«Non Mandela n'est pas mon héros» - Leçon de Géostratégie Africaine n° 69. Par Jean Paul Pougala

Mercredi 18 Décembre 2013 - 07:22


Mandela a été inhumé avant hier 15/12/2013 selon le rite de la spiritualité africaine non-déiste : un bœuf a été sacrifié pour l'accompagner dans le monde des ancêtres, ce qui est très bien, dans une Afrique où les intellectuels se bousculent pour se faire enterrer selon les rites chrétiens ou musulmans des oppresseurs. Contrairement à la culture islamo-judéo-chrétienne de la hiérarchisation de la société jusqu'aux défunts, le partage, l’égalité entre les êtres humains et le culte/la place accordée à nos morts constituent la base de la société traditionnelle africaine. Alors que certains occidentaux auraient voulu faire un pèlerinage sur la tombe de Mandela, la culture africaine ne le leur a pas permis. Cela n’a pas été possible parce que dans cette culture, chaque mort est égal à un autre et chacun a son propre ancêtre, qui est son parent, son familier immédiat. Mandela devient l'ancêtre de ses enfants, de ses petits enfants, de ses cousins, de ses neveux etc. Mais pas l'ancêtre suprême des Sud-Africains. Chaque personne ayant son propre ancêtre, de même que Steve Biko est l'ancêtre de ses propres familiers à est à égalité avec Mandela. Et c'est cette conception du monde du partage comme base de la cohésion sociétale qui est à l'origine de la lutte qu'a mené Mandela pendant 27 ans derrière les barreaux. Ceux qui ont traité Mandela de communiste n'ont tout simplement pas compris que la tradition africaine n'a pas eu besoin de lire Karl Marx, pour comprendre que l'injustice sociale est le pire ennemi de toute société, loin de tout éventuel ennemi extérieur. Et c'est pour avoir trahi ce principe africain de la lutte pour le partage des ressources sud-africaines que Mandela a failli à sa mission. Tout s'est passé comme s'il était entré en prison parce que son peuple brûlait d'envie d'avoir un Européen comme ami, ou comme voisin. Non, ces Européens se sont illustrés en voleurs, en truands, en braqueurs des richesses de l'Afrique du Sud. Sorti de prison, Mandela a donné l'impression qu'il suffisait de dire au braqueur de nous laisser dormir en paix dans les toilettes et non plus de nous restituer un minimum de nos propres richesses.  
Il n'est pas très important de savoir si Nelson Mandela est un héro pour Pougala ou non. Il est plus intéressant de se demander s'il était un héro pour son propre peuple. Comment son peuple a-t-il vécu ces écarts de comportement entre sa misère quotidienne et l'image que les populations d'origine européenne projetaient de lui?
Pour le comprendre, retour au jour de la cérémonie officielle dans le stade de Soweto. Ce stade qui était désespérément vide. Lorsqu'en plus on enlève les 90 chefs d'Etat et leur délégation, certains sont même venus avec 2 avions comme le chef d'Etat français. Lorsqu'on y ajoute les nombreux journalistes qui faisaient 8 heures de queue pour avoir l'accréditation, on constate l'ampleur du désintérêt de la population noire sud-africaine pour cet homme. Mais ce qui m'a le plus marqué, n'est pas ce qui se passait au stade principal. C'est plutôt ce qui se passait à l'autre stade Orlando, et pire, ce qui ne se passait pas. Dans ce stade, on avait érigé des écrans géants pour accueillir les nombreux Sud-Africains qui ne trouveraient pas la place au stade principale et ce stade est resté tout aussi vide, avec le gène de tous ces journalistes occidentaux à qui la rédaction donnait l'antenne pour raconter l'ambiance du stade et étaient tous obligés d'inventer des romans de leur propre imagination, car il n'y avait pas d'acteur pour leur film, la population avait tout simplement déserté. On peut donc dire que Mandela est plus un héros pour les Blancs et non pour les Noirs, mais pourquoi ?  Lire la suite...




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