Ouattara, le RHDP et la haine de la démocratie

Mardi 9 Septembre 2014 - 05:53


A première vue, si l'on se fie à la définition d'Albert Einstein, la Côte d'Ivoire en tant que Nation devrait s'interroger sur son état mental. « La folie, c'est se comporter de la même manière et s'attendre à un résultat différent », affirmait-il en son temps. En 2010, des élections organisées par une Commission électorale noyautée par les partis politiques, essentiellement ceux de l'opposition de l'époque (RHDP), et dirigée par Youssouf Bakayoko, dignitaire du PDCI, aboutissaient à une confusion incroyable, à des accusations largement documentées de fraudes massives et à une guerre civile au bout de laquelle la France officielle, sponsor du RHDP, donnait la victoire à ses protégés. Après des milliers de morts, des destructions de biens et une déchirure nationale inédite, les ingrédients qui ont été à la source du malheur sont à nouveau mis en place. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on ne peut qu'être inquiet quant à la stabilité à court et à moyen terme du pays des Éléphants.

Une drôle de « démocratie »

La Côte d'Ivoire, un pays de fous récidivistes ? Non. Ce n'est pas la Nation en tant que telle qui a fait le choix politique délirant qui s'est confirmé à la fin de la semaine dernière. C'est une partie de la classe politique nationale, c'est-à-dire les politiciens membres de la coalition actuellement au pouvoir, qui impose son agenda à la multitude. De plus, il serait hasardeux de croire qu'en agissait comme elle agit, elle cherche à aboutir à un résultat différent de celui qui a été déploré il y a bientôt quatre ans. Jusqu'ici, la confusion et la violence politique lui ont bien profité et lui ont permis de monopoliser les institutions. Pourquoi s'arrêterait-elle en si bon chemin ? Ainsi donc, il faut admettre que la Côte d'Ivoire est une « démocratie » où les élections sont organisées directement par des cadres désignés par les deux principaux partis de la coalition au pouvoir, naturellement pour défendre leurs intérêts : le PDCI (Youssouf Bakayoko) et le RDR (Sourou Koné, premier vice-président de la CEI). En gros, il s'agit d'un jeu mené par les deux « branches » de l'ex-parti unique qui en fixent seules les règles, et qui invitent cyniquement les autres forces politiques à se saisir des miettes qu'elles voudront bien leur laisser. Il faut admettre que la Côte d'Ivoire est une « démocratie » où l'idée même d'un consensus national sur des règles du jeu raisonnables et acceptables par tous est séditieuse, où la société civile est marginalisée, où les dirigeants de l'opposition sont soit en liberté provisoire, accusés de manière tout à fait fantaisiste de crimes contre l'humanité, soit en prison, soit en exil. Il faut admettre que la Côte d'Ivoire est une  « démocratie » dans laquelle des miliciens en armes, non intégrés dans les effectifs officiels de l'armée, font la pluie et le beau temps dans nombre de villes et villages, loin de la trompeuse « vitrine » abidjanaise présentée à des observateurs étrangers qui sont, il faut le dire, peu exigeants et souvent complices...


« Pacte sacré »

 François Hollande, qui affirmait aux ressortissants français que la Côte d'Ivoire pourrait servir, en 2015, de « modèle » démocratique, devra faire beaucoup d'efforts de camouflage pour parvenir à ses fins. En réalité, si,on la compare à d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest comme le Ghana, le Sénégal ou le Bénin, la Côte d'Ivoire, ancienne vitrine de la France en Afrique, est tout simplement un « nain » démocratique dont le « modèle économique » est par ailleurs en crise depuis trois décennies. Il suffit d'allumer son téléviseur et de zapper sur les chaînes africaines pour s'en convaincre : il n'y a que sur les chaînes ivoiriennes qu'aucun débat politique contradictoire n'est régulièrement programmé. Par voie de conséquence, il n'y a que le régime d'Alassane Ouattara qui, se croyant encore dans les années 1970-1980, tente d'influencer les autorités de pays tiers (Bénin, Cameroun) pour qu'elles obligent leurs médias à censurer ses opposants. En dépit de ce que serinent depuis vingt ans de nombreux analystes occidentaux, ce n'est pas « l'ivoirité » qui entrave le progrès du pays d'Houphouët-Boigny. C'est la méfiance vis-à-vis de la démocratie, de l'alternance, de la transparence et de la libre délibération qui en sont les corollaires. Elle traverse certes tous les courants politiques, mais constitue le cœur du « pacte sacré » qui lie Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara depuis les événements de février 1992, à l'occasion desquels ils ont mis en veilleuse leur grande rivalité, unis par la volonté sans faille de « décapiter » l'opposition alors incarnée par le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo. Désireuse d'éjecter du pouvoir le premier président de la Deuxième République, la France, ancienne puissance coloniale, a renforcé les adversaires de la démocratie en Côte d'Ivoire. Durant plus de dix ans, la communauté internationale, « invitée » à arbitrer les débats internes « grâce » à la rébellion et au processus de paix qu'elle a induit, n'a cessé d'abonder dans le sens de ceux qui tiennent aujourd'hui les rênes du pouvoir. Aujourd'hui aux affaires, ils n'ont aucune culture de la concession, de la négociation et du compromis. Par voie de conséquence, ils sont incapables de faire régner une paix qui ne soit celle des kalachs, de l'intimidation et de la violence politique. Ils constituent à moyen terme un facteur d'instabilité. Leurs « amis » ont intérêt à leur faire entendre raison avant qu'il ne soit trop tard.

Par Théophile Kouamouo

Le Nouveau Courrier N°1105 Du Lundi 8 Septembre 2014




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !