Nationalité, corruption, rattrapage, etc: Adama Bictogo enfonce Ouattara… et tire sur Amadou Soumahoro

L’ancien ministre de l’Intégration, Adama Bictogo, était hier, mardi 10 septembre, l’invité du Press club de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI). L’homme d’affaires, par ailleurs député d’Agboville, a été amené à cette tribune à se prononcer sur des questions relatives à l’actualité nationale et internationale.

Vendredi 13 Septembre 2013 - 12:00


Nationalité, corruption, rattrapage, etc: Adama Bictogo enfonce Ouattara… et tire sur Amadou Soumahoro
La nationalité, le rattrapage ethnique, les élections de 2015, la corruption, etc. Si le ministre Bictogo n’a pas pu se dérober hier face aux journalistes, il a bafouillé longuement sur certaines questions relatives à la gestion des affaires de l’Etat par le régime Ouattara. Ainsi de la question de la nationalité qu’il a tenté de banaliser, exhortant les Ivoiriens à ne pas lier le vote des lois à controverse aux élections. Selon lui, les lois sur l’apatridie et la nationalité, ne sont pas une entrave à la réconciliation nationale. En ce sens qu’il s’agit tout simplement de permettre à des personnes ayant droit à la nationalité ivoirienne, parce que descendants de personnes résidant en Côte d’Ivoire avant 1960, de pouvoir accéder à la citoyenneté ivoirienne par simple déclaration. En 2004, la loi avait été votée suite à Marcoussis, explique-t-il, mais n’avait profité qu’à quelque 3000 personnes. Un nombre insignifiant, selon l’homme d’affaires qui dit n’avoir jamais exporté du cacao de contrebande, contrairement aux allégations sur son compte, notamment étayées par une enquête de fond de l’ONG Global Witness. Par ailleurs, embouchant la trompette de son parti, Adama Toungara met en garde le FPI et son président contre toute volonté de« s’installer indéfiniment dans la violence verbale.»
Le rattrapage ethnique La question du rattrapage ethnique, comme bien d’autres, reste un tabou pour le ministre Bictogo qui a éprouvé beaucoup de difficultés à prouver que ce système érigé par Alassane Ouattara lui- même n’existe que dans l’esprit de ceux qui le dénonce à longueur de journée. «Je sais que lors d’une émission, les journalistes rappelaient au chef de l’Etat Alassane Ouattara qu’il avait parlé de rattrapage dans une interview. Je me souviens pas trop», a esquivé le parlementaire qui s’emploiera avec beaucoup de maladresse, hélas, à dédouaner son mentor. Au demeurant, il pense que si le phénomène des nominations sur des bases ethniques et tribales est une réalité, «le terme de rattrapage est trop fort». A l’entendre, il y a des écarts mais le terme rattrapage est excessif. «Quand on arrive au pouvoir, il y a les premières heures où on essaie de trouver son équilibre. Nous sommes sortis d’une crise politique très violente, qui a développé et accru la méfiance entre les Ivoiriens. Le président a nommé les ministres et des directeurs. Mais les nominations qui se font en dessous, ce n’est pas le président qui les fait. Certainement que pour la première année, il y a des nominations basées  très souvent sur la confiance. C’est une situation qui va se régler», avance Adama Bictogo, sans convaincre. A court d’argument, il s’est essayé à la rhétorique qui veut que tous les maux de la Côte d’Ivoire soit le fait du président Gbagbo qui, pendant qu’il était à la tête du pays, aurait défavorisé les hauts cadres de l’administration nationale originaires du nord du pays. «Il faut constater qu’il y a pas mal de nominations de ce type. Mais il faut aussi tenir compte de l’histoire. Parce que lorsque nous repartons quelques années en arrière, quand on allait aux réunions du RDR, c’était une souffrance. On y trouvait des milliers de cadres sans emplois. C’est le cas de l’actuel directeur général des douanes, le colonel major Issa Coulibaly, qui s’est retrouvé dans le placard pendant dix ans», risque le ministre. Qui finit par donner la preuve de l’existence d’une politique anti- constitutionnelle de promotion des cadres qui fait que «ce sont majoritairement des cadres du nord et du centre qui ont été nommés à des postes de responsabilité.» Et dire que la politique du rattrapage ethnique telle que conçue et mise en œuvre ne se limite pas à la nomination des cadres de l’administration. Puisqu’elle est pratiquée dans l’organisation des concours notamment. Par ailleurs, Adama Bictogo pense que la Commission dialogue vérité réconciliation (CDVR), pour réussir un pan de sa mission, devrait s’impliquer dans le processus et être une force de proposition en termes de consultation dans des structures de l’Etat, si son mandat était renouvelé. «C’est à cette condition, explique-t-il, qu’on arrivera à une Côte d’Ivoire inclusive, dans laquelle les gens ne se sentent pas exclus».
La corruption endémique Interpellé sur la question de la corruption
qui atteint un niveau endémique, au point que les diplomates en poste en Côte d’Ivoire ne cachent plus leur déception, Adama Bictogo a d’abord tenté de minimiser l’ampleur du phénomène. «Il est vrai que la question revient dans les échanges avec les diplomates en poste dans notre pays. Mais je n’ai pas encore fait le constat moi-même. Je ne peux donc me prononcer sur le sujet. Votre question est pertinente mais il y a des sujets sur lesquels je ne peux me prononcer», soutient le député RDR qui dit être «solidaire du gouvernement» même s’il n’en fait plus partie. A son sens, la meilleure façon de combattre la corruption, c’est de mettre en application le principe des rotations. L’invité de l’UNJCI - qui répète à l’envi que Ouattara est en train de mettre en place un instrument de lutte contre l’enrichissement illicite -  propose en outre d’aller plus loin, car la lutte contre la corruption passe aussi par la revalorisation des salaires, l’assiduité au travail… Concernant le manque d’emploi, Adama Bictogo s’est voulu réaliste, en déclarant que « l’Etat n’a pas les moyens de résorber le chômage.» C’est pourquoi il reste convaincu que la mise en œuvre des partenariats public-privé doit être privilégiée par l’Etat pour la réalisation des promesses de campagne de Ouattara en matière d’emploi.
«Le RDR est devenu faible» L’invité de l’UNJCI qui avait à ses côtés le président Moussa Traoré, n’a pas été tendre avec la direction du RDR dont il fait pourtant partie. Selon lui, deux ans après son accession au pouvoir, le parti est sclérosé. « Le RDR est gagné par le syndrome des partis qui restent trop longtemps dans l’opposition avant d’accéder au pouvoir. Le RDR est devenu faible, avec une direction qui n’est pas du tout organisée, voire inexistante. La restructuration s’impose aussi bien à la base qu’au sommet. Le RDR doit faire sa mue et épouser les aspirations des militants. Je n’accepterai pas de continuer avec une direction qui ne pourra pas accompagner le président Ouattara aux élections en 2015», a déclaré le secrétaire national qui jette ainsi une pierre dans la cour d’Amadou Soumahoro, le secrétaire général sommé d’organisé des états généraux du parti.

Par Emmanuel Akani

Source: Le Nouveau Courier N° 875 Du Mercredi 11 Septembre 2013




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