Moreno Ocampo, procureur ou mercenaire en cravate?

Vendredi 1 Juin 2012 - 06:30


Moreno Ocampo, procureur ou mercenaire en cravate?
A l’approche de l’audience de confirmation des charges prévue pour se tenir le 18 Juin 2012, le bureau du procureur de la CPI a rendu public son document de notification des charges contre le Président Laurent Gbagbo. Notons, d’entrée de jeu, que le Procureur Moreno Ocampo est dans son rôle c'est-à-dire, celui consistant à réunir des éléments de preuves pouvant conduire à la condamnation du Président Laurent Gbagbo. Cette lourde tâche doit avoir à sa base, la vérité. Autrement dit, les faits allégués doivent être irréprochables et insusceptibles d’être détruits par n’importe quel citoyen. Ne soyons donc pas surpris de voir Moreno « charger » le Président Laurent Gbagbo. Mais au contraire, soyons surpris par la légèreté du procureur, laquelle ressort des faits mentionnés dans l’acte d’accusation. Notre vigilance nous a permis de voir que Luis Moreno Ocampo a non seulement réussit à manipuler les faits (I) mais il a surtout révélé que l’affaire est purement politique (II).

I/ La manipulation des faits
La manipulation se situe aussi bien dans l’exposé des faits (A) que dans la présentation des tueries (B)

A. Exposé des faits
 Il importe avant tout de faire un bref rappel des faits que nous mettront en rapport avec l’exposé des faits de Luis Moreno Ocampo.

1. Bref rappel des faits
La Côte d’Ivoire a été attaquée dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002 par des rebelles armés entrainés au Burkina Faso. Cette bande organisée politiquement et militairement était conduite par Guillaume Soro actuel Président du parlement à qui Ocampo a d’ailleurs adressé une lettre de félicitation pour son élection à la tête du parlement ivoirien. De 2002 à Octobre 2010, les rebelles ont tenu la zone nord du pays sans déposer les armes en dépit de tous les accords conclus. Le deuxième tour des élections présidentielles a opposé les candidats Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara. A l’issu de ce deuxième tour, la Commission Electorale indépendante (CEI) n’a pas été capable de donner les résultats provisoires dans le délai légal (72 heures) et conformément à l’article 59 du code électoral ivoirien. Le Conseil Constitutionnel organe compétent pour proclamer les résultats définitifs d’une élection présidentielle, saisit par le candidat Gbagbo de réclamations, a invalidé des résultats de certaines localités tenues par les rebelles et entachés d’irrégularités flagrantes. Cet organe proclama la victoire sans appel du candidat Gbagbo selon la loi ivoirienne. Le candidat Ouattara, bien avant la proclamation du Conseil Constitutionnel fut désigné vainqueur par le Président de la CEI, seul, au quartier général de campagne de Ouattara, devant la presse internationale et ce, en violation de la loi ivoirienne. Cette brève présentation des faits, fait de Laurent Gbagbo, le seul Président légal et légitime parce qu’ayant été proclamé de façon solennelle et définitive par le seul organe habilité à le faire. Ouattara n’ayant donc pas à cette date, été proclamé vainqueur par aucune institution du pays ne pouvait donc pas légitimement être regardé comme un Président.

