Miaka Ouretto, président du Fpi : « Nous sommes obligés de rougir les yeux »

Lundi 25 Mars 2013 - 12:10


Miaka Ouretto, président du Fpi : « Nous sommes obligés de rougir les yeux »
Le Front populaire ivoirien était face à la presse, jeudi dernier, à l’ancien Qg de campagne de Laurent Gbagbo. Le président par intérim dudit parti, Miaka Ouretto, n’a pas eu la langue de bois. Nous vous proposons la première partie de ses échanges avec les journalistes.
Ouattara Aboubakar (Fraternité Matin Info) : Président, ma question concerne le cadre de discussion avec le gouvernement. Chaque fois que vous sortez des discussions avec le gouvernement, vous dites que les deux parties sont disposées à discuter avec une bonne foi. Et aujourd’hui, vous nous dites que le gouvernement fait preuve de mauvaise foi. Alors qu’est ce qui change dans ce cas ?
Sylvain Miaka Ouretto : Merci mon frère Ouattara de Frat Mat. C’est une question pertinente. Vous savez la politique, c’est de la sorcellerie. Parce que quand on se retrouve ce que notre culture politique et intellectuelle nous impose, c’est de considérer d’abord que nous sommes des frères. Et qu’il peut y avoir des divergences au niveau du langage. Mais l’objectif poursuivi reste le même pour les animateurs politiques que nous sommes, c’est-à-dire chercher une situation de bien-être pour le peuple de Côte d’Ivoire. Chercher le bonheur du peuple de Côte d’Ivoire. Donc quand vous discutez peut-être que l’interlocuteur peut ne pas être inspiré. Quand on sort qu’un journaliste pose des questions, si vous vous êtes bagarrés à l’intérieur, dehors quand même, il faut donner une image positive pour donner des chances à l’autre de se rattraper. C’est ça le principe en politique. Et c’est ce principe là que nous appliquons. Mais on constate qu’on se méprend sur l’attitude sourde des autres. Nous leur donnons toujours la chance parce nous disons que nous discutons des questions de la Côte d’Ivoire. Si on sort, il ne faut pas aller tout de suite dire : « oh ! Ce n’est pas bon, le gouvernement a posé une attitude hermétique. Il refuse tout ». Ce n’est pas poli par éducation. Ce pour cela face à la presse, nous disons toujours que l’ambiance est bonne, le climat est bon. Effectivement lors des premières discussions que nous avons eues, l’ambiance était bonne. Le premier ministre Duncan a tenu un discours très conciliant. « Je remercie les frères d’être venus et que ce qui est en jeu, c’est la Côte d’Ivoire. C’est notre avenir à nous tous, il faut que nous nous entendions. J’espère que nous allons nous entendre, nous allons mettre tout en œuvre pour nous entendre ».
C’est pour cela d’ailleurs dans le liminaire, il a été distingué au sortir de cette première discussion, on a sérié les attitudes et mesures que nous avons arrêtés en trois groupes : des décisions qui ont fait l’objet de consensus, des décisions qui, du tout sur lesquelles, nous ne nous sommes pas entendus puis quelques problèmes qui ont été omis. Parce que quand on procède de la sorte pour arrêter le mode opératoire, cela veut dire qu’à terme, vous allez voue entendre. Et le Premier ministre nous avait dit : « Non les problèmes sur lesquels nous ne nous sommes pas entendus aujourd’hui, demain il est possible que nous nous entendons sur ces problèmes ». Donc il faut toujours gérer la situation sous l’angle optimiste. Et c’est sous l’angle optimiste que nous plaçons toujours nos déclarations pour dire que l’ambiance a été bonne, le climat a été bon. Je ne vais pas aller dans tous les détails. Pour l’essentiel c’est ça. Mais aujourd’hui, nous sommes désagréablement surpris. Parce que nous prenons toujours des précautions. Oui, on fait trop d’anticipation et donc pour mettre le gouvernement à l’aise, on prend toujours des dispositions pour dire voilà nos préoccupations, donc il faut que vous vous prépariez pour que vous nous donniez des réponses qui soient des réponses positives. Tout au moins qui puissent faire l’objet de consensus.
