Opinion / Le ministre Alain Cocauthrey : Des alliances et coalitions politiques

Mercredi 14 Août 2013 - 00:35


                                                                                                                                                                           Opinion / Le ministre Alain Cocauthrey : Des alliances et coalitions politiques
INTRODUCTION

Dans le secteur privé, les entreprises ont parfois recours aux alliances ou partenariats pour conquérir de nouveaux marchés ou pour consolider leur position à travers des produits ou services complémentaires générateurs de profits. Pendant les périodes de guerre, les pays belligérants peuvent constituer des coalitions ou des alliances stratégiques, par affinité, pour accroître les performances de leur diplomatie ou de leurs forces armées, face à l’ennemi
commun. En démocratie, les partis politiques ont aussi souvent recours à la coalition ou à l’alliance pour avancer, mobiliser les électeurs et atteindre leur objectif principal qui est la conquête et l’exercice du pouvoir. Pourtant, les coalitions et les alliances aussi pertinentes les unes que les autres concluent par les responsables des partis politiques, souvent au sommet sans une information suffisante de la base militante, sont des sources de tensions internes à chaque parti. Ces tensions sont un frein à l’efficacité et à la bonne
marche de la coalition ou de l’alliance. On parle parfois d’alliance
contre nature. Certaines coalitions ou alliances réussissent, d’autres
pas ; à cause parfois des contradictions internes à gérer au cours de
la collaboration. Des conflits d’intérêt ou même des incompatibilités peuvent apparaître entre les partis coalisés ou alliés et mettent fin
parfois brutalement à l’entente, avec des dommages irréversibles.
En Côte d’Ivoire, notre jeune démocratie a enregistré, sur des
périodes différentes, déjà plusieurs alliances qui ont connu des
fortunes diverses ; notamment le front républicain (FR) et le RHDP.
En outre, plusieurs gouvernements issus d’un parti politique
détenant la majorité ont été ouverts volontairement à d’autres
partis politiques de l’opposition, avec plus ou moins de réussite.
En cette période post crise où la réconciliation nationale et la
cohésion sociale sont la préoccupation de tous, les alliances ou les
coalitions politiques stratégiques retiennent particulièrement notre
attention. Aussi, peut-on se demander légitimement comment
former et bien gérer une alliance ou une coalition, dans l’intérêt des
partis et des militants. Notre développement s’articule sur quatre (4)
points : (i) la définition d’une coalition ou alliance ; (ii) pourquoi
conclure des coalitions ou alliances et quels sont leurs modes de
fonctionnement ? (iii) les conditions de réussite ensemble et la
théorie des risques au sein des alliances ou coalitions ; (iv) quelques
exemples et cas pratiques de coalitions ou alliances et, les
enseignements pour la Côte d’Ivoire.

I- DEFINITION DE LA COALITION ET DE L’ALLIANCE

La Coalition se définit comme une union temporaire de puissances,
de partis politiques ou de personnes dans la poursuite d’un intérêt commun d’opposition ou de défense. L’alliance est quant à elle, une
union contractée ou conclue par engagement mutuel. Par exemple
l’union de deux puissances qui s’engagent par un traité (d’alliance) à
se porter mutuellement secours en cas de guerre.

On cite souvent deux alliances célèbres : l’ancienne alliance, qui est
le pacte entre les Hébreux et Yahvé, c’est le fondement de la religion
juive, et la nouvelle alliance qui est le pacte entre Dieu et tous ceux
qui reconnaissent le sacrifice du Christ, c’est le fondement du
Christianisme.

Les coalisés sont engagés dans une coalition et les alliés sont unis par
un traité d’alliance. On peut parler aussi, d’union, de pacte,
d’entente, de front, de bloc, de ligue, d’association, de
confédération, etc. Le Gouvernement de coalition est une forme de
gouvernement dans lequel on retrouve des ministres appartenant à
des partis politiques différents. A ne pas confondre avec le
gouvernement de salut public ou de salut national qui comprend des
ministres de toutes les formations politiques et de la société civile.
En démocratie, les partis politiques ont souvent recours à la coalition
ou à l’alliance soit pour accéder au pouvoir soit pour l’exercer,
ensemble.

