Mohamed Morsi destitué du pouvoir: La leçon égyptienne

Vendredi 5 Juillet 2013 - 08:42


Peuple égyptien
Peuple égyptien
Les crises politiques ne sont jamais bonnes, ni pour les opposants dans un pays, ni pour le peuple, encore moins pour le pouvoir en place. Il en est ainsi sous tous les cieux et de tous les temps. Et l’Égypte nous enseigne moult choses à ce sujet. Voici un pays multiséculaire, le pays des Pharaons, le pays des Raïs et des grandes armées. Qui ne se rappelle le bras d’airain du Raïs Gamal Abdel Nasser mort par une attaque cardiaque le 29 septembre 1970 ? Qui ne se souvient du bras de fer du Raïs Anouar el-Sadate assassiné de façon spectaculairement tragique par des extrémistes de son armée le 6 octobre 1981 ? Qui a oublié la démission si humiliante du Raïs Hosni Moubarak sous la pression de la rue le 11 février 2011 ? Retenez bien la leçon égyptienne, les temps passent, mais les temps ne se ressemblent pas ! On a beau bâillonné un peuple à travers les temps, mais un jour, vient le temps où le peuple fait l’histoire. Regardez bien. Depuis les Pharaons, les Égyptiens ployaient sous les brimades, les travaux pharaoniques et le règne d’un silence éternel. Les Israélites en savent quelque chose, eux qui passèrent 400 ans dans les geôles des Pharaons d’Égypte. Et les Raïs rivalisèrent d’ingéniosité avec les Pharaons pour maintenir le peuple sous domination et peur viscérale. L’Égypte se transforma en un gigantesque Etat militaire et Etat policier. La croisade contre Israël justifiant tout. Le pays se transforma en un cimetière géant des libertés publiques et de la démocratie. L’Islam radical prit sont envol au grand désespoir d’un peuple épris majoritairement de tolérance et de liberté. Un matin, la fièvre tunisienne gagna les Égyptiens. C’était le 25 janvier 2011.
Brutalement, ils se réveillèrent de plusieurs millénaires de sommeil cadavérique et de torpeur mentale. Ils n’arrêtèrent plus et jetèrent leur dévolu sur la place Tahrir. Du 25 janvier au 11 février 2011, jeunes et chômeurs d’abord, vite rejoints par plusieurs millions d’Égyptiens vinrent crier leur soif de lib - erté, de démocratie et de justice sociale sur cette belle place cairote. Ni les 12 000 arrestations de manifestants du régime, ni les 8071 condamnations, ni encore les 9 000 blessés ou les 890 morts n’arrêtèrent la frénésie de l’histoire. Et le 11 février 2011, le Raïs n’eut pas d’autre choix que de démissionner et de remettre son pouvoir à l’armée. Mais l’armée égyptienne ne comprit pas tout de suite que ce qui venait de se produire après des millénaires d’immobilisme était définitivement irréversible. Aussi le peuple égyptien dut se résoudre à l’y aider avec fermeté. C’est qu’une fois Moubarak parti, l’Armée égyptienne voulut s’approprier la révolution et la victoire du peuple en tentant d’instaurer une démocratie sous son contrôle. C’était mal connaître l’Égyptien nouveau né des braises de la place Tahrir. Ainsi le peuple se mit à nouveau débout. Les revendications sociales et politiques reprirent de plus belle, et la place Tahrir méritât définitivement sa renommée en tant que l’équivalente égyptienne de la place Bastille parisienne ou de la place Tian’anmen pékinoise de l’année 1989. En cette année 2011, les Égyptiens prirent leur Bastille à la place Tahrir, comme les français le firent le 14 juillet 1789. Et l’histoire égyptienne s’accéléra par l’obtention par la rue pour la première fois de son histoire d’élections libres et transparentes. Le 24 juin 2012, Mohamed Morsi, élu avec 51,7% des voix fut proclamé président de la République égyptienne. Mais la leçon égyptienne ne s’arrête pas là. Et l’actualité égyptienne en ces mois de juin et juillet 2013 nous le rappelle. Les Égyptiens n’ont pas pris la place Tahrir uniquement pour obtenir des élections libres et transparentes et un Président. Ils voulaient plus, ils voulaient pour eux toutes les libertés publiques, ils voulaient pour eux la démocratie dans un Etat laïque et la prospérité pour chacun et pour tous. Et pour bien faire comprendre à Morsi qu’ils comptent bien garder le pouvoir qu’ils ont arraché de démettre et d’élire les Présidents, les Égyptiens sont de nouveau descendus dans les rues. Ils sont aujourd’hui plus nombreux qu’en janvier et février 2011. Ils sont plus de 17 millions d’Égyptiens à occuper la place Tahrir pour accuser Morsi et les frères musulmans de prendre en otage leur révolution. Ils dénoncent les lois sur les mœurs  imposées aux femmes, les restrictions des libertés publiques, les difficultés économiques et sociales et l’omniprésence de la confrérie des frères musulmans au sommet de l’Etat. Et l’Armée qui a compris cette fois-ci cette colère du peuple a pris position pour lui. Ainsi va l’Égypte en ce siècle de toutes les incertitudes où des pays étrangers, la France et ses soutiens occidentaux peuvent venir tranquillement faire un coup d’Etat en Côte d’Ivoire et déporter un Président démocratiquement élu à la Haye. Le réveil des Ivoiriens viendra-t-il du Nil ? Quelles leçons les Ivoiriens retiendront-ils des Égyptiens ?

Une contribution de Roger Gballou à Paris

Source: Notre Voie du jeudi 04 juillet 2013




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