Ouattara II, président du « rattrapage ethnique » et champion d’une certaine presse française

Dimanche 1 Novembre 2015 - 23:21


On peut imaginer que M. Alassane Dramane Ouattara a une mauvaise image de lui-même. Il est, on peut l’imaginer, frappé par le « syndrome de l’imposture » : un sentiment d’avoir usurpé sa place, assorti de la peur d’être démasqué un jour… ». L’actuel président de la Côte d’Ivoire est à la barre par la volonté de la fameuse « communauté internationale », et il rempile sous les applaudissements de ses soutiens français. Les prédécesseurs de François Hollande, notamment Chirac et surtout Sarkozy, ont usé de l’humiliation comme stratagème pour disqualifier les acteurs de l’échiquier politique ivoirien en donnant un positionnement plus conséquent à leur protégé Alassane Dramane Ouattara. L’on s’en souvient encore, les bombardements du palais présidentiel ivoirien, une semaine durant par l’armée française ont eu raison de Gbagbo qui avait cru naïvement à la force du droit. Mais le droit n’existant pas pour les petits pays, Ouattara a donc été fait président par les chars français.
Sa réélection est une victoire à la Pyrrhus. Mais ce président aura besoin de cette flamme, cet élan populaire, de l’enthousiasme du quidam ivoirien pour réaliser son programme, si tant est qu’il en ait réellement un, celui sans doute concocté dans la précipitation par ses conseillers « françafricains ». L’observateur le moins avisé des réalités ivoiriennes constatera aisément que les Ivoiriens ne sont pas vent debout derrière le nouvel élu. Le programme le plus cher à Monsieur le président n’est-il pas le « rattrapage ethnique ? » Il l’a crié haut et fort à travers le pays ; mais les censeurs français l’ont-ils entendu ou lu ? La presse française ne s’est pas non plus précipitée pour des « mises en garde » dont elle a le secret.
La plupart des médias français, notamment France24, Le Monde, La Croix… ─ il n’est point inutile de s’en étonner ─ ont toujours accompagné Ouattara dans sa quête, quel qu’en soit le prix, du pouvoir en Côte d’Ivoire.  Le quotidien La Croix (du mardi 27 octobre), en sa page 10, affirme « La Côte d’Ivoire attend confirmation de la réélection du président Ouattara », avec une analyse condescendante de la situation du Pays. Tout le monde sait, du moins ceux qui s’intéressent au sort de ce petit pays, que les dés sont pipés depuis le décès du premier président de la Côte d’Ivoire. Jean Karim Fall sur France24, le 26 octobre, dans son édition de 17h30, se satisfait du taux de participation qu’il estime être à 60 %. C’est un mensonge éhonté. Dans son propos, ce journaliste semblait nous dire que la hantise de la CEI était l’abstention record… Celle-ci d’ailleurs est une certitude. La machine à désinformer dont ce journaliste est l’un des rouages excelle dans l’art de la triangulation. Le quotidien du soir, Le Monde (du 27 octobre) en sa page 6, écrit : « Le scrutin présidentiel ivoirien s’est déroulé dans le calme ». Le calme apparent peut être vu sous des prismes différents. La réalité est la suivante : « Nous avons tous des cartes d’électeur, mais personne n’ira voter… Celui qui est ici est l’homme des étrangers… »1. C’est en ces termes que les Ivoiriens auxquels un quelconque journaliste tend un micro crient leur exaspération.
Tout a été mis en œuvre pour empêcher l’opposition de s’exprimer. C’est la « stratégie de la terreur » qu’utilise le pouvoir actuel pour intimider et s’imposer. Le meeting de l’opposition du 26 septembre 2015 a été interdit et dispersé avec brutalité : grenades lacrymogènes, fusils d’appoint et autres apparat de frayeur étaient de sortie ce jour-là. Le meeting exigeait « la libération des prisonniers politiques et des règles du jeu transparents et équitables »2. Ces propos paraissent plus crédibles que ceux rapportés par des journalistes coiffés de la mitre de « spécialistes de l’Afrique ».
La CEI (Commission électorale « indépendante ») dirigée par le même président qu’en 2010, Youssouf Bakayoko, accompagné dans sa tâche par son neveu, le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, pondront dans les jours à venir un taux de participation et un score « officiels » qui satisferont aux normes acceptables par ladite communauté internationale.
F. Hollande, qui a rencontré Ouattara au cours de cette année d’élection, ne disant rien, donc consentant quant à la gouvernance en cours en Côte d’Ivoire. « Lorsque l’image est forte, elle vit d’elle-même et peu importent les démentis, les dénégations et les explications. »3  Cette élection est une mascarade. Maintenant que la victoire lui est acquise sans heurts, comme disent ses supporteurs et les fameux observateurs internationaux, que va-t-il en faire ?
Ouattara dispose de tous les leviers. Mais sa victoire ne règlera pas les multiples fractures sociales et les meurtrissures que son irruption sur l’échiquier politique ivoirien a induites. La pauvreté est de plus en plus visible. Le chômage reste chronique alors que les médias nous annoncent constamment le niveau du taux de croissance qui avoisine les 10 %. Ces annonces, distillées à tout va, cachent l’incompétence de cet ex-fonctionnaire international dont les médias français ne tarissent pas d’éloges. Les étudiants se plaignent du manque scandaleux de moyens de travail alors que les chefs « Comzone », les ex-rebelles disposant toujours de leur arsenal de guerre, exhibent ostensiblement leur aisance financière.
La réconciliation peut attendre ! Les tensions ethniques savamment entretenues par le pouvoir minent la société. Le slogan « rattrapage ethnique » est florissant. C’est un scandale ! Voici ce qu’en disent certains Ivoiriens : « Pour réussir aux concours désormais, mieux vaut avoir un nom dioula car, quand on examine les résultats, ils trustent pratiquement tous les postes »4. Le pouvoir actuel veut déconstruire pour reconstruire à sa guise. Au lieu de dépasser les clivages ethniques pour construire un « vivre ensemble » plus harmonieux, Ouattara continue de construire les murs dans les têtes. Au lieu de rassembler ce que le concept de « l’ivoirité » de Bédié, son allié actuel, a dispersé, pour créer une nouvelle sociabilité, afin de donner à chacun ses chances, Ouattara persiste dans ce nouveau paradigme de gestion de soixante-trois ethnies. Au nez et à la barbe d’Amnesty international et de nombre d’ONG, la police arrête et emprisonne régulièrement des Ivoiriens qui leur paraissent suspects. Nous conviendrons avec Seydou Badian Kouyaté, médecin, écrivain et homme d’Etat malien, pour dire : « Nous sommes sûrs qu’un jour, un jeune Ivoirien se lèvera pour dire : non ! » Et ce sera la fin de l’humiliation que nous subissons depuis plusieurs décennies.

Georges TOUALY, Professeur d’économie et gestion (28 octobre 2015)
Publié par CERCLE VICTOR BIAKA BODA à 10/31/2015 09:08:00 AM




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