Ouattara l’illusionniste et le public de sous le chapiteau, l’astuce du magicien

Samedi 19 Octobre 2013 - 05:00


Ouattara l’illusionniste et le public de sous le chapiteau, l’astuce du magicien
On se souvient : sa presse très au fait de la donne politique et économique avait méthodiquement dénoncé les erreurs politiques de Gbagbo, démontré méthodiquement les inconséquences des ex-dirigeants. Hausse du prix de l’essence, cherté de la vie et conséquemment, menaces sur le panier de la ménagère, désordre et indiscipline, paupérisation et insécurité, etc. Nombreux étaient en effet, les crimes de tous ordres qui ont disqualifié le régime de Gbagbo. Son opposition incarnée par Bédié et surtout par Ouattara avait réussi à disqualifier le régime des refondateurs. On se souvient : Ouattara et le Rhdp avaient promis l’oasis aux Ivoiriens, une nouvelle ère de prospérité économique. On se souvient : cinq universités en cinq ans ; cinq Chu en cinq ans ; la chute du prix de l’essence ; le relèvement du niveau de vie ; la sécurité, etc. Aujourd’hui, on doit pouvoir se le dire, rien de tout cela n’est visible dans notre social ivoirien. Habile comme tout prestidigitateur et illusionniste, Ouattara a impressionné les Ivoiriens en commençant son ‘‘travail’’ de chef de l’Etat par ce sur quoi Gbagbo a indubitablement péché. L’école, l’infrastructure, l’insalubrité, la sécurité.

L’astuce du magicien

Quand il accède enfin au palais dans les conditions que nous savons, une seule obsession l’habite : Amener les Ivoiriens à oublier Gbagbo. Comment procéder ? Question peut-être difficile, mais réponse facile. Il faut servir aux Ivoiriens ce qu’ils attendaient de plus de Gbagbo : l’enseignant et le socialiste. Il ne lui a pas été difficile de trouver les points faibles de l’ancien régime. 1) L’école. Oui s’il y a bien un dossier sur lequel le régime de Gbagbo aura déçu les Ivoiriens, c’est l’école. Alors Ouattara s’attaque de manière acharnée et avec célérité à la réhabilitation de l’infrastructure universitaire : Daloa, Korhogo, Abobo, Bouaké, Cocody. Soit un total de cinq sites universitaires. Le plus remarquable des travaux est l’université de Cocody. Il débaptise l’université de Cocody au nom de l’université Félix Houphouët-Boigny. Boigny ! Le nom qui ouvre les faveurs des Ivoiriens qui sont restés attachés aux souvenirs du père fondateur de la Côte d’Ivoire, tant ses successeurs ont déçu le peuple. Et ce peuple se dit :«Gbagbo l’enseignant n’a rien fait pour le peuple, Ouattara si ». 2) Deuxième gros œuvre, c’est le 3 ème pont, qu’il baptise au passage du nom de Henri Konan Bédié. Un baptême suspect et plein d’opportunisme politique mais qui suffit à rallier à sa cause les Baoulé. Dites au - jourd’hui du mal de Ouattara à un Baoulé, il vous répondra ceci :«Fa djasso lê Ado Klo Nanan Boigny ni Nanan Bédié ». Traduction : « Quitte-là ‘‘wèye’’, Alassane aime Houphouët et Bédié ». Comme quoi il suffit d’un pont et d’une université portant le nom des leurs leaders pour faire le bonheur des Baoulé. Pour mémoire, les travaux du 3 ème pont devaient commencer en janvier 2000. Le coup d’Etat a compromis la réalisation. En 10 ans, ce pont n’a pu voir le jour sous le régime. L’un des arguments que l’on nous sert aujourd’hui pour justifier cette lacune convainc difficilement. M. Gbagbo n’a pas pu construire le pont parce que lui, le voulait d’accès gratuit, alors que ses concepteurs l’ont voulu payant. On peut en sourire : qu’est-ce qui empêchait M. Gbagbo de construire un pont gratuit d’autant plus qu’il avait baptisé un 4 ème pont (qui n’a jamais été construit), pont Laurent Gbagbo. M. Gbagbo n’avait qu’à construire le 4 ème pont gratuit pour le peuple, en tout bon socialiste. 3) L’insalubrité. Anne Oulotto commise à la tâche a mené des offensives sérieuses contre l’insalubrité : désinfection de la rue princesse, de la place de la Sorbonne, du carrefour Fraternité matin, du boulevard Nangui Abrogoua, des trottoirs, etc. Des masses d’ordures dégagées. Le boulevard VGE qui mène à l’aéroport a été débarrassé de sa tonne de garages encombrants. En quelques mois, Abidjan commençait à être dégagé des odeurs pestilentielles qui agressaient les narines des Ivoiriens.

Aller au-delà de l’apparence

En quelques mois, voilà comment sa majesté Ouattara 1 er a mystifié les Ivoiriens, et nombreux sont ceux-là mêmes qui ont cru en sa politique. Mais aujourd’hui, qu’observons-nous ? L’insalubrité est revenue, sinon aussi choquante qu’avant. Des sachets plastiques, des bouteilles, des pneus usés, des carcasses de véhicules, etc. Tous ces détritus sont gaiement revenus. Apparemment ce régime s’avère aussi incapable que celui de Gbagbo de relever le défi de l’insalubrité. L’illusion des premiers jours est donc partie. Pour ce qui est des sites universitaires, les langues commencent à se délier : la centaine de milliards investie dans cette entreprise n’a pas, produit les résultats escomptés. Les marchés ont été passés avec complaisance et réalisés dans l’amateurisme et la magouille. Manque de sanitaires, manque d’eau, manque de bancs dans l’amphithéâtre, manque de médicaments à l’infirmerie, manque de matériels didactiques. Tout ici respire du souffle du manque et de l’ouvrage réalisé de manière approximative. La rentrée universitaire tant médiatisée se fait péniblement en causant mille tracas aux étudiants, aux enseignants. Sur toutes ces questions d’importance, motus et bouche cousue du côté des médias d’Etat. Sur le front social, les Ivoiriens n’en peuvent plus de subir les inconséquences graves de la politique de sa majesté Ouattara 1 er et de son Premier ministre Kablan Ducan, son fidèle page. Son patron et lui ne savent que poursuivre une croissance à deux chiffres, quand les Ivoiriens poursuivent quant à eux, un peu d’attiéké avec du poisson arrosé d’un peu de ‘‘gnamankoudji’’ ou d’un verre bien ‘‘tapé’’ de ‘‘Drogba’’ (coupe d’Afrique des nations (can) oblige). Inutile de parler de la sécurité. Il est clair ici que ce régime a échoué tant la Côte d’Ivoire vit aujourd’hui dans un équilibre précaire, fragile. Tout peut arriver aujourd’hui dans ce pays, sans que nos forces de défense puissent nous protéger. Finalement entre Ouattara, son régime et les Ivoiriens, nous assistons au show d’un magicien sous le chapiteau d’un cirque.

Christiane Djahuié kikidcf@yahoo.fr

Source: Aujourd'hui N°483 du 17 octobre 2013




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