Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi: Les mystères d’une liaison dangereuse.

Vendredi 11 Mai 2012 - 10:38


 Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi: Les mystères d’une liaison dangereuse.
Jusqu’aux derniers jours, la relation franco-libyenne aura scandé le quinquennat qui sachève du début à la fin, la Libye aura été comme un fil rouge du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Au soir de son élection,le 6 mai 2007, il proclamait que la France serait «aux côtés des infirmières» bulgares «enfermées depuis huit ans » en Libye. Une semaine avant le second tour de la présidentielle du 6 mai 2012, la publication dun document a relancé la polémique sur un supposé financement de sa campagne de 2007 par Mouammar Kadhafi,lynchéle20 octobre 2011 par des rebelles à Syrte, à lissue dune campagne de lOTAN où la France joua un rôle de premier plan. Lèvera -t-on un jour avec certitude les zones dombre dans cette spectaculaire histoire franco-libyenne?  La déception (la rancune?) de M.Sarkozy a-t-elle été à la mesure de son entichement pour un dirigeant arabe aussi fantasque que sinistre, quil pensa pouvoir amender, tout comme le Syrien Bachar Al-Assad?

De largent libyen Pour la campagne de 2007?

Peu après le déclenchement des opérations de la coalition au printemps 2011, le fils du Guide, Saïf Al-Islam, déclare à Euronews que M.Sarkozy devait « rendre largent» dont il aurait bénéficié pendant sa campagne de 2007. Il nen a jamais fourni la preuve. Laccusation, reposant sur un document à lauthenticité contestée,a ressurgi récemment via Mediapart. Ce document appelle plusieurs remarques. Sil porte tous les signes dune authenticité formelle, son existence même est peu crédible, tout comme le montant mentionné (50millions deuros), ainsi que le timing de sa publication,qui laisse penser à un règlement de comptes. La lettre semble provenir des archives de Moussa Koussa, ex-chef des renseignements libyens, auteur présumé du document et proche de Claude Guéant, bras droit de M.Sarkozy, qui lavait reçu le 10mai 2007, après son élection. Or les archives de Moussa Koussa ont été visitées par un chercheur de Human Rights Watch peu après la chute de Tripoli, fin Août 2011: il ny a rien vu de tel et nest pas en mesure de certifier la signature du responsable libyen. Des témoins encombrants? M.Koussa a nié être lauteur de cette lettre, depuis le Qatar, où il vit. Son exfiltration, en pleine guerre,avait été facilitée par la promesse, faite par des diplomates occidentaux, notamment français, que sa rupture avec M.Kadhafi serait récompensée par une immunité judiciaire.
Bachir Saleh,le directeur de cabinet de M. Kadhafi et destinataire de la lettre,nie aussi lavoir reçue. Bien que fidèle au Guide jusquau bout, il vit actuellement en France (mais il s’est retrouvé au Sénégal après la chute électoral de Sarkozy le 6 mai dernier, ndr), où il est arrivé dans des circonstances mystérieuses. Claude Guéant a nié, vendredi, avoir eu connaissance de ses conditions dentrée en France, ce qui est peu crédible étant donné son rôle de messager pendant la guerre. Comme on pouvait sy attendre, le président du Conseil National de transition(CNT),Moustafa Abdeljalil, ex-ministre de la justice de M. Kadhafi,auquel il a succédé,ne croit pas non plus à lauthenticité du document. Suite au dépôt dune plainte par M.Sarkozy contre Mediapart, la justice aura à se prononcer. Il y a peu de chances quelle élucide définitivement cette affaire. Une anecdote en témoigne:
En avril 2011,un émissaire secret dépêché à Tripoli par le premier ministre dun pays européen avait relaté au Monde, sous couvert danonymat, peu après son voyage,comment le premier ministre libyen Bagdadi Al-Mahmoudi, ainsi que dautres membres de lentourage proche du Guide, levaient les bras dun air accablé : «Nous ne comprenons vraiment pas Sarkozy! On la aidé, et regardez ce quil fait, il bombarde! On lui a financé sa campagne! Deux millions!»  Et lémissaire de demander:«Quelles preuves avez vous?»Réponse exaspérée:«Mais aucune! Cétait du cash!» Depuis la publication du document par Mediapart, les avocats de M.Al-Mahmoudi, actuellement détenu en Tunisie, se contredisent: ses deux conseils tunisiens confirment quil a évoqué devant eux ce financement tandis que son avocat français, Me Ceccaldi, qui défend aussi M. Saleh, le dément. Les prises de position des uns et des autres semblent surtout dictées par leur situation actuelle.
La France a-t-elle cherché à éviter que des témoins gênants soient amenés à donner leur version dans lenceinte médiatisée de la Cour pénale internationale (CPI)? La question peut se poser. Sagissant de Saïf Al-Islam, inculpé par la CPI en juin 2011 et détenu par une milice dex-rebelles de Zintan, Paris na jamais demandé son transfert à La Haye.