C’est pour cela, avant le dernier round qu’on a eu avec le gouvernement, le 8 mars dernier, nous avons pris sur nous d’adresser une lettre au Premier ministre depuis le 6 février. La dernière fois, le Premier ministre a juré par tous les toits pour dire qu’il n’a jamais reçu cette lettre. C’est pourquoi nous nous sommes permis d’envoyer des copies de cette lettre du 6 février. Dans laquelle nous rappelions après avoir dit des mots de félicité et de remerciements à l’endroit du gouvernement, que nos préoccupations les voilà. Il faut que vous preniez des dispositions pour que notre prochaine rencontre se déroule dans de meilleures conditions que par le passé.
Nous avons fait ça, mais malgré tout ça, nous avons eu un autre Premier ministre avec un visage complètement noir par rapport au visage qu’il nous avait opposé. Le noir, malheureusement c’est le symbole de la misère et du malheur. Mais nous savions déjà qu’il y avait quelque chose derrière et que lui-même est sur des braises. Parce que quand il regarde derrière, il voit des yeux rouges qui disent : «  si tu t’amuses à faire n’importe quoi aujourd’hui, tu vas voir ! » C’est cet environnement vraiment délétère de menaces et de chantage dans lequel nous vivons tous, sans exception, qui conduit à ça. Mais face à ça, nous aussi sommes obligés de rougir les yeux, de dire non.

Etienne Aboa (Frat Mat) : Est-ce que le Fpi va quitter la table de la discussion et du dialogue ?

Sylvain Debailly(L’Intelligent d’Abidjan) : En allant discuter de la participation aux élections locales, est-ce que vous ne saviez pas à quoi vous vous exposiez. Nous étions en 2011, dans le cadre des législatives, alors que le Fpi était en discussion avec le gouvernement, ce dernier avait fixé comme vous le dites si bien de façon unilatérale la date des législatives.
Aujourd’hui encore, vous étiez en pleine discussion, il y a eu fixation de la date des élections locales. Est-ce que vous ne saviez pas à qui vous aviez affaire ?
Sylvain Miaka Ouretto : Merci chers amis pour les questions qui nous donnent l’occasion de sortir tout ce que nous avons dans le ventre. Notre ami de Fraternité Matin demande si le Fpi quittera la table du dialogue. Si vous parcourez le liminaire qui vous a été remis et je crois avoir insisté sur ce point tout à l’heure dans ma première intervention. Nous avons dit que nous sommes profondément attachés à la paix. Et nous ne le disons pas du bout des lèvres. Malgré les quolibets, les attaques inutiles dont nous avons été victimes, nous disons que nous sommes pour la paix. Et Laurent Gbagbo qui a été maltraité plus de 30 ans de sa vie par les différents pouvoirs qui se sont succédés dans ce pays, lorsqu’il est venu au pouvoir en 2000, il a posé des actes concrets qui attestent du fait que c’est un homme qui est attaché à la tolérance, au dialogue, à la paix et au bonheur de ses concitoyens, de ses frères et sœurs de Côte d’Ivoire. Il l’a prouvé. Gbagbo s’est sacrifié lorsqu’il prend des mesures d’ordre institutionnel pour tranquilliser ses frères Ouattara et Bédié. C’est dans ce sens, lorsque dans son gouvernement, il met de côté ses propres partenaires du parti pour tendre la main aux responsables des autres partis, aux ressources humaines sur la base qu’il y a des compétences au Pdci, il y a des compétences au Rdr et ce qui est en jeu, c’est l’intérêt de la Côte d’Ivoire, il faut prendre ces compétences. C’est ce que nous n’avons malheureusement pas en face de nous aujourd’hui. Rien du tout. Ceux là même à qui Gbagbo a donné l’argent pour le combattre, c’est eux qui nous minent aujourd’hui sur le terrain. Pourquoi tant d’ingratitude ? Pourquoi ? Interrogeons ! Et je continue toujours de m’interroger. Pourquoi Gbagbo est déporté à la Haye, sa mère de 84 ans est en exil au Ghana et ça ne fait même pas sourciller quelqu’un du