Ouattara a pris les pleins pouvoirs pour ça : C’est officiel, la Côte d’Ivoire est en vente !

Ouattara a mis en veilleuse l’Assemblée nationale pour pouvoir « dealer » avec les « nouveaux prédateurs » de l’économie mondiale sans avoir à faire face à un Parlement où certaines tendances nationalistes auraient pu s’exprimer tant la « grande braderie » qui se prépare est gigantesque. Il va en tout cas faire de grosses concessions aux multinationales dans un contexte où son gouvernement n’arrive pas à boucler son budget, moins de deux ans après l’effacement de la dette de la Côte d’Ivoire.

Samedi 13 Avril 2013 - 09:05


Ouattara a pris les pleins pouvoirs pour ça : C’est officiel, la Côte d’Ivoire est en vente !
Quelle raison objective peut donc pousser un chef de l’Etat qui s’est débrouillé pour avoir la majorité abso - lue pour son parti dans un Parlement de toute façon dominé de manière écrasante par la coalition de partis qui l’a soutenu, à décider de gouverner par ordonnances en dehors de toute urgence, sur tout ce qui a trait aux questions « économiques et sociales » ? C’est la question que se posent de nombreux observateurs depuis que Ouattara a demandé – et obtenu – des godillots de l’actuelle Assemblée nationale le droit de pouvoir diriger le pays selon les règles d’un Etat d’exception. Y a-t-il le feu à la maison ? D’une certaine manière, oui. Pour mieux cerner la situation, un détour par l’économie, et notamment le secteur minier, est nécessaire. Un article essentiel de la lettre confidentielle Africa Mining Intelligence nous permet de comprendre le contexte. « À court d'argent la, Côte d'Ivoire va accélérer les réformes minières. Sous la pression du Fonds monétaire international (FMI), qui n’injectera du cash pour soutenir le budget de Côte- d'Ivoire que si des réformes économiques sont entreprises, Abidjan a prévu d'adopter un nouveau code minier d'ici la fin du mois de mai au plus tard. En mai, le conseil d'administration du FMI se réunira pour exami- ner l'octroi de 74 millions de dollars en aide à Abidjan. D'ici là, le président Alassane Ouattara, qui sera de retour d'une visite à Paris à la fin de cette semaine, aura signé une ordonnance permettant d’adopter la nouvelle législation. En conséquence, le code minier, rédigé par l'équipe économique du président, ne sera pas déposé devant le parlement de Côte-d'Ivoire comme cela avait été prévu. Mais parce que le recours aux ordonnances présidentielles en Côte- d'Ivoire est habituellement réservé aux situations d'urgence et lorsque le Parlement n'est pas en session, l'Assemblée nationale siègera le 10 avril pour examiner si le président peut effectivement imposer les réformes par ce moyen», écrit Africa Mining Intelligence. Qui nous apprend qu’à la suite de ce qui apparaît comme un véritable chantage des institutions de Bretton Woods, les multinationales du secteur bénéficieront, en substance, d’une fiscalité très allégée. Le ministre Adama Toungara, qui voulait introduire un « contrat de partage de production », a été publiquement désavoué par Ouattara lors d’un Conseil des ministres. Un « accord inégal » qui fait partie d’un « agenda économique » secret Une question se pose toutefois. Si le nouveau Code minier rédigé par la Présidence était déjà prêt, pourquoi ne pas l’avoir confié à la sagacité des députés pour qu’ils l’examinent de manière accélérée ? Déjà, parce qu’ils auraient peut-être eu un peu de courage et dénoncé ce qui apparaît comme un « accord inégal » au détriment de l’intérêt national. Peut-être aussi parce que, face à eux, Adama Toungara n’aurait que mollement défendu un texte sorti tout droit des cerveaux des conseillers logés à la Présidence, souvent Français, et qui, selon Jeune Afrique, « rivalisent avec les divers ministères et agences chargés d’aiguiller la dépense publique ». Il faut aussi prendre en compte un autre facteur : ce n’est pas uniquement pour gérer la question minière que « les pleins pouvoirs économiques » ont été donnés à Ouattara. En réalité, il s’agissait d’enlever devant lui tous les obstacles à caractère « nationaliste » pouvant le contrarier dans ce qui apparaît comme la deuxième « grande braderie » des ressources économiques ivoiriennes, après les privatisations au franc symbolique du début des années 1990. Des privatisations menées alors qu’il était Premier ministre et que l’Assemblée nationale, dirigée par Henri Konan Bédié, et pourtant contrôlée par le parti au pouvoir, menait une fronde inédite au nom de l’intérêt national. Au-delà du sous-sol ivoirien, ouvert à toutes les prédations après la capitulation fiscale du gouvernement, ce sera au tour de la terre ivoirienne d’être « offerte » aux multinationales par la grâce de la gouvernance « par ordonnances ». A plusieurs reprises, des hauts cadres issus du PDCI et du RDR ont marqué leur attachement au Code foncier rural. Pourtant, selon des documents du G8 que Le Nouveau Courrier a pu consulter, un « Rural Act Land » destiné à protéger les terres qui seront détenues par des multinationales comme les Français Louis-Dreyfus et Mimran doit être adopté ! Selon toute évidence, c’est le moment du dévoilement d’un certain « agenda secret » économique au sujet de la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire déjà ruinée ? La Côte d’Ivoire a-t-elle le choix de sa politique économique ? En tout cas, il apparaît désormais très clairement qu’à peine sa dette « effacée », le pays des Eléphants est quasiment en cessation de paiement, et facile à soumettre à tous types de chantages. Africa Mining Intelligence écrit qu’Abidjan est « à court d’argent ». « Le vote du parlement intervient donc dans un contexte difficile, notamment en ce qui concerne l’exécution budgétaire pour l'exercice 2013. En effet, selon plusieurs sources chez les bailleurs, l'État va devoir faire face à un assèchement de sa trésorerie. Et la Côte d’Ivoire chercherait à obtenir la requalification de ses crédits de manière à pouvoir les utiliser pour assurer l’équilibre budgétaire. De source proche du dossier, la ministre déléguée Kaba Nialé aurait ainsi tenté de négocier avec le ministère français de l'Économie et des Finances, afin d’utiliser les fonds du C2D dans ce but, mais ce dernier lui aurait opposé une fin de non-recevoir», écrit de son côté Jeune Afrique. Autrement dit, la Côte d’Ivoire, qui a réussi à s’acquitter de ses engagements durant la partition du pays, n’est plus en mesure de faire face à ses charges courantes, au rang desquelles figurent en bonne position… les salaires ! Les mauvaises langues diront que la grève des enseignants a été, dans ce contexte, une aubaine pour le régime, qui a pu faire des économies sous couvert de « punition » des récalcitrants. Une dépêche de l’agence de presse APA, passée quasiment inaperçue, témoignait déjà de l’état préoccupant des caisses de l’Etat. Un cadre de l’administration des impôts révélait que « les recettes de janvier et février n’ont pas été satisfaisantes » et disait que la hiérarchie mettait la « pression » aux agents et allait jusqu’à menacer de ne pas payer les salaires.