II- POURQUOI FAIRE DES COALITIONS OU ALLIANCES DES PARTIS POLITIQUES, ET COMMENT FONCTIONNENTELLES?

2.1- Pourquoi faire des coalitions ou alliances politiques ?

Dans toutes les démocraties, et quel que soit le mode de scrutin, il
apparaît de plus en plus difficiles aux partis politiques de mobiliser
suffisamment de suffrages autour de leurs programmes, pour
recueillir la majorité et gouverner seuls. C’est pourquoi à l’issue des
élections présidentielles ou législatives selon le type de régime, les
partis politiques en tête ont recours à la coalition ou à l’alliance pour
constituer une majorité capable de gouverner. Dans certains cas
rares, la coalition ou l’alliance est conclue avant les élections en vue
de constituer une alternative crédible pour parvenir à l’alternance
politique. C’est le cas du RHDP en Côte d’Ivoire qui unit les 4 partis
politiques, le PDCI-RDA, le RDR, le MFA et l’UDPCI, se réclamant de la
philosophie et de la pensée politiques de Félix Houphouët-Boigny.

2.2- Comment fonctionnent-elles ?

Pour bien fonctionner les coalitions ou alliance doivent observer un
processus et remplir certaines conditions, notamment :

2.2.1- Les Partenariats stratégiques

Les partenariats stratégiques concernent des sujets précis et des
actions clairement identifiées. Par exemple l’opposition à un projet
de loi donné, à une décision ou à une réforme controversée.

Les partenariats stratégiques sont souples et limités dans le temps et
à l’objet du partenariat. Ils permettent, souvent, de jeter les bases
d’une coalition ou d’une alliance formelles.

2.2.2- Les bases d’une coalition ou alliance politique

a- Les pourparlers et négociations préliminaires

Les bases de la coalition ou l’alliance reposent sur les pourparlers
préliminaires, les négociations, la rédaction et la signature du
contrat. Les pourparlers préliminaires permettent de définir les
attentes et de délimiter les exigences et champs de compétence des
partis. En règle générale, c’est le parti arrivé en tête des suffrages qui
entame les pourparlers préliminaires avec tous les partenaires
possibles. Ainsi les exigences de chaque parti, les points d’accord et
les points de désaccord sont recueillis.

b- La définition du contenu et des points d’accords

Les négociations formelles se mènent à travers des groupes
thématiques qui discutent du contenu, se mettent d’accord sur les
solutions négociées rassemblées dans un programme, et qui en font
la rédaction. Ces différents groupes de travail sont eux-mêmes
toujours chapeautés par un grand groupe chargé de conduire les
négociations, au-dessus duquel se trouve la dernière instance des
présidents de parti.

c- La rédaction du contrat de coalition ou d’alliance

Enfin il est procédé à la rédaction du contrat de coalition ou
d’alliance qui est le résultat des négociations et des accords.
Le contrat règle et fixe les termes de la coopération à moyen et long
termes, définit le contenu de la coalition ou de l’alliance ainsi que les
conditions à remplir de part et d’autre et donne une vue d’ensemble
des projets, dans un programme commun de gouvernement.

d- La coordination du travail au sein d’une coalition ou alliance

Le travail au sein de la coalition ou alliance est coordonné au niveau
d’un comité, depuis celui des experts jusqu’aux présidents des partis.
Les conflits éventuels sont gérés à l’amiable, dans un esprit de
convivialité et de confiance réciproque, en vue de trouver des
solutions consensuelles.

e- La formation d’une équipe

Pendant la durée et l’exercice de la coalition ou de l’alliance, les
partenaires doivent travailler, d’égal à égal, dans un esprit d’équipe
et non de vassalité.

