Menacé par la base: Affi N’guessan, un chef sans troupes

Au front populaire ivoirien, c’est désormais l’impasse. A la demande du président sortant, aucune réunion des militants n’est possible au QG de Laurent Gbagbo qui fait figure de siège du parti, sans l’accord préalable de la secrétaire générale du parti, Agnès Monnet. Aux premières lignes de la guerre que se livrent pro et anti-Affi, Agnès Monnet est chargée de rationner l’ouverture du QG, propriété privée de Nady Bamba qui n’a pourtant pas les meilleurs rapports avec le président sortant du FPI. Et d’ailleurs pour cette raison, l’assemblée générale de l’OFFPI s’est tenue samedi dernier dehors, devant le QG, sous un soleil de plomb. La multiplication des assemblées générales qui rivalisent en effet de propositions de sanctions contre le président sortant constitue sans doute l’une des clés possibles permettant de comprendre cette posture d’Affi. C’est d’ailleurs pour l’en débusquer qu’une pétition demandant l’organisation d’une session extraordinaire du comité central extraordinaire s’organise. Selon ses initiateurs, elle devrait rendre possible le débarquement de l’actuelle direction.

Mercredi 24 Décembre 2014 - 08:35




Contexte: Les assemblées fédérales se multiplient avec le même message : avoir la peau de Pascal Affi N’Guessan qui n’est plus, pour de nombreux militants du FPI, le président du parti.

Enjeu: D’ailleurs le prochain comité central extraordinaire qui s’organise en toute discrétion entend montrer que le président sortant est désormais un chef sans troupes.

En attendant l’occasion, la plupart des militants du FPI rêvent d’en découdre avec le président sortant que beaucoup ne reconnaissent d’ailleurs plus comme leur président. Au surplus comme un signe des temps, une nouvelle conférence de fédéraux a été créée depuis quelques jours. Elle réunit tous les fédéraux opposés à Pascal Affi N’guessan et a à sa tête un comité ad’hoc présidé par le fédéral de Sinématiali, Soro Kéléfowa, celui qui avait lancé l’appel de Mama et qui, depuis, est devenu le meilleur ennemi du président du FPI. Cette trouvaille est en effet un danger pour le président sortant. Parce que sur le terrain, ce sont ces fédéraux qui préparent les rencontres entre la base et la direction. C’est dire que sans eux ou s’ils y sont opposés les meetings et les liesses populaires qu’affectionnent bien le président du FPI ne sont plus possibles. D’ailleurs le message du comité ad’hoc est clair :Affi N’guessan ne doit plus être reçu chez eux. En fait, la dynamique de mener la vie dure au président du FPI a commencé depuis le rendez-vous manqué de décembre. En raison d’une assignation du président sortant saisie par le gouvernement comme une chance pour museler le FPI, le 4è congrès n’avait pu se tenir dans les conditions voulues. Depuis lors, la consigne qui a été passée pendant le congrès clandestin est que les assemblées fédérales s’expriment. Ce qu’elles font en demandant soit la suspension ou la radiation du président du front populaire ivoirien que le directeur de campagne de Laurent Gbagbo pour ces élections à la présidence du FPI a accusé d’être passé de l’autre côté, c’est-à-dire chez l’ennemi. De toute façon la sollicitude dont fait l’objet le régime pour maintenir politiquement en vie le président sortant cachait déjà mal cette réalité. Assoa Adou avait déjà accusé le président Affi de lui avoir confié qu’il subit de fortes pressions et qu’il ne pouvait qu’aller dans le sens de faire reporter le congrès du parti devant coup sûr sacrer le retour du président Laurent Gbagbo à la tête du FPI, treize ans après l’avoir laissé à son ancien premier ministre. Mais un tel rêve ne devrait plus mettre du temps à se réaliser tant la pression des structures sur Affi est grande. En dehors des fédérations dont les déclarations appellent à des sanctions exemplaires contre le président sortant, le comité de contrôle du parti a encore saisi la direction pour l’inviter à organiser un comité central extraordinaire. Son courrier dont nous avons reçu copie (voir la page 3) stipule que « conformément aux dispositions de l’article 37-2 des Statuts et 16-2 du règlement intérieur,  (le comit » de contrôle)te demande de convoquer une session extraordinaire du Comité central élargie aux Secrétaires généraux de fédérations le mercredi 17 décembre 2014 à 10 heures au Q.G de campagne du Président Laurent GBAGBO, siège provisoire du Parti, et ce, dans les mêmes formes que le report du congrès aux fins de statuer sur les faits ci-dessus mentionnés portant atteinte à la cohésion du parti ». La lettre envoyée depuis le 12 décembre n’a toujours pas trouvé de réponse. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une pétition des membres du comité central est en cours. Selon ses initiateurs, elle devrait être opérationnelle dès aujourd’hui mardi. Si le comité de contrôle ne peut qu’interpeller la direction sur ses manquements, en revanche, les ¾ des membres du comité central peuvent valablement convoquer une session extraordinaire du comité  de contrôle. C’est ce qui va être fait dans les prochains jours. D’autant plus que sur les 300 membres qui sont vraiment actifs, les initiateurs de la pétition se disent assurés de réunir autour de leur projet un minimum de 250 militants. L’opération « Affi dehors ! » est donc engagée. Et on verra bien de quel secours lui seront ses nouveaux alliés du pouvoir.

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°793
 




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