Nazisme monétaire de la France en Afrique: Les vérités du Professeur Nicolas Agbohou

La coopération monétaire franco-africaine à travers la zone franc est-elle une pa- nacée pour le développement des pays africains membre de la zone? Le professeur Nicolas AGBOHOU démontre ici que les organes directeurs de cette organisation constituent un blocage pour le développement de ces pays.

Vendredi 15 Mars 2013 - 04:55


Nazisme monétaire de la France en Afrique: Les vérités du Professeur Nicolas Agbohou
 
Les Institutions de Zone Franc Goulots d'étranglement des économies africaines.

 
Créé par le Général de Gaulle le 25 décembre 1945 conformément à l’article 3 du décret 45- 0136, le Franc CFA (ou franc des colonies françaises d’Afrique) est sous l’inspiration du nazisme monétaire de l’Allemand Adolphe Hitler qui l’a inventé et appliqué effectivement contre tous les pays européens qu’il a conquis. Les institutions et les quatre principes de la zone franc maintien- nent les pays africains membres dans une pauvreté économique structurelle dont l’éradication rapide peut s’opérer par l’acquisition de leur souveraineté monétaire et la transformation en Afrique de toutes les matières pre- mières en des produits finis générateurs des richesses appelées ‘’valeurs ajoutées’’ Le développement socio-économique rapide qu’apporterait à l’Afrique francophone la coopération monétaire franco-africaine (A) est paralysé par les institutions de la zone franc cfa qui sont essentiellement la Conférence des Chefs d’États (B), le Conseil des Ministres (C), les trois Banques Centrales africaines (D) et les Comités nationaux de crédit ou Comités monétaires(E).


A)- LA JUSTIFICATION DE LA CO- OPERATION MONETAIRE FRANCO-AFRICAINE


La France soutient que« la coopéra- tion monétaire doit permettre aux pays d’outre-mer d’avancer sur la voie du développement plus vite qu’ils ne pourraient le faire seuls» Après plusieurs décennies d’observation, les dirigeants politiques des pays de la zone franc font eux-mêmes un constat d’échec très amer. Par exemple le Président togolais Faure Gnassingbé avoue que « malgré les succès indéniables enregistrés en matière de stabilité monétaire et les progrès réalisés sur la voie de l’intégration de nos économies, la pau- vreté demeure encore trop importante dans nos pays » Le chef de l’Etat ivoirien Alassane Dramane Ouattara renchérit:«...La majorité des pays est confrontée à une pauvreté galopante et à une insuffisance d’infrastructures socio-économiques de qualité. Cette situation est aggravée par l’impact de la hausse des prix internationaux des denrées alimentaires et énergétiques. ».En réalité, cette pauvreté socio-économique ascendante décrite a ses racines pivotantes dans les institutions et les quatre principes de la zone franc cfa plus haut énoncés.

B)- LA CONFERENCE DES CHEFS D’ETAT

La Conférence des Chefs d’États est l’organe suprême de la zone franc. Les décisions des chefs d’État sont prises à l’unanimité.. La Conférence des chefs d’État décide de l’adhésion de nouveaux membres, prend acte du retrait et de l’exclusion des membres de l’Union.


C)-LE CONSEIL DES MINISTRES


Le Conseil des Ministres «assure la direction de l’UEMOA,définit la politique monétaire et de crédit de l’union, pourvoit au financement de l’activité et du développement économique des États de l’Union et dé- cide de la modification de la parité de l’unité monétaire de l’union». En vérité, plusieurs expériences montrent que les pouvoirsreconnus statutairement à la Conférence des chefs d’État et au Conseil des Ministres sont fictifs. Par exemple, la Côte d’Ivoire du Président Laurent Gbagbo a été renvoyée en 2010 de la BCEAO sur injonction de Paris et sans l’avis favorable préalable de l’État ivoirien qui ne saurait voter pour sa propre expulsion de la Banque centrale commune africaine.
Un autre cas illustratif est celui du Mali du Président Modibo Kéita. Après avoir quitté de son propre gré la zone franc le 1er juillet 1962, ce pays a mené d’âpres et très longues négociations avec la France pour réintégrer effectivement la zone franc le 1er juin 1984. La France s’est aussi opposée pen- dant longtemps à l’entrée dans la zone franc de la Guinée-Bissau avant de l’accepter le 26 novembre 1996 comme membre utilisateur de sa monnaie coloniale qu’est le franc cfa... Le colonialisme monétaire français contre l’Afrique s’est montré au grand jour aux populations non averties avec la dévaluation à Dakar le 12 janvier 1994 du FCFA. Cette perte de valeur du franc cfa par rapport au franc français a été décidée unilatéralement et imposée par la France aux Africains, selon le Premier Ministre français Edouard Balladur qui révèle : « Le Franc CFA a été dévalué en 1994 à l’instigation de la France, parce qu’il nous a semblé que c’était la meilleure formule pour aider ces pays dans leur développement.» Pour bien démontrer aux États africains concernés leur statut de pays soumis réellement à l’ancienne puissance colonisatrice qui est la France, M. BALLADUR rappelle avec raison que« la monnaie n’est pas un sujet technique, mais politique, qui touche à la souverainetéet à l’indépendancedes nations.» Le franc cfa étant la propriété à part entière de la France qui en a modifié la parité selon ses propres intérêts légitimes, les chefs d’État africains intéressés ont avoué leur impuissance comme le fait par exemple feu Président Bongo: «Personne ne nous a dit de dévaluer de 50% dans les PMA, et de 25% dans les PRI. Nous avons été tous mis dans le même panier». Feu Président Etienne Gnassingbé Eyadema renchérit en expliquant pourquoi, malgré l’opposition générale des Chefs d’Etats africains infantilisés et déresponsabilisés par la France, la dévaluation du franc CFA a eu lieu sous le regard censeur du représentant français du Ministre de la coopération Michel Roussin: « Comme l’on dit, la force prime souvent le droit. Je n’étais pas le seul à formuler cette mise en garde, mais la France en a décidé autrement. Les voix africaines n’ont pas compté pour grand chose dans cette affaire» de la dévaluation. L’oppression monétaire de la France contre les Africains, très loin d’être passagère ou conjoncturelle, est permanente et institutionnalisée comme le montre l’examen froid du fonctionnement des trois banques centrales africaines d’essence nazie.


