Menaces du gouvernement contre le FPI: rapport à ouattara CNP: ouattara a peur qu’on découvre qu’il est minoritaire en Côte d'Ivoire

Trois ans après son arrivée au pouvoir, Alassane Ouattara éprouve toujours d’énormes difficultés à se sortir de l’étau des consultations populaires. Ainsi, après le désaveu des élections législatives et municipales de 2011 que le gouvernement a d’ailleurs contrées avec de faux chiffres, dans l’unique but d’atténuer sa honte et se donner bonne conscience, le voilà désormais confronté au boycott du recensement général de la population. Mais au lieu d’utiliser la bonne vieille méthode de la falsification des chiffres, le régime a cru bon cette fois-ci de menacer d’emprisonnement les au- teurs du mot d’ordre de boycott qui ruine ses espoirs sur le terrain et remet en cause son autorité sur les Ivoiriens.

Jeudi 8 Mai 2014 - 06:54


Un conseil des ministres prévu un lundi et annoncé en grandes pompes par les médias d’Etat et sur les réseaux sociaux, beaucoup y avaient alors vu l’ombre d’une grande décision. Car dans un pays où plus de mille personnes sont emprisonnées sans jugement depuis trois années, où les avoirs des individus sont encore gelés en dépit des effets d’annonce et les biens privés solidement occuppés, où la réconciliation nationale est en panne sèche, où la santé du chef de l’Etat relève d’un casus belli et où la pauvreté trouve toujours des justifications aussi farfelues que « l’argent travaille »…, ce ne sont pas les préoccupations qui manquaient. Malheureusement, la montagne a accouché d’une souris. Et même ceux qui s’étaient plu à se laisser bercer par la visitation d’une bonne gouvernance et cru qu’un jeu de chaises musi- cales viendrait mettre, ne serait- ce, qu’un peu d’ordre dans ces gré à gré interminables ont, eux aussi, appris à leurs dépens leur forte propension à rêver. Car ce conseil des ministres déprogrammé un lundi a juste permis au gouvernement de dégainer à la Lucky Luke, comme il en a d’ailleurs l’habitude. En effet, selon son porte-parole Bruno Koné, « les personnes qui lancent les appels au boycott », les cadres du FPI en l’occurrence, et qui, selon lui, « perturbent l’ordre public » vont être punies par la loi, la justice  devant bientôt prendre rapidement  des décisions, a-t-il précisé. Cette sortie étonnante de la part de personnes qui avaient pourtant affirmé tout au long des dernières semaines que l’opération de recensement se déroulait bien et que les populations avaient désavoué le FPI, a d’ailleurs valu ce titre ravageur à la une du Nouveau Réveil qui trouve ainsi matière à annoncer des atteintes élémentaires à la li- berté dans un pays comme le droit d’avoir sa propre opinion. « Affi, très très proche de la Maca » a donc écrit hier ce journal qui a toujours le même souci de protéger l’alliance du Pdci avec le RHDP et le pain de son patron devenu également maire par d’heureux hasards. Quant à Alassane Ouattara, il est, lui, coutumier du fait. L’ancien opposant qui s’est présenté comme le martyr rejeté par un pays xénophobe a toujours rusé avec les consultations pouvant contribuer à découvrir son véritable poids dans le pays. A titre d’exemple, lui qui s’était senti visé par la constitution de 2000, au point d’accuser ses dirigeants de refuser qu’un musulman dirige le pays, a pourtant appelé à la voter, expliquant qu’il se sentait visé mais pas concerné. Puis Ouattara avait mené une campagne nocturne contre le oui. On connait la suite. La constitution de 2000 est restée sa cible privilégiée, ses partisans qualifiant son exécution comme un acte d’ivoirité programmé. Onze années plus tard, Ouattara refusait le re- comptage des voix sous l’égide de la communauté internationale pour mettre fin, de manière pacifique, à la crise postélectorale. Mais en 2011, pour contourner le cinglant désaveu provoqué par le boycott des législatives et des municipales, le régime avait, contre la réalité des faits, annoncé des taux de participation sortis de son imagination alors que tous les médias neutres avaient qualifié le scrutin de « désert électoral ». L’ayant ainsi répété aux élections législatives et municipales, l’on était en droit d’attendre du gouvernement qu’il applique la même thérapie pour se sortir du guêpier du recensement général de la population et de l’habitat. Il y a d’ailleurs quelques semaines, le directeur général de l’INS avait affirmé, lors d’une rencontre entre le district d’Abidjan et les populations atchans, que 67% des populations visées par le RGPH étaient déjà recensées et que les objectifs allaient être atteints. Fi- nalement, non seulement sa promesse n’a pas été honorée par les faits, mais, en plus, le coup de sang du gouvernement contre les dirigeants du FPI qui appellent au boycott de l’opération montre amplement qu’il ne peut plus ca- cher l’ampleur du désaveu. Cela dit, le gouvernement a aussi choisi la même stratégie de la menace pour faire face à d’autres fronts. Ainsi, le garde des sceaux Coulibaly Gnénéma qui réalise sans doute que le président Gbagbo pourrait obtenir un non- lieu et retourner en Côte d’Ivoire, affirme que le régime le poursuivra quand même au regard de procédures internes qu’il n’a guère précisées. Même tonalité également sur les réformes de la commission électorale indépendante à laquelle le gouvernement refuse qu’on touche. Bref, trois ans après son arrivée au pouvoir, le chef de l’Etat n’a toujours pas réussi à convaincre au-delà de son cercle d’aficianados. En cause sans doute les conditions de son arrivée au pouvoir après une crise postélectorale qui a fait des milliers de morts, la politique de rattrapage ethnique qui opère une classification entre les citoyens. Ainsi, la crise ouverte sur le recensement de la population se présente avant tout comme une crise de légitimité puisqu’elle montre clairement  que chaque fois qu’il a fait appel à la population, Ouattara s’est vu systématiquement être boycotté par elle.▄

 Sévérine Blé
Source: Aujourd’hui / N°636 du Mercredi 07 Mai 2014




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