III- LES CONDITIONS DE REUSSITE ENSEMBLE ET LA THEORIE DES RISQUES AU SEIN DES ALLIANCES ET COALITIONS

3.1- LES CONDITIONS DE REUSSITE ENSEMBLE

Pour réussir, une coalition ou une alliance politique doit remplir les
conditions suivantes : (i) une bonne gestion des attentes des
électeurs, (ii) un bon projet commun, (iii) des solutions négociée
complètes, (iv) la répartition claire des portefeuilles et
responsabilités, (v) une définition claire des limites ou lignes de
démarcation à ne pas franchir.

3.1.1- La bonne gestion des attentes des électeurs

La gestion des attentes des électeurs doit constituer la préoccupation
première des responsables de partis coalisés ou alliés.

Ces attentes sont liées aux points clés du programme de campagne
qui a permis à chaque parti de recueillir les suffrages des électeurs.

Cependant, les partis coalisés ou alliés doivent pouvoir expliquer que
n’ayant pas obtenu la majorité absolue, ils ne peuvent prétendre
satisfaire à 100% les attentes de leurs électeurs. Pour éviter de
perdre toute crédibilité, et la confiance des électeurs il est nécessaire
d’engager une vigoureuse campagne de communication auprès
desdits électeurs si l’on est amené à renoncer notamment à certaines
des promesses de campagne qui peuvent s’avérer capitales. En tout
état de cause, les partis ont l’obligation morale de faire le bilan de
l’alliance ou la coalition et de rendre compte de la gestion des
attentes à leurs militants et électeurs.

3.1.2.- Des projets communs définis fruits du consensus

Les gouvernements coalisés qui ont eu du succès sont ceux qui ont
pu négocier et réaliser, comme en Allemagne, un projet en commun.
Pour cela, Il est nécessaire de bâtir un programme commun
reprenant les points clés et les priorités des programmes spécifiques
de chaque parti. Il ne s’agit pas pour un parti politique
d’accompagner un autre qui considère qu’il a gagné les élections et
qu’il peut à ce titre disposer de toutes les cartes en mains pour
gouverner et pour diriger sans partage. Non.

3.1.3.- Des solutions négociées complètes

Les négociations doivent se tenir dans des délais raisonnables et se
concentrer sur les sujets-clés et les priorités. Il ne faut pas se
contenter des solutions négociées à moitié ou partiellement, par
scrupule ou excès de confiance, à la hâte, en évitant les questions qui fâchent. Une alliance ou coalition dans laquelle des projets quels
qu’ils soient sont exécutés parfois avec arrogance par l’un des partis
au mépris de l’autre est un contrat de dupe. De même, toute décision
à caractère unilatéral, même pour cadeauter un allié, ne consolide
pas l’alliance ou la coalition. Une alliance mal négociée est celle qui
laisse apparaître à l’usage trop de conflits et de frustrations
entrainant parfois la contestation ou le rejet de l’alliance, liés à des
incompatibilités négligées, à l’absence de consensus sur les questions
clés ou à la protection insuffisante des intérêts des partis.

3.1.4.- La répartition claire des portefeuilles et responsabilités

Dans l’exécution du programme commun adopté, les portefeuilles et
responsabilités doivent être, au préalable, clairement définis et
correspondre aux compétences et projets clés des partis. Chaque
parti négocie en vue d’occuper les portefeuilles nécessaires pour
conduire les réformes proposées à ses propres électeurs. Ces
négociations sont menées dans le strict respect les uns des autres.
Dans une alliance, aucun parti ne peut se positionner au-dessus d’un
autre sous aucun prétexte. Chacun est indispensable dans l’alliance
ou la coalition.

3.1.5.- La définition claire des limites ou des lignes de
démarcation à ne pas franchir

Au cours des négociations, il y a des points du programme qui
constituent des limites, des points clés, des positions de principe, non
négociables de chaque parti. Il faut éviter de conclure une alliance ou coalition et d’en trahir l’esprit, une fois installé au pouvoir, par des
ruses ou des actes de défiances répétés. La tentation autoritaire dans
une alliance est inacceptable et à bannir. Les limites ou lignes de
démarcation doivent être définies et communiquées de façon claire,
comme des positions de principe. La durée de l’alliance doit être
définie et les possibilités de renégociation prévues. Le non respect
d’une de ces positions peut entraîner l’éclatement de la coalition ou
de l’alliance. Au demeurant, toute alliance ou coalition quelle qu’elle
soit est exposée à divers risques qui peuvent être analysés.

