Nouvelle constitution et troisième République: Histoire d’une fausse couche ( Par Henri Niava).

Vendredi 27 Janvier 2017 - 10:48


 

Une tribune de Henri Niava, président de l’USD
 

Depuis quelques jours, le Gouvernement promis à la Nation pour parachever l’instauration de la Troisième République d’Alassane Ouattara est connu.

Ce Gouvernement est marqué lui aussi par le rattrapage, qui érigé en dogme de gouvernance au Pays de l’éléphant, semble bien au rendez-vous. Cette réalité confirme que le chef de l’Etat et son Gouvernement ne sont pas encore prêt pour la réconciliation.

LA COURSE FOLLE VERS UNE INTROUVABLE TROISIEME REPUBLIQUE  

Dès son accession au Pouvoir, Alassane Ouattara a mis en place, une à une, les pièces de son puzzle.

Après avoir fait voter le 23 août 2013 la loi sur l’apatridie et celle pourtant acquisition de la nationalité par déclaration, ADO a mis en place en septembre 2014, sa Commission Electorale Indépendante, CEI, déséquilibrée et totalement sous influence.

Au mois de septembre 2015, le Conseil Constitutionnel, gardien des Institutions, se fend d’une énième forfaiture juridique avec son nouveau concept d’éligibilité dérivée qui bien entendu, a glorieusement ouvert à Alassane Ouattara les voies de la candidature à l’élection présidentielle 2015.

Le Peuple, qui mesure bien combien il est méprisé par ADO, le lui a bien rendu en ne se déplaçant pas aux urnes. La polémique née à la CEI sur le taux de participation, cachait mal le rejet sans appel de cette candidature imposée. Ce ne sont donc pas les ivoiriens qui ont élu Alassane Ouattara le 25 octobre 2015.

A l’entame de son deuxième mandat, Alassane Ouattara s’empresse d’annoncer sa nouvelle Constitution et à la hussarde comme d’habitude, fait voter une loi d’habilitation sur le référendum en muselant les parlementaires. Voilà la voie désormais dégagée.
 

Pour contrarier  le passage en force d’ADO, les ivoiriens en parfaite symbiose avec l’Opposition, ont refusé cette Constitution antidémocratique, écrite déjà depuis bien longtemps contre les intérêts de la Côte d’Ivoire et qu’on a remis à un comité d’experts, dans une vaine tentative de légitimation. C’est là où la sanction a été la plus rude pour le Chef de l’Etat.

Encore plus mobilisés que jamais, les ivoiriens galvanisé par une Opposition combattante et enfin rassemblée  se sont abstenu à 90 % … et la montagne accoucha d’une souri car, ni les 42,42 % de taux de participation, ni les 93,42 % de OUI proclamés par le Pouvoir ne pourront rien changer à la réalité.

Les résultats des élections législatives organisées dans la foulée, ne plaident pas mieux pour cette Constitution.

Au soir du scrutin, la participation réelle, cette fois-ci de 17 %, a été encore une fois manipulée pour être portée à 34,2 %. Ce taux catastrophique nous rappelle à tous, le rejet implacable exprimé par le Peuple lors du référendum constitutionnel d’octobre.

La dictature stalinienne à l’œuvre au bord de la Lagune Ebrié s’est illustrée également dans les menaces et intimidations exercées sur les candidats, mais aussi à travers la caporalisation du Conseil Constitutionnel et de la CEI.  Pourquoi alors serions-nous surpris que ces élections législatives aient abouti à une Assemblée Nationale façonnée pour assurer l’hégémonie du RDR et qui consacre la liquidation du PDCI ?

Malgré tout au soir de ces joutes, il faut noter que les oligarques du RHDP ont été désavoués, eu égard à la forte proportion  de candidats indépendants élus. La révolte des candidats contre l’arbitraire s’est par ailleurs traduite par les défaites de figures emblématiques du RHDP. Ces déroutes électorales indiquent bien que les dirigeants du RHDP ont désormais perdu toute légitimité aux yeux de leurs militants.

Dans la série des ‘’braquages’’ électoraux, nous citerons aussi le hold-up honteux opéré sur la victoire de Dr. Fatoumata Traoré à Botro, pourtant militante irréprochable de RDR sacrifiée par la machine ADO.

