Nicoletta Fagiolo sur Réveil FM International :« La CPI a intérêt à libérer Gbagbo »

Dans l'interview accordée à la chaîne Reveil FM International, Nicoletta Fagiolo, journaliste d'origine italienne, grand reporter, réalisatrice des documentaires "Le droit à la différence sur Laurent Gbagbo", et par ailleurs écrivain , critique la CPI qui, dit-elle, a intérêt à libérer le Président Gbagbo. Sa foi est que l'ancien président recouvrira sa liberté. L'auteur du livre "Le président Gbagbo à la CPI, justice ou imposture" répond au journaliste de Réveil FM à qui il souhaite une union des résistances avec ceux de la Côte d'Ivoire.

Mercredi 25 Mars 2015 - 09:54


Nicoletta Fagiolo
Nicoletta Fagiolo
Quels commentaires faites-vous sur le procès de Laurent Gbagbo à la CPI ?

Pour ce qui concerne le droit de la défense, il est temps qu’on comprenne qu’il ya ce qu’on appelle en anglais « the ear said, evident say », c'est-à-dire, « lui il m’a dit qu’il a vu ». Ce qui veut dire qu’ici, il n’y a pas de témoignage direct. Et en tant que tel, c’est un argument qu’on peut utiliser à la CPI et nulle part ailleurs.

Il y a aussi beaucoup de coupures  de journaux comme on en a vu dans le cas de Jean Pierre Bemba, reste maintenant à savoir de quelle obédience sont ces journaux…

Oui, en plus, ils  n’ont pas fait une vraie enquête. Laurent Gbagbo disait pendant le procès qu’il n’y a pas eu une expertise balistique, toutes les accusations sont basées sur des articles de journaux. Dans sa tentative de confondre Laurent Gbagbo, la procureure a même présenté une vidéo des massacres qui, selon elle, auraient été commis par Gbagbo en mars 2011 à Abobo. Mais malheureusement pour elle, on a découvert que cette vidéo a été tournée au Kenya. C’est une grave erreur qui met en doute ce procès. Moi, j’ai lu le document des charges qui est bourré d’erreurs. On peut parler d’autres choses mais les faits, on ne peut pas les déformer. On cite toujours les rapports des experts des Nations Unies pour inculper Gbagbo. Et dans certains de ces rapports on accuse les pro-Gbagbo d’être des djahdistes. Et puis, il y a un autre rapport qui vient de sortir dans lequel, on ne parle plus de djiahdistes et on ne sait trop pourquoi. C’est à croire que c’est du n’importe quoi.

A la CPI, il y a des séances à huisclos qui se succèdent, on peut se demander qu’est-ce qui se dit dans ces rencontres …

Je pense qu’il y a des questions sensibles à défendre comme le témoignage des victimes et les victimes elles-mêmes. Mais en tant que journaliste, on ne peut pas avoir une vraie vision de ce qui se dit. Mais cela nous intrigue aussi sur les agissements de cette cour pénale internationale qui fait autre chose que la justice.

Est-ce qu’il y a espoir que Laurent Gbagbo se retrouve un jour dehors, en liberté ?

Je pense que c’est dans l’intérêt de la CPI de libérer Gbagbo et de poursuivre celui qui a réellement commis l’agression en 2002 et qui a entraîné la guerre en Côte d’Ivoire avec toute la problématique qui entoure cette crise. En juin 2013, ils ont quand même dit qu’il n’y avait aucune preuve pour aller au procès, 2 juges sur 3 ont soutenu qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments. Mais curieusement, on a décidé que  la procureure doit avoir encore une année pour réécrire tout un cahier de charges. Légalement parlant, ça aussi, c’est bizarre. Je pense que c’est dans l’intérêt de la CPI qu’il faille réformer certaines choses. Rendre la CPI un peu plus libre des décisions du conseil de sécurité de l’ONU, la libérer du financement européen et revoir comment le procureur de la CPI doit constituer ses documents de charges contre un accusé. Parce que si on laisse la latitude à un seul individu, il peut être corrompu et partial. Par contre, si le travail est fait par un groupe de procureurs, le travail peut être, à mon avis fiable. Sans être une experte,  j’ai pu constater qu’il ya une  quarantaine d’erreurs dans le document des faits. Ce qui m’amène à me demander comment l’enquête de la procureure a été faite. N’est-ce- pas aussi dans l’intérêt de la cour de faire un bon travail ?

Est-ce que la CPI n’est –elle pas utilisée comme épée de Damoclès sur la tête des dirigeants africains ?

Dans un autre sens on peut dire que c’est positif pour éviter aux dirigeants africains d’aller à l’excès dans la gestion de leur pays respectif. Mais ce que la CPI fait dans le cas de la Côte d’Ivoire nous exaspère. Au plan local, il ya 82 prosGbagbo qui sont jugés et condamnés et dans l’autre camp, il n’y a personne qui est poursuivi. Au niveau  international, on fait la même chose. Ils sont en train d’exaspérer les critiques au niveau national. La partialité juridique a même été dénoncée par plusieurs ONG internationales comme Human Right Watch. En définitive, cette cour peut être considérée comme un pouvoir juridique pour renforcer les stratégies géopolitiques. Voilà, la CPI c’est tout sauf la justice.

Un dernier mot ?

Je pense que la résistance congolaise et la résistance ivoirienne devraient travailler ensemble pour être plus forte parce que le combat c’est le même. Ce sont les ressources naturelles, c’est le partage de ses ressources et la mainmise sur ces ressources. Je voudrais conseiller aux gens qui s’intéressent au cas Gbagbo de se procurer le livre  intitulé ‘’ Le président  Laurent Gbagbo à la CPI, justice ou imposture’’. Chacun à son opinion mais les faits sont les faits et on ne peut pas réécrire l’histoire.
Interview retranscrite par PIERRE KALOU Source : Réveil FM (Youtube)


Source: Aujourd’hui / N°854
 




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