3.2- LA THEORIE DES RISQUES AU SEIN DES ALLIANCES ET COALITIONS

En comparant la coopération et la non-coopération au sein des
alliances, en entreprise comme en politique, deux (2) risques sont à
considérer, d’abord le risque de confiance, et ensuite le risque dans
le futur.

1- Le risque de confiance traduit l’incertitude concernant le
comportement du partenaire. Est-ce qu’on peut faire confiance à son
partenaire ou pas ; est-ce qu’il essayera d’utiliser l’alliance pour son
propre profit exclusif ou est-ce qu’il travaillera pour le bénéfice
commun ?

2- Le risque dans le futur considère tous les chemins qui mènent à
l’échec de l’alliance.

Ces deux risques doivent être soigneusement analysés avant de
prendre la décision d’entrer ou pas en alliance. Dans cette analyse, le risque du comportement opportuniste du partenaire est à prendre en
compte. Selon Das et Teng (1998), « ce comportement peut être
l’indice des ambitions secrètes que le partenaire voudrait réaliser à
travers l’alliance. Le comportement optimiste est une conséquence
de l’intention du partenaire d’utiliser les savoir-faire ou le poids de
son allié pour son profit ». Lors de la création d’une alliance, les
membres s’engagent dans une gestion conjointe et assument
ensemble les risques.

a- La théorie des jeux

La Théorie des jeux, utilisant des fonctions mathématiques dites
caractéristiques, a été développée pour aider une entité à décider
plus facilement de son comportement, en considérant le
comportement des autres dans une alliance.

b- Les variables de succès ou d’échec d’une alliance

La théorie des jeux explique aussi le comportement des membres au
sein de l’alliance. Pour illustrer cela, on peut se tourner vers le
schéma du « Dilemme du Prisonnier » dans lequel « A » et « B » sont
engagés dans un même jeu. Deux cas peuvent se présenter pour l’un
ou l’autre joueur : « A » coopère ou « A » ne coopère pas ; « B »
coopère ou « B » ne coopère pas. Le « Dilemme du Prisonnier »,
permet de schématiser et illustrer le comportement de « A » et « B »
comme suit :


D’après ce schéma, si les joueurs « A » et « B » coopèrent, ils seront
récompensés pour leur coopération mutuelle ; si par contre « A » ne
coopère pas et que « B » coopère, « A » gagne gros (tentation de
l’égoïste) et « B » va perdre gros (salaire de dupe) ; si les deux, « A »
et « B » ne coopèrent pas, les deux sont punis (punition de l’égoïste) ;
enfin si « A » coopère et que « B » ne coopère pas, « B » gagne gros
(tentation de l’égoïste) et « A » va perdre gros (salaire de dupe) . Si
l’on considère que « A » et « B » ne jouent qu’une seule fois, qu’ils ne
peuvent communiquer et qu’ils n’ont pas les moyens de s’assurer de
leur coopération, le choix des joueurs se fait dans l’incertitude. Ils ne
contrôlent donc pas les variables de la décision. Lorsque les partis
politiques entrent en alliance et que tout le monde coopère, le
résultat global sera satisfaisant. Toutefois, en pratique, les partis
politiques qui décident de créer une alliance ont du mal à adopter un comportement coopératif. Pour arriver à la situation d’équité totale,
où tous les partenaires bénéficient des mêmes avantages, il faudrait
pouvoir mesurer les résultats possibles avec des variables connues et
acceptées par tous les membres de l’alliance. Si seulement quelques
membres se montrent coopératifs, ceux-ci seront perdants, car les
membres non coopératifs vont profiter des efforts et atouts des
autres sans rien donner en retour. Dans la situation où personne ne
coopère l’alliance stratégique n’apporte rien. On se demande alors,
quel comportement, coopération ou cavalier seul, est le plus
probable d’amener une alliance stratégique au succès, sans que le
risque d’être trompé soit trop élevé. Dans une alliance, comme on
serait meilleur sans la crainte d’être dupé !

