Marketing politique de la haine: Un documentaire de propagande contre Gbagbo sort le 30 octobre

Un «consultant en communication» annonce la sortie d’un film à charge contre le premier président de la Deuxième République ivoirienne, alors que la CPI doit statuer sur une éventuelle mise en liberté provisoire. Une seule question vaut la peine d’être posée : puisqu’il est consultant, qui est donc son client – ou son commanditaire ?

Lundi 28 Octobre 2013 - 07:30


Marketing politique de la haine: Un documentaire de propagande contre Gbagbo sort le 30 octobre
Se présenter malhonnêtement comme un enquêteur impartial, brûlant de donner la parole à toutes les parties en présence, pour finir par jeter le masque en apothéose et trahir ses motivations premières par quelques maladresses évitables. Ainsi peut-on résumer la geste de Saïd Mbombo Penda, ancien journaliste de la BBC, d’origine camerounaise reconverti en «consultant en communication» basé à Abidjan selon son profil Twitter. Un «consultant en communication» qui gagnerait à être plus transparent sur l’identité des clients qui le paient. En effet, un peu de transparence sur cet aspect de son activité professionnelle aiderait les observateurs à se faire une idée sur une question inévitable : le documentaire qu’il vient de commettre sur le président Laurent Gbagbo, qui s’intitule assez pompeusement «Laurent Gbagbo, despote ou anticolonialiste… le verbe et le sang», est-il un film de propagande commandé par une officine quelconque, un documentaire militant et qui s’assume comme tel, ou une froide œuvre d’impartialité détachée ? Bien entendu, les trois genres sont légitimes, mais il faut avoir le courage de le montrer sans ruser avec le public. Saïd Penda fait mine de se comporter comme un Candide au pays des Eléphants qui se ferait raconter Gbagbo tel qu’en lui-même «par des personnes qui l’ont bien connu». Comme pour donner des gages d’équilibre, il fait parler Toussaint Alain, ancien conseiller en communication du «portraitisé», et César Etou, patron du quotidien «Notre Voie». Mais en réalité, celui qui structure idéologiquement le documentaire – et les téléspectateurs auront le loisir de s’en rendre compte – est l’universitaire camerounais Franklin Nyamsi, «nègre» officiel de Guillaume Soro dont il rédige les discours, avec (et aux frais de qui) il voyage. Et qui a fourni à son «patron» le concept d’«anticolonialisme dogmatique» qui se veut un pare- feu aux accusations de servilité néocoloniale qui colle à la peau des tirailleurs de la Françafrique qui se recrutent au sein de l’actuel pouvoir ivoirien, aux affaires grâce aux missiles de Nicolas Sarkozy.
Des indices du parti pris flagrant Quelques indices permettent de décrypter le parti pris brutal et la démarche biaisée de Saïd Penda. Et ils se trouvent notamment sur son compte Twitter. Alors qu’il est en plein tournage de son documentaire qui dit ne s’attacher qu’aux faits sans a priori, il «twitte» névrotiquement… contre Gbagbo et ses partisans, qu’il courtise par ailleurs pour ses interviews- prétexte. Le 25 août 2012, il écrit : «Partisans de Gbagbo: encore et toujours la même arrogance. Et pourtant... ». Il continue : C'est à croire que les charniers et escadrons de la mort de son régime n'ont jamais existé. J'étais pourtant jour - naliste en Côte d'Ivoire… ». Et il finit en atteignant le point Godwin – le fameux moment où Hitler est convoqué. «Pas de quoi se désoler cependant. Même Hitler avait et a toujours des partisans... prêts à tuer et mourir pour lui». Aucune différence avec le plus sectaire des «adorateurs», donc. Le 7 août dernier, il en remet une louche, glorifie la libération provisoire d’un certain nombre de cadres du FPI pour flatter Ouattara tout en faisant la moue. «Courageuse décision de libérer les prisonniers pro-Gbagbo. Les victimes semblent pas contentes. L'opinion a presque oublié qu'il en existe ». « Anticolonialisme et anti-impérialisme incompatibles avec la démocratie? Quelle trajectoire pour Lumumba et Nkrumah s'ils étaient toujours vivants», fait-il mine de s’interroger, comme pour criminaliser  le légitime désir d’indépendance de l’Afrique.
Un casting déséquilibré et révisionnisme sur Duékoué
Abdoulaye Wade, Antoine Glaser, Franklin Nyamsi, Sidiki Kaba, Tiémoko Koné, Gilles Yabi, etc… Une fois qu’il a interviewé César Etou et Toussaint Alain, Saïd Penda donne la parole à toute une brochette d’analystes qui martèlent les théories auto-justificatrices de la «communauté internationale» et surtout de la France, qui n’a cessé d’imposer ses vues à l’ONU et au sein des « grandes ONG ». C’est son droit. Mais là où sa démarche commence à sentir très très mauvais, c’est quand, dans la logique de protection d’Alassane Ouattara et de son régime, il relaie le révisionnisme le plus nauséeux sur le massacre à caractère génocidaire de Duékoué Carrefour, perpétré en mars 2011 et toujours impuni. «Le massacre a été commis par les différentes communautés malinké, sénoufo, baoulé et les ressortissants de la CEDEAO – les Burkinabés et les Maliens – qui avaient assez souffert. Sinon, c’est pas les Forces républicaines d’Alassane Ouattara», ose ainsi Sylla Vazoumana, présenté comme le président des jeunes originaires du Nord de la Côte d’Ivoire à Duékoué, à qui la parole est complaisamment donnée. Faut-il rappeler à Saïd Penda qu’en l’occurrence, la vérité sort (aussi) de la bouche des victimes et des enquêteurs de terrain qui, comme ceux d’Amnesty International, ont conclu à la culpabilité des nervis armés (et protégés) du régime actuel ? Le révisionnisme est un sport de combat, mais c’est une entreprise perdue d’avance dès lors que le travail de mémoire est fait consciencieusement.

Par Philippe Brou

Source: N° 913 Du Samedi 26 au Dimanche 27 Octobre 2013




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