Ouattara au pouvoir: La bonne gouvernance sur le banc de touche

Lundi 28 Mai 2012 - 07:34


Ouattara au pouvoir: La bonne gouvernance sur le banc de touche
Jamais le citoyen ivoirien n’avait pensé que sous le règne de Dramane Ouattara, des affaires sales viendraient polluer la vie de ce pays. Dramane, en effet, s’était présenté à tous comme un homme pur comme l’eau de roche, celui qui ne pouvait côtoyer les eaux boueuses. Ceux qui y avaient cru n’avaient certainement pas connu l’époque de « Ouattara vend et rachète » cette époque où le titulaire actuel du trône, en sa qualité de chef du gouvernement (1990-1993) s’était bradé une bonne partie du patrimoine de l’Etat en combinant la double qualité de vendeur et acquéreur. Ceux qui ont abusivement cru en Ouattara avaient sans doute oublié la fameuse affaire des 19 tonnes d’affaires personnelles non dédouanées. Pour les excuser, nous diront que le temps a dû plaider en faveur de Dramane Ouattara. Malheureusement, les mauvaises habitudes ont la peau dure comme les faits de l’histoire qui demeurent têtus. Et l’ivoirien à aujourd’hui l’occasion de le vérifier avec Ouattara au pouvoir. Ouattara est-il nié par ses prétentions de bon gestionnaire ennemi de la mal gouvernance ?

Depuis un an qu’il est au pouvoir, les affaires sales s’enchaînent au rythme de la souffrance du peuple lequel assiste impuissant, à la corruption démentielle en vogue sous l’actuel régime. La dernière de ces affaires puantes est celle qui a emporté le très affairiste Ministre de l’intégration africaine, Adama Bictogo. En effet, selon les conclusions d’une enquête diligentée par la Direction de la police économique et financière, le Sieur Bictogo aurait détourné la coquette somme de 600 millions, une tranche de l’indemnisation des victimes des déchets toxiques. L’affaire portée depuis bien longtemps à la connaissance de Ouattara, Bictogo n’a nullement été inquiété, au contraire il n’a fait que grossir sous l’effet de l‘estime de son maître, ce dernier ayant fait de lui, l’un des pions essentiels de la restauration de l’ordre constitutionnel au Mali. Ce ministre vient d’être limogé de façon carnavalesque sous le regard d’une délégation du conseil de sécurité en mission en Côte d’Ivoire. Pure coïncidence ou désir de laver l’image d’un gouvernement qui devient progressivement l’ombre de lui-même? Mais là où le régime de Ouattara a de façon incontestable, démontré que son fameux code d’éthique n’est rien d’autre qu’un papier bon pour les toilettes, est le renouvellement de sa confiance en des ministres impliqués dans des affaires sulfureuses. L’on se souvient que lors de son interview télévisée le 30 Mars 2012, Ouattara avait avoué que son équipe faisait du « bon travail ». Pourtant, deux affaires ont secoué son gouvernement avant cette interview. Il s’agit des affaires Celpaid impliquant deux ministres du gouvernement et Satarem-Greensol impliquant un Ministre et un autre relié mystiquement à cette même affaire, le même Bictogo. Dans la première en effet, la Ministre de l’éducation Nationale, Mme Kandia Camara, s’était offerte le luxe d’attribuer un marché de gré à gré à un des ses collègues M. Mamadou Sanogo, Ministre de la construction et de l’urbanisme. Ce marché dont le montant est de loin supérieur à 30 millions avait pour objet l’inscription en ligne de près de 5 millions d’élèves. Le mode d’attribution avait selon la lettre du continent, provoqué « des grincements de dents au sein de la banque mondiale ». Le fait est que selon la réglementation en vigueur en Côte d’Ivoire aucun marché de gré à gré n’est admis au-delà du montant de 30 millions F CFA. Mais par un tour de magie transpirant la corruption, les deux Ministres membres du RDR ont pu passer par le filet et cela sous le regard attentif de Ouattara. L’affaire avait fait grand bruit, sans pour autant inquiéter les mis en cause.