Contrats darmements contre infirmières bulgares?

Deux semaines après le rapatriement des infirmières bulgares dans leur pays par un avion de la République française, Saïf Al-Islam fait au Monde une série de déclarations. Il décrit comme un élément central des tractations avec M.Sarkozy le fait que celui-ci ait signé un accord de coopération militaire et de défense avec la Libye lors de sa visiteàTripoli le 25juillet 2007. «Dabord, laccord recouvre des exercices militaires conjoints, dit Saïf Al-Islam. Puis nous allons acheter à la France des missiles antichar Milan, à hauteur de 100 millions deuros je pense. Ensuite, il y a un projet de manufacture conjointe darmes,en Libye. Vous savez que cest le premier accord de fournitures darmes à la Libye par un pays occidental?», se réjouit-il. Paris dément et nie tout lien avec la libération des infirmières.
Le texte de laccord de défense reste assez vague pour pouvoir jouer sur les interprétations,mais il prévoit une formation des forces spéciales libyennes. Des sociétés privées de sécurité, où travaillent dex-membres des forces spéciales françaises, ont entraîné la garde Prétorienne du régime libyen quelques mois encore avant lintervention de lOTAN.
Lintérêt de lindustrie française de larmement précède lélection de M.Sarkozy, mais ce dernier sinvestit comme aucun autre. Après la visite mouvementée de M. Kadhafi en décembre 2007 à Paris, lElysée annonce un montant de «dix milliards de dollars» de contrats,mais les attentes des industriels français seront déçues, malgré des ventes de missiles Milan et un début de remise à niveau des Mirage F-1. La«déception» liée à la non vente de chasseurs Rafale, ajoutée à lhostilité du Guide pour lUnion pour la Méditerranée voulue par M.Sarkozy, a alimenté la colère du Président français, disent des sources Proches du dossier.

Ou une centrale nucléaire en échange?

Rien nest moins sûr. Un «mémorandum» de coopération dans le nucléaire civil a bien été agréé lors de la visite de M. Sarkozy à Tripoli, en juillet 2007, après la libération des infirmières. Mais il y a un pas énorme entre un tel texte et le moindre projet de livraison de centrale. En fait, les Libyens semblent conscients que ce scénario a peu de chances de se réaliser: Lessentiel est ailleurs, dans le symbole: Kadhafi, contraint fin 2003 de renoncer à son programme après que les services secrets britanniques et Américains leurent attrapé la main dans le sac, était obsédé par lidée de laver cet affront. Anne Lauvergeon, à lépoque patronne dArevaet dont les relations avec M. Sarkozy allaient tourner à laigre , semploya lors des auditions dune commission denquête parlementaire, en décembre2007, à écarter toute perspective de contrat avec la Libye: cétait prendre le risque de se fermer le marché américain. Alapproche de la présidentielle de 2012, «Atomic Anne», cherchant à vider sa querelle avec M.Sarkozy, sest répandue dans les médias en affirmant que lElysée poussait en 2007 à la signature dune telle vente. Mais pour Tripoli, la façade dune coopération nucléaire avec Paris comptait bien plus que sa réalité.

Quelle somme pour libérer les infirmières?

Le jour de la libération des infirmières, M. Sarkozy salue « la médiation et le geste humanitaire " du Qatar, riche émirat gazier et partenaire de choix tout au long de son quinquennat. Peu avant la libération,un entretien téléphonique entre le président français et lémir du Qatar a déverrouillé le dossier. Le montant de ce qui sapparentait, de fait, à une rançon avait ainsi été fixé à 460 millions de dollars par les Libyens. Là encore, le symbole primait: 1million par enfant libyen contaminé, le même montant que les compensations versées par la Libye aux familles de chaque victime de lattentat du vol UTA en 1989. Toujours cette obsession deffacer les gestes concédés afin de rendre Tripoli fréquentable. Au final, selon des diplomates français, largent obtenu par les familles libyennes provenait de la Fondation Kadhafi, et non de Paris ou Doha. Ironie du sort, la France et le Qatar furent les plus actifs au sein de la coalition militaire internationale qui renversa Kadhafi en 2011.

Christophe Ayad et
Natalie Nougayrède
 




Tags : Kadhafi, sarkozy

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