voulu qu’on leur laisse prendre leurs salaires. Mais bon, c’est aussi ça le pays de l’émergence où d’un côté on a des ponts et, de l’autre, des renvois massifs de travailleurs.

SévérIne BLé

Source: Ajourd’hui / N°738 du 2 octobre 2014





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