pouvoir Ouattara. Pourquoi ? Michel Gbagbo souffre à Bouna. Pourquoi ? Qu’est-ce que Gbagbo a fait ? Je prends pour mon compte l’interrogation de son propre oncle : Gbagbo t’a fait quoi ? Pourquoi une telle méchanceté ? C’est la question que nous nous posons. La question du dialogue, je crois qu’elle va un peu dans le sens de la question du dernier intervenant qui dit puisque l’intérêt de la Côte d’Ivoire nous préoccupe tant, pourquoi nous ne profiterions pas de ces élections locales pour qu’on rentre dedans pour sauver la Côte d’Ivoire. Je crois que nous avons dit et c’est pour cela que nous sommes en train de crier, pour dire il faut ouvrir le jeu pour que nous tous, on participe au développement de ce pays. C’est dans la synergie qu’on peut relever les grands défis qui sont ceux de notre pays. Ce n’est pas un groupuscule d’individus fussent-ils intelligents qui peut le faire. Et c’est ce que le président Gbagbo a pensé et je crois que c’est juste. Et je crois que c’est ce que nous disons. On va au dialogue pour aboutir à quelque chose de concret, de positif pour notre pays. C’est pourquoi nous interpellons le pouvoir pour dire ça là, c’est mauvais. Lorsque nous disons de prendre une loi d’amnistie, c’est justement parce qu’il y a l’épée de Damoclès qui pèse sur les têts de tout le monde. Beaucoup de nos compatriotes qui sont en exil qui se disent, si je prends l’avion, dès que je vais atterrir à l’aéroport Houphouët-Boigny, qu’est-ce que je vais devenir ? Autant prendre une loi d’amnistie qui va concerner tout le monde. Tant les gens du camp de Gbagbo que ceux du président Ouattara lui-même. Il y en a qui ne dorment quand les journaux parlent de la Cpi. La loi d’amnistie permet d’éviter toutes ces difficultés, tous ces problèmes pour que nous ne nous regardions pas en chien de faïence et que nous puissions nous ressouder en frères aujourd’hui. C’est pourquoi nous insistons sur la loi d’amnistie.
On a posé le problème du dialogue au sommet entre le président Ouattara et le président Gbagbo. Ils ont rejeté ça du revers de la main. Oh ! C’est la question de la justice. C’est entre les mains de la justice. Prions Dieu que cette justice fonctionne selon les règles de la justice.
Vous avez vu lors de l’audience de confirmation et d’infirmation des charges. Comment de façon digne et responsable sans aucune rancune Laurent Gbagbo s’est adressé au monde pour dire : Madame la juge, c’est parce que j’ai appliqué et respecté la loi de mon pays que je suis ici.
Un président qui dit ça sans haine et sans rancune et j’ai eu à dire ça à des amis de ce gouvernement là que Laurent Gbagbo que j’ai eu à rencontrer par deux fois, n’a eu aucun mot de récrimination à l’endroit du président Bédié ni à l’endroit de Ouattara. Son seul souci, comment va le pays ? Est-ce que ça va ? Si ça va chez vous, ça ne peut pas ne pas aller chez moi. Voilà comment il raisonne. C’est pourquoi quand nous disons que nous allons participer à l’élection présidentielle de 2015. C’est pour rassurer deux catégories de personnes. Nos propres compatriotes qui se disaient pro-Ouattara qui voyaient en Ouattara, le magicien qui est venu pour transformer la Côte d’Ivoire en Eldorado pour leur dire que vous avez ouvert les yeux, vous avez ouvert les oreilles, vous avez vu et vous avez entendu, ressaisissez-vous pour qu’ensemble, on puisse avancer parce que là, je ne crois pas qu’il y ait grand chose. Les rassurer en même pour dire qu’il n’y a pas de rancune au Fpi. Il ne faut pas que les gens craignent que si le Fpi vient au pouvoir, ils sont morts. C’est ce que le président Ouattara entretient d’ailleurs de façon indiscrète lorsqu’il essaie d’aiguiser de faux conflits Nord-Sud, c’est pour créer des conflits intertribaux inutilement sur cette base. Mais nous sommes vigilants et nous ne tomberons pas dans ce piège-là.