2. Exposé des faits de Moreno Ocampo

 Dans son exposé des faits, Ocampo tronque les faits de manière infantile. Premièrement, il affirme qu’ « un coup d’état manqué a entrainé la fragmentation de l’armée ivoirienne », ce qui est archi faux. Le coup d’état manqué mué en rébellion armée n’a point entrainé « la fragmentation de l’armée ivoirienne ». Les rebelles étaient des déserteurs, miliciens, dozos et mercenaires recrutés bien avant l’arrivée de Gbagbo au pouvoir. Même si le recrutement a continué durant la gouvernance de Gbagbo, l’’armée est restée soudée et a protégé les institutions républicaines. Dire qu’elle a fragmenté l’armée reviendrait à dire que pendant ces dix ans de rébellion, une partie importante l’armée ivoirienne a partagée les vues politico-militaires des rebelles. Le ralliement de quelques égarés félons, ne signifie pas une fragmentation de l’armée nationale
Deuxièmement, Il prétend que la CEI a proclamé des résultats. Si oui, lesquels? Le procès servira certainement à l’accusation de montrer au monde les vrais résultats de la CEI et comment ceux-ci ont été obtenus. Pour l’instant, Ocampo doit savoir qu’en Côte d’Ivoire la CEI n’a jamais donné les résultats provisoires du 2ème tour des élections. Le président de la CEI n’est pas l’institution, pis son résultat, qui n’est qu’un acte personnel, n’a respecté aucune règle de forme. Moreno méprise ici l’importance de la forme dont la méconnaissance invite à ne pas analyser le fond. Encore qu’ici, le fond est lui aussi faux. Donc juridiquement, Ouattara n’était pas Président de la République et ne pouvait en conséquence former un gouvernement, prendre des ordonnances et décrets divers. Toutes les décisions qui émanaient de Ouattara étaient frappées de nullité absolue. Cela veut dire que l’acte ayant consisté à transformer la rébellion du MPCI en FRCI était nul. Troisièmement le président du Conseil Constitutionnel n’est pas un allié de Gbagbo. Il est certes un militant du parti de Gbagbo (ce qui n’est pas un fait isolé dans le monde), mais pas un subordonné de Gbagbo ou une personne ayant signé un pacte secret avec Gbagbo. On devrait plutôt regarder l’actuel Président Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire nommé par Ouattara comme un allié de celui-ci. En effet, Francis Wodié, bien que n’appartenant pas au RHDP s’est allié au dernier moment à Ouattara en appelant à voter pour celui-ci. Son acte de nomination a d’ailleurs été décidé au Golf Hôtel avant de connaitre sa matérialisation une fois le pouvoir offert à Ouattara. C’est donc Wodié, l’allié de Ouattara nommé Président du conseil constitutionnel pour l’avoir rejoint.
La manipulation des faits apparait également dans la présentation des tueries.
B. La présentation des tueries
Elle doit être regardée à un double niveau : au niveau des personnes attaquées et au niveau de la forme de ces attaques.

1. Les personnes attaquées

Dans l’acte d’accusation, Ocampo renonce curieusement à ces 3000 morts dont Gbagbo aurait été l’auteur pour plafonner le nombre de morts à 1059 (du 28 Novembre au 08 Mai). Tous ces morts ont des liens communs : militants RHDP, civils non armés, pro-Ouattara, dioula, Baoulé, Malinké, Mossi, musulmans, la communauté de l’ouest, ressortissants de la CEDEAO. En outre ils ont soit été tués lors de manifestation pacifique, soit été cueillis à domicile. Cette présentation fantaisiste s’étend sur plusieurs paragraphes.

