Ouattara-CPI : Les raisons secrètes de la guerre entre les complices d’hier

Vendredi 16 Janvier 2015 - 05:00


Ouattara-CPI : Les raisons secrètes de la guerre entre les complices d’hier
Si ce n’est pas encore le grand désamour entre les nouvelles autorités ivoiriennes et la Cour pénale internationale (Cpi), cela en prend inexorablement la voie depuis quelques jours avec notamment la passe d’armes qui se déroule sous nos yeux entre les deux petits copains d’hier. A l’origine, la demande quasi obsessionnelle de la cour de la Haye, adressée à Abidjan, de transférer dans les meilleurs délais, Mme Simone Gbagbo, poursuivie devant cette juridiction, pour « crimes contre l’humanité ». L’Etat de Cote d’Ivoire a beau s’égosiller à faire admettre à la CPI qu’elle a désormais les moyens de tenir un procès équitable pour l’ex-première dame ivoirienne, il  n’arrive toujours pas à se faire entendre, butant sur l’insistance presque maladive du bureau du procureur, visiblement décidée à s’offrir la tête de Mme Gbagbo. Exaspéré par tant d’acharnement, le régime ivoirien a alors fini,- si on en croit un confrère de la place-, par hausser quelque peu le ton. Et cela, sous la forme d’un document d’une trentaine de pages, déposé la semaine dernière, à l’appui de l’appel interjeté contre la décision de la chambre préliminaire 1 qui a débouté le 11 décembre 2014, la Cote d’Ivoire sur sa volonté de juger Mme Simone Gbagbo à Abidjan. En substance, Maitres Jean-Pierre Mignard et JeanPaul Benoit, les avocats de l’Etat de Cote d’Ivoire, demandent purement et simplement à la chambre d’appel d’annuler la décision de la chambre préliminaire et d’accepter l’exception d’irrecevabilité qu’ils ont formulée à cet effet. Pour eux, le cas Simone Gbagbo faisant l’objet d’enquête ou de poursuites « effectives » en Cote d’Ivoire, le principe de la complémentarité de la CPI ne peut prévaloir sur la procédure nationale, précisant à cet effet que le Statut de Rome accorde une prépondérance à la compétence interne. Les deux avocats français enfonceront le clou en accusant la chambre préliminaire, par le biais de la décision du 11 décembre 2014, d’avoir inversé les termes de la problématique, en cherchant à préserver la compétence de la Cour au détriment des enquêtes et poursuites effectivement et prioritairement conduites en Cote d’Ivoire. « Cette erreur d’interprétation et d’application des prescrits de l’article 17 du statut de Rome altère substantiellement le raisonnement de la Chambre, au point de vicier la décision frappée d’appel. (…) La chambre préliminaire contrarie l’esprit même du principe de complémentarité. Une telle méthodologie va, au surplus, à rebours des règles d’interprétation qui régissent l’examen de la capacité et de la volonté de l’Etat », notent sans rire, les défenseurs du pouvoir ivoirien. On verra certainement dans les prochains jours, ce qu’en pense la Cour pénale internationale. Mais pour l’heure, une chose est certaine, les complices d’hier, coalisés contre le régime Gbagbo, sont aujourd’hui divisés sur le cas Simone. Selon des sources bien introduites au sein de l’exécutif ivoirien, les raisons de la guerre entre Ouattara et la CPI vont au-delà des questions de droit et de procédure brandies ici par les uns et les autres. « La Cpi continue de réclamer Mme Simone Gbagbo pour aller au bout de sa logique qui est d’épuiser la liste des trois personnalités du camp Gbagbo,validée en 2011 par le régime Ouattara-, avant de s’attaquer aux partisans du n°1 ivoirien. La Cour espère ainsi montrer sa neutralité dans le dossier ivoirien et calmer quelque peu les critiques sur sa partialité flagrante affichée jusque-là. Or Ouattara n’a pas intérêt que ceux qui l’ont fait roi à Abidjan, soient transférés devant la CPI, vu les risques de soulèvement de la troupe sur laquelle ces personnalités ciblées par la juridiction de la Haye ont encore une forte influence. Surtout que la révolte observée il y a peu, dans les casernes, est encore de fraiche mémoire dans l’esprit du chef de l’Etat, qui à l’occasion, avait vu son pouvoir vaciller, manquant de peu de s’effondrer. En somme, dans cette affaire, pendant que la CPI cherche à redorer son blason terni aux yeux de l’opinion, le pouvoir d’Abidjan, lui joue carrément sa survie, d’où la farouche opposition à laquelle l’on assiste présentement », éclaire la source. Au total, un divorce qui fait l’affaire des pro-Gbagbo, assurés ainsi qu’aucun des leurs ne sera désormais transféré devant la juridiction internationale de la Haye. Tout comme les plus religieux d’entre eux, peuvent se réjouir de voir la confusion s’installer dans le camp des ennemis du président Laurent Gbagbo, à travers la bagarre de chiffonniers observée entre Ouattara et Bensouda sur le cas Simone Gbagbo. Est-ce le temps de la confusion annoncé par la prophétie de Malachie ? Les prochains jours nous situeront.

Muriel Amon

Source: Aujourd’hui / N°807
 




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