Menace sur les élections de 2015: Ouattara se taille une CEI sur mesure

La réforme tant attendue de la Commission électorale indépendante a été annoncée ce mercredi en conseil des ministres par le gouvernement. A y voir de près le projet de loi à venir, Ouattara se taille un costume sur mesure pour la prochaine présidentielle.

Vendredi 11 Avril 2014 - 11:34


Bakayoko Youssouf, président de la CEI
Bakayoko Youssouf, président de la CEI
Après les récriminations persistantes de l’opposition, Alassane Ouattara s’est finalement résolu à réviser la composition de la Commission électorale indépendante (CEI) exclusivement aux mains de son régime. Mais quand on la regarde de près, cette "réforme" est littéralement taillée sur mesure par le gouvernement. En effet, à l’issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a annoncé hier mercredi 9 avril la recomposition de l’institution en charge des élections. La commission centrale de la CEI, organe chargé de consolider la compilation des résultats des élections avant leur publication officielle par le Conseil constitutionnel passe donc de 31 à 13 membres. «Il est bon de noter que le projet de loi extrait des organes de la CEI les groupements ou acteurs politiques dont la présence ne se justifie plus. Aujourd’hui, la CEI est ramenée à 13 membres dont 4 représentent le président de la République et le gouvernement au lieu de 11 auparavant, 3 représentent la société civile dont 2 religieux, 3 représentent le parti ou les groupements de partis qui sont au pouvoir et 3 représentent les partis ou groupements politiques de l’opposition», a annoncé Bruno Koné. L’Assemblée nationale étant aux ordres de l’Exécutif, l’on imagine bien que ce projet passera comme lettre à la poste. Ouattara veut donc imposer au forceps une Commission électorale qu’il contrôle en vue des prochaines élections. Car au- delà des groupements rebelles du MPCI, du MPIGO et du MJP qui sont absents dans cette CEI réformée, ainsi que sa composition qui passe de 31 à 13 membres, cette CEI reste dominée par la coali- tion au pouvoir. Comme à son habitude, le chef de l’Etat tente donc de distraire la communauté internationale qui à l’instar de l’opposition (Fpi notamment) réclame cette réforme depuis belle lurette.
Nouvelle CEI : rien que de la poudre aux yeux Alassane Ouattara a un représentant dans cette CEI qu'il  prétend recomposée. Un pour le ministre en charge de l’administration du territoire (Intérieur et sécurité aux mains du Tout-Puissant Hamed Bakayoko), un pour le ministre chargé de l’Economie et des finances et un magis trat désigné par le conseil supérieur de la magistrature présidé par… le chef de l’Etat. 3 représentants de la Société civile sont annoncés dans cette CEI nouveau format dont deux religieux, qui seront forcément choisis par des procédés discrétionnaires plus ou moins déguisés, donc désignés par le pouvoir. A qui reviendra également la troisième place ? Quand on sait que le régime Ouattara a créé de toutes pièces une crise fictive dans la plus grande plateforme de la société civile de Côte d’Ivoire (la Convention de la société civile ivoirienne - CSCI) et en prenant partie en faveur de son homme, Bakayoko Sidiki, au détriment de Christophe Kouamé qui a pourtant été élu à l’issue du dernier congrès de juillet 2012 (entériné par décision de justice), des suspicions légitimes demeurent.  Qui occupera les trois sièges consacrés aux «partis ou groupements politiques de l’opposition» ? La question reste entière. D’autant plus qu’il y a également des raisons de douter de la représentativité de l’opposition véritable au régime. Le camp Ouattara pourrait coopter des leaders d'une simili-opposition inféodés. D’ores et déjà, au moins 8 places sur 13 sont dans son escarcelle, soit plus de 60% des voix délibératives, tandis que les opposants, "vrais" ou "faux", doivent se contenter de 23% du pouvoir décisionnaire. Qu'est-ce qui change ? Rien. Les pièces du puzzle abject pour faire un passage en force de Ouattara en 2015 se mettent en place. Ainsi, après avoir fait adopter par le parlement des lois contestées par la société civile et l’opposition comme celles sur l'acquisition de la nationalité par déclaration, forgée pour faciliter les fraudes en tous genres, le régime est encore à la manœuvre. Cette fois, en misant sur la caporalisation de l’institution en charge des élections. Là où l’opposition appelait de tous ses vœux des discussions franches pour une com - mission électorale consensuelle, il impose son diktat unilatéral. Et s'empresse, comme à son habitude, de faire du "vuvuzela" à destination de la "communauté internationale", dont l'opinion l'intéresse bien plus que celle des Ivoiriens.

Par Anderson Diédri

Source: Le Nouveau Courrier N° 1003 Du jeudi 10 Avril 2014




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