Ouattara-Sarkozy: Liaison dangereuse, séisme à l’horizon.

Lundi 7 Mai 2012 - 05:30


Ouattara-Sarkozy: Liaison dangereuse, séisme à l’horizon.
La fin justifie les moyens. On ne le dira jamais assez. Et en politique, plus que jamais, il importe de ne pas lésiner sur les moyens pour atteindre ses fins. Sarkozy, en campagne à la présidentielle française, n’a pas dérogé à la règle. Il a voulu se donner tous les moyens pour être réélu président de la République française. Pour y parvenir, il lui a paru important de ne pas négliger les voix des franco-africains. Leur poids électoral n’est plus négligeable. Les politiques français savent désormais qu’il ne faut pas seulement compter avec eux. Mieux, ils savent qu’il faut compter sur eux. Il importe de les avoir avec soi que contre soi. Les africains-français représentent un véritable terrain de chasse aux « gibiers électoraux ». Il y a donc nécessité d’affûter ses armes et surtout d’être adroit. Adroit, l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire) de Nicolas Sarkozy a voulu l’être en organisant le 14 avril dernier une rencontre avec des partis politiques africains. Pour la circonstance, l’UMP était représenté par François Copé, son Sécrétaire Général, le RDR( Rassemblement des républicains, parti ivoirien) par Amadou Soumahoro (Secrétaire Général du parti), l’APR (Alliance pour la République, parti sénégalais) par Sall Gaveau, le ministre-conseiller spécial du président sénégalais Macky Sall, et l’UFR (Union des Forces républicaines, parti guinéen d’opposition) par son président Sidya Touré.
Ces personnalités politiques se sont rencontrées à Paris autour du thème "La France avec les printemps africains". Au cours de cette rencontre, avons-nous appris par l‘AFP (Agence française de presse), un accord de «coopération et d’amitié » a été signé entre l’UMP et le RDR. Par-delà la rencontre, il était question de mettre en mouvement ces partis politiques africains. Leurs mouvements devaient les diriger vers leurs ressortissants, de nationalité française, militants ou sympathisants de leurs partis politiques respectifs. En clair, il était question pour eux de se mettre à contribution dans la campagne électorale pour la victoire de Nicolas Sarkozy. Car ce même jour, le MAF (Mouvement des Africains-Arançais) de Calixthe Béyala, tenait son premier Congrès soutenu par des personnalités du parti socialiste, y compris François Hollande à leur tête. L’UMP ne doutait pas que le MAF devait peser dans le scrutin présidentiel en faveur du candidat socialiste. Face à cette menace électorale, quoi de plus normal pour le RDR que de venir au secours de l’ami-candidat Sarko? L’accord de «coopération et d’amitié», qui venait d’être signé, devait être mis aussitôt en exécution. Le RDR ne s’est donc pas fait prier pour faire campagne pour Nicolas Sarkozy. Alassane Ouattara n’a pas voulu manquer cette occasion pour faire montre de sa gratitude envers celui qui a ordonné son installation au pouvoir par un coup d’État militaire. Comment aurait-il pu faire autrement quand les sondages prévoient constamment la défaite électorale de Sarkozy au soir du 6 mai prochain?
Koramoko Yayoro, qui faisait partie de la délégation de son parti (RDR), s’est donc mis en branle pour prêcher dans la synagogue sarkozienne. «Oui le président Nicolas Sarkozy doit être réélu», telle est la préoccupation du RDR en particulier et du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la Paix, Colition politique ivoirienne) en général. Dan un article signé par Souleymane T Senn, paru dans le quotidien Notre Voie, et daté du 18 avril dernier, nous avons pu lire ces propos de Karamoko Yayoro lors d’une rencontre avec les militants et sympathisants du RDHP à Paris: «Si Sarkozy perd, notre pouvoir est en danger. (…) Notre mission est de vous mobiliser afin de voter tous pour Nicolas Sarkozy, celui-là grâce à qui le président Ouattara a été installé au pouvoir. Si Sarkozy ne nous était pas venu en aide, Gbagbo serait encore là. (…) N’ayez plus de complexe car ceux d’en face n’en ont pas ! Ils ne se cachent pas de supporter les socialistes. Regardez Calixthe Béyala, elle mobilise les Français d’origine africaine à voter pour Hollande. (…)Je vous demande solennellement d’aller dans tous les foyers parler à vos enfants, aux ressortissants de vos villages respectifs qui ont la nationalité française et dites-leur qu’ils doivent voter pour Sarkozy.(..)C’est ce monsieur qui a autorisé la déportation de Laurent Gbagbo. Pour ceux qui croient en Dieu, priez, pour les autres sollicitez vos marabouts, consultez vos cauris, faites tout ce que vous pouvez, mais il faut que Sarkozy passe. Nous lui devons ça».