Achevant notre analyse sur les élections législatives, nous regretterions de passer sous silence la brillante victoire, pleine symbole de Yasmina Ouégnin, réélue à Cocody contre la volonté du PDCI. Voulue par une grande majorité d’Ivoiriens, cette victoire sans bavure sert à l’étoile montante de la politique ivoirienne les dividendes de son courage et de son honnêteté politiques.

POURQUOI LE PEUPLE DE COTE D’IVOIRE A REJETE LA CONSTITUTION DU 30 OCTOBRE 2016

Les raisons de forme

Nous nous souvenons que le chef de l’Etat a pris de façon unilatérale, la décision de doter la Côte d’Ivoire d’une nouvelle Constitution, malgré l’avis de l’Opposition politique et de certains conseils très avisés.
 

Or, il reste constant que l’élaboration d’une nouvelle Constitution est la prérogative exclusive du Peuple qui l’exerce sur la foi du Pouvoir Constituant Originaire qui est un des attributs de sa souveraineté. C’est pourquoi, aucune section du Peuple, autorité ou individu, ne peut s’en attribuer l’exercice.
 

C’est donc sans grande surprise que le Peuple de Côte d’Ivoire, a préféré se soustraire à la mascarade, le 30 octobre 2016, en répondant sans calcul au mot d’ordre de boycott du scrutin lancé par l’Opposition.
 

Le taux de participation réel de 10 % enregistré à ce scrutin jette à la face du monde, un témoignage éclatant supplémentaire de l’échec d’Alassane Ouattara à engager des réformes structurantes pour remettre notre Pays dans le sens de la marche. Celui qui n’a pas de solution peut-il être La Solution ?
 

Les raisons de fond
 

La création du poste de Vice-président, au-delà de son caractère inutile et budgétivore, est un gadget trompe l’œil, inventé à dessein pour distraire le PDCI. C’est seulement pour éviter une surprise désagréable qu’Il a préféré se faire réélire, avant de régler par mesures transitoires interposées, la désignation de son vice-Président.

Fruit d’une telle manipulation, l’actuel vice-président n’est donc pas un dauphin constitutionnel, mais plutôt le successeur  monarchique.
 

Comme l’USD l’a précédemment indiqué, le projet d’ADO est de déloger nos parents Wê et Yacouba, pour les déposséder de leurs riches terres au profit des multinationales. Des individus comme Amadé Ouérémi, agents de ces prédateurs sans foi ni loi, sont protégé par le Pouvoir d’Abidjan. Au cours de la guerre, il  a été aperçu de nombreuses fois en compagnie de légionnaires français. Alors que l’on prétend l’avoir arrêté, le processus de colonisation de l’ouest ivoirien se poursuit avec des agents plus discrets  tels que: Issiaka Tiendrebeogo à Guiglo, Sana Salifou à Blolequin, Isa Ouedraogo à Touleupleu, Kounda Lassane à Zagné, Oulaî Tako, Gninzi Bawé et Alexis Tari à Taï et Tinté Médard à Grabo.
 

Ainsi, tout en établissant que la terre appartient aux seuls ivoiriens, les articles 11 et 12 de sa Constitution disposent par ailleurs que les droits acquis sont garantis. Or, c’est ADO qui distribue la nationalité et garantit les titres de propriété. Etait-ce alors utile de faire une nouvelle Constitution pour seulement ça ?
 

C’est cette Constitution assassine et parjure que le Peuple de Côte d’Ivoire a refusé de voter.
 

Le meilleur coup  porté la Constitution d’ADO, est sans conteste la décision de la Cour Africaine des droits de l’Homme et des Peuples qui, par son arrêt historique du 18 novembre 2016, a déclaré illégale, déséquilibrée, partiale et non conforme aux normes démocratiques, la CEI. Cette décision enlève toute légitimité et toute légalité aux consultations électorales organisées par cette CEI. Par cet arrêt, la haute institution panafricaine a délivré au géniteur de la 3eme République un certificat médical de ’’fausse-couche ‘’pour cette Constitution jamais acceptée par les Ivoiriens.

C’est pourquoi, selon une expression très chère aux éburnéens, cette Constitution n’ira nulle part !
 

