Mamadou Koulibaly s'en prend à Guillaume Soro

Samedi 5 Janvier 2013 - 07:59


Mamadou Koulibaly s'en prend à Guillaume Soro
Le meilleur des premiers ministres de Gbagbo Laurent aime raconter comment de nombreux lauriers doivent lui revenir et pourquoi il doit être traité comme le meilleur des citoyens de notre pays, celui qui a sauvé la Côte d’Ivoire. En un an comme en dix, n’a-t-il pas mieux fait que tous ? Voilà plus de dix-huit mois qu’il est au pouvoir sans qu’il n’y ait eu de rébellion organisée contre lui qui, en septembre 2002, se je- tait contre l’Etat de Côte d’Ivoire avec sa horde de rebelles en armes. Ils étaient venus y mettre de l’ordre, disaient ceux qui ont été iden- tifiés plus tard comme le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire, dont Soro était le secrétaire général. Contre lui, personne n’a encore monté une rébel- lion. Qui dit mieux, en un an comme en dix ? Dans le débat politique, la liberté d’ex- pression exige, – en démocratie en tout cas –, que toutes les opinions puissent s’exprimer. Personne ne peut interdire que certains puissent écrire et publier que le soleil se lève au nord et se couche à l’ouest, que l’homme et la femme sont du même sexe, que Hou- phouët Boigny n’est pas mort mais qu’il a simplement émigré en Austra- lie, que les poules ont des dents que seules des lunettes spécifiques permet- tent de voir, que le 19 septembre 2002 il n’y a eu aucun événement choquant en Côte d’Ivoire, que les prophéties de Malachie sont en cours de réalisation, etc. Toutes ces affirmations, dans un certain sens, découlent de la liberté d’expression. Dans le processus de construction d'une nation sur des bases démocratiques, tout doit être fait pour sauvegarder cette pluralité des opi- nions, même si certaines paraissent ab- surdes, saugrenues et politiquement insensées. Cependant, la liberté d’ex- primer ses opinions ne signifie pas la libre acceptation de toutes les opinions exprimées, parce qu’il existe un filtre dans le débat qui permet à notre enten- dement de sélectionner la vérité et de réfuter l’erreur et le mensonge. Le débat d’idées, la confrontation des opi- nions sur les questions politiques et économiques comme sur toutes les questions sociales, recourent à l’ap- proche scientifique, à la démonstration argumentée pour exclure les opinions perverses de la dialectique et de la rhé- torique. Le président de l’Assemblée nationale croit que le débat politique est une foire d’opinions de toutes sortes, et ignore que le respect de l’opinion signifie ri- gueur analytique. Pour lui, comme nous sommes dans le débat politique, n’importe quelle affirmation est bonne à exprimer car, après tout, chacun de nous n’est-il pas propriétaire et respon- sable de ses idées, de ses sentiments et de ses opinions? Procéder ainsi, comme il le fait, sur des questions sé- rieuses, relève du charlatanisme poli- tique, car c’est pervertir le débat que d’y jeter de la confusion intellectuelle et morale.
Le charlatanisme politique est une im- posture qui tente de se confondre avec la science politique. Dans notre pays,
lorsqu’au sommet de l’Etat, l’opinion majoritairement exprimée relève de ce type de confusion, c’est la démocratie que l’on assassine et avec elle, la liberté d’opinion et la liberté tout court. Les hommes et les femmes qui font de la politique dans notre pays et qui esti- ment qu’il s’agit de leur métier, leur gagne-pain, aiment se mettre dans cette posture de perversion de la dialectique, ce qui les amène parfois à suggérer l’enseignement dans nos classes pri- maires, secondaires et même supé- rieures de n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe quel moyen, au point de dévaloriser l’école et l’éducation publiques, d’amener les enfants et leurs parents à mépriser la vérité et à croire que la tricherie, le faux, la falsification, la fraude, le men- songe sont des valeurs qui payent plus que la vérité et la rigueur. En la ma- tière, le président du parlement ivoirien est passé maitre. Lui ne se contente pas de pervertir la dialectique; il tente aussi, depuis de longues années, de pervertir la rhétorique. Les orateurs sé- rieux dans la politique cherchent nor- malement à convaincre leur auditoire avec certaines vérités que leurs adver- saires du moment peuvent réfuter. Ils restent dans le respect