a. L’origine des personnes attaquées
 
Ocampo a pris le soin de reprendre la litanie des rebelles et du RDR déversée depuis 10 ans sur la Côte d’Ivoire à savoir que les nordistes, musulmans et partisans de Ouattara sont persécutés. Or ce qu’il oublie de noter c’est que dans chaque village de la Côte d’Ivoire il existe des quartiers de nordistes appelés communément « Dioulabougou ». Alors si tant est que Gbagbo et ses partisans en voulaient tant à ce groupe pourquoi n’a-t-il pas pris la peine de « donner ordre » à chaque village d’exterminer tous les quartiers nordistes ? Il en est de même pour les autres communautés. Par exemple les zones du centre-ouest et du sud-ouest ont un nombre important de campements baoulé. Ocampo s’est-il rendu dans chacun de ces campements pour dénombrer les Baoulé tués par Gbagbo et ses partisans? Ocampo n’a fait que reprendre les titres des journaux pro-Ouattara. En effet, à la veille du second tour, le RDR donnait dans l’intoxication en faisant croire que les baoulés se trouvant dans les zones acquises à Laurent Gbagbo subissaient des représailles de la part des partisans de celui-ci. L’idée était de révolter les baoulés afin de les inciter à voter pour Ouattara. C’est cette légende qui a été reprise par le sieur Ocampo.
En outre, si l’ouest est « traditionnellement acquise à la cause de Ouattara » (paragraphe 21) qu’est ce qui explique que les rebelles pro-Ouattara aient commis des crimes dans cette zone ? Qu’est-ce qui explique que Ouattara ait eu des difficultés à effectuer une visite officielle à l’ouest ? Logiquement dans cette zone, il ne devrait pas avoir d’exaction puisque le nord acquis à Ouattara en a été quasiment épargné. La conclusion est donc simple, Ocampo ne dit pas vrai car l’ouest a connu les pires atrocités de l’histoire de la Côte d’Ivoire parce que cette partie du territoire est accusée d’être pro-Gbagbo. En essayant de faire de cette zone un bastion acquis à la cause de Ouattara, il veut faire croire que les crimes qui y ont été commis, sont le fait des FDS. Songes et mensonges !
Concernant les ressortissants de la CEDEAO présentés par Ocampo comme des partisans de Ouattara, Ocampo veut il nous faire comprendre qu’un ressortissant de la CEDEAO qui n’a pas la qualité de prendre part au vote (sauf s’il a été naturalisé) et donc de s’ingérer dans la politique nationale milite pour la cause de Ouattara? Si oui, au nom de quoi et à quelle fin ce ressortissant le fait-il? Toujours sur ce point, le fait de mentionner abondamment le terme « mossi » est-elle une stratégie consistant à justifier l’accaparement des terres des ressortissants de l’ouest ayant fuit les tueries des forces pro-Ouattara? En gros, l’origine des personnes est un élément confortant le caractère politique du procès que nous verront plus loin. Dans l’acte d’accusation, Ocampo trace en filigrane un schéma de crime lequel a, naturellement en amont, des actes préparatoires.
 

b. Les actes préparatoires aux tueries
 
Ocampo, certainement, parce qu’il tient vaille que vaille à faire condamner Gbagbo, répertorie certaines légèretés. Selon lui, l’on a pris le soin de marquer les pro-Ouattara avant de les exécuter: « Les maisons de ces derniers étaient souvent marquées, soit avec les lettres D (Dioula) ou B (Baoulé) à la craie blanche, soit avec une croix peinte en noir, pour que les assaillants puissent les identifier. » Quel est donc l’élément objectif permettant de consigner de tels faits dans son acte d’accusation? L’on notera par ailleurs, qu’il a omis de mentionner les maisons des « mossi, sénoufo, malinké et ressortissants de la CEDEAO. » Est-ce à dire que les partisans de GBAGBO avaient renoncé, chemin faisant, à tuer ce groupe de personnes ? Voici encore une incohérence du sieur Ocampo.
Disons que c’est tout simplement bas de croire que des personnes dont les maisons auraient été marquées n’aient pas l’intelligence d’effacer « la craie blanche » ou encore de quitter la maison au cas où il y aurait « une croix peinte en noir ». Pour sa crédibilité, il aurait pu décidé de ne pas en faire cas dans son rapport. Mais il est en mission et pour cela il peut encore descendre plus bas, en faisant des slogans « on gagne ou on gagne » « Y a rien en face, c’est maïs », des actes préparatoires à la commission exponentielle de crimes contre l’humanité. L’utilisation de ces slogans démontre que Moreno Ocampo est en mal d’arguments. Ce sont des éléments subjectifs difficilement appréciables juridiquement. Nous pouvons nous poser la question de savoir s’il s’agit de slogans émanant de l’état major du parti de Gbagbo ou d’un simple slogan traduisant la confiance d’une jeunesse en la victoire de son leader? Plus loin, Moreno considère comme acte préparatoire, les barrages levés par les populations en vue non seulement d’opérer des contrôles d’accès des quartiers, mais également d’éviter que la force Licorne, l’Onuci et les activistes du RHDP, introduisent des armes dans les quartiers. Selon Moreno, cette opération était une stratégie par laquelle « les Jeunes Miliciens identifiaient souvent les cibles de ces attaques en procédant à des contrôles d'identité aux barrages routiers installés illicitement et attaquaient les quartiers ou les institutions religieuses généralement fréquentés par les partisans de OUATTARA. » Si cela est vrai c’est que les pro-Ouattara étaient tués sans répit puisqu’ils vaquaient à leurs occupations quotidiennes. Et, dire que les pro-Gbagbo s’attaquaient aux institutions religieuses fréquentées par les hommes de Ouattara est une parfaite méconnaissance de la société ivoirienne. Dans l’entourage de Gbagbo il existe des musulmans. Ceux là étaient donc en parfaite cohésion avec la décision de brûler toutes les mosquées de Côte d’Ivoire? Ce sont juste des affabulations d’un monsieur qui n’a aucun respect pour sa fonction.