ALORS QUE LE CLAN  OUATTARA  S’ACCAPARE DE TOUT, LA MISERE SE REPEND  INEXORABLEMENT

On s’expliquera difficilement que 7 ans après la fin de la guerre et avec un taux de croissance exemplaire de 8,5 % du PIB,  la grande pauvreté atteigne 46 %, soit  près de la moitié de la population en 2015.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, de nombreux ménages faute de mieux, se contentent d’un seul repas par jour. La majorité des cadres ivoiriens  vivent endettés. C’est le signe que les classes moyennes sont en voie de disparition. Selon  des statistiques récentes, pour les fêtes de fin d’année 2016, le chiffre d’affaires des supermarchés et autres grandes surfaces enregistre une baisse allant  de 25 à 35 %, tout un symbole !

La dégradation de la situation sociale est le fruit d’un profond délitement de notre économie et de l’environnement des affaires.

Aujourd’hui, les caisses de l’Etat sont vides et de nombreux grands travaux sont à l’arrêt pour des raisons budgétaires.

Voici pourquoi le Gouvernement recours à un endettement débridé qui aggrave le déséquilibre des comptes publics et hypothèque les lendemains des générations à venir. Officiellement, la dette extérieure du Pays se situe à 37,7% du PIB. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la balance commerciale du Pays a affiché pour la première fois depuis 1980,  un déficit de 220,4 millions de dollars en 2015 (source  Ecofin).

La dernière prouesse de ce Gouvernement acculé et à bout de souffle, est d’avoir sans sourciller prélevé au Trésor Public des centaines de milliards de francs, pour satisfaire les revendications des soldats mutinés depuis le 6 janvier. Vu qu’il s’agit là d’une dette privée contractée par Ado avant son accession au Pouvoir,

toute la Côte d’Ivoire attend la sanction de la Banque Mondiale quant à ce grave détournement de fonds.

Si rien ne change, notre Pays ne pourra échapper à brève échéance, à une très sévère crise économique.   Le mieux qui nous arriverait est que, Bretton Woods nous impose un autre plan d’ajustement Structurel.
 

VERS UN PROCES DES BIENS MAL ACQUIS EN COTE D’IVOIRE
 

L’USD voudrait par ailleurs profiter de cette tribune pour dénoncer la patrimonialisation éhontée de l’économie et des ressources du Pays par le Chef de l’Etat et son clan.

Dans un pays qui cherche à se redresser, il est inadmissible que la passation des marchés publics soit dominée par le gré à gré. Rien qu'au premier trimestre de l’année 2015, 81,1% des marchés publics, représentant un montant de 107 milliards FCFA ont été octroyés de gré à gré. Incroyable !

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, chaque Ministère crée son agence de voyage ou de location de voitures, son imprimerie, sa sociétés de gardiennage ou de BTP, à qui sont concédés tous les marchés. Voilà comment est détourné l’argent des contribuables. Découvrez dans toute sa splendeur, la République exemplaire d’ADO qui candidate aux cercles respectables de la modernité et  de l’émergence!
 

Que dire de la très célèbre société Web-Fontaine, appartenant à la fille et au gendre d’ADO, qui par effraction, s’arroge le très juteux contrôle et la certification des marchandises qui transitent par le Port d’Abidjan. Vu son caractère hautement stratégique cette activité relève strictement du domaine régalien de l’Etat de Côte d’Ivoire et ne peut en aucun cas être concédé à un prestataire privé.

L’impunité règne insolemment. L’on pourra pour s’en convaincre revisiter les épisodes comiques des 170 millions de francs de l’Office National d’Identification, ONI, qui ont disparu au domicile du Directeur, mais également des 40 milliards de francs de la réhabilitation de l’Université d’Abidjan impunément évaporés, ou encore et dans un tout autre registre, la saga cruelle et tragique  vécue par la famille Bounty.

Pour achever le collier des perles rares et dont se pare la gouvernance d’Alassane Ouattara, nous citerons  l’attribution des fréquences télévisuelle qui ont abouti entre les mains des membres de la famille d’ADO. Ainsi, au lieu d’une libéralisation de l’espace audiovisuel, on assiste plutôt à une sévère patrimonialisation.

A ce rythme-là gageons que la Côte d’Ivoire elle-aussi aura droit  à son procès des biens mal acquis !

