Ouattara : la fin d’un mythe !

Jeudi 25 Avril 2013 - 13:29


Ouattara : la fin d’un mythe !
La vie politique ivoirienne de ces deux dernières décennies, le moins qu’on puisse dire, a été rythmée par le sigle Ado. Celui qui se cache derrière cet acronyme, Alassane Dramane Ouattara,  a été Premier ministre, est chef de parti politique et Président de la République. Venu de Dakar à la demande d’Houphouët, le banquier emporté par la ferveur populaire du septentrion du pays, a nourri une ambition politique. Pour ce faire, il lui fallait fédérer autour de son combat, des populations acquises à sa cause. Surfant sur le dangereux réflexe tribaliste, du genre «on ne veut pas que je sois candidat parce que musul - man et du Nord », il a chauffé à blanc une partie des Ivoiriens. Ceux-là, s’étant déjà sentis, à tort ou à raison, ostracisés, ont vu en Ouattara le porte-étendard de leur cause, la cause du Nord. Des cadres et non des moindres sont cooptés pour présenter aux Nordistes, le messie, celui qui porte le salut de son peuple. Wari-fatchê, Brave-tchê, Docteur, Phd, ont été allègre - ment servis comme opium pour saouler des militants fanatisés. Petit à petit, Ouattara a été placé au rang de Dieu. Il ne demandait que ça pour se construire un mythe. Un  mythe parachevé par des médias occidentaux, éméchés par des réseaux mafieux, qui, dans le jeu de rôle, lui polissaient une image politiquement correcte. Ses adversaires, d’abord Bédié, ensuite Guéi et enfin Gbagbo, sont présentés comme des minoritaires qui ont peur de l’affronter dans les urnes, convaincus qu’ils seront battus à plate couture. L’endoctrinement a traversé le temps. Jusqu’à l’élection prési - dentielle de 2010. Une joute qui a mis face à face un histo - rien, tribun hors pair, et celui dont on a vanté les mérites en économie, comme celui qui a géré, en tant que Dga du Fmi, plusieurs économies tiers- mondistes. Le contentieux électoral de 2010 l’a placé sur le toit du monde face à un Gbagbo, soumis à un faisceau compact de flèches à tête porteuse d’invectives et de diabolisation. La presse étrangère, l’Union européenne, l’Onu, l’Oif, la Cedeao, etc., lui étaient totalement acquises. Les cris d’orfraie étaient unidirectionnels. Sur un ring de boxe, on aurait dit qu’il a pris haut son adversaire, ne lui laissant aucune place pour porter un coup. L’improbable a tourné au plausible. Même le bon sens d’un Gbagbo qui appelait au recomptage des voix a buté sur un mur de l’irraison. Le pogrom Wê du 29 mars sur la route du palais était tourné en dérision. Pouponné par le monde entier, l’aura d’Alassane Ouattara faisait pâlir ses adversaires. Le point culminant de cet adoubement a été atteint le 11 avril 2011, avec la prise effective du pouvoir d’Etat. Le caractère tragique de cette prise de pouvoir n’échappe à personne. Les jours qui ont suivi ont été pénibles pour les vaincus. Mais on a cru que les ressentiments et frustrations emmagasinés sur deux décennies se refoulaient par des dérapages qui allaient s’es - tomper avec le temps. Mais les jours passent, et le quotidien des Ivoiriens charrie les mêmes supplices. L’insécurité est grandissante. L’Etat s’est totalement liquéfié au profit de seigneurs de guerre, hors de tout contrôle pyramidal. Les minorités n’ont pas la protec - tion que leur reconnait la Constitution. Le garant de l’unité s’est montré à bien d’é - gards un fossoyeur de cette unité par un laid repli identitaire. L’Economiste qui devait faire oublier la gestion de l’Historien s’est avéré un nain, au point de croire naïvement que les théories keynésiennes pouvaient se passer d’un environnement politique stable. Englué dans une haine à nul pareil, là où il traque ses opposants, il offre l’impunité aux siens. Les conclusions de ses propres enquêtes qui souffrent encore dans les tiroirs sont un témoignage éloquent. Au même moment, ses geôles s’é - toffent de nouveaux pensionnaires. Qu’il recrute essentiellement dans la famille de son ennemi juré, Laurent Gbagbo. Celui-là même qui, ironie de l’histoire, l’a fait roi. A la vérité, une telle gestion, chargée aussi négativement, ne pouvaient qu’enfanter rejet. L’irritation de ses pairs de la Cedeao se trouve dans ces errements. Et dire que Ouattara a déçu son monde, c’est recourir à l’euphémisme. Ouattara, le début de la fin? Tout porte à le croire. Une chose est cependant sûre. Le mythe Ouattara est tombé. Les sévères réquisitoires d’Amnesty international et de Human Rigths Watch ne sont que la partie visible de l’effondrement d’une stature empruntée. Mais surtout montée avec du faux. Les élec - tions régionales et municipales couplées, par le désaveu des Ivoiriens, portent l’estocade au mythe Ouattara. Et sonnent l’hallali. Du mal. Dont le triomphe aurait pu conduire à douter du célèbre aphorisme, «on peut tromper une partie du peuple, une partie du temps. Mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps» .

Tché Bi Tché
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Source: LG Infos N ° 4 2 1 D U  M E R C R E D I 2 4  A V R I L  2 0 1 3




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