2. La forme des attaques
 


Il s’agit selon Ocampo, d’attaques systématiques, généralisées essentiellement orientées contre des civils pro-Ouattara. Cette présentation déformante de la réalité n’est pas faite pour grandir le procureur et sa suite. Il étale une liste exhaustive des crimes commis par Gbagbo et ses partisans. Durant tout ce travail, il ne manque pas de nous surprendre. Voyons ensemble comment il est difficile de pactiser avec le faux. Le paragraphe 43 indique « le 16 décembre 2010, les partisans de OUATTARA, tous des civils, se sont dirigés vers les locaux de la Radiodiffusion-Télévision Ivoirienne (RTI) à Cocody pour introniser le nouveau directeur général de cette institution nommé par OUATTARA ». La manipulation faite par le procureur est déroutante. L’on sait que ceux qui se sont dirigés vers les locaux de la RTI n’étaient pas tous des civils. Soro Guillaume, le chef rebelle avait donné ordre à l’aile militaire de Ouattara depuis le Golf, d’aller installer Brou Aka Pascal. Les vidéos de cette « revue de troupe » longuement diffusées sur la première chaine de la RTI existent, Ouattara, Bédié, Soro, et Choï le savent. Seul Ocampo n’est pas informé, lui le super enquêteur ! Sur les meurtres à Wassakara, Abobo et dans certaines localités, Ocampo nous apprend que toutes les victimes ont été froidement tuées. Il ne nous dit pas comment des éléments des FDS ont été exécutés, comment des civils travaillant à l’émetteur d’Abobo ont été calcinés. Apparemment ils se sont soit suicidés, soit immolés par le feu. Il n’interdit pas au ridicule de s’inviter dans sa démarche. Tenez, il affirme au paragraphe 27 que suite à un affrontement entre FDS et forces loyalistes à Ouattara, les FDS « ont commis des crimes à grande échelle contre des civils assimilés à des pro-Ouattara. » Cela signifie deux choses. Soit les forces pro Ouattara sont nulles et des civils armés par le RHDP courent à leur rescousse, soit ces civils se rallient à ces forces dont ils partagent la philosophie guerrière et ils sont considérés comme des cibles. Si ces deux cas ne peuvent prospérer, c’est que ce paragraphe est juste là pour faire plaisir aux ennemis de Gbagbo avec à leur tête Ouattara et Sarkozy. Il est donc inconcevable que deux belligérants s’affrontent et que l’un deux s’en prenne à d’innocentes personnes.
Toujours dans sa détermination à « charger » Gbagbo, il se laisse prendre au piège du faux à Abobo. En effet, parlant du commando invisible au paragraphe 22, il dit : « le prétendu commando invisible ». Cela veut simplement dire que ce commando n’existe que dans l’esprit des ivoiriens. En niant l’existence du commando invisible, il a l’intention d’étouffer les crimes de ces forces pro Ouattara. Par exemple, l’assassinat des civils d’Anonkoi Kouté, l’exécution de certains éléments des FDS, la prise du camp commando d’Abobo le 29 Mars 2011 parue à la Une du quotidien « le Patriote » le 30 Mars 2011. L’ouvrage intitulé « Abobo la guerre-Côte d’Ivoire : terrain de jeu de la France et de l’Onu» de la journaliste Leslie Varenne détruit les insinuations pernicieuses d’Ocampo. Cette œuvre en effet consacre de nombreuses lignes au commando invisible ainsi que des extraits sur le meurtre des 7 femmes prétendument attribué au FDS. Mieux, Ocampo lui-même affirme au paragraphe 53 ceci : « GBAGBO a déclaré à ses forces « Je veux que vous puissiez tenir. Je ne veux pas perdre Abobo » ; il a publiquement déclaré qu'il « nettoierait » ce quartier et qu'il le transformerait en cimetière ». Alors, si cela est vrai pourquoi Gbagbo prendrait une telle cette décision ? Si Abobo n’avait pas été transformé en Far West par les partisans militaro-civils de Ouattara pourquoi Gbagbo dirait « je ne veux pas perdre Abobo »? Fort heureusement que les prétendues allégations concernant la décision de Gbagbo d’effacer Abobo de la carte d’Abidjan ne sont pas dignes d’intérêt. Mais Ocampo est logique dans sa démarche puisqu’il veut arriver à la conclusion que les supposés bombardements d’un marché d’Abobo, les tirs à l’arme lourde sur les populations civiles et le meurtre des femmes d’Abobo répond bien à la stratégie du pire nourrit par Gbagbo, c’est-à-dire, transformer cette commune en un cimetière. En cours de démonstration, il est rattrapé par la vérité, car, des tirs à l’arme lourde, au mortier, émanant de chars d’assaut sur « une zone fortement peuplée…fréquentée exclusivement par des civils » (para 55), ne peuvent donner 25 morts. Sait-il au moins de quoi il parle ? Il ne parle pas de pistolets automatiques mais plutôt d’armes extrêmement dangereuses. Et pourquoi des FDS s’adonneraient-ils à un tel jeu macabre ? Le commando invisible qui fut une réalité vivante à Abobo n’est-il pas au coeur de cette déformation maladroite des faits ? Ne tente t-il pas de cacher les crimes des hommes de Ouattara ? Voici autant de questions que l’acte d’accusation cache. Elles pourraient trouver réponses dans la dimension politique des accusations d’Ocampo.
 