c- La stratégie « donnant, donnant »

Toujours dans la théorie des jeux, Robert Axelrod développe la
stratégie « donnant, donnant » qui apporte les meilleurs résultats.
Dans cette stratégie du « donnant, donnant » on commence par le
comportement coopératif et ensuite on imite toujours celui de
l’autre joueur dans le « Dilemme du Prisonnier ». Mais selon le risque
de confiance, les partenaires peuvent se trouver dans une situation
où personne ne souhaite faire le premier pas de coopération et le
résultat serait une alliance non productive ou même l’échec.
Le risque de confiance entre partenaires peut être minimisé, si
chacun montre son intérêt à la coopération, réagit aux demandes des autres, sans arrière pensée, et assure la transparence de son
organisation tout en pardonnant le comportement non coopératif.

d- Les horizons d’une alliance

L’analyse des alliances stratégiques pose la question de l’horizon de
l’alliance. Une alliance est-elle seulement une solution à court terme
ou une coopération plutôt à long terme ? L’alliance se termine de
« façon naturelle » lorsque les objectifs pour lesquels elle a été créée
ont été atteints. Elle peut connaître une fin « précoce », si elle se
termine avant que les objectifs initiaux aient été atteints. La survie de
l’alliance dépend de la logique de sa conception liée aux objectifs,
aux compatibilités, à l’architecture, à la cohérence des actions et à la
gestion des attentes.

i- La gestion des attentes des membres de l’alliance

L’alliance conçue et constituée selon la règle doit être gérée en
veillant à l’exécution par le comité de Coordination des tâches
cruciales consistant d’abord à évaluer la contribution de chaque
partenaire ; la contribution la plus critique de chaque partenaire est
l’aptitude à renverser l’équilibre concurrentiel en faveur de la
coalition ou l’alliance ; et ensuite à prévoir la durée de l’alliance ; il
convient de se fixer des étapes et de prévoir le moment éventuel
d’une renégociation.

ii- La compatibilité stratégique

Une incompatibilité entre les différents partenaires fait qu’au fil du
temps, il devient impossible de s’accorder sur la manière de gérer l’alliance et d’en partager les fruits. C’est entre partis politiques du
même champ, rivaux à la fois au sein de l’alliance et sur le terrain,
que les tensions sont les plus fortes. Il faut donc qu’il y ait
compatibilité stratégique entre les intérêts des partenaires.
iii- Une architecture propice à la coopération.

L’architecture de l’alliance comprend l’ensemble des paramètres sur
lesquels les responsables peuvent agir pour définir où et comment
elle doit fonctionner. Certains de ces paramètres sont déterminants
pour éviter les conflits et créer un climat favorable à la coopération.
Par exemple, l’interface de l’alliance qui se concrétise par des
échanges d’informations, l’organisation de réunions, la mise en place
d’équipes et de groupes de travail mixtes, le suivi de l’avancement
du programme commun ; la gestion des objectifs visés au départ et
ceux qui se révèlent en cours de route. Si l’un des partenaires ne
comprend pas les objectifs de ses alliés, leur collaboration sera
difficile, surtout lorsqu’ils sont en même temps rivaux ou
concurrents.

IV- EXEMPLES ET CAS PRATIQUES DE GESTION DE COALITION ET LES ENSEIGNEMENTS POUR LA CÔTE D’IVOIRE

4.1- EXEMPLES ET CAS PRATIQUES DE GESTION DE COALITION

Les deux (2) exemples qui suivent montrent des cas pratiques et les
expériences respectives de gestion de coalition en Grande Bretagne
et en Allemagne.