La seconde affaire avait même conduit l’Autorité de Régulation des Marchés Publics à désavouer la ministre de la salubrité publique, Désirée Anne Oulotto, par l’annulation pure et simple de la procédure de passation de l’appel d’offres relatif à la mise en œuvre d’un schéma de gestion intégrée des déchets solides. En effet, après un appel d’offre déclaré infructueux, la ministre en question avait attribué le marché dans un appel d’offre restreint à une société dénommée Satarem-Greensol. Or, la société Satarem lors du premier appel d’offre ouvert et déclaré infructueux, n’avait pas pu recueillir la moyenne exigée. Curieusement elle se trouve être attributaire du marché par un jeu de greffe opéré par la ministre donnant ainsi Satarem-Greensol. C’est donc cette nouvelle entreprise créée de toute pièce qui remporta le juteux marché estimé à des milliards de Francs CFA. Mais le comble c’est que Satarem est une entreprise française ayant fait banqueroute et Greensol, une entreprise ivoirienne créée le 23 Novembre 2011, bien après le lancement de l’appel d’offre et appartenant au frère ainé de d’Adama Bictogo, le sieur Salif Bictogo. Voici donc la mine de corruption que la Ministre de la Salubrité Publique a pu constituer. Cela n’a point déranger le « bon gestionnaire Ouattara », l’homme qui prône la bonne gouvernance. Mais ces ministres ne sont certainement pas les seuls à « déchirer » le fameux code d’éthique. Arthur Alocco, DG par intérim de l’ATCI a été récemment viré pour « des manquements graves constatés dans l’exercice de ses fonctions ». Quels sont ces manquements graves qu’a pu commettre celui qui fut l’un des artisans de la mise en ligne de la chaine pirate TCI? Avait-il osé toucher là où ça fait mal? L’affaire de la licence 3G attribuée à MOOV-CI semble être la raison du précoce limogeage de l’ancien DG intérimaire. Comment le ministre Koné Bruno a pu attribuer en violation des règles, cette licence à l’entreprise MOOV-CI ? En effet, après un appel d’offre ayant mis en concurrence trois entreprises que sont MTN-CI, ORANGE-CI et MOOV-CI, l’évaluation technique des offres avait permis de conclure que l’entreprise MOOV-CI ne remplissait pas les conditions contenues dans le cahier de charges minimales. Au niveau de l’obligation de couverture qui était plafonnée à 95% sur 4 années, l’entreprise MOOV-CI (Atlantique Telecom) s’était engagée sur un taux de couverture de 32% sur les 4 ans. Le classement a donné les résultats suivants : « MTN-CI, 193 points sur 250 soit une moyenne de 15,44 sur 20. 2ème Orange-CI, 133 points sur 250 soit une moyenne de 10,64 sur 20. 3ème MOOV-CI, 118 points sur 250 soit une moyenne de 9,44 sur 20 ». Tout naturellement cette entreprise ne pouvait pas bénéficier de cette licence face aux concurrentes MTN et ORANGE qui, elles, remplissaient les conditions. Malgré cette note minable de MOOV-CI le Ministre attribue souverainement la licence 3G à MOOV-CI après un recours gracieux exercé par cette dernière. Le ministre, par ailleurs neveu du patron de MOOV-CI, Koné Dossongui, donne ainsi droit à ladite requête. Mais là où la complaisance apparait est que MOOV-CI prend l’engagement de couverture de 95% sur 6 ans au lieu de 4 ans prévues par le cahier des charges minimales. La rupture d’égalité est donc saisissante. Pourquoi MTN et ORANGE s’engagent, conformément au cahier de charges, sur une couverture de 4 ans alors que MOOV, elle s’engage pour 6 ans, sans toutefois présenter des garanties techniques. Cette autre affaire sale de la république n’a suscité aucun frémissement au sommet de l’Etat. Ce coup de pouce donné par le neveu à l’oncle, ressemble bien à celui donné à Aka Sayé Lazare actuel Directeur Général de la RTI. Au terme d’un appel à candidature en vue de sélectionner le Directeur de la RTI, des candidats avaient présenté des tests organisés par le cabinet Deloitte. Les résultats avaient classé M. Obou Armand (93 points sur 100) en tête suivi par Messieurs Abdel Kader Sanogo (55 points sur 100) et Bakayoko Amadou (35 points sur 100). Le militant du RDR Aka Sayé Lazare n’avait pas été capable d’être parmi les trois premiers. Mais l’on ne sait par quelle opération du saint esprit, Aka Sayé Lazare a été confirmé au poste de Directeur Général de la RTI par le conseil d’administration. Que dire de l’appel d’offre restreint lancé par le secrétariat Général du gouvernement en vue de la réhabilitation de la CCIA? Cet autre appel d’offre s’est tout simplement corrompu en un marché de gré à gré et ce, au détriment de trois entreprises soumissionnaires que sont les entreprises SONITRA, PFO et ZARAGOZA-CI. Alors qu’elles attendaient les résultats, le marché est attribué en catimini à une entreprise tierce à l’offre qui a déjà engagé les travaux. A cette affaire, ajoutons celle de la réhabilitation des commissariats ainsi que des universités publiques actuellement fermées. En effet, suite au pillage et à la destruction des commissariats et universités par les forces pro-Ouattara en Mars-Avril 2011, des entrepreneurs ont été choisis en dehors de tout critère objectif pour la réhabilitation de ces ouvrages. L’on a pu même voir un opérateur très magnanime prendre la décision de réhabiliter certains commissariats notamment ceux de la commune d’Attécoubé et d’Adjamé. Au final, les factures fournies par ces entrepreneurs, concernant les commissariats, ont tellement subies une surfacturation que la police économique se trouve obligée d’intervenir. Ces entrepreneurs réclament aujourd’hui à Ahmed Bakayoko, la somme de 3 milliards. Pour la réhabilitation des universités, aucun appel d’offre n’a été lancé par le ministère de tutelle. Ces marchés estimés à des milliards ont été attribués à des opérateurs récoltés pour certainement leurs liens d’amitié avec les tenants du pouvoir. L’argument présenté est qu’il y avait urgence. C’est à croire que l’urgence met entre parenthèses les prétentions de « bon gestionnaire ».

