« Ouattara doit se souvenir de Samuel Doé, Moussa Traoré, Mobutu, Amadou Ahidjo et autres Habyarimana… » avertit un ivoirien vivant en Suisse

Les politiciens sont parfois sourds et aveugles. Par arrogance, par suffisance et par manque d’humilité. Ils ne voient même pas ce qui est sur le bout de leur nez alors qu’ils prétendent conduire le destin de tout un peuple.

Mardi 3 Décembre 2013 - 03:37


Lorsque Nelson Mandela sort de prison le 11 février 1990, il avait le choix entre être un vulgaire petit revanchard raciste anti-blanc ou être le président d’une nation juste et vivable pour les blancs, les noirs, les indiens et les métisses sud africains. Le monde entier l’attendait pour voir si les assurances qu’il avait données aux blancs pendant les négociations avaient un sens. Il avait toutes les raisons du monde de déférer les Peter Botha, Magnus Malan et autres devant n’importe quelle juridiction internationale. Mais il ne le fait pas. Il soutient avec une grande sincérité la réconciliation nationale et négocie l’avenir commun avec ses geôliers d’hier et le président Frederik de Klerk en particulier. L’acte de naissance de la nation arc- en-ciel se trouve dans ce comportement de dignité. Cela relève de l’intelligence et du génie politique d’un homme fiable qui veut le bien de tous ses compatriotes. C’est à celui qui est au pouvoir de créer les conditions propices à la paix. Pour diriger un pays ou un simple village de deux milles habitants, il faut être d’une intelligence supérieure car une intelligence moyenne n’est même plus suffisante aujourd’hui pour diriger un simple quartier. Car si tu ne vois pas les avantages de la vie commune, si tu n’as aucune tolérance, parce- que tu es un homme plein de certitudes, rancunier, vindicatif, revanchard et de mauvais caractère, vouté sur ton groupe ethnique, comment peux tu construire la paix et le vivre ensemble dans un pays divers et diversifié par la rencontre de toutes ses composantes ?
Dans un pays qui veut exorciser ses propres démons, le président de la République doit être un rassembleur, porteur du chantier de la réconciliation nationale et de l’unité du pays. La Côte d’Ivoire, comme bien d’autres pays afri - cains qui souffrent de l’aveuglement de leurs élites, a plus que besoin d’un chef d’Etat profondément bon et illuminé, c’est-à-dire celui qui voit la lumière du bien-être de tous. Si tu es toi-même dans l’obscurité, comment peux- tu conduire la grande masse qui te suit vers la lumière du progrès et du partage de la dignité ? Dans un pays normal, le président de la République arbitre les conflits et les dissonances qui peuvent surgir dans le corps social de la nation. Bizarrement chez les ivoiriens, c’est le président Houphouët-Boigny lui-même qui inventa le faux complot de 1963. C’est le président Henri Konan Bédié qui est allé chercher le poison de l’ivoirité pour l’introduire dans le corps politique du pays. Aujourd’hui c’est Alassane Ouattara, qui a installé le rattrapage ethno-tribal dans le fonctionnement de l’appareil d’Etat. La construction d’une armée mono ethnique et l’attribution des marchés d’état aux entrepreneurs amis ou parents du président… qui  n’augurent rien de bon pour l’avenir. On a ainsi la triste impression que le président de la République institutionnalise la corruption, le clientélisme et le tribalisme au détriment de la réconciliation nationale, de la paix et de la sécurité de tous les Ivoiriens.