4.1.1- Le cas de la Grande Bretagne

a- La composition de la coalition

La coalition actuellement au pouvoir en Grade Bretagne unit le Parti
conservateur et les libéraux-démocrates. Avant les élections, chaque
parti politique a fait sa campagne avec un programme détaillé. Aucun
parti n’ayant obtenu la majorité absolue, la conclusion d’une
coalition s’est avérée nécessaire. Pour cela, quatre représentants de
chaque parti ont travaillé pendant quatre jours pour élaborer un
document définissant les principaux points d’accord. Ce document
constitue la référence pour la conduite de la coalition ; car tout projet
n’y figurant pas doit faire l’objet de nouvelles négociations avant sa
mise en oeuvre. Chaque parti a dû faire des concessions au cours des
négociations parce que l’intérêt du pays le commandait. Ces
négociations ont été des moments très difficiles pour les
responsables qui ont dû essuyer les mécontentements de leurs
électeurs.

b- Les problèmes rencontrés

La coalition formée à l'issue des élections de Mai 2010 entre le Parti
conservateur et le Parti libéral-démocrate bat de l'aile. Après avoir
avalé bien des couleuvres, Nick Clegg, le chef du parti centriste qui
compte 13 ministres, se rebelle. Il a annoncé récemment que ses
troupes ne soutiendraient pas le projet de redécoupage des
circonscriptions électorales prévu pour l'an prochain, en représailles
à l'abandon par le premier ministre de la réforme de la Chambre des lords, chère aux libéraux-démocrates. «Une partie de notre contrat a
été rompue, peste Nick Clegg. Clairement, la coalition ne peut pas
fonctionner quand l'une de ses composantes choisit les éléments
avec lesquels elle est d'accord ou pas.». David Cameron avait
abandonné la réforme de la Chambre des lords face à la rébellion
d'une centaine de députés conservateurs opposés au projet. Dans ces
conditions, l'alliance entre des conservateurs eurosceptiques et les
libéraux-démocrates euro-philes devient de plus en plus difficile. La
coalition est d'autant plus en danger que David Cameron doit gérer
non pas une mais deux coalitions: entre les deux partis au
gouvernement, mais aussi au sein de son propre parti où il doit
composer avec une frange eurosceptique très à droite, fort
mécontente de la direction centriste de la politique
gouvernementale.

4.1.2- Le cas de l’Allemagne

L’Allemagne est une fédération d’Etats qui applique la démocratie
parlementaire. Le mode de scrutin adopté est la proportionnelle, qui
garantit des sièges au Parlement à toutes les formations politiques
ayant obtenu au moins 5% des suffrages. Six (6) partis politiques
allemands sur huit (8) sont représentés au Bundestag. Il s’agit de :
(1)-CDU : Union Chrétienne Démocrate ; (2)-CSU : Union Chrétienne
Démocrate en Bavière ; (3)-SPD : Parti Socio-démocrate ; (4)-FPD :
Parti Démocratique Libéral ; (5)-Les Verts ; (6)-La Gauche : reste du
parti communiste de la RDA.

a- La composition de la coalition

Compte tenu du mode de scrutin et de la culture démocratique, il
apparaît difficile à un seul parti de gagner les élections pour
gouverner. Aussi, assiste-t-on à la formation de coalition après les
élections au Parlement. La dernière en date est la coalition entre
l’Union Chrétienne Démocrate (CDU) de Mme Angela Merkel,
l’Union Chrétienne Démocrate de la Bavière (CSU) et le Parti Libéral
Démocrate (FDP). La commission de coalition est composée du
chancelier, du vice-chancelier, des présidents de partis, des premiers
secrétaires parlementaires, des présidents de groupes
parlementaires, etc. Au sein de la coalition un travail technique est
organisé avec des réunions régulières avec les ministres. Lorsque des
points de désaccord surviennent, on a recours aux présidents de
groupes parlementaires. Ceux-ci sont tenus d’organiser un petit
déjeuner chaque fin de semaine, pour évaluer le travail réalisé et
discuter de divers autres sujets importants.

