Mise en liberté provisoire des pro-Gbagbo: La grande farce que prépare le régime

Le pouvoir veut faire croire que la libération des prisonniers politiques est l’émanation des juges en charges de leurs dossiers. Alors que tout se décide au palais présidentiel.

Dimanche 5 Janvier 2014 - 19:20


Gnénéma Mamadou Coulibaly, Ministre de la Justice
Gnénéma Mamadou Coulibaly, Ministre de la Justice
Invité de la Radio Onuci-fm hier vendredi 3 janvier 2014, le ministre de la Justice, des droits de l’homme et des libertés publiques a voulu faire croire que c’est la justice en toute indépendance qui prend la décision de libérer les détenus politiques. Gnénéma Mamadou Coulibaly estime que la demande faite par Ouattara de réexaminer la liberté provisoire pour certains pro-Gbagbo embastillés est juste une «demande d’analyse» de leurs dossiers. «Nous allons soumettre au juge la requête du chef de l’Etat de sorte que si effectivement certains de ces détenus de la crise postélectorale expriment la volonté d’être mis en liberté provisoire que les juges puissent l’analyser favorablement», a déclaré le Garde des Sceaux. Archifaux ! On se souvient que les avocats des pro- Gbagbo qui se sont constitués en Collectif avaient introduit plusieurs requêtes de mise en liberté provisoire de leurs clients sans succès. Ils ont dû finalement abandonné après s’être heurtés à la muraille politique qui entourait les dossiers de détenus politiques et à l’incapacité des juges d’instructions à rendre des décisions en toute indépendance.

Les listes élaborées au palais présidentiel

C’est obéissant à son agenda personnel et surtout à la suite de pressions diverses exercées par la communauté internationale qui réclament des gestes d’apaisement que Ouattara a progressivement libéré une quarantaine de pro- Gbagbo depuis 2011. Cette fois encore, il vient d’instruire directement les juges d’élargir d’autres prisonniers politiques. «Je viens également de demander au Garde des Sceaux que la justice examine à nouveau une mesure de mise en liberté provisoire de certains détenus de la crise postélectorale », déclarait Alassane Ouattara dans son allocution de nouvel an. Il est clair que la liste des personnes concernées sera soigneusement élaborée au palais présidentiel. D’ailleurs, le jour de l’annonce du chef de l’Etat, des sources proches du palais présidentiel confiaient au Nouveau Courrier que des figurent emblématiques du pouvoir Gbagbo ne seraient pas concernées par ces libérations. Le quotidien Le Nouveau Réveil (proche du pouvoir) citant des sources proches du ministère de la justice annonçait égale- ment que Simone Gbagbo, Blé Goudé ou encore Abéhi ne figuraient pas sur cette liste alors que le juge ne s’est pas encore prononcé.   

L’habillage juridique de la comédie politique

L’évocation des juges ? C’est juste pour donner un habillage juridique à la comédie politique orchestrée par l’Exécutif. La séparation des pouvoirs n’existe pas ici. La justice est aux ordres. Les juges ont les mains liées. D’autant plus que dans une justice normale on n’a pas besoin d’instructions venant de l’exécutif pour que les juges examinent des demandes de mise en liberté provisoire.  Dès la prise de la décision de l’élargissement d’Affi N’Guessan ainsi que 11 pro-Gbagbo le 5 août 2013, aucun thuriféraire du régime n’a évoqué une justice «réconciliatrice». Le parti de Ouattara déclarait plutôt que c’est un geste d’apaisement du chef de l’Etat. «C’est un signe d’apaisement. Un message fort pour la réconciliation nationale et une volonté du président de la république de réussir une cohésion sociale», se félicitait Amadou Soumahoro. «C’est une mesure d’apaisement qui est prise (…) C’est sa [Ouattara] volonté aussi de faire en sorte que les Ivoiriens se réconcilient», avançait le porte-parole du gouvernement Bruno Koné à l’issue du conseil des ministres ce jour.  

A quand la libération des pro-Gbagbo ?

Dans cet entretien à Onuci-fm, Gnénéma Coulibaly a également déclaré que la plupart des dossiers des détenus de la crise postélectorale «sont presqu’en état d’être jugés. Je pense qu’à la fin du premier trimestre de l’année 2014 nous aurons une bonne visibilité des procès qui vont avoir lieu». Quand le journaliste lui demande si ces mises en liberté demandées par le chef de l’Etat pourront intervenir «dans un mois, deux mois à peu près ?», le Garde des Sceaux entretient le suspens et réponds avec hésitation: «Oui, tout au plus». S’agissant des dossiers de Simone Gbagbo et de Charles Blé Goudé, il répond qu’ils suivent leur cours. «Les magistrats font l’effort nécessaire d’élucider les procédures. Nous pensons que d’ici peu nous serons bien situés», affirme Gnénéma. Quant aux relations entre le régime et la CPI, le ministre de Ouattara soutient que «pour l’instant, il n’y a pas de nuages à l’horizon».

Par Anderson Diédri

Source: Le Nouveau Courrier N° 966 Du Samedi 04 au Dimanche 05 Janvier 2014




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