Voici donc quelques sales affaires qui démentent l’éternel argument de bonne gouvernance arboré par Dramane Ouattara. Comment comprendre cette folle corruption qui fait son chemin au cœur du pouvoir Ouattara ? Il y a dans un premier temps de la part des tenants du pouvoir une réelle volonté de rendre leurs comptes dodus. L’argument peut être simpliste et peu fouillé. Mais à quoi répondent le délit d’initié, la passation des marchés à des entreprises créées au pied levé, le gré à gré au profit de collègues et amis ou encore des coups de pouce à des parents? Le partage du butin est la raison essentielle et rien d’autre. Dans un second temps il y a la moralité peu enviable des chargés des différents dossiers. En effet l’épine dorsale de la corruption est la moralité de l’individu qui fait de cette contre-valeur, un mode de vie. Enfin, les sales affaires traduisent l’incompétence des gouvernants à conduire en toute responsabilité, la cité. Ces trois éléments mis en commun disqualifient d’office les tenants du pouvoir d’Abidjan. Certains seront tentés de dire que le précédent pouvoir était corrompu (pouvoir dont ils ont d’ailleurs été cogestionnaires). Soit ! Mais si le régime actuel a pendant 10 ans utilisé des moyens contestables pour accéder au pouvoir avec l’aide de l’étranger, nous pensons sincèrement qu’ils sont animés d’une volonté de renverser la table. Que nenni. Au lieu de chasser la corruption par la bonne gouvernance, ils la promeuvent au grand bonheur des infatigables grilleurs d’arachides. Mieux, le chef de l’exécutif, Dramane Ouattara, l’honnête des honnêtes ne se lasse pas de tenir des conseils des Ministres avec ses Ministres plongés jusqu’au dernier grain de cheveux dans les puanteurs de la République. Ainsi va la République de « la solution » qui a fait asseoir depuis un an, la bonne gouvernance sur le banc de touche.
 
Alain Bouikalo
bouikhalaud10gmail.com




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