b- Les problèmes rencontrés

Dans la gestion de la coalition actuelle, il se pose des problèmes dans
la mise en oeuvre des principales réformes relatives à la construction
du pays et au défi démographique. Pour ce deuxième point, il est bon
de savoir que la structure de la population allemande se présente en
pyramide inversée, c'est-à-dire que la population est vieillissante. En
théorie, c’est la population active qui paie donc les frais de santé et
les allocations des retraités. Les standards devraient être de quatre (4) travailleurs pour un (1) retraité. Aujourd’hui, l’on se retrouve avec
deux (2) travailleurs pour un (1) retraité. Les chrétiens démocrates et
les libéraux sont opposés sur l’approche à adopter pour conduire les
réformes. Pour le Parti Libéral, toutes les réformes doivent être
issues d’une étude et d’une planification stratégique, tandis que pour
le CDU qui est un parti populaire la question de fond est de savoir si
ces réformes répondent aux aspirations de la population.

4.2- LES ENSEIGNEMENTS POUR LA CÔTE D’IVOIRE

Nous pouvons retenir les enseignements suivants pour la Côte
d’Ivoire, en quête de démocratie, de cohésion et de paix sociales :

a- Sur la conclusion d’une coalition ou alliance politique
Les parties en présence doivent veiller à ne pas laisser de zones
d’ombre au cours des négociations. Il ne s’agit pas d’entrer au
gouvernement simplement pour des postes. Les questions les plus
sensibles à régler dès le départ concernent la répartition des
priorités, des responsabilités et portefeuilles ainsi que la définition
des limites de principes ou lignes de démarcation, susceptibles
d’entraîner la rupture de la coalition ou de l’alliance.

b- Sur la gestion de la coalition ou de l’alliance
Pour qu’une coalition prospère, il est nécessaire de mettre en place,
de façon formelle : d’abord un programme commun de
gouvernement, avec des priorités, des points clés et des limites de
principe à ne pas franchir, une répartition claire des responsabilités
et portefeuilles ; et ensuite un comité de coordination de la coalition ou de l’alliance ayant une feuille de route avec des attributions
exhaustives et claires. Ce comité doit s’atteler à des consultations
périodiques et régulières sur les sujets importants du programme
commun de gouvernement. Chaque fois qu’une question importante
ne faisant pas partie du contrat de coalition apparaît, elle doit être
soumise aux experts et traitée par le comité de coordination. Des
négociations préalables sont alors nécessaires avant d’intégrer les
projets qui en découlent au programme commun. Il convient d’éviter
la théorie absurde de la culpabilité, selon laquelle ceux qui soulèvent
des questions pertinentes pour améliorer la gestion de l’alliance sont
des coupables. Les partis coalisés ou alliés ont le devoir, dans une
stratégie gagnant-gagnant, de faire régner la convivialité en leur sein,
former une véritable équipe, coopérer et communiquer entre
partenaires.

c- Sur la gestion des attentes des militants et des électeurs
Dès la signature du contrat de coalition ou d’alliance, les partis
coalisés ont le devoir d’informer leurs membres des opportunités
qu’ils ont à travers ledit contrat de conduire leur programme et de
concrétiser les promesses faites aux électeurs. Ils doivent avoir
l’honnêteté et le courage d’expliquer les enjeux et les limites de la
coalition ou de l’alliance. N’étant pas seuls à gouverner, ils ne
peuvent promettre la réalisation entière de leur programme ni
l’occupation de la quasi-totalité des postes de responsabilités. Cette
précaution est aussi valable dans le cadre de la démocratie apaisée, du partage du pouvoir et des postes avec d’autres partis politiques,
même si l’on dispose tout seul de la majorité confortable pour
gouverner. Une différence est à faire entre les électeurs et les
militants. Tandis que les premiers s’attendent à la réalisation des
promesses de campagne, les seconds veulent être étroitement
associés à la gestion du pouvoir. Dans tous les cas, les partis coalisés
ou alliés ayant une obligation de résultat vis-à-vis de leurs électeurs
et militants sont tenus d’expliquer les décisions prises et les projets
réalisés dans le cadre de la coalition ou de l’alliance. Les dérives
autoritaires ou abus doivent être dénoncés et corrigés, dans l’intérêt
de tous.