Une fois revenu au pouvoir, on serait revenu au pouvoir pour toute la Côte d’Ivoire. Dans l’intérêt de toute la Côte d’Ivoire. Comment quelqu’un qui t’a investi, tu peux retourner le pouvoir contre lui ? Quand Gbagbo dit : « Donnez-moi un 6, je vais le multiplier par 10 ou 100, c’est ça. Ce n’est pas pour les règlements de comptes. Il ne faut pas qu’ils aient peur. C’est pour rassurer aussi nos partenaires occidentaux qui ont placé Ouattara au pouvoir. Qui pensent que c’est lui seul qui peut veiller à leurs intérêts vont au delà des intérêts de la Côte d’Ivoire. C’est des intérêts, c’est tout ce qui est ressources dans le golfe de Guinée. Nous ne sommes pas contre les intérêts des Occidentaux. Nous avons tous fait leurs écoles. Aujourd’hui, lorsque nous parlons de diversification de la coopération, c’est justement ça. Nous tendons la main aux partenaires qui nous tendent la main et qui peuvent nous aider objectivement. Voyez un pays comme la Corée du sud qui a le même âge que nous. Ses progrès, c’est les multinationales américaines et japonaises qui ont aidé les Coréens à devenir en moins de 10 ans le 3ème exportateurs de technique dans le monde.
Nous pouvons nous aussi devenir comme ça pourvu que nous ayons la lucidité nécessaire pour chercher les partenaires qu’il faut et non pas exploiter le peuple pour enrichir nos poches. Non ! Nous voulons rassurer nos partenaires occidentaux que leur place est en Côte d’Ivoire dans un partenariat Win Win (gagnant- gagnant : Ndlr). La Côte d’Ivoire est immensément riche. Et comme le dit l’économiste, les capacités d’absorption du capital sont colossales. Elles sont énormes. Quand vous prenez tous les secteurs de Côte d’Ivoire, il y a de quoi investir pour ceux qui ont de l’argent…
… Laurent Gbagbo a cédé le terminal à conteneurs de Vridi à Bolloré sans appel d’offres, sans appel à candidature là où la loi impose l’appel à candidature. Simplement sur la base du gré à gré. Ça veut dire que Gbagbo aime les intérêts français donc les intérêts des Occidentaux. Sinon, il aurait pu faire comme Bassar Al Assad le fait aujourd’hui en Syrie pour donner les secteurs d’activité à la Russie et à la Chine. Est-ce que nous allons faire ça ? Non. Quand tu donnes un marché à quelqu’un, il faut pouvoir le comprendre. Nous avons fait tous nos études en France. A quel moment allons-nous apprendre le Russe ou le Chinois pour nous comprendre ? Nos amis avec qui nous nous comprenons, les Français, les Allemands à la limite puisque nous apprenons aussi leur langue, les Anglais sont là. Ils peuvent nous aider pourvu qu’ils aient de la bonne volonté dans le cadre d’une coopération win win. En 2015, c’est avec ces projets-là que nous allons venir pour dire que Ouattara n’est pas irremplaçable. Le Fpi constitue une alternative crédible. La seule alternative crédible d’ailleurs. Les candidats du Fpi en 2015, mais ça va venir. Regardez, tous ceux-là, ce sont des militants du Fpi et chacun de nous peut être président de la République… Les candidats du Fpi sont multiples sans compter ceux qui sont en prison et qu’on veut tuer en prison. Mais ils ne mourront pas, ils vont sortir. N’ayez aucun souci, les candidats du Fpi, le moment venu, vous les verrez. Et l’argent va venir. Parce que le partenaire que tu as mis en confiance, c’est lui qui va donner l’argent. C’est comme celui qui a mis Ouattara au pouvoir qui, demain va financer notre campagne.



Propos recueillis par Robert Krassault et Benjamin Koré
  Source: Notre voie
 




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