Comment en est-on arrivé là ? Une question de bon sens s’impose, au regard de cette réalité troublante. Est-il possible qu’un pays qui connaît des taux de croissance aussi mirifiques que ceux dont le régime fait la publicité, n’arrive pas à bou cler son budget au point de quémander ici et là et de brader des pans entiers de son économie ? En réalité, au-delà de la propagande officielle, la Côte d’Ivoire, qui a été affaiblie par quasiment dix années de rébellion et de sécession, n’a pas vraiment rebondi comme il le faudrait. Ami des grands de ce monde, Alassane Ouattara a pu faire illusion pendant un certain temps en ré-endettant prodigieusement le pays, dans un festival de mauvaise gouvernance où les « grands chantiers » surfacturés étaient le beau prétexte à l’enrichissement illicite d’une coterie de privilégiés au cœur du système. Mais son incapacité à faire avancer les chantiers de la sécurité et de la réconciliation ont décou - ragé les investissements directs étrangers (IDE), mais aussi les petits investisseurs locaux, attentistes depuis les grands pillages impunément menés en avril 2011 par les FRCI. L’échec de la réforme de l’Etat et le rattrapage ethnique ont fait le reste, dés organisant des régies financières qui n’arrivent plus à fonctionner avec efficacité. La Côte d’Ivoire est à la merci des multinationales, et pourrait bien avoir du mal à payer les salaires dans les prochains mois.

Par Philippe Brou

Le Nouveau Courrier N°773 du Vendredi 12 Avril 2013




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