d- Sur les limites de la coalition ou de l’alliance

Les idées d’accord de coalition, voire le principe même d’une
coalition, sont l’objet de critiques récurrentes. Un contrat de
coalition permet aux partis concernés de s’assurer mutuellement
d’une certaine communauté de vues, afin d’éviter le plus possible des
conflits pendant leur collaboration ; et la réunion d’un comité de
coordination est justifiée par le fait qu’elle favorise la recherche d’un
accord. Les partenaires d’une coalition prendraient des risques s’ils se
présentaient à une importante séance parlementaire sans s’être
préalablement accordés. Or, l’existence d’un « accord » a été
critiquée aussi, en ce qu’elle peut laisser penser à une forme
d’aliénation ou de pensée unique pouvant rappeler le parti unique ;
un tel accord ne relève cependant pas du droit positif, et rien ne peut contraindre à son application ou sanctionner sa violation. Un accord
de coalition est essentiellement une déclaration de principe : les
partis de la coalition chercheront à obtenir de leurs parlementaires
qu’ils soutiennent le gouvernement, mais ils ne peuvent le garantir
dans la mesure où il n’existe pas de mandatement impératif. Par
ailleurs, l’accord entre les partis peut évoluer en fonction de la
situation politique, même si les parties sont désormais liées au
contrat conclu et qu'à ce titre elles ne sauraient déroger aux
obligations issues de cet accord.

CONCLUSION

En définitive, une coalition ou une alliance politique est un accord
entre des partis politiques en vue de la mise en oeuvre d'un
programme de gouvernement ou de la formation d'un
gouvernement. Des coalitions sont constituées lorsqu’aucun parti ne
détient pas la majorité lui permettant de gouverner seul. C'est
souvent le cas lorsqu'il y a un grand nombre de partis ou lorsque le
mode de scrutin ne permet pas de dégager une majorité solide.
Les coalitions ou alliances politiques se concluent généralement
après les élections, mais aussi parfois avant celles-ci pour des raisons
évidentes. Un gouvernement d’union ou de coalition peut se former,
avec plusieurs ministres issus de l’opposition, même lorsqu’un parti
dispose de la majorité confortable, dans le cadre notamment de
l’ouverture ou de la démocratie apaisée expérimentée en Côte d’Ivoire. La théorie des risques au sein des alliances montre que les
membres d’une alliance sont confrontés à deux risques majeurs :
d’abord le risque de confiance qui traduit l’incertitude concernant le
comportement du partenaire ; et ensuite le risque dans le futur qui
considère tous les chemins qui mènent à l’échec de l’alliance.
Le risque de confiance entre partenaires peut être minimisé, si
chacun montre son intérêt à la coopération, réagit aux demandes des
autres et assure la transparence, dans une stratégie « gagnant,
gagnant ». L’intérêt national prévalant, l’alliance contre nature
n’existe pas. On voit que si la coalition ou l’alliance, fondée sur
l’opportunisme, est nécessaire pour gouverner, elle requiert l’une ou
l’autre, des précautions, une architecture propice à la coopération,
des balises et des conditions nécessaires pour sa survie et sa réussite.
Les partis alliés ont obligation de résultat et doivent rendre compte.
Les difficultés à vaincre sont nombreuses, parfois imprévisibles et
peuvent surgir entre les partis alliés, comme au sein d’un parti allié
ou coalisé. En particulier, la naïveté et la mauvaise foi coalisées sont
une source de mésentente. De même, l’alliance ne doit pas être, un
contrat léonin, ou une combinaison déséquilibrée, ayant l’allure de
l’alliance du cheval et du cavalier ou l’un des alliés est dominateur et
l’autre condamné à la vassalité, à la servitude ou au second rôle.
L’alliance est un contrat d’égal à égal. Chacun doit y gagner ; la survie
de l’alliance et de chaque parti politique membre en dépend.

par A. COCAUTHREY, Ancien Ministre de l’Industrie, Ingénieur
pétrolier, Inspecteur indépendant, Expert judiciaire agréé
(05 08 2013)

 




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