et la noblesse de l’entendement d’autrui. Chez nous, les orateurs se prennent pour des tribuns dès lors qu’ils peuvent, de façon vi- cieuse, jouer sur les capacités d’erreur de leur auditoire et les persuader du faux. Lorsque la rhétorique abandonne la vertu et recourt au cynisme et aux passions personnelles de l’orateur, à sa cupidité, sa vanité, ses ambitions, son désir de remplir son ventre ou de sauver sa tête, le débat est perverti et les citoyens qui écoutent sont rabais- sés au rang de simple foule pour la- quelle l’on n’a aucun respect et devant qui l'on n’a aucune responsabilité à as- sumer. C’est la célébration de cette forme de rhétorique qui tue la démo- cratie naissante dans notre pays, car le message politique se résume à de la simple propagande qui exige pour son triomphe que l’on supprime toutes les voix discordantes et toute opposition. Cette orientation du débat tue la démo- cratie et fait place libre à l’autocratie, à la haine de l’autre et à la criminalisa- tion de l’Etat. Pour illustrer ces propos, nous présenterons deux cas qui mon- trent bien comment le président de l'Assembée Nationale, Monsieur Soro Kigbafori Guillaume, aime à pervertir la vérité et ériger le mensonge en sys- tème de justification de crimes de la ré- bellion et des crimes d’Etat. Le premier exemple est celui du bilan des dix ans de gouvernance de la Côte d’Ivoire sous Laurent Gbagbo en tant que président de la république. Le bilan de ces dix ans, selon Soro, est plus fai- ble que son bilan annuel à lui. Comme il est aisé de le dire et comme il est er- roné d’y croire ! Ne regardons même pas le contenu du bilan, qui a par ail- leurs été dressé plusieurs fois et qui dé- pend des optiques des uns et des autres. Regardons simplement la forme de cette proposition, sans défendre d’ail- leurs Gbagbo, qui se promenait en ba- teau avec Soro sur les lagunes d’Abidjan et le présentait toujours comme le meilleur de ses premiers mi- nistres, c'est-à-dire celui qui aura mieux contribué au bilan que Affi N’guessan, Seydou Diarra ou Charles Konan Banny. Soro est celui qui a représenté la rébel-
lion contre l’Etat de Côte d’Ivoire, dix- huit mois seulement après l’accession de Gbagbo au pouvoir. Il a été ministre de la communication, puis premier mi- nistre, tout en gardant la moitié du pays sous le contrôle du MPCI, dont il était le secrétaire général. La bonne mé- thode consisterait pour lui à évaluer son bilan en tant que responsable à la fois des zones CNO pendant dix ans, et à faire celui des zones non CNO pendant la même période. Il a joué sur les deux tableaux en même temps et ne peut donc se contenter d’évaluer les autres en s’oubliant comme acteur de premier plan de part et d’autre de la zone de confiance.
Comme il le soutient lui-même, le bilan est largement positif pour lui. Les zones CNO sont devenues plus pau- vres que le reste du pays pendant les dix ans de gestion des FAFN, dont Mr Soro était aussi le secrétaire général. Il y a eu plus de vols, de pillages, de viols, de braquages, de rackets dans les zones CNO qu’ailleurs dans le pays. Le pillage était systématique et la"Centrale", qui avait été érigée en ministère des finances de la rébellion, s’est enri- chie des prélèvements obligatoires illi- cites sur les populations, des butins issus des casses de banques et des agences locales de la Bceao, de l’ex- ploitation illégale des forêts et des mi- nerais de métaux précieux. Soro a réussi à faire payer par l’Etat de Côte d’Ivoire le remboursement intégral des sommes emportées par lui et ses com- pagnons des FN lors des casses de la Bceao à cette institution. Sans ce rem- boursement, les comptes de la Bceao n’auraient pas été certifiés par les au- diteurs. Qui dit mieux face à de telles performances? N’importe qui d’autre aurait fait cela, qu’il aurait été en prison pour crimes économiques. Mais dans le cas de monsieur Soro, c’est plutôt lui qui juge les autres. Le pire fait le procès du mal. Dans les zones CNO, des quantités inestimables de productions agricoles ont été volées et détournées en direc- tion de sites de transformation et d’ex- portation installés dans les pays voisins pour le compte de Soro, du MPCI et des FN au moment où plusieurs de leurs animateurs étaient installés à Abidjan comme membres du gouver- nement et chargés d’empêcher le par- lement de l’époque de travailler. Soro avait non seulement le contrôle de Gbagbo, mais il pouvait faire en sorte
