Me Josette Kadji, avocate TPI pour le Rwanda : « L’accusation contre le président Gbagbo a été mal ficelée »

Mercredi 6 Mars 2013 - 05:54


Me Josette Kadji, avocate TPI pour le Rwanda : « L’accusation contre le président Gbagbo a été mal ficelée »
Me Josette Kadji, avocate au Tribunal pénal international pour le Rwanda, était l’invitée de la chaîne de télévision panafricaine Africa 24. Pour elle, le procureur n’a pas mis la chambre dans la possibilité de bien appréhender les charges produites contre le président Gbagbo.

Africa 24 : Mme Kadji pourquoi M. Gbagbo n’a pas été jugé dans son pays en Côte d’Ivoire ?


Me Josette Kadji : moi, je ne cesse de le dire parce que c’est une décision qui dépend du gouvernement ivoirien. Comme vous le savez, les dispositions de la Cpi permettent à un Etat-partie qui en a les capacités de juger ses ressortissants. Mais apparemment, le gouvernement de M. Ouattara a préféré renvoyer cette charge sur la Cpi. Mais bien évidemment, il peut être jugé en Côte d’Ivoire.

Africa 24 : Il existe également une cour africaine. N’a-t-elle pas la capacité de juger M. Gbagbo ?


J.K. : Non, la cour africaine n’est pas compétente pour connaître des affaires de ce genre. Elle est là plutôt pour connaître des affaires concernant l’interprétation, l’application de la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples. A ma connaissance, personne ne l’a saisi en ce qui concerne le cas du président Gbagbo.

Africa 24 : Les charges retenues telles qu’elles ont été présentées par l’Accusation, par la procureure, vous semblent-elles suffisantes à la tenue d’un procès ?


J.K. : Suffisantes ? Des charges suffisantes ? Mais elles ne peuvent pas être suffisantes. Moi, je poserais la question autrement. Est-ce que le procureur a établi possibilité pour la Cpi de poursuivre le président Gbagbo ? Je ne le pense pas parce que j’ai suivi avec beaucoup d’attention les audiences de confirmation des charges. Et pour ma part, le travail du procureur a été mal ficelé, a été fait à la va-vite et sans enquêtes. Donc pour moi, je trouve que le procureur n’a pas mis la chambre dans la possibilité de bien appréhender les charges qu’il produit contre le président Gbagbo.

Africa 24 : D’après vous, cela semble-t-il possible que la Cour pénale internationale lance des mandats d’arrêts contre les partisans, ceux qui étaient alors dans le camp de l’actuel président, Alassane Ouattara?


J.K. : Non seulement c’est possible, mais la cour doit le faire pour avoir une certaine crédibilité. Parce que tout le monde sait et cela ressort même dans le dernier rapport d’Amnesty International, que des exactions ont été faites par le camp Ouattara et continue à l’être par ce camp. Donc pour la crédibilité du tribunal, il faudrait absolument que des mandats d’arrêt soient lancés.

Africa 24 : Dans son intervention au dernier jour du procès, M. Gbagbo n’a pas évoqué le sort des victimes. Est-ce que cela peut lui porter préjudice ?


J.K. : Oh ! Il aurait fallu avant qu’il parle des victimes des deux camps… Je ne pense pas que le fait de ne pas en avoir parlé veut dire qu’il ne se préoccupe pas du sort de ces victimes-là. Puisque ce sont des Ivoiriens. Et il se prévaut d’être président de tous les Ivoiriens. Donc le fait de ne pas avoir parlé de victimes, pour moi, ne veut pas dire qu’il n’en a pas conscience.

Africa 24 : A quoi peut-on s’attendre à présent ? Dans combien de temps la cour peut prendre une décision ?


J.K. : La cour a 60 jours. Donc, je pense que comme l’a dit la présidente le jour de la clôture de l’audience, elle veut disposer d’un moment qui fait 60 jours pour pouvoir prendre une décision qui, je l’espère, sera profondément logique et profondément justifiée sur le plan légal.

Propos retranscris par
Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

Publié le mercredi 6 mars 2013  |  Notre Voie




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