II – Le temps de l’apaisement

La pacification par la force n’est pas profitable à l’actuel président de la République de Côte d’Ivoire. Il gagnera plus dans l’apaisement et le rassemblement des Ivoiriens pour fonder la paix dans le pays qui est le leur. Nous ne demandons pas à Alassane Ouattara d’oublier la cabale indigne de l’ivoirité contre lui. Nous ne lui demandons pas d’oublier l’arrestation de sa mère une femme âgée et son interrogatoire pendant de longues heures par la police d’Henri Konan Bédié. Nous ne lui demandons pas d’oublier les insultes et la mobilisation des médias d’état contre lui par un gouvernement qui avait perdu complètement la raison en lançant un mandat d’arrêt international contre lui. Nous ne lui demandons pas d’oublier la tentative de meurtre contre lui et sa famille aux heures sombres du début de la rébellion du 19 septembre 2002. Nous nous arrêtons là, car la liste des souffrances personnelles endurées par l’homme est longue. C’est justement parce qu’il est sorti vainqueur de toutes ces épreuves qu’il doit être plus sincère que les autres en allant vers l’apaisement nécessaire à la rencontre des autres pour fonder la réconciliation des cœurs et des esprits propice à la fécondation d’une paix juste et durable au pays de éléphants. Il s’agit de sortir de la peur et du sang des innocents pour installer l’intelligence dans la vie commune. Cela passe par rassurer les Ivoiriens, pour les amener à se reconnaître les uns dans les autres et non dans le face à face explosif des revanchards de tous poils.
L’apaisement commence par calmer les excités de son propre camp . L’apaisement est aussi émotionnel, taire nos colères pour donner plus de chance à la paix. Changer de regard sur les autres pour reconstruire l’harmonie nécessaire à l’épanouissement collectif. C’est le fait de s’apaiser pour renouer avec la quiétude. La Côte d’ivoire a besoin d’un soulagement général. C’est la responsabilité du président de la République de conduire cette période difficile qui conduira à la stabilisation de la vie politique nationale dans un climat de dialogue et de compréhension entre tous les partenaires de la vie politique, économique, sociale et culturelle. Purifier l’atmosphère délétère et irrespirable actuellement pour mettre tout le monde en confiance. Si cela n’est pas le rôle du président de la République, alors il faut désespérer de la fonction et de l’homme qui l’occupe. C’est en refusant le moindre dialogue, en muselant leurs oppositions et en maltraitant les forces opposées à leur gestion politique et institutionnelle que des gens comme : Samuel Doé, Moussa Traoré, Mobutu, Amadou Ahidjo et autres Habyarimana ont créé les conditions de leur mort politique et le dégout profond de leurs compatriotes pour ce qui reste d’eux. Le ministre Algérien des affaires étrangères avait prononcé cette phrase magnifique à l’endroit d’un chef d’Etat de l’Afrique de l’Ouest qui demandait à l’Algérie de s’impliquer dans la résolution de la crise malienne. «Toi, il faut d’abord conquérir ta légitimité dans les yeux de tes concitoyens, et après tu pourras discuter avec l’Algérie. « Quelle belle réponse ? Voilà ce qui convient le mieux, à ceux qui ne sont pas capables d’asseoir la paix civile chez eux. Les voyages à l’étranger pour chercher des investisseurs pour un pays qui tient à peine debout sur des béquilles est illusoire. Donner une chance à un dialogue national utile. Tous refus d’échanges sincères sur des questions aussi cruciales ne fera qu’approfondir les divergences et rendre la situation actuelle plus que compliquée pour l’ensemble des ivoiriens.

Aller aux élections de 2015, sans apaisement.

C’est amplifier la situation actuelle et rendre plus que difficile la sortie de crise en Côte d’ivoire. Même les aveugles retrouvent la vue à l’évocation de cette hypothèse. Car au fur et à mesure que s’accroît l’insécurité, chaque ivoirien se réfugie et s’identifie à sa communauté ethnique. «J’ai été braqué parce que je suis bété. Ma maison est occupée par les nordistes parce que j’ai voté pour Gbagbo. On a pillé ma maison parce que je suis Baoulé. Je ne retrouverais plus ma plantation de cacao parce que je suis guéré. J’ai échoué au concours parce que je suis koulango. »La nation déjà divisée se subdivise sous nos yeux. Ce phénomène s’accompagne d’un désabusement général et d’une démobilisation des autres composantes de la nation qui assistent amères et médusées au mépris affiché par le groupe ethno-tribal et régional du président de la République. Les uns et les autres s’accrochent à leur groupe ethnique dans un reflexe psychologique comme on reste chez soi pendant que souffle la tempête. C’est cela qui construit progressivement le divorce entre ce que dit le pouvoir et ce que pense le peuple. Tout cela finit par briser la confiance entre le gouvernement et une bonne partie des ivoiriens. Nous sommes dans les prémices de ce qui avait provoqué la dislocation de d’autres pays. Liban, Somalie, Congo RDC etc., ceux qui pensent que seul l’écrasement des pro- Gbagbo peut sortir le pays de l’impasse se trompent. Seule la lucidité à la Mandela peut rendre la raison à la vie politique ivoirienne et favoriser des mesures urgentes d’apaisement, de reconstruction et de renaissance nationale.

