Montée des eaux à Abidjan: La colère de Dieu ?

Personnes disparues, tuées ou emportées par les eaux, immeubles d é r a c i n é s , routes coupées en deux, ponts emportés… Jamais montée des eaux à Abidjan et dans le pays n’aura été autant spectaculaire et ce n’est pas prêt de finir. Les dieux sont-ils en colère ? Ce ne sont en effet pas les raisons qui manquent.

Mercredi 2 Juillet 2014 - 02:13


Inondation à Abidjan
Inondation à Abidjan
En Côte d’Ivoire, il faut remonter à l’année 1996 pour retrouver la période des pluies diluviennes meurtrières. Cette année- là, le quartier précaire de mossikro, niché entre la lagune ébrié et la commune de Yopougon avait été le théâtre de différents éboulements de terre, tel un coup de grisou comparé à une mine. De nombreuses familles y furent alors englouties, enterrées à la va-vite. Même des quartiers huppés comme Bonoumin qui arbore d’habitude fièrement ses vil- las rutilantes, avait été également frappé… Mais jamais il n’y eût autant des routes coupées, des ponts emportés, des immeubles évincés par des vagues mugissantes, des montées d’eau spectaculaire de plusieurs mètres, des véhicules emportés par dizaines… D’autant plus que le gouvernement avait entrepris des travaux de voirie, dans la foulée de la construction du troisième pont. Le carrefour de l’Indénié a ainsi mobilisé de nombreux engins dont l’utilité valait sans doute leur taille. Mais au bout du compte, non seulement l’Indénié n’a jamais retrouvé son étanchéité d’antan, mais aucune station météorologique locale ou externe n’a pu prévenir l’actuel désastre. Et pour cause, cette année, la furie des eaux s’est d’abord manifestée en anticipant sa venue. Ainsi les mois qui d’ordinaire sont les plus chauds tels que décembre, janvier ou mars ont été pluvieux. Le réchauffement climatique est certainement une explication valable pour camper la vague de pluies torrentielles qui se sont emparées d’Abidjan depuis plusieurs semaines. Mais on peut aussi, en raison de leur soudaineté, oser quelques explications surnaturelles. Et sur ce terrain-là, de nombreuses raisons pourraient justifier la colère de Dieu. D’autant que Dieu lui-même a souvent aussi manifesté sa colère à travers de grandes pluies, le déluge en particulier qui rasa les villes de Sodome et Gomorrhe. Et au regard des faits, notre pays ne peut guère souffrir d’une telle comparaison. En effet, la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara a engendré des pertes en vies humaines considérables. Alors qu’un simple recomptage des voix aurait pu éviter une telle tra- gédie, de nombreux pays étrangers se sont retrouvé en guerre contre tous ceux qui symbolisaient le pouvoir en place dans notre pays. Le président de la République d’alors, Laurent Gbagbo, a été bombardé pendant cinq jours dans sa résidence officielle par une coalition étrangère, à savoir l’Onu et la France ap- puyés par des pays africains limitrophes. Le conseil constitutionnel, le seul juge des élections en Côte d’Ivoire, a été à son tour pris à partie et la raison du plus fort régna dans ces conditions. Puis une chasse minutieuse des partisans de l’ancien président fut organisée. Les plus chanceux s’exilèrent tandis que la grande majorité se retrouva en prison.
Torturés à divers métaux, ils sont encore le millier dans les goulags locaux. Même la mère de l’ancien président ivoirien, presque centenaire, a été elle aussi contrainte à l’exil au Ghana… Bref, jamais l’injustice n’a été autant célébrée dans notre pays. Alors qu’il s’est toujours déclaré élu, Alassane Ouattara a refusé le recomptage des voix et a publiquement appelé à la guerre pour évincer Gbagbo de la présidence ivoirienne. Mais à la fin de la guerre, c’est celui qui appelait au recomptage des voix qui a été inculpé comme responsable de tous les crimes com- mis à l’occasion. Pis, comme si l’enjeu réel était ailleurs, la CPI malgré les rodomontades des observateurs critiques, continue d’ignorer le camp des vainqueurs, expiant par ce seul fait tous les crimes des rebelles d’autrefois… Alors la plupart des victimes de ces injustices se sont réfugié dans la prière, appelant du fin fond de leur chambre, de leur exil ou de leur prison, Dieu au secours. A-t- il répondu par cette pluie diluvienne qui met aussi en échec toute la démagogie du pouvoir, en particulier sur la question de la voirie en Côte d’Ivoire ? On peut peut-être rire de telles conclusions ou y souscrire de toutes ses forces. Dans l’un ou l’autre cas, le mystère de ces eaux intermina- bles qui détruit les certitudes du pouvoir, continuera d’être une grande curiosité. ■
 
SéVérInE BLé
 
Source: Aujourd’hui / N°675 du Mardi 1er Juillet 2014 




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