Le programme ‘’ main-basse sur la Côte d’Ivoire’’ est entré dans une phase active dès la tragique disparition du fondateur du RDR, feu Djéni Kobina. Ce projet cynique s’est rappelé à nous lors des coups d’Etat du 24 décembre 1993 et du 19 septembre 2002. Surgissant à nouveau, à l’occasion de la crise postélectorale de 2010, il a finalement connu son aboutissement au référendum d’octobre 2016.

Ce plan d’Alassane Ouattara est un défi au Peuple de Côte d’Ivoire et nous le prenons comme tel !
 

Le Peuple, mis à l’épreuve par ADO à l’occasion de l’élection présidentielle de 2015, du référendum de 2016 et des élections législatives dernières, lui a dit par trois fois non, en guise de première réponse !
 

Or, le contexte sociopolitique ambiant nous indique que le temps est venu de lui donner notre deuxième et dernière réponse.
 

- Aujourd’hui, le rêve du parti unifié RHDP s’est évanoui, laissant le PDCI, l’allié historique laminé.

- Le pacte avec les Forces Nouvelles et Soro Guillaume a été enterré sur l’hôtel des écoutes téléphoniques et les soldats en mutinerie ces derniers jours, donnent l’impression de vouloir en finir au plus vite.

- L’administration est bloquée par une grève des fonctionnaires, écœurés  du mépris dont ils sont l’objet.

- L’économie du Pays est exsangue et Peuple ivoirien est fatigué de la faim, de la misère  et de l’insécurité.
 

C’est donc clair, aujourd’hui Alassane Ouattara est tout seul, pris au piège de son aveuglement. Ainsi, ni lui, ni son Gouvernement de rattrapage n’ont de solution pour la Côte d’Ivoire!
 

APPEL AUX PEUPLE DE COTE D’IVOIRE ET A TOUTES LES FORCES DE PROGRES,

Nous, membres de l’Opposition, regroupés en Coalition du Non et front du Refus, avons démontré par notre victorieuse campagne contre la Constitution d’Alassane Ouattara, qu’unis nous pouvons faire beaucoup !

C’est pourquoi, en nous inspirant de l’Esprit qui a animé et animera toujours ce  grand patriote qu’est Laurent Gbagbo aujourd’hui retenu loin des siens, nous invitons toutes les forces politiques et sociales ainsi que chaque ivoirien, à un renouvellement de notre engagement pour notre Pays.

Chaque jour que passent nos leaders et amis de combats dans les geôles du Pouvoir, est un jour de trop. Chaque jour que vit un exilé ivoirien hors de son Pays et loin de sa famille est un jour de trop !

Alors, faisons de l’année 2017, l’année de leur libération et de leur retour triomphal au Pays.

C’est pourquoi, à la suite de tous ceux qui avant nous ont émis ce vœu puissant, l’USD lance ce nouveau crie de ralliement : Patriotes ivoiriens unissons-nous !

A cet effet, l’Union des Sociaux-Démocrates, USD, appelle tous les acteurs sociaux et politiques à se rassembler en Côte d’Ivoire et au sein de toutes nos diasporas par-delà le monde, pour organiser un large front de lutte démocratique et patriotique, pour la libération de notre Pays.

Au vu des leçons à tirer de certaines brimades récentes, nous étendons notre appel à tous les anciens membres du défunt parti unifié RHDP, afin qu’ils renforcent la lutte en rejoignant les discussions prévues en vue de ce grand rassemblement patriotique annoncé.

Enfin, l’USD saisit l’occasion de cet appel, pour adresser aux Ivoiriens, ses vœux de santé, de paix familiale et sociale, mais aussi de succès professionnels.

Ces vœux de l’USD s’adressent tout particulièrement aux proches des militants et soldats tombés lors des crises successives depuis décembre 1993. Ils s’adressent également aux épouses, fils et parents des détenus, mais aussi à tous nos compagnons de route, contraints à l’exil.

Bonne année à tous et que 2017 soit l’année de la libération définitive de notre Pays, pour que de l’occupation et de la persécution, la Côte d’Ivoire et les ivoiriens soient enfin affranchis.

                                                 
 

                                                         Fait à Abidjan, le 25 janvier 2017


 

                                            HENRI NIAVA
Président de l’Union des Sociaux-Démocrates, USD





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