que ce dernier prenne des ordonnances illégales, sous l'étiquette de la paix, pour modifier toutes les lois de la Ré- publique juste pour le bon plaisir de Ouattara. Qui dit mieux ? Ne parlons pas des biens qu’il a acquis alors qu’il gérait l’Etat de Côte d’Ivoire en com- plicité avec Gbagbo, tout en pillant les zones CNO. En résumé, disons qu'ef- fectivement, personne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années dans la destruction et la criminalisation de l’Etat. Il a été un des grands maîtres de la refondation. Il est inégalable dans l’art du pillage systématique du pays. Sur ce plan, sa rhétorique le condamne comme un criminel. D’autres que Soro auraient eu de telles performances qu’ils auraient été internés à La Haye ou ici, dans une de nos prisons obs- cures. Lui pas. Qui dit mieux ? Le second exemple qu’il faut com- prendre est beaucoup moins évident. Nous voyons et entendons le président Soro raconter partout que les armes se sont imposées à lui et qu’il a accepté de les prendre pour obtenir les cartes d’identité de ceux au nom desquels la rébellion aurait été organisée. A écouter cette rhétorique, la rébellion serait le fruit de frustrations ressenties par de nombreuses personnes privées de leurs pièces d’identité. M. Soro et ses amis ont donc pris les armes pour que cette identité soit rétablie et que ces droits soient reconnus. Grâce à la ré- bellion, les FAFN auraient donc réussi à faire obtenir leurs papiers d’identité et leur droit de vote à de nombreuses personnes, dans un pays qui les ex- cluait. A écouter ce discours, Guil- laume Soro et ses amis des FAFN, devenues aujourd’hui FRCI, auraient pris en otage une moitié du pays, par- tagé le pouvoir de Gbagbo et les res- sources de l’autre moitié pour que les questions de l’identité et de l’électorat soient réglées. Dix ans de criminalisa- tion de l’Etat de Côte d’Ivoire, plus de 500 milliards de francs cfa dépensés, de nombreux morts des deux cotés, une quantité énorme d’armes mises en circulation, un accroissement de la pauvreté et de la misère partout, mais pour quel résultat à part l’enrichisse- ment illicite des animateurs des FAFN et leur impunité ? Telle est la question. Supposons que Soro ait raison et que les armes se soient imposées à lui pour qu’il vienne obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs pour de nom- breuses populations de Côte d’Ivoire frustrées. Regardons quel est le degré de robustesse, de pertinence de cette proposition rhétorique. Une méthode simple mais heuristique est de prendre l’évolution du nombre d’électeurs dans notre pays lors des différentes échéances présidentielles et de voir quelle part nous devons attribuer au travail héroïque de la rébellion de Soro et des FRCI pendant les dix années au cours desquelles ils ont impunément endeuillé la Côte d’Ivoire. Aux élections présidentielles de 2000, il y avait en Côte d’Ivoire près de 5,5 millions d’électeurs âgés de plus de 18 ans et ce chiffre était en hausse de 1,7 million par rapport à l’électorat de 1995. Ce qui nous donne un taux d’ac- croissement de l’électorat entre 1995 et 2000 d’environ 31%. En 2000, sur les 5 millions et demi d’électeurs, seulement 2.049.018 sont allés voter et nous avons enregistré un taux d’abstention élevé de 62%, qui re- présente les citoyens passifs qui ren- dent moribonde toute démocratie. En 2010, après dix ans de rébellion et l’inscription de tous les frustrés de Soro, la liste électorale définitive donne 5.780.804 électeurs, dont seule- ment 4.689.366 ont voté. Rappelons que le taux d’accroissement de la po- pulation électorale entre 1995 et 2000 était de 31% environ. Si nous appli- quons mécaniquement ce taux à l’électorat de 2000, nous pouvons es- timer qu’en 2005, si des élections avaient eu lieu, nous aurions eu l’élec- torat de 2000 augmenté de 31%, soit environ 1.650.000 personnes en plus, ce qui nous aurait donné en 2005 une liste de 7.150.000 votants potentiels. Et si nous appliquons le même taux d’ac- croissement de 31% à ce nombre de 2005, nous aurions obtenu en 2010, théoriquement, compte tenu du profil démographique du notre pays et toutes choses étant égales par ailleurs, une liste électorale