III – Mesures à prendre dans l’urgence

Il faut éviter les révoltes fractionnées qui peuvent éclater demain et mettre la nation en péril. Dans ce sens nous saluons la libération des différents prisonniers pro-Gbagbo ; nous saluons et souhaitons que cette mesure qui rentre dans la droite ligne de l’apaisement nécessaire pour que le pays retrouve sa force de son énergie créateur. Elle doit s’accompagner de d’autres mesures pour en finir avec ce statuquo actuel qui n’honore personne :
- Que tous ceux des deux camps qui sont coupables de crimes soient déférés devant les juridictions compétentes. – Qu’on étale les preuves de leur culpabilité au grand jour au lieu de les garder indéfiniment dans des prisons et autres centres de maltraitances qu’on qualifie aujourd’hui de goulag.
-En saluant la délivrance de passeports aux enfants et autres proches de Laurent Gbagbo, nous insistons sur le caractère inhumain de la mesure de gel des avoirs, car après le dégel officiel beaucoup d’autres anciens prisonniers ont eu leurs comptes bancaires bloqués sans aucune explication.
- Cette mesure inhumaine rend difficile leur vie quotidienne, pour se nourrir, pour se soigner en les condamnant à végéter comme des mendiants. Le gouvernement d’Alassane Ouattara, introduit de façon pernicieuse la mesquinerie en politique. Il n’y a pas pire dans la vie d’un pays que d’avoir un homme revanchard, méchant, mesquin, vindicatif et de mauvais caractère à la tête d’un pays.
Il faut éviter d’utiliser les moyens de l’état pour régler des comptes personnels. Ceux qui sont allés chercher l’ivoirité dans les ordures de l’histoire étaient dans cette logique minable et mesquine. Nous refusons qu’Alassane Ouattara se comporte comme eux. Il doit être le président de tous les ivoiriens et non celui du nord contre les autres régions. Il faut débloquer les comptes bancaires pour permettre à ceux qui ont les moyens de se soigner de vivre dignement, rien de plus.
On veut que les anciens prisonniers en liberté provisoire renoncent à leurs convictions et se couchent à plat ventre devant le président de la République omnipotent et omniscient. Cette façon de ne jamais s’élever pour prendre de la hauteur. Ce manque de considération pour les vaincus est indigne d’un homme d’Etat. Prendre constamment le chemin de la médiocrité est ignoble d’un gouvernement qui veut œuvrer pour l’intérêt national.
- il faut désarmer les dozos et les renvoyer dans leur foyer, ceux qui sont allés les chercher pour en faire des supplétifs de guerre ont rendu un mauvais service au pays, ils sont aujourd’hui responsables d’exactions, de violences gratuites, de tueries, d’occupations de domiciles et de plantations sans que le ministre de la justice originaire du nord du pays n’engage la moindre poursuite contre eux.
- les coupeurs de routes, les braqueurs de banques, de domiciles et de stations services, sont tous issues des rangs des supplétifs FRCI, on a l’impression qu’il y a un laisser-faire entre eux et l’Etat au point ou aucune enquête sérieuse dans ce genre d’affaire n’abouti à leurs arrestations et à leur mise sous les verrous de la prison. Sont-ils détenteurs d’une licence d’exaction dans une République qui par essence est solidaire des malheurs de ses citoyens ?
- Il faut redéfinir clairement la mission des FRCI, – Est-ce une milice au service du régime ou l’armée de défense de la République de Côte d’Ivoire ? Si oui, quel est l’avenir des seigneurs de guerre hostiles à l’autorité de l’Etat et qui agissent comme bon leur semble dans un état devenu déliquescent par leurs propres fautes, eux qui continuent de terroriser gratuitement nos populations ?
- il faut à la Côte d’ivoire une armée de métier capable de résister à la pression déstabilisatrice. Il faut désarmer ceux qui n’ont rien à avoir avec l’armée, les milices de dozos, gogos et zozos ne sont pas un modèle de défense nationale. La nouvelles armées de métier composée des fils de toutes les régions du pays aura pour tache de défendre le territoire contre les dangers extérieurs.
- Elle pourra ainsi se mettre au service d’un pays uni et unifié pour jouer un rôle régulateur entre les tribus et les régions qui se reconnaitront en elle au lieu de s’en méfier car étant issue dans sa majorité du seul groupe tribal du président de la République.
- Le moment est venu de prendre des mesures urgentes pour le retour des réfugiés.
Cette mesure avait été proposée pendant plusieurs années au président Rwandais Juvénal Habyarimana, il ne voulait pas en entendre parler. La suite de l’histoire, nous la connaissons tous aujourd’hui. Il est mort en plongeant son pays dans le génocide. Les appels à la radio demandant aux réfugiés de rentrer ne suffisent plus, il faut les rassurer, il faut des mesures d’accompagnement pour rendre leurs biens, leurs maisons et plantations.
- Effectuer un recensement général de la population de la Côte d’ivoire. Ce qui permettra l’ actualisation des listes électorales p ar le retrait des personnes décédées et le rajout des nouveaux majeurs et de ceux qu’on a naturalisés hier.
- Ensuite, il faut refaire une nouvelle commission électorale consensuelle. Non pas avec les membres des partis politiques, mais avec des hommes et des femmes désireux de servir la cause de la vérité des urnes. Celle qui nous a conduite à la crise actuelle n’a plus sa raison d’être. Il faut aller de l’avant en évitant tout ce qui peut nous tirer vers le bas et hypothéquer l’avenir collectif.
- Il y a dans cette mesure des bases justes pour éviter une prochaine crise postélectorale.