II/ Une affaire purement politique
Le bref rappel des faits mis en rapport avec ceux exposés par Moreno Ocampo nous situe sur la dimension politique du procès de Gbagbo. En effet, le Procureur nie la légalité constitutionnelle (A) pour en déduire un concept qu’il nomme « la politique »(B).
A. La négation de la légalité constitutionnelle
Pour légitimer ses accusations, Ocampo s’est invité à la table de la négation de la légalité constitutionnelle. Si donc pour lui, c’est Ouattara qui est Président, Gbagbo se trouve dans la posture d’usurpateur fou. Donc logiquement il ne pouvait être le garant des institutions. Pourtant dans sa démonstration, il ne fait pas mention des résultats définitifs proclamés par le Conseil Constitutionnel. Alors que ce sont ces seuls résultats qui sont valables et insusceptibles de recours. Il ne s’accroche qu’aux prétendus résultats de la CEI. En agissant ainsi, Ocampo confirme la thèse du « traquenard électoral » mis en œuvre afin d’arracher le pouvoir par tous les moyens à Gbagbo. Dans l’un de ses délires, il soutien que Ouattara a prêté serment par écrit en tant que Président de la République (para 7). Alors de deux choses l’une, soit on est déclaré élu selon les règles et on prête serment de façon solennelle, soit on a organisé un coup d’état électoral et on viole toutes les règles pour vêtir grotesquement la tenue de Président. Dès lors que le serment ne respecte aucune forme prescrite il n’y a pas lieu de le regarder comme sincère il est tout simplement nul et de nul effet. Les allusions faites à la reconnaissance de Ouattara par la communauté internationale, donne plus de relief à la dimension politique du procès de Gbagbo. En effet, pour ce que nous savons, la reconnaissance est un acte subjectif lié aux intérêts des parties en présence. La France, les USA, la Grande Bretagne, certains petits dictateurs africains, éternels laquais, avaient-ils intérêt à voir partir Gbagbo? A l’évidence oui, car au sommet de tout le drame ivoirien se trouve la France avec son ex Président Nicolas Sarkozy ami incontesté de Ouattara. La reconnaissance est donc un acte politique qui n’est ni tributaire des lois nationales, ni tributaire du bon sens. On se souvient que le Président Houphouët Boigny avait reconnu le Biafra comme Etat. Est-ce pour autant que le Biafra fut un Etat ? Toute cette vague de reconnaissances n’est que l’une des étapes qui devait conduire Laurent Gbagbo à la CPI. Elle fut organisée et les rôles bien distribués, Ocampo joue ici le sien en cédant aux tergiversations de ses pulsions par la création d’un concept : la politique.
B. « La Politique », un concept crée par Luis Moreno Ocampo
Le concept « la politique » est le produit de l’invention du sieur Ocampo. Dans son esprit, elle est un code qui renferme tout un programme de meurtre hautement coordonné et savamment planifié. Elle ressemble certainement à celle mise en place au Rwanda. Il transfère ces imaginations dans la personne du Président Gbagbo qui selon lui avait décidé d’appliquer « la politique ». Pour cela, il avait régulièrement des réunions avec « Simone GBAGBO, Charles BLÉ GOUDÉ et les principaux commandants des FDS, afin de faire le point sur la Politique et d'en coordonner la mise en œuvre » (para 11). Si nous tentons une analyse sérieuse, nous dirons que la Côte d’Ivoire est devenue pire que le Rwanda puisque des points journaliers étaient faits sur la mise en œuvre de « la politique. » Et puis, la crise a duré 5 mois, donc en 5 mois on pouvait avoir plusieurs millions de pro- Ouattara exécutés. Ocampo n’est pas assez professionnel pour savoir son concept est creux parce que ne reposant sur rien. Et cela est grave pour un procureur d’une juridiction internationale présentée au monde comme impartiale et crédible.
En outre les noms de Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé accréditent la thèse de la dimension politique du procès. Nous savons tous que ces personnes ont toujours été présentées comme des nationalistes achevées. Il fallait donc les neutraliser en créant des concepts irrationnels. Cela est d’autant vrai qu’un mandat d’arrêt a été lancé à l’encontre de Blé Goudé et Simone Gbagbo séquestrée au nord depuis 1 an. Curieusement, les « principaux commandants des FDS » dont les Généraux Mangou et Kassaraté ont été nommés ambassadeurs ! Ils sont mêmes présentés comme des probables témoins à charge. « La politique » c’est aussi la récupération de théories du RDR, parti de Ouattara. Ce sont par exemple, la xénophobie, l’exclusion. En effet, Ocampo oriente les meurtres à l’encontre des nordistes, Burkinabé, malien. Ceux là, ont longtemps été présentés par Ouattara et son groupe comme des victimes potentiels de Gbagbo. Il fallait donc valider cette vieille thèse par l’invention de « la politique ». On se souvient qu’elle avait servi à un autre mercenaire en cravate, un certain Benoit Schoer, auteur du documentaire « Côte d’Ivoire poudrière identitaire. » Mais au fond, Ocampo jette à la face du monde, le programme des pro-Ouattara, celui ayant consisté à casser tout sauf le « Dioula » ou « Malinké ». C’est ce que cache le concept « la politique ». Depuis septembre 2002, le clan de Ouattara broie tout ceux qui ne partagent pas ses vues. Et La CPI pense avoir fait preuve d’intelligence en décidant de ne prendre en compte que les évènements de la crise post électorale. C’est aussi cela la dimension politique de l’affaire. C’est-à-dire masquer les crimes des rebelles pro-Ouattara et présenter Gbagbo comme le bourreau de son peuple. Songes et mensonges ! Mais là encore, cette institution a du pain sur la planche. Elle devra démontrer l’indémontrable.
 

Conclusion

L’acte d’accusation du sieur Ocampo n’est rien d’autre qu’une succession de manipulations des faits. Elle recèle des faits grossiers et ridicules qui ôtent au document tout le crédit que l’on était en droit de lui attribuer. Les faits sont surtout, le récital des pages du cahier secret de Ouattara et ses soutiens d’où son caractère hautement politique. Le procès de Laurent Gbagbo est au-delà de tout, un procès politique, une affaire des ultras libéraux contre la justice sociale, la souveraineté et l’indépendance des jeunes Etats africains. Et dans ce procès, Ocampo apparait non comme un procureur consciencieux et jaloux de sa robe, mais plutôt comme un mercenaire en cravate juste là pour faire le sale boulot.
 
Alain Bouikalo
bouikhalaud10@gmail.com




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