Le message à été clair: «Si Sarkozy perd, notre pouvoir est en danger.» Face au danger qui pointe à l’horizon, plus que jamais, il était impérieux de faire des pieds et des mains pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Car le plus important n’était pas de vendre le pouvoir à un ami, mais d’assurer le service après-vente. Qui assurera le service après-vente aux lendemains du 6 mai, en cas de défaite de Sarkozy? Les socialistes semblent ne pas pouvoir garantir un tel service pour une tansanction dans laquelle ils n’ont pas été directement impliqués. Aussi le soutien électoral d’Alassane Ouattara à Nicolas Sarkozy pourrait-il ne pas les encourager à assurer un tel service après-vente, malgré l’affirmation récente de François Hollande selon laquelle la Force militaire française, la Licorne notamment, partira de la Côte d‘Ivoire à la demande des autorités ivoiriennes.
Le soutien franc du RDR à Nicolas Sarkozy mérite qu’on s‘interroge. Ouattara a-t-il été bien inspiré ou bien conseillé en faisant campagne pour Nicolas Sarkozy? Ouattara ignore t-il que quand des loups se battent, les agneaux doivent se tenir à l’écart pour attendre l’issue du combat? Il n’a pas voulu se mettre à l’écart, il n’a pas voulu suivre la voie de la sagesse. Y a-t-il été contraint? Difficile de répondre par l’affirmative. Il a décidé de soutenir son ami Sarkozy. Pour lui, il n’est pas question de rompre ce lien ancien qui le lie au président français. Il est un ami fidèle jusqu’au bout. Dans les jours à avenir, cette liaison sera effectivement dangereuse en cas de victoire des socialistes. Elle le sera dans la mesure où elle a poussé Alassane Dramane Ouattara à battre campagne pour Sarkozy. En le faisant, Ouattara s’est exposé au courroux des socialistes. Ils lui demanderont des comptes en cas de victoire au soir du 6 mai prochain. D’aucuns diront qu’il est normal, voire démocratique, que Ouattara soutienne son ami Sarko. Ils ont raison. Mais, il doivent savoir qu’il est aussi normal et démocratique que les socialistes décident de ne pas assurer le service après-vente de son pouvoir, à cause de ce soutien. En toute évidence, les socialistes ne voudrons pas d’un président ivoirien, soutien et ami de l’UMP, parti avec lequel ils sont en perpétuel concurrence politique, surtout quand des voix, crédibles ou non, se font de plus en plus audibles, quand des preuves, plus ou moins tangibles, sont brandies pour accuser Nicolas Sarkozy d’avoir été financé par Mouammar Kadhafi, l’ex- président Libyen. Il est clair que les socialistes, au nom de l’impérialisme, ne voudront pas avoir au pouvoir en Côte d’Ivoire des dirigeants susceptibles de financer de façon occulte les futures campagnes présidentielles et législatives de leurs adversaires de l’UMP, au nom de l'accord de «coopération et d’amitié»  signé le 14 avril dernier. Mais est-ce l’occasion pour certains de rêver d’une indifférence de la France face à une déstabilisation du régime d’Alassane Ouattara? Par-delà l’amitié qui le lie à Sarkozy, Ouattara reste un pion au service des intérêts français. Il y a donc fortement à douter que la France laisse faire sans réagir, en cas de déstabilisation du régime d’Alassane Ouattara. La France réagira certainement, si elle n’est pas chef d’orchestre de la situation, si celle-ci n’est pas sous son effectif contrôle. Le seul danger qui pointe à l’horizon pour Ouattara, en raison de son accointance avec Sarkozy et l’UMP, est la possibilité pour les socialistes, en cas de victoire à la présidentielle, de lui trouver par tous les moyens un remplaçant plus «crédible» et plus proche d’eux, pour ne pas dire à leurs ordres. Ouattara-Sarkozy: liaison dangereuse, séisme à l’horizon. Attendons de voir…..


ZEKA TOGUI
 
 





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