Marches éclatées: Le pouvoir a très peur depuis mardi

Alors qu’il avait semblé moquer la détermination des leaders de la jeunesse de la coalition nationale pour le changement, persuadé qu’ils n’essuieraient qu’un cuisant échec, le gouvernement s’est lancé depuis hier dans une nouvelle opération de répression qui, à la vérité, ne montre qu’une chose : sa grande peur.

Vendredi 12 Juin 2015 - 04:58


Un communiqué conjoint du ministre de l’intérieur et de celui de la défense a été lu mardi dernier au journal de 20 heures, soit quelques heures seulement après les marches éclatées qui se sont déroulées à Abidjan et à l’intérieur du pays et dont le succès a visiblement ulcéré le gouvernement. Ce communiqué annonce une répression des leaders qui les ont organisées, sous le prétexte qu’elles n’avaient pas été autorisées. « Le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de la sécurité réaffirme la fermeté du gouvernement contre les initiateurs et organisateurs de telles manifestations illégales qui perturbent l’ordre public. Les auteurs de ces violences seront poursuivis et traduits devant les tribunaux ». Et le gouvernement de la jouer pédagogue : « il est rappelé que toute manifestation sur la voie publique est soumise à autorisation administrative préalable ; tous les acteurs politiques sont (ainsi) invités à se conformer strictement aux procédures réglementaires en la matière ». Fin de citation. Joignant l’acte à la répression, une trentaine de policiers, certains en tenue de travail, d’autres en civils et appuyés par quatre véhicules du CCDO ont fait irruption au siège du mouvement « Solidarité pour Gbagbo » pour arrêter les leaders de la jeunesse de la coalition nationale pour le changement (CNJC) qui y organisaient une conférence de presse. Quatre parmi ceux-ci ont été arrêtés dont Cissé Mariam, membre de la direction de la JFPI et Durand Zagol, président de la jeunesse de l’UNG.
Quelques heures seulement après leur arrivée à la préfecture de police, ces leaders ont été auditionnés et enfermés au sous-sol du bâtiment. En attendant, sans doute, d’être transférés à la prison civile, Maca. Mais à la vérité si la présence de la ministre de la justice française, Christiane Taubira, n’a pas incliné le gouvernement ivoirien à faire semblant de respecter la liberté d’expression dans le pays, c’est bien parce que depuis mercredi, il a perdu de sa sérénité. Car ce jour-là, le mouvement des marches éclatées lancé par de jeunes leaders, qui tentent d’asseoir leur propre légitimité, a rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs localités du pays. Et même Abidjan qui avait dégagé jusque-là une apparence de forteresse imprenable n’a pas résisté longtemps à être débordée alors que les conditions météorologiques étaient démentielles. Les  policiers et les gendarmes, mais aussi des centaines de supplétifs FRCI lâchés dans la nature, et commis à la chasse des manifestants, ont été rapidement débordés. A Yopougon, en particulier, après les premiers affrontements au terminus 40 qui ont occasionné les premiers jets de grenade lacrymogène, les manifestants, pas très nombreux au départ, ont pu ensuite se renforcer et animer un meeting devant l’espace attenant au palais de la justice de Yopougon. Pour le symbole, le message était fort. Car le palais de justice était l’un des nombreux points de ralliement des marcheurs largement communiqués. Souvent même, les manifestants ont pu maintenir leurs positions en affrontant leurs agresseurs qui essuyaient alors des jets de pierre. Ce qui est un tournant en soi. Car depuis les événements de 2011, qui ont marqué la chute de l’ancien président de la république, c’est la première fois en effet que les forces de l’ordre, quelles qu’elles soient,  font face à une telle détermination et à une telle placidité des militants de l’opposition. Nombre de leaders étaient en effet dans la marche, aux côtés des militants qui ont à la fois affronté forces de l’ordre et intempéries. Au demeurant, l’appel à manifester a été largement entendu à l’intérieur du pays, en dépit d’une mauvaise coordination et une impréparation évidentes. A Bonoua, Gagnoa, Ouragahio, Alépé, Soubré, Aboisso, Guiglo… par exemple, les manifestants ont crié leur ras-bol avant d’être contraints à affronter les forces de l’ordre. Même dans certaines localités telles qu’Agboville, Alépé, Soubré et Divo, la manifestation a même connu une fin sans heurts et les jeunes leaders locaux ont pu déposer leurs motions au gouverneur de la ville. Parfois, c’est la détermination des foules qui a fait fuir les agents des forces de l’ordre comme à Bonoua, Ouragahio et Bayota où les populations son sorties massivement. A Ouaragahio en particulier, les populations des villages environnants se sont déversées dans le chef-lieu de préfecture pour exprimer leur colère. De fait, les manifestants tenaient des cartons sur lesquels ils dénonçaient les arrestations politiques, la cherté de la vie, le rattrapage ethnique, les fraudes électorales à venir, la justice des vainqueurs… Le gouvernement a pu ainsi réaliser que la répression ne suffirait plus à préserver son pouvoir, d’autant plus que les leaders de la coalition nationale pour le changement s’apprêtent à organiser leur sortie officielle et, dans la foulée, à lancer des mots d’ordre destinés à l’obliger à discuter. Le gouvernement se rend surtout compte que la colère des Ivoiriens est réelle, rendant manifestes les risques d’un soulèvement populaire. Dès lors, il a choisi d’arrêter les leaders pour étouffer l’expression des colères jusque-là étouffées. Il promet aussi d’interdire toutes les manifestations. Mais à ce jeu, c’est bien Ouattara qui s’expose aux marches éclatées qui ont montré qu’elles avaient un certain succès auprès des Ivoiriens.


Par Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°907
 




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