en hausse de 2.216.500 personnes, situant l’électorat potentiel à environ 9.366.500 personnes (7.150.000+2.216.500). Or, après dix ans de rébellion, de tergi- versations et après avoir dépensé des sommes astronomiques pour un petit pays pauvre et surendetté, nous n’avons obtenu que 5.780.804 élec- teurs. Alors de deux choses l’une. Soit Soro a pris les armes et il a eu gain de cause et a réussi à inscrire tous les frus- trés identitaires, auquel cas, en comparant la liste de 2000 avec celle de 2010 effectivement réalisée par Soro et par la CEI, nous avons juste une différence de 280.804 électeurs (5.780.804- 5.500.000). Dans ce premier cas de fi- gure, Soro devrait être bien déçu de ce piètre résultat. Entre 1995 et 2000, sans rébellion armée, sans destruction de vies humaines, la liste électorale a pu enregistrer des inscriptions supplémen- taires de 1.700.000 personnes en seu- lement cinq ans. Or, entre 2000 et 2010, donc sur une durée plus longue de 10 ans et après la prise des armes par la rébellion, le pillage des zones CNO et l’enrichissement des «com zones» et autres animateurs des FAFN, monsieur Soro, alors premier ministre, n’est arrivé à obtenir les cartes d’iden- tité et les cartes d’électeurs que pour 280.804 personnes supplémentaires. Dire les choses ainsi suppose que nous acceptions que les 280.804 personnes aient été exclusivement inscrites du fait de l’action rebelle de Soro et que les inscriptions des nouveaux majeurs ne sont pas prises en compte ou bien sont le fait exclusif de Soro, que toutes les nouvelles inscriptions ne sont dues qu’à l’action unique de l’unique Soro. Or cette hypothèse elle-même est très osée et inacceptable de façon tout à fait évidente. La rébellion de Soro, en termes d’obtention de papiers d’iden- tité, est d’un résultat très mitigé pour ne pas dire inconséquent. L’effet Soro sur la liste électorale peut donc être qualifié d’insignifiant statistiquement. Les rebelles auraient donc pris les armes pour autre chose que l’obtention des cartes d’identité et d’électeurs pour de nombreuses populations en Côte d’Ivoire. Le mensonge d’Etat se dé- voile dans toute sa splendeur. N’est ce pas surprenant ? Dans le second cas, le taux d’accrois- sement normal de l’électorat est de 31% en prenant pour base les élections de 1995. Nous aurions dû avoir donc théoriquement en 2010 environ 9.366.500 électeurs. Or dans les faits, avec l’action conjuguée de la CEI et des armes de Soro, nous ne sommes ar- rivés à obtenir que 5.780.804 inscrits sur la liste électorale de 2010. On peut donc, en comparant ce qui aurait été l’électorat sans les armes de Soro à ce qu’il a été avec les armes de Soro, se rendre compte que l’électorat a reculé avec la rébellion. Au lieu de 9.366.500 inscrits, nous n’avons eu que 5.780.804 personnes. Quelle déception ! Dans ce second cas de figure, le seul effort remarquable de la rébellion aura été l’exclusion de plus de 3 millions et demi de personnes de la liste électorale (9 366 500 - 5 780 804 = 3 585 696). L’effet Soro serait ici négatif. Soro aura pris les armes non pas pour obtenir les cartes d’identité et les cartes d’élec- teurs pour des populations au nom des- quelles il tente aujourd’hui de se justifier, mais plutôt pour empêcher une évolution normale, naturelle de l’électorat vers son niveau optimal et adéquat. La rhétorique de Soro est mensongère et criminelle. Dans le premier cas de figure, elle est fondée sur une propa- gande apocryphe, car en termes d’ins- criptions sur la liste électorale, son effet est totalement peu convaincant au re- gard des moyens justificatifs déployés de l’ex chef rebelle. Dans le second cas, la rhétorique est criminelle, car sa rébellion aura plutôt exclu des millions d’électeurs potentiels de la liste électorale. Guillaume Soro fait du révision- nisme en essayant de nous convaincre du contraire, alors que les faits sont si récents et les témoins encore tous vi- vants. Dans un cas comme dans l’autre, per- sonne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années (2002-2012). En plus, il faut noter qu’alors qu’il était pre- mier ministre au moment des élec- tions de 2010, et avec seulement 280.804 inscriptions supplémentaires, Mr Soro a obtenu au premier tour des élections présidentielles 941.045 abs- tentions, c’est à dire des électeurs pas- sifs, identifiés, inscrits et qui ont soit refusé d’aller voter, soit n’ont pas ob- tenu leurs papiers lors de la distribution organisée par Soro, signataire du fa- meux Accord politique de Ouagadou- gou. 500.000 personnes au moins sont dans ce dernier cas. A ces abstention- nistes volontaires ou non, il faut ajouter 225.625 bulletins blancs ou nuls. Ce qui nous donne un total de 1.166.669 personnes qui étaient sur la liste élec- torale et qui, par exclusion, par refus de voter ou par erreur de vote, ont parti- cipé négativement au scrutin, sanction- nant ainsi l’ambiance de terreur instaurée par la rébellion. Il n’y a qu’à voir la distribution de ces abstentions sur l’ensemble du territoire pour le comprendre. Cette tendance absten- tionniste sera encore confirmée au se- cond tour des élections, où ce sont cette fois 1.091.438 personnes qui ont re- gardé avec dégoût ce scrutin, refusant d’y participer, en plus des 99.147 bul- letins nuls ou blancs. Dans le débat politique ivoirien, nous devons faire la chasse aux contre-véri- tés et aux idées reçues passe-partout, non argumentées, non démontrées et non fondées sur une rigueur analy- tique. C’est rendre service à la démo- cratie que de chasser de la liberté d’expression toutes les perversions de la dialectique et du charlatanisme dans la rhétorique. Renforcer la démocratie ne signifie pas être au parlement, dans un ministère ou bien à la présidence de la République. Notre manière quoti- dienne de traiter les faits, d’analyser la politique, l’économie et la société contribue elle aussi au renforcement de la démocratie. De nombreuses per- sonnes entendent le président de l’As- semblée nationale parler, mais ses propos sont loin d’être conséquents et rigoureux. Et ceux qui l’entendent se posent des questions. De nombreuses personnes pensent que Soro est un homme puissant qui contrôle les Frci ; elles se trompent. Dans la dynamique de criminalisation de l’Etat instaurée par Ouattara, ce n’est pas Soro qui contrôle les Frci, mais bien le contraire. Ce sont les Frci, ex FAFN, qui contrô- lent et Soro, et Ouattrara. Les discours révisionnistes et mensongers ne ser- vent qu’à  rassurer leurs milices armées érigées en armée républicaine et leurs supplétifs dozos, sur la pérennité et la vulgarisation sur toute l'étendue du ter- ritoire du mode de gestion qui a été ap- pliqué pendant ces dix dernières années dans les zones CNO. Et c'est une réalité: Le pays est de facto admi- nistré par les hordes FRCI, les Factions Répressives de Côte d’Ivoire. Nous sommes tous des otages et de poten- tielles victimes de ces factions eth- niques armées. Leur répartition sur l’ensemble du pays n’est rien d’autre que le déploiement d’une armée de ré- serve qui attend son heure, celle des élections, pour retourner l’ascenseur à leur serviteur d’aujourd’hui. Alors que faire? Nous suggérons sim- plement que l’ONU prenne en main notre ministère de la défense et de la sécurité et nous bâtisse une armée, une gendarmerie et une police dignes d’une République moderne. La réforme du secteur de la sécurité sera à ce prix. Au- trement, nous laisserons le destin sécuritaire de la Côte d’Ivoire dans les mains de charlatans qui nous abreuve- ront chaque jour de propagande, de faux et d’illusions dans le seul but de maintenir à leur profit la criminalisa- tion de l’Etat. La victoire de notre pays sur sa pro- fonde crise ne sera pas politique. Ce ne sera pas celle d’un parti, ni d’un groupe ethnique encore moins celle d’un homme. Elle sera d’abord une victoire des idées. Dans notre pays, il y a ceux qui font la politique uniquement pour devenir quelqu’un ou quelque chose, et ceux qui la font d’abord comme ser- vice qu’ils offrent à leur pays, à sa po- pulation. Pour cette seconde catégorie, les contorsions partisanes et les arran- gements politiques institutionnels qui violent les fondements doivent être abandonnés et proscrits. La politique ne doit pas être vue comme l’art du mensonge et de la roublardise, mais plutôt comme lieu de promotion et de triomphe des principes et des valeurs qui fondent l’harmonie de la vie en so- ciété, la vérité et la liberté.

MAMADOu KOuLIBALY Président de LIDER
L’éléphant déchaîné N°117 du vendredi 4 au lundi 7 janvier 2013  / 2ème année




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