VI – Postulat de conclusion générale

Le grand malheur d’Alassane Ouattara, est d’avoir permis comme Habyarimana, aux irréductibles de son propre camps de prendre le dessus. Ainsi, ceux qui comme nous rejettent la violence en préconisant un dialogue national utile pour fonder une vraie réconciliation allant dans le sens de l’apaisement pour construire une paix juste et durable sont considérés comme des pro-Gbagbo.
Koudou Gbagbo Laurent , du fond de sa cellule peut témoigner qu’il ne nous a jamais vu à sa porte pour quoi que ce soit, quant-il était le président de la Côte d’ivoire. L’ethnie n’a jamais été notre fort et dans ce sens Henri Konan Bédié, sait aussi que nous ne lui devons rien. Il y a aujourd’hui sur la terre des hommes libres d’esprit, qui sont conscients que c’est en travaillant pour soi- même qu’on gagne le respect et l’estime des autres.
Tout le reste n’est qu’éphémère. Il n’y a rien de durable dans ce qu’un politicien ivoirien peut vous offrir. Voilà pourquoi nous ne serons jamais dans la basse-cour des politiques ivoiriens. La Côte d’Ivoire ne s’en sortira pas si tous les ivoiriens ne viennent pas à sa rescousse. Ce pays continuera de séduire ses destructeurs, bien que leurs victoires se soient régulièrement transformées en pièges.
Peut être que ce pays séduira aussi ceux qui veulent se racheter à sa face pour mériter son pardon au levant de la nouvelle lune ? Hâtons- nous de dire ici que rien dans la guerre comme dans la perspective de paix, ne changera notre conviction profonde que : ce sont les Ivoiriens du nord, du Sud, de l’Est comme de l’Ouest que la Côte d’ivoire doit séduire.
C’est par eux que ce pays malade se relèvera avec cette fois-ci les anticorps qui lui permettront de survivre à cette maladie infantile qui comme la rougeole chez les enfants a son équivalent dans nos malheureux pays africains avec pour nom : tribalisme, népotisme, rattrapage ethnique, ivoirité, corruption, vénalité et clanisme.
L’espace d’une réflexion nous permet d’affirmer ici que ce n’est pas par les autres que les Ivoiriens feront chacun sa Côte d’Ivoire. C’est ensemble que tous les Ivoiriens retrouveront ce qui est nécessaire à leur communauté nationale, c’est-à-dire leur paix, leur liberté et leur unité qui cimenteront l’indépendance nationale aujourd’hui fictive pour faire de la République, l’héritage commun de tous les ivoiriens.
Quand les Ivoiriens secoués par les cataclysmes de cette guerre, avec son cortège de famine, de folie, de viol, de violence, de destruction, d’occupation, de morts et d’annihilation, ils s’apercevront comme les Libanais, les Libériens et les Somaliens, qu’il n’y a plus rien à conquérir, plus rien à réformer, plus rien à unifier et plus rien qui mérite d’être détruit. Ils comprendront alors ce que c’est que vivre ensemble.
À ceux qui sont obnubilés par le pouvoir et qui nous maudissent et nous adressent des menaces.
Qu’ils sachent que le jour viendra pour eux où ils connaîtront aussi l’exil et des persécutions. Ils auront en ce moment-là besoin des esprits libres comme nous aujourd’hui pour défendre ce qui fonde leur attachement à la terre de nos pères. Qu’ils réfléchissent bien aujourd’hui avant de nous jeter la première pierre, celle de la certitude et de l’arrogance inconsciente, pour ne pas insulter l’histoire de leur propre l’avenir.

Merci de votre aimable attention.

Dr Serge-Nicolas NZI Chercheur en Communication Lugano (Suisse)
Source : Aujourd’hui / N°517 du Lundi 02 Decembre 2013




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