D)- LES BANQUES CENTRALES AFRICAINES


Les trois banques centrales africaines sont la BCC (Banque centrale des Co- mores), la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale) et la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest). La BCC regroupe les îles de la République Fédérale is- lamique des Comores. La Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Sé- négal et la Guinée Bissau sont membres de la BCEAO. La BEAC est la Banque Centrale du Gabon, du Congo Brazzaville, du Cameroun, de la République de Centrafrique, du Tchad et de la Guinée Équatoriale. Ces trois banques centrales africaines sont gérées par la France avec une inspira- tion du nazisme monétaire dont elle a souffert pendant son occupation par l’Allemagne du Chancelier A. Hitler.


D1- L’origne nazie de la gestion des banques centrales africaines


Le nazisme monétaire se manifeste par la présence institutionnalisée des Allemands nazis au cœur du système financier des pays occupés ou vassa- lisés comme la France. Le 9 mai 1941, l’ambassadeur plénipotentiaire allemand Hemmenn annonce à Wiesbaden (en Allemagne ) l’accord qu’il a obtenu à Paris pour installer les nazis allemands au cœur des finances de la France: « L’amiral Darlan avait approuvé l’établissement des commissaires allemands nazis à la Banque de France, aux devises et au com- merce extérieur et l’institution d’un contrôle douanier aux frontières»

D2- Des Français au sein des Conseils d’Administration des banques centrales africaines


Les Banques Centrales africaines sont administrées chacune par un Conseil d’Administration comprenant: à la BEAC : Treize administrateurs dont trois pour la République Fran- çaise àla BCEAO: Seize administrateurs africains auxquels s’ajoutent «deux administrateurs désignés par le gouvernement français», qui «participent au Conseil d’Administration de la BCEAO, dans les mêmes conditions et avec les mêmes attri- butions que les Administrateurs dé- signés par les États membres de l’Union». àla B.C.C.: Huit administrateurs dont quatre Français, désignés pour un mandat de quatre ans renouvelable. Tous ces Français exercent leur droit de veto dans la gestion quotidienne des trois banques africaines.

D3 - Le droit de veto de la France

La France a un droit de veto dans le Conseil d’Administration des trois Banques Centrales Africaines qu’elle contrôle incontestablement.. Car dans les Comores, le Conseil d’Administra- tion« délibère valablement lorsque au moins six de ses membres sont présents ou représentés.Les délibérations doivent être adoptées par cinq au moins des membres pré- sents ou représentés». Le Conseil d’Administration de la BEAC « délibère valablement lorsque au moins un administrateur par État membre et un Administra- teur Français sont présents ou re- présentés». . Lorsque l’ordre du jour de la réunion du Conseil d’administration ne l’intéresse pas, il suffit simplement à la France d’appliquer la politique de la chaise vide pour bloquer le fonctionne- ment correct de ces Banques cen- trales et celui des États qui en sont membres. Le même droit de veto français s’exerce à la BCEAO qui soutient statutairement que les modifications de ses propres statuts hérités de la colo- nisation «doivent recueillir l’unani- mité des membres du Conseil d’Administration». Cela veut dire que la France perpétue le colonialisme monétaire par cette disposition juridique qui est pour elle une arme puissante de maintien du statu quo ante. La répression monétaire de la France sur l’Afrique s’exprime particulière- ment pendant le financement des activités économiques des pays utilisateurs du franc cfa. Parce que la Banque Centrale a le pouvoir de «consentir aux Trésors publics des États de l’Union, et à son taux d’escompte, des découverts en compte courant». Par ailleurs, chapeauté par la France, «le Conseil d’administration détermine le montant global des concours susceptibles d’être accordés par la Banque Centrale au fi- nancement de l’activité économique et du développement de chacun des États de l’Union». Il en résulte que la France, par le contrôle rigoureux de la politique mo- nétaire toujours restrictive et de crédits bancaires, paralyse les forces de tra- vail, le génie inventif ou créatif des Africains maintenus ainsi volontai- rement dans un état de sous-déve- loppement socio-économique structurel sans fin et négativement dynamique contre l’Afrique. Car la monnaie est à l’économie ce que le carburant est à la voiture. Celle-ci ne peut circuler sans énergie. Une belle voiture toute neuve ayant toutes ses pièces au grand complet ne bouge pas et est immobilisée lorsqu’elle est pri- vée de carburant (essence, gazole, etc.). De même, un pays moderne qui possède des ressources naturelles et humaines est handicapé ou paralysé dans son développement socio-éco- nomique hardi par l’absence de sa souveraineté monétaire. Le contrôle des comités nationaux de crédit par Paris s’inscrit dans cette logique d’appauvrissement des États africains de la zone franc.


E)- LES COMITES NATIONAUX DE CREDIT


Le Comité national des Crédits «est composé du Ministre des Finances, des deux représentants de l’État au Conseil d’Administration, de quatre autres membres nommés par le gouvernement de l’État concernéet d’un représentant de la France». La répartition du montant global de crédits accordés aux pays membres est effectuée par les Comités Nationaux de Crédits dont les règles de fonctionnement et les missions sont définies par le Conseil d’Administration. Celui-ci a le pouvoir de «procéder à la révision des décisions des Comités Nationaux du Crédit qui contreviendraient aux dispositions des statuts de la BCEAO et aux règles générales d’exercice de leur com- pétence fixée par le Conseil d’Administration». . Comme on le constate, la France est présente à tous les centres stratégiques de décisions des trois Banques centrales des États africains francophones. Elle empêche ainsi les Africains d’accéder aux crédits bancaires indispensables à l’essor du dévelop- pement économique tant souhaité. Cela explique en partie la très faible évolution ou même la quasi-paralysie sur plusieurs décennies du pouvoir d’achat ou du pouvoir de création des richesses par habitant (PIB réel/hab. ou PPA-Parité de Pouvoir d’Achat) de certains pays africains de la zone franc. C’est le cas par exemple de la Côte d’Ivoire, du Tchad, du Cameroun, de la République de Centrafrique, du Bénin et du Sénégal dont le ressortis- sant avait en 1960 un PIB réel supérieur à celui d’un Sud-Coréen et d’un Chinois. Quelques décennies plus tard en 2010, selon le tableau statistique ci- dessous, le PIB réel du Sud Coréen , qui était égal à 690 dollars, a été multiplié par 42 pour atteindre 29.004 dollars américains. Malgré le triplement de sa population depuis 1950, la Chine est devenue la deuxième puissance économique du monde aujourd’hui avant d’être demain la première économie pla- nétaire. Le PIB réel du Chinois qui était 723 dollars s’est nettement amélioré pour se hisser à 7599 dollars.Il a été donc multiplié par 10,5 A l’opposé de ces progrès spectacu- laires chinois et sud coréens, le Cen- trafricain de la zone franc voit son PIB réel descendre de 806 à 758 dollars. La parité du pouvoir d’achat du Tchadien connaît la même chute lamenta- ble en passant de 785 à 690 dollars en 1993 (voir tableau sur le pib réel par habitant ou la parite du pouvoir d’achat des pays entre 1960 et 2010.page 12). Toutes ces observations attestent que le franc cfa sous contrôle français, qui interdit en réalité des crédits bancaires aux Africains pour entreprendre et créer des richesses endogènes vérita- bles, est un frein redoutable au déve- loppement de l’Afrique francophone par les Africains eux-mêmes... Presque tous les États de la zone franc sont des pays moins avancés. Au bas de l’échelle dans le classe- ment mondial des pays ci-dessous selon l’indice du développement hu- main, figurent essentiellement les États de la zone franc cfa comme le Niger, le Tchad, le Burkina Faso, la Centrafrique, la Guinée Bissau, le Mali, etc (voir le tableau sur le clas- sement 2011 de 186 pays par le pnud selon l’idh. page 13) Le blocage ainsi que le pillage éco- nomique et financier structurel de ces pays africains s’opèrent également par les quatre principes de la zone franc.

A SUIVRE

M. Nicolas AGBOHOU, Économiste et politologue, Prof. à l’Université de Versailles Saint Quentin (France)
Source: Aprica Info N° 005 du Mercredi 13 Mars 2013

N.B: Le titre est de